‹ Mémoire sur les États de Foix, 1608-1789Chapitre 17 sur 82 · CORRUPTION DE LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

CORRUPTION DE LA NOBLESSE

toujours la majorité. Quelques-uns, et des plus dignes, s'abstenaient, dit-on, par dégoût. L'auteur du « projet de réforme » constate que « beaucoup de personnes de qualité, éclairées et attachées au service du roi et et du pays ne se trouvent pas aux Etats, dont elles se sont rebutées, voyant que leurs bonnes intentions étaient inutiles et sans succès aux meilleures et plus importantes affaires *. » La corruption des nobles augmente avec leur décadence. Ils ne négligeront jamais leurs intérêts privés. « On a vu souvent la même famille, ditDarmaing, donner jusqu'à six voix aux Etats, c'est-à-dire le père et ses deux enfants, son frère, son oncle et un neveu ; tous ces suffrages sont comptés ^, » même quand l'intérêt de la famille est en jeu. L'auteur du « projet de réforme » avait vainement demandé « que ceux qui sont des Etats, et des intérêts desquels il sera question, ne soient point présents aux délibérations, ains soient tenus de se retirer ^ » En 1789, un noble était pensionné par les Etats avec l'argent de la taille payée par les seuls roturiers ! * Dans la seconde moitié du xvii® siècle, les plus

* Arch. dèp., pièces div., Proj. de réf. L'excès de la tyrannie épiscopale produira, au siècle suivant, le même effet.

* Arch. nat., H. 715. Mém. de Darmaing. Marseilhas dit en 1784 : « Le premier baron, qui est Tépoux de la nièce du président, n'a aucune terre donnant rang de baron ; celte grâce d'être à la tête des Etats peut lui être révoquée à la demande du président. Il a en outre aux Etats un frère, un neveu, deux de ses fils, faisant à eux seuls le quart des opinants de son ordre. » Arch. nat.^ H. 716. Mém. de M. de Marseilhas.

3 Arch. dép., pièces div., Proj. de réf.

* Acoquat, 1. c, p. 40.

riches et les plus puissants des nobles quittaient le pays; ceux qui restaient étaient le plus souvent besogneux. En 1717, « on cherche les moyens de soulager Messieurs de la noblesse au sujet des taxes de la capitation dont ils sont surchargés, » et pourtant la capitation noble n'était pas bien élevée * et elle était payée aussi par les possesseurs de fiefs roturiers^. La noblesse demanda la sécularisation des chapitres de Foix et de Pamiers parce qu'elle ne savait quelle situation donner à ses fils, toutes les cures étant à portion congrue. A la veille de la Révolution, plusieurs nobles « ne payaient pas un écu de vingtième au roi, » à cause de la futilité de leurs fiefs ^.

Cette noblesse, déjà fort appauvrie à la fin du xvii® siècle, ne recevait pas d'indemnité pour son assistance aux Etats. L'édit de 1633 portait que « les députés du clergé et de la noblesse ne pourraient prétendre aucunes vacations *. » Certainement plus d'un membre du haut-banc ne pouvait supporter les frais d'un voyage au chef-heu et les frais de séjour ; cela explique la désertion de plus en plus grande du haut-banc*. Les assemblées de 1697 et de 1706 avaient demandé

« 4.918 liv. en 1789. Acoquat, L c, p. 15.

* Acoquat, L c, p. 15.

3 Acoquat, L c, p. 33.

* Arch. dép., pièces div., Edit du roi.

^ a L'assemblée est de plus en plus déserte parce que les abbés, les barons et le reste de la noblesse ne sont pas payés. » Arch. dép., proc.-verb. 1706. Cf. id.,1697, 1725. «Le haut-banc n'est pas payé, ce qui fait que les consuls, qui le sont, sont les maîtres des Etats et qu'il n'en manque point et que le défaut de payement fait que la plus grande partie de la noblesse ne vient pas aux Etats. » Arch. nat., K. 1162. Mém. sur le pays de Foix. 1739.

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