RAPPORT LU A LA SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE LE 10 JANVIER
Eu 1864, alors que je remplaçais une première fois Jobert de Lamballe dans son service à l’Hôtel-Dieu, j’ai eu l’occasion d’exécuter une opération hardie pour l’époque. J’avais diagnostiqué une exostose du sinus frontal ; des recherches d’anatomie pathologique m’avaient démontré qu’il était possible d’éDucléer de semblables tumeurs ; le succès vint confirmer mes appréciations.
L’opération que je viens de rappeler fut exécutée devant beaucoup de médecins, je citerai par exemple les docteurs Firmin et Gondoin ; on s’attendait à une grosse affaire, et tout le monde fut surpris de la simplicité avec laquelle la tumeur fut enlevée.
Ce fait eut quelque retentissement. L’année suivante, M. Pamard fils m’adressait une observation curieuse qu’il me chargeait de présenter à la Société de chirurgie. Vous avez pensé, Messieurs, que mon expérience pourrait être utilisée en cette circonstance; vous m’avez donc confié le soin de faire un rapport sur l’observation de M. Pamard, et c’est de cette mission que je viens m’acquitter aujourd’hui.
Yoici, Messieurs, en quelques mots, l’observation de M. Pamard.
Une femme de 44 ans, bien portante, vint consulter pour une tumeur datant de cinq ans, occupant la fosse nasale droite et lanarnie correspondante. Le produit pathologique avait refoulé, sans les altérer, du moins en apparence, les différentes pièces osseuses qui délimitent les fosses nasales.
La narine également très-distendue permettait de voir et même de
SUR LES EXOSTOSES DES CAVITÉS DE L’OLFACTION. 2‘i
loucher le prolongement antérieur de la tumeur. La malade d’abord, et après elle, les divers médecins qui l’avaient examinée, reconnurent qu’il s’agissait d’une tumeur dont la dureté était excessive, comme pierreuse. M. Pamard diagnostiqua une exostose occupant la fosse nasale, et il entreprit de délivrer sa cliente d’un mal qui progressait d’une manière inquiétante.
Après avoir mis à nu l’orifice antérieur de la fosse nasale droite, au moyen d’une incision presque médiane qui intéressait les parties molles, depuis la racine du nez jusques et y compris le bord libre de la lèvre supérieure, le chirurgien put confirmer son diagnostic et saisir facilement la partie découverte de l’exostose. Voici du reste quelques passages empruntés textuellement à la narration de M. Pamard : « Alors m’apparut la portion de la tumeur qui était venue se développer dans la narine ; elle était dure et d’une dureté telle qu un ciseau pouvait à peine l’entamer, et que les daviers dont je me servis pour la saisir tout d’abord, furent l’un faussé et l’autre complètement brisé. J’imprimais à la tumeur quelques mouvements d’ébranlement, j’exerçais de fortes tractions sur elle, mais il fut facile de me convaincre que je ne pourrais en avoir raison sans agrandir l’orifice externe de la fosse nasale, car la partie développée à l’intérieur était plus volumineuse que l’orifice lui-même, et elle était maintenue là par le mécanisme du double bouton de chemise. »
Alors, dit M. Pamard, commença la deuxième partie de l’opération. Une section médiane intermaxillaire, intéressant la voûte palatine, permit d’écarter latéralement l’orifice antérieur de la fosse nasale, et la tumeur, de nouveau saisie par une forte pince, fut dégagée par un mouvement combiné de traction et de bascule.
Cette opération, si heureusement conduite, fut l’occasion d’un brillant succès. La malade ne conservait plus, lorsqu’elle a été revue plusieurs mois après, qu’une légère difformité des traits du visage. Vous admirerez comme moi ce beau résultat, quand vous saurez, Messieurs, que la tumeur enlevée par le chirurgien d’Avignon pesait 105 grammes, que son diamètre antéro-postérieur mesurait 70 millimètres, le diamètre vertical, 57 millimètres, et le diamètre transverse, 40 millimètres.
Le fait que je viens de relater très-brièvement a suscité au présentateur l’idée de soumettre à votre appréciation compétente plusieurs questions qu’il n’a pas cru devoir résoudre. C’était, vous le reconnaîtrez