L'inclinaison des axes optiques
5.° Le critère de l'ajustement, en bornant son usage probable à celui que j'ai cru devoir lui assigner,
§. 7. applications.
Les considérations précédentes sur les critères utiles à l'estimation des distances , sur leur usage dans les cas variés qu'offrent ces distances et sur leur importance relative
dans ces différens cas , suffisent pour expliquer un assez grand nombre des apparences décevantes qui sont ordinairement rapportées dans les Traités d'optique.
Ainsi, par exemple 5 une vaste plaine irrégulièrement terminée par des bois prend à nos yeux la forme d'un cercle au centre duquel nous nous croyons; et cette illusion subsiste lors même que nous changeons de place, dans certaines limites : parce que là , les objets interposés manquent, que le critère de l'interposition de l'air est impuissant pour nous faire apprécier les variations de distance peu considérables des parties saillantes et rentrantes des bois environnaus, et qu'alors nous croyons à égale distance de tous les points du contour. Un changement de place ne détruit pas l'illusion, s'il n'est pas assez considérable pour nous rapprocher beaucoup de l'un des côtés de la plaine , en nous éloignant de l'autre d'autant.
Je ne m'arrêterai pas à citer d'autres exemples , mais j'insisterai sur une apparence dont les opticiens se sont souvent occupés, et sur laquelle il me semble qu'il y a encore quelque chose à dire; je veux parler de la forme surbaissée de la voûte céleste , ou de l'enveloppe atmosphérique qui s'étend au-dessus de nos têtes.
Cette forme se présente à nous quel que soit l'état du ciel , qu'il soit couvert de nuages^ ou qu'il soit pur , parsemé ou non parsemé d étoiles.
i.° Dans le premier cas, le surbaissement n'est pas une apparence , il est réel ; la couche de nuages étant concentrique à la surface de la terre, il n'en paroît à nos yeux qu'une calotte sphérique dont la base est notre horizon Mém. de la Soc. de Phys. et d'Hist. nat. T. 111. i.le Part. i3
sensible : si nous jugions bien delà distance de ses différentes parties nous devrions à peine apercevoir la courbure de cette surface , car, en supposant l'élévation des nuages dans notre climat , de 1000 toises (élévation qui est sûrement au-dessus de la moyenne), il en résulteroit une calotte ayant seulement 1000 toises de hauteur et une base de 35 à4o lieues de rayon, c'est-à-dire que le rayon horizontal de cette enveloppe seFoit environ quatre-vingts fois plus grand que le rayon vertical. Ce calcul repose sur ia supposition d'un horizon exempt de tout accident considérable sur un rayon de quarante lieues, supposition qui ne se réalise guère qu'en pleine mer : pour un horizon de 12. lieues, comme il s'en présente souvent à nos regards dans l'intérieur des terres, le rapport en question se réduit à celui de 1 à 27. Telle étant réellement la forme de l'enveloppe qui nous recouvre, il n'y a qu'un seul des critères connus qui vienne nous aider à la reconnoître, et il ne suffit pas à nous en donner une idée exacte : supposons en effet que nous pussions faire abstraction de la surface de pays qui nous environne et qui est la base de la calotte, nous ne pourrions estimer même approximativement les distances des diverses régions de cette calotte considérées en elles-mêmes } car comment apprécier 1 eloignement des différens points d'un voile uniforme, ou parsemé de masses dont les grandeurs refiles , ainsi que les teintes, varient continuellement? Nousdevrions alors juger toutes ces distances égales et croire l'enveloppe sphérique. Mais le terrain qui se développe autour de nous et qui va joindre en apparence les bords de la couche de nuages, s'oppose à cette illusion, il rétablit à nos yeux la longueur réelle du rayon horizontal j cependant comme
nous demeurons sans secours pour assigner aux parties supérieures leur véritable distance , il arrive souvent que là calotte formée d'un nuage continu et un peu clair, est loin de nous paroître aussi fortement surbaissée qu'elle l'est réellement.
2.0 Je passe au cas où le ciel est sans nuages : ici le raisonnement diffère. Pour discuter ce cas , il est nécessaire de se faire une idée de ce que voit notre œil , lorsqu'il est plongé dans un fluide composé de molécules d'une trop grande ténuité pour qu'elles soient apercevables individuellement, et dans lequel il ne se rencontre aucun corps, autre que les molécules mêmes du fluide, qui lui renvoie la lumière. Nous le plaçons dans cette situation lorsque, par un pur sans nuages, nous fixons le ciel le matin ou le soir , du côté opposé au soleil , et à une hauteur assez grande pour que cette contemplation ne soit pas troublée par la vision des objets de la surface terrestre environnante. L'œil reçoit alors la sensation de la couleur bleue, et il lui est impossible d'assigner quelle est la distance des molécules qui lui procurent cette sensation, parce qu'elle ne provient pas d'une couche déterminée de ces molécules, mais qu'elle est le résultat, ou, pour me servir d'une comparaison mathématique, comme l'intégrale définie des impressions infiniment foibles que lui communiquent les couches successives du fluide prises de l'œil même jusqu'à la limite supérieure de l'atmosphère. Dans cette incertitude complète , s il vient à se présenter un corps dans ce champ vague de couleur bleue, l'œil doit s'y attacher et rapporter le champ à la distance même qu'il assigne à ce corps. Les astres d'un diamèire sensible à l'œil nu, sont