‹ Mémoire sur les exostoses du sinus frontalChapitre 3 sur 14 · DOLBEAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES · texte numérisé non relu

DOLBEAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES

hyperostose limitée, ou bien s’agissait-il d’une production indépendante, jusqu’à un certain point, des parois du sinus.

A ces diverses questions se rattachait la possibilité ou l’impossibilité d’énucléer l’exostose sans intéresser les parois du sinus ou tout au moins sans ouvrir la cavité crânienne. Pour résoudre cet important problème, il fallait interroger la clinique et surtout l’anatomie pathologique; mais, disons-le, ces sources ordinairement si fécondes faisaient ici presque complètement défaut.

Voici ce que l’on trouve en dépouillant les archives de la science : Roux, au dire du professeur Nélaton (1), tenta l’ablation d’une exostose du sinus frontal droit, mais il ne put. terminer son opération, et la jeune fille succomba. La pièce pathologique enlevée par M. Nélaton a été déposée par lui dans le musée du Val-de-Grâce ; nous y reviendrons alors qu’il sera question de l’anatomie pathologique.

Le musée Dupuytren renferme également une pièce d’exostose du sinus frontal gauche. Comme pour la pièce précédente, l’observation clinique n’existe pas; cependant j’ai trouvé (2) un renseignement précieux. M. Broca s’exprime ainsi à propos de la pièce de Roux présentée à la Société anatomique par M. Weis :

«Les exostoses de ce genre ont une grande dureté; dernièrement « M. Jobert a essayé vainement d’appliquer, dans un cas seinbable, une « couronne de trépan qui ne put attaquer la tumeur. »

D’après ce renseignement nous concluons que l’opération ne fut pas achevée, exactement comme dans le cas de Roux. Quant au résultat de cette tentative il fut encore identique, ce fut une nécropsie. La pièce du musée Dupuytren porte en effet l’empreinte d’une couronne de trépan, et il est évident que c’est elle dont a parlé M. Broca.

Les deux faits que nous venons de mentionner n’ont donc de valeur qu’au point de vue de l’anatomie pathologique; on trouvera d’ailleurs à la fin de ce mémoire la description de ces deux pièces intéressantes. Remarquons toutefois qu’on en sait suffisamment pour déclarer que ces deux cas étaient loin d’encourager de nouvelles tentatives chirurgicales.

Si, du domaine de la clinique, qui reste à peu près muette sur les

(1) Communication orale.

(2) Bulletins de la Société anatomique. 1851.

exostoses du sinus frontal, nous passons à l’étude de l’anatomie pathologique, nous serons plus heureux; nous trouverons en effet des renseignements très-positifs et d’une utilité toute pratique sur le siège et la nature des exostoses des sinus frontaux.

Avant d’aborder cet examen, remarquons tout d’abord que les divers sinus de la face, que les fosses nasales elles-mêmes sont parfois le siège d’exostoses soit éburnées, soit spongieuses, qui diffèrent comme origine des tumeurs osseuses que l’on observe sur les os du crâne, principalement au voisinage de l’orbite. Verneuil, Follin et Giraldès ont trouvé des ossifications multiples de la membrane qui tapisse le sinus maxillaire. A. Forget a également vu des ossifications sur la membrane des sinus sphénoïdaux.

Ces petites tumeurs qui souvent sont multiples se montrent constamment sous la forme de demi-perles d’une couleur blanche et d’une densité considérable ; ces productions ont, du reste, la structure du tissu osseux, quoiqu’elles soient absolument sans connexions avec les parois osseuses qui circonscrivent la cavité des sinus.

On a également observé des ossifications analogues dans l’épaisseur de la membrane de Schneider. Lenoir a relaté un fait de ce genre (1). Legouest a entretenu l’Académie (2) d’une exostose contenue dans les fosses nasales et qui, suivant moi, n’était autre chose qu’une ossification partielle de la pituitaire. Gosselin a rendu compte de l’ingénieuse opération qui avait permis à Legouest de guérir radicalement son malade.

C’est également une exostose développée aux dépens du périoste du sinus maxillaire et sans connexion avec les os, qui fut enlevée avec succès par Michon. La relation de ce fait intéressant a été consignée dans les Mémoires de la Société de chirurgie (3). On voit, en lisant l’observation, qu’il a suffi d’ouvrir largement le sinus maxillaire pour arracher une énorme tumeur osseuse ; que cette production était libre et comme enveloppée de la membrane interne du sinus aux dépens de laquelle l’exostose s’était certainement développée.

Outre les ossifications qui se présentent sous forme de perles nées dans l’épaisseur de la membrane des sinus et ayant primi-

(1) Lenoir, Bulletin de la Société de chirurgie. 1855 et 1856.

(2) Legouest, Observ. de chirurgie ( Mém . de l' Acad, de méd., 1855-56, t. XXVII, p. 147).

(3) Michon, Mémoires de la Société de chirurgie. Paris, 1851 .

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