LA SUBVENTION
Mais, à cette époque, quelques routes ayant été ouvertes, il en résulta un si grand bien que toutes les communautés comprises dans le devis réclamaient leurs chemins. Le Mas-d'Azil, par exemple, dont les marchés étaient désertés par les habitants du Gouserans, parce que le Languedoc avait construit une route carrossable le long de la Garonne, retrouvait son ancienne prospérité*. Il fallait absolument trouver des fonds. On eut recours aux impôts directs et indirects. On ajouta à la taille un impôt de 8.000 livres et on vota une « subvention » pour (( éviter aux biens-fonds un fardeau trop onéreux. »
Quant à la (c subvention », on pensa qu'elle serait moins lourde si on l'établissait sur le vin qui se vend dans les cabarets, les bouchons et au détail chez les particuliers. On établit donc un octroi de 2 liards par pot, pesant 4 livres 3/4 poids de table, poids ordinaire de la province. Get octroi devait durer 25 ans.
La commission fit un nouveau règlement qui complétait les précédents et s'inspirait des derniers règlements faits par les Etats de Languedoc ^
Par ordre de l'intendant, Pamiers dut à son tour ouvrir et entretenir des chemins conformes à ceux de la province ^.
La (( subvention » ne rapporta pas ce qu'on en espérait, (c II n'y a pas quatre lieux dans la province où elle ait été perçue avec exactitude *. » Mais il
* Arch» dèp., proc.-verb. 1756 et Arch. dép., pièces div., Règl. conc. les gr. chemins, etc.
* Arch. dép., pièces div., Règl. concern. les grands chemins, etc. 3 Arch. dèp., S. C, pièces div.. Lettre de Tév. à Tintendant. 1777^
* Arch. dép., proc.-verb. 1783.
fallait des routes, car le Languedoc multipliait les siennes, créait de nouveaux débouchés pour ses denrées, rapprochait les distances, tandis que le Comté n'exportait plus ses vins et allait perdre ses derniers clients, les habitants de la Gascogne \ On eut alors la singulière idée de doubler la « subvention » ^. (( On mit un sol d'imposition sur chaque pot de vin qui se vend au détail ; les plus pauvres habitants de la province qui, Tun dans l'autre, consomment à peu près un pot de vin par jour, ont dû payer 365 sols, c est-à-dire 18 livres 5 sols de plus par an. On assujettit à rimpôt celui qui n'avait que ses deux bras pour tout revenu et qui ne payait pas auparavant la dixième partie de cette somme pour toutes ses impositions ^. » Des troubles graves éclatèrent dans plusieurs parties de la province et notamment à Foix et dans la vallée de Vicdessos. Ils furent sévèrement réprimés et le roi en profita pour demander aux Etats les fonds nécessaires à Tentretien d'une brigade de maréchaussée à Foix*. Mais il fallut bientôt renoncer à la (( subvention ». En 1786, Pabbé de Foix, évêque de Gominges, résumait ainsi l'histoire de la (( subvention » :
(( Il y a environ dix-huit ans que vous avez voté, pour la confection des chemins de cette province, l'établissement d'une « subvention » sur le vin. Elle a été suspendue sept ou huit ans. Enfin le besoin vous
* Arch. dép., id.
* Le doublement de la « subvention » est autorisé par arrêt du conseil du 2 déc. 1783. Id.
3 Id., 1786 (l^«ass.). Rapport de l'abbé de Foix.
* Id., 1785.