‹ Mémoire sur les cucurbitacéesChapitre 25 sur 28 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

La Forme.

De nos jugemens réunis sur la grandeur et la distance, naît le jugement sur Informe des corps. Lorsque l'œil se

Mém. de la Soc. de Phys. et d'Hist. nat. T. III. i.re Part. 14

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fixe sur un objet , les réfractions combinées des humeurs quil contient, rassemblent les rayons lumineux renvoyés par cet objet, de manière à peindre sur la rétine une image fidèle de son contour apparent et des teintes qui diversifient sa surface visible : lorsque cette surface présente des courbures, ou se compose de parties saillantes et rentrantes, ce n'est que l'habitude d'user des critères que nous venons d'étudier, qui nous enseigne à reconnoîtie qu'elle est réellement ainsi constituée. Far exemple, si 1 œil voit une sphère, les critères de la distance lui font distinguer un point saillant plus rapproché de lui que tous les autres , et une surface fuyant tout autour de ce point d'une manière égale et continue : s'il voit un parallélépipède rectangle par l'une de ses petites arrêtes , les mêmes critères lui montrent cette arrête plus près de lui que celles qui forment le contour apparent du solide : habitué à estimer les grandeurs relatives il comprend que l'arrête postérieure, bien qu'elle soutende un angle optique plus petit que la première, lui est cependant égale, et par une suite de raisonnemens analogues il forme son jugement sur la figure réelle d'un corps dont le contour apparent lui offroit l'image d'un polygone plus ou moins irrégulier.

Cependant les jugemens de l'oeil sur les formes réelles des corps seroient encore bien incertains sans un secours puissant que je n'ai pas encore mentionné, celui qu'il reçoit de la direction de la lumière, et des ombres portées qui en résultent, soit sur le corps observé , soit sur les corps environnans. On reconnoîtra aisément la grande influence de la lumière et des ombres , si l'on se rappelle les erreurs

dans lesquelles on tombe sur les formes des objets lorsque la lumière est dirigée de manière que leurs ombres se portent sur les parties de leurs surfaces qui sont cachées à nos regards.

Ainsi , pour reprendre les deux exemples dont je me suis déjà servi , si nous plaçons la sphère observée de manière qae la lumière tombe sur elle dans une direction latérale relativement à nous, l'ombre qui se répandra sur l'hémisphère opposé à cette direction, et la pénombre qui, par une dégradation insensible, marquera le passage de la partie éclairée à la partie ombrée, fera saisir immédiatement à notre œil la forme sphérique dont le contour apparent lui présentoit un cercle : mais si la lumière frappe la sphère parallèlement à la ligne qui joint notre œil à son centre, alors les ombres disparaissent pour nous , et les autres critères sont souvent iusuffisans pour nous faire apprécier la courbure. La surface visible de la pleine lune paroît plane à nos yeux, qui ne savent plus juger par leurs moyens ordinaires, lorsque les objets qu'ils observent sont à une distance aussi considérable. De même les ombres tranchées qui couvriront certaines faces du parallélépipède éclairé obliquement, marqueront bien mieux les positions relatives de ses faces et la direction de ses arrêtes , que ne peuvent le faire les indices plus ou moins incertains , que fournit l'estimation des grandeurs et des distances.

Aussi la théorie des ombres est-elle regardée comme un accessoire important de la perspective linéaire et de la perspective aérienne, et forme-t-elle comme une troisième

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branche des connoissances qui constituent l'art de la peinture ; aussi des mathématiciens du premier ordre ont-ils consacré dans les dernières années , du temps et de la peine , à donner à cette théorie , par le secours de la Géométrie Descriptive , une rigueur qu'elle n'avoit pas eue jusqu'alors, et qui a beaucoup ajouté au mérite de l'art du dessin.

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