‹ Mémoire sur les exostoses du sinus frontalChapitre 5 sur 14 · DOL.BEAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES · texte numérisé non relu

DOL.BEAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES

née comme je m’y attendais; seulement, au lieu d’être éburnée, elle était spongieuse et recouverte uniquement d’une coque osseuse trèsferme. L’exostose, au lieu d’être arrachée en totalité, grâce à la résistance que je lui supposais, se brisa en deux morceaux, mettant à nu le centre de la tumeur, d’ailleurs spongieuse et très-vasculaire.

11 fallut alors continuer l’extirpation au moyen d’une gouge employée comme levier ; mais nous étions gênés par le sang, et la prudence commandait d’aller lentement. Je détachai successivement des fragments de tissu spongieux, puis je finis par ébranler la portion restante de la tumeur, et bientôt nous eûmes la satisfaction de voir tomber plusieurs fragments, tous limités par une lame compacte et mamelonnée ; nous avions évidemment atteint les limites postérieures du mal.

Restait la surface d’implantation qui correspondait à la cloison de séparation des deux sinus ; en ce point je me contentai de ruginer jusqu au tissu dur, c’est-à-dire jusqu’à l’os sain. A ce niveau, une artère volumineuse fournissait beaucoup de sang par jets saccadés, et il a fallu pour arrêter l’hémorrhagie appliquer une boulette de cire sur la surface osseuse.

Je relate cette circonstance comme un argument susceptible de confirmer dans cette idée que là était l’origine du mal. C était la surface d’implantation de l’exostose, puisqu’une artère assez volumineuse, sorte d’artère nourricière, pénétrait en ce point jusque dans le centre de la tumeur.

Je ne doute pas un seul instant que si l’exostose eût été éburnée et que, par conséquent, si elle eût résisté à mes tractions au lieu de s écraser sous la pression du davier, je ne l’eusse extirpée d’une seule pièce, ainsi que cela est arrivé pour la tumeur enlevée par Michon dans le sinus maxillaire.

Je résumerai le fait que je viens de rapporter en disant que toutes les circonstances cliniques se sont réunies pour démontrer que la tumeur extirpée avait la même nature osseuse et la même origine que toutes celles que j’ai étudiées précédemment, avec cette différence toutefois, que l’exostose était spongieuse à son centre, compacte à sa périphérie au lieu d’être complètement éburnée.

Le malade a du reste parfaitement guéri, et j’ai pu confirmer le résultat dix-huit mois après l’opération.

Avant de terminer ce travail, je désire insister en quelques mots sui

le diagnostic et les indications curatives des exostoses du sinus frontal.

Au début, les exostoses comme toutes les tumeurs du sinus passent nécessairement inaperçues ; on ne peut en soupçonner l’existence que lorsque ces productions soulèvent la paroi antérieure, ou bien encore quand elles envahissent l’orbite après avoir usé le bord supérieur de cette cavité. L’extrême dureté de la tumeur, son indolence et l’état très-nettement mamelonné de la surface doivent constituer les meilleurs éléments du diagnostic entre l’exostose et les autres tumeurs du sinus frontal. En faveur des tumeurs osseuses, il y a le jeune âge des malades et surtout l’extrême lenteur dans le développement du produit morbide.

Lorsque les exostoses ont dépassé les limites du sinus, elles peuvent donner naissance à une variété d’exostoses orbitaires.

Le plus ordinairement, les tumeurs osseuses de l’orbite sont situées en bas et en dedans ; elles viennent, dit-on, de l’ethmoïde ; je pense pour ma part que ce sont des ossifications de la muqueuse qui revêt les cellules ethmoïdales.

Les exostoses du sinus frontal, lorsqu’elles envahissent l’orbite, occupent la partie interne et supérieure de cette cavité, ce qui permet de les différencier des précédentes.

Résumé. — Il ressort de nos recherches :

1° Que la membrane de Schneider, que celle qui tapisse les différents sinus et cellules annexées aux fosses nasales, peuvent devenir le siège de productions osseuses primitives ; tumeurs qui sont indépendantes des os du crâne et de ceux de la face, mais qui peuvent néanmoins acquérir un très-grand volume.

2° Que l’on peut rattacher à ces diverses ossifications, l’exostose enlevée par Michon dans le sinus maxillaire ; les exostoses de l’orbite provenant des cellules ethmoïdales; la tumeur osseuse retirée d’une fosse nasale par Legouest; les tumeurs osseuses observées par M. Cloquet et qu’il a décrites comme des ossifications de polypes muqueux des fosses nasales. 11 faut encore y rattacher le fait récent de M. A. Pamard (1) .

3° Que la membrane qui revêt le sinus frontal ne fait pas exception et qu’elle devient parfois le siège d’exostoses ; tels sont les cas de Otto, de Roux, de Jobert (de Lamballe), de Holmes Coote et de Dolbeau.

(1) Société de chirurgie, 1865 et 1871.

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