‹ Mémoire sur les exostoses du sinus frontalChapitre 2 sur 14 · DOLBE1U. MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES · texte numérisé non relu

DOLBE1U. MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES

ment observé des tumeurs osseuses qui provenaient des sinus, mais les faits, d’ailleurs peu nombreux, sont discutables pour la plupart, et bien des observations manquent des détails suffisants.

J’ai, pour ma part, voulu m’en tenir aux choses précises. Dans un sujet encore aussi peu connu, l’anatomie pathologique devait servir de point de départ. J’ai étudié ces productions sur les pièces qui sont déposées dans nos musées, j’ai tenu compte des recherches anatomiques contemporaines, et avec tous ces matériaux j’ai pu entreprendre de fixer l’état de la science relativement aux exostoses des sinus frontaux.

Dans ce mémoire j’ai à peine insisté sur la symptomatologie et sur le diagnostic de ces tumeurs, j’ai seulement mentionné les choses indispensables. Un point important me semblait utile à bien préciser, c’était celui de la pathogénie des ostéomes des différents sinus de la face. De mes recherches, en effet, j’ai pu conclure qu’il existait un groupe pathologique encore mal connu, les ostéomes de l’appareil de l’olfaction.

J’avais réuni dès longtemps tous les matériaux d’un travail d’ensemble. A l’occasion d’une candidature académique, j’en ai extrait un mémoire sur les exostoses du sinus frontal; c’est un chapitre qui se rapporte principalement à la médecine opératoire de ces tumeurs.

Chemin faisant, j’ai indiqué l’analogie absolue qui existe entre toutes les exostoses de l’appareil olfactif; j’ai montré, ce que l’induction portait à supposer, que ces diverses tumeurs peuvent être enlevées heureusement au moyen d’opérations parfaitement bien réglées.

J’ai posé dans ce travail des principes qui, je l’espère, seront confirmés par l’expérience de la clinique désormais sortie des ténèbres enveloppant ce point de pathologie chirurgicale.

Ce mémoire a pour but de démontrer :

1° Que les ostéomes des fosses nasales, ceux des différents sinus de la face et particulièrement ceux des sinus frontaux, sont des ossifications de la fibro-muqueuse qui tapisse ces cavités ;

2° Que ces ostéomes, n’ayant que des connexions médiales avec les os qui circonscrivent les sinus, peuvent être facilement détachés de leur implantation primitive;

3° Que les ostéomes anciens pouvant s’enclaver dans les sinus, il suf-

fit, pour enlever ces tumeurs, d’ouvrir largement la cavité qui les renferme. La voie préliminaire étant faite, des tractions et surtout des mouvements de bascule ont facilement raison de ces exostoses.

En 1864, alors que je suppléais Jobert (de Lamballe) à l’Hôtel-Dieu, j’ai pu observer une exostose du sinus frontal droit. Le diagnostic fut porté, et une opération heureuse nous permit de débarrasser notre jeune malade d’une tumeur qui eût tôt ou tard menacé sa vie.

Finis coronat opus,e t cependant, si l’on réfléchit au siège occupé par la production que j’ai enlevée, si l’on considère que toute la manœuvre s’est passée dans une cavité restreinte, alors que les instruments n’étaient séparés du cerveau que par une mince lamelle de tissu osseux, si, enfin, l’on résume tous les dangers qui environnaient une pareille tentative, on est presque disposéàcroireque je viens raconter ici unetémérité chirurgicale.

Toutes ces craintes, toutes ces appréhensions, je les ai ressenties plus vivement que personne; cependant, j’éprouve le besoin de démontrer que si j’ai entrepris la cure de mon jeune malade, c’est que j’avais de bonnes raisons pour croire que la tumeur pouvait être enlevée et qu’il suffisait d’une grande prudence et peut-être d’un peu d’habileté pour mener l’opération à bonne fin.

Une première question se présentait tout d’abord : la tumeur n’avaitelle pas des connexions si intimes avec l’encéphale et ses membranes que toute tentative eût pour résultat inévitable la mise à nu du cerveau avec toutes ses terribles conséquences. Ce premier point pouvait être résolu en prenant en considération les remarques suivantes : 1° la tumeur était peu volumineuse, 2° le développement du produit morbide s’était fait aux dépens de la face frontale et de la face orbitaire du sinus. En effet, le front faisait du côté malade une saillie très-notable; de plus la tumeur, après avoir détruit la paroi orbitaire, avait pénétré dans l’orbite et chassait le globe de l’œil légèrement en dehors. L’exostose paraissait donc se diriger au dehors de la cavité où elle avait pris naissance. Cette tendance très-manifeste, jointe à l’absence de tout symptôme du côté de l’encéphale, devait nous porter à admettre que la t umeur avait respecté la table interne ou cérébrale du sinus.

Une autre question non moins sérieuse se présentait encore à l’esprit de l’opérateur : la tumeur était-elle une émanation des os du crâne, une

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