CHAPITRE PREMIER
La Place.
La place d'un objet relativement à nous est déterminée par la direction sur laquelle il se trouve , et par la distance à laquelle il est situé sur cette direction.
Section I. La Direction.
Quant à la direction, sans reprendre ici le sujet trèsdélicat de la direction sur laauelle un œil place un point
observé, et sans entrer daus la discussion des diverses théories par lesquelles on a voulu expliquer la vision simple d'un point avec les deux yeux, je ne crois pas m écarter sensiblement de la vérité en établissant que nous jugeons un point , vu des deux yeux , sur la ligne moyenne entre les directions des deux axes optiques convergens sur ce point. Je ne décide point si cette ligne moyenne est celle qui partage l'angle des axes en deux parties égales , ou si c'est celle qui tombe sur le milieu de la ligne qui joint les centres optiques des deux yeux, parce que je n'ai pu imaginer aucun moyen d'opérer cette vérification : mai* du reste , la différence entre les directions de ces deux lignes, devient tellement foible, lorsque le point s'éloigne au-delà de la portée du tact, qu'il me paroît sans importance pour le sujet de m'arrêter à cette discussion.
Ce que je dis de la direction sur laquelle les yeux placent un point observé, peut se dire également de celle sur laquelle ils placent un objet de dimensions assez bornées pour que son ensemble puisse être saisi comme instantanément.
Section II. La Distance.
Le jugement du sens de la vue sur la distance à laquelle un objet est situé sur sa ligne de direction , est beaucoup moins sûr dans bien des cas , et se réduit en général à une simple approximation, comme on le verra par la suite de ce Mémoire.
Ce jugement peut être considéré comme nul , si l'on sépare complètement le sens de la vue de celui du toucher;
et ici je comprends sous le nom de toucher \ non pas seulement l'acte de palper de la main la surface d'un corps, mais encore la faculté de se transporter d'une place donnée à celle qu'occupe le corps observé, et de mesurer ainsi la distance qui nous en séparoit. L'expérience de Chesselden si souvent mentionnée et répétée quelquefois dès lors, a constaté qu'avant que l'homme se soit livré à ces vérifications fréquentes des jugemens d un sens par ceux de l'autre, les distances assignées par l'œil aux objets soumis à son inspection, sont ou égales entr'elles, ou même nulles.
On reconnoît ordinairement cinq critères (1) ou élémens probables du jugement de la vue sur la distance des objets :
i.° L'angle optique sous lequel un objet est perçu par chaque œil , c'est-à-dire , celui qui est formé dans l'œil , par les axes des faisceaux de rayons partant des points extrêmes de l'objet, lorsqu'on connoît antérieurement la grandeur réelle de cet objet , ou de ceux qui lui sont analogues.
£.° Le nombre et l'étendue des objets qui nous séparent de celui que nous voulons observer, ou sur lesquels la vue peut se porter successivement avant de l'atteindre.
3.° L'affaiblissement plus ou moins grand de la teinte de l'objet: auquel je joindrai la plus ou moins grande indétermination de ses contours.