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avec moi, faire preuve de sagacité, que de provoquer la discussion sur un sujet alors à peine connu des chirurgiens.
La tumeur enlevée par M. Pamard était dure comme de l’ivoire; l’examen microscopique a démontré qu’elle se composait exclusivement de tissu osseux. Cette production était, du reste, enveloppée totalement par une membrane épaisse, d’apparence muqueuse et supportant deux petits polypes.
Soulevant la question de la nature de la maladie, M. Pamard s’exprime ainsi : « Est-ce une exostose, et pourquoi cette membrane d’enveloppe? où était le point d’implantation, dit-il encore, et où se trouve le pédicule? »
Essayons, Messieurs, d’aborder la solution du problème qui nous est si judicieusement posé par M. Pamard fils.
La tumeur était recouverte par une membrane muqueuse qui l’enveloppait. Ce revêtement manquait là où le prolongement de l’exostose sortait par la narine. M. Pamard s’étonne avec raison de cette indépendance presque absolue de la tumeur, et il s’écrie : « Où était l’implantation? où se trouve le pédicule? » La réponse à ces diverses questions, on la trouve dans le texte même de l’observation.
L’auteur dit, en effet : «La fosse nasale était transformée en une vaste et profonde cavité, elle était agrandie par un mécanisme bien simple; les parois avaient été refoulées vers les cavités voisines. En promenant le doigt sur les os, on les trouvait 'partout recouverts par la membrane muqueuse; malgré tous les soins que je mis à ma recherche, je ne pus trouver une surface osseuse à nu, qui pût m'indiquer le point d’implantation de la tumeur que je supposais être une exostose. » Plus loin M. Pamard ajoute : « La tumeur n’est pas une dépendance de la paroi osseuse des fosses nasales, elle est enclavée dans leur cavité ; on peut lui imprimer des mouvements qui ne sont bornés que par les rapports du contenant et du contenu; enfin, dès qu’on lui a ouvert les voies, on peut l’extraire sans efforts. » Voici les faits, dit M. Pamard, le champ reste ouvert aux explications.
A moins de torturer le texte de l’observation, ce qui nous exposerait à faire fausse route, il me semble légitime d’admettre, malgré l’étonnement manifesté par M. Pamard: 1° que la tumeur qu’il a enlevée était libre d’adhérence avec les parois osseuses de la fosse nasale; 2° que la
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tumeur était retenue dans cette cavité par la disproportion entre certaines parties du produit pathologique et les orifices au travers desquels on avait essayé de l’engager tout d’abord. Il a suffi d’ouvrir l’orifice antérieur de la fosse nasale, pour extraire assez aisément cette espèce de corps étranger.
Avant de dire quelle était l’origine de cette production osseuse, je désire insister sur le défaut d’adhésion entre la tumeur et les parois osseuses circonvoisines. Est-ce là un fait anormal, une de ces bizarreries comme on en rencontre quelquefois; pas le moins du monde. Je laisse de côté les observations très-anciennes, que quelques personnes se plai- . sent à exhumer, pour faire preuve d’érudition; je ne vous parlerai que de deux faits observés dans ces dernières années, ils me paraissent suffisants à trancher la question pendante.
Lenoir a extirpé, en 1856, une double exostose : l’une naso-orbitaire, l’autre nasale; je ne m’occuperai que de cette dernière. 11 y a une douzaine d’années, j’ai fait un rapport sur les pièces de Lenoir, lorsqu’elles ont été présentées à la Société anatomique par M. Paul. Je connais les pièces et je puis en parler.
Voici ce que dit l’observation : « Quant à la tumeur inférieure (celle qui occupait les fosses nasales), en raison de sa mobilité, elle se détacha avec la plus grande facilité.» Il est bon d’ajouter que Lenoir avait agrandi la voie en retranchant l’os propre du nez, c’est-à-dire en augmentant l’orifice antérieur de la fosse nasale. Lors de sa présentation à la Société de chirurgie, Lenoir dit explicitement: « Une tumeur dure, blanche, un peu mobile, offrant tous les caractères distincts de l’exostose éburnée. » La tumeur de Lenoir était donc mobile, tout comme l’était celle de M. Pamard. C’est donc à tort que M. Richet, dans un travail récent (1), dit en parlant du fait de Lenoir : « Quant à l’exostose nasale, elle fut arrachée avec facilité du cornet inférieur auquel elle adhérait. »
Sans abandonner le sujet qui nous occupe, je vous parlerai actuellement d’un fait très-instructif : c’est une observation des plus curieuses d’exotose des fosses nasales. Notre collègue, M. Legouest, en a fait l’objet d’une communication à l’Académie de médecine, bientôt suivie d’un rapport de M. Gosselin (2).
(1) Gazette des hôpitaux, n° 68, 1871.
(2) Voy. mémoires I86»-66, page 147.
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M. Legouest, après avoir décrit les différents temps d’une opération laborieuse, mais conduite avec prudence et habileté, s’exprime ainsi : « Portant les doigts dans la vaste cavité que j’avais sous les yeux, j’en retirai plusieurs séquestres, et j’enlevai de la partie supérieure de la fosse nasale, un polype vésiculeux gros comme une noisette. La cavité nasale était tapissée par une membrane épaisse et fongueuse ; la cloison était repoussée à droite ; le plancher, intact comme elle, était déprimé vers la bouche; sur les parois externe et supérieure, les cornets étaient déformés au point d’être méconnaissables. Je ne pus trouver le lieu d’implantation de l’exostose. »
Comme M. Pamard, M. Legouest a donc cherché en vain le lieu d’implantation, il ne l’a pas trouvé. Cependant notre collègue termine son observation par une déclaration inattendue, que je reproduis textuellement : « Nous avons dit qu’il nous avait été impossible de reconnaître les vestiges du pédicule de l’exostose ; néanmoins, d’après le récit du malade et l’examen de la tumeur, nous sommes porté à croire que celle-ci s’implantait sur la partie moyenne du plancher de la fosse nasale. » J’avoue, pour ma part, que les conclusions de M. Legouest ne me paraissent pas complètement justifiées ; le dire du malade a pour nous peu de valeur, et nous eussions désiré voir M. Legouest insister davantage sur les particularités qui, tirées de l’examen de la pièce, ont pu entraîner sa conviction.
Qu’avait donc de particulier la face inférieure de l’exostose, pour faire admettre que c’était elle qui portait le pédicule de la tumeur? Je suis d’autant plus autorisé à faire cette question, que je lis dans le travail deM. Richet, celui dont j’ai parlé plus haut, la déclaration suivante : « J’ai examiné avec soin la pièce de M. Legouest, je l’ai étudiée et comparée avec toutes celles que j’ai pu me procurer, et il en est résulté pour moi cette conviction, que les inégalités, les rugosités qui existent sur la face supérieure de cette production osseuse ne sont point le résultat d’une maladie, d’une suppuration avec carie, par exemple, mais sont simplement les traces de la séparation opérée par les efforts du chirurgien, au point de jonction de l’exostose avec le squelette. Je ne vois là aucun indice d’inflammation, j’y reconnais, au contraire, la preuve d’une brisure récente. »
Messieurs, entre des affirmations aussi contradictoires, je n’ose intervenir. M. Legouest dit que la tumeur qu’il a enlevée adhérait par
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sa face inférieure; M. Richet affirme, au contraire, que cette même exostose était attachée au squelette par sa face supérieure. De part et d’autre ce sont des interprétations, j’aime mieux m’en tenir à la déclaration contenue dans l’observation : « La cavité était tapissée par une membrane épaisse, et, au moment de celte exploration très-facile, il a été impossible de trouver le lieu d’implantation. »
Avant d’aller plus loin, je demandé la permission d’ouvrir une parenthèse. En \ 866 j’ai soumis au jugement de l’Académie de médecine un mémoire sur les exostoses du sinus frontal. Ce travail, retenu longtemps dans les cartons, a eu tout récemment les honneurs d’un rapport de M. Richet (1). 11 est utile d’ajouter que lorsque je fis cette lecture académique, j’étais candidat pour une place vacante dans la section de médecine opératoire. Ne pouvant pas abuser des moments de l’Académie et désireux d’acquérir un titre spécial à la section, je lus seulement un fragment de mes recherches sur les exostoses des cavités de la face. On peut s’en convaincre aisément; mon mémoire a trait aux exostoses du sinus frontal, mais on trouve dans mon travail, principalement dans les conclusions qui le terminent, la preuve évidente que j’ai le premier envisagé toutes les exostoses des sinus et des fosses nasales comme un seul et même groupe pathologique.
Un point nouveau d’anatomie pathologique, une conséquence opératoire jusque-là ignorée, telle était la base de ce faible titre à une prochaine candidature.
La question envisagée comme je viens de le dire brièvement, il serait facile de me justifier de certains reproches qui m’ont été adressés par M. Richet dans son rapport académique. Ce serait abuser de vos instants, Messieurs; le mémoire sera imprimé dans les recueils de l’Académie et Ion pourra juger. J ajouterai seulement un mot; si, depuis cinq ans, M. Richet a eu le loisir d’étudier cette question des exostoses de la face, si les circonstances Jui ont fourni l’occasion d’utiliser mes travaux pour son enseignement clinique, peut-être aurait-il pu me faire une part plus équitable et ne pas noyer mes recherches, sous prétexte d’une discussion, dans un flot d’observations surannées pour la plupart.
Je m’excuse, Messieurs, de vous parler si longtemps de ma personne,
(i) Voy. Bulletins de l’Académie , 1871.