DOL.REAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES
4° Que toutes ces exostoses sont toujours plus ou moins libres dans les cavités où elles ont pris naissance ; qu’elles peuvent, en se développant, s’enclaver d’une manière plus ou moins solide, mais qu’elles restent toujours indépendantes des os et qu’elles peuvent être enlevées, pourvu qu’on puisse leur ouvrir une voie suffisante ; d’où l’indication d’opérer de bonne heure.
5° Que les exostoses du sinus frontal en particulier ne font point exception, et que, malgré le voisinage du cerveau, ces tumeurs peuvent être énucléées; que le développement de ces tumeurs étant indéfini, il est sage de les opérer aussitôt que leur présence ne laisse plus de doute, afin d’éviter leur propagation jusque dans la cavité crânienne.
6° Que, dans le traitement de toutes ces exostoses, il faut renoncer à attaquer directement les tumeurs soit avec la gouge, soit même avec le trépan. Tous ces instruments ne peuvent entamer un tissu aussi dur, ils s’émoussent, et on a vu les meilleures cisailles de Liston se fracturer sans intéresser la tumeur. Il faut, comme nous l’avons déjà dit, ouvrir largement la cavité qui contient l’exostose, et il suffit alors d’ébranler en masse la tumeur pour la voir sortir en totalité et sans de trop grands efforts.
Je ne doute pas, pour ma part, qu’il ne faille rattacher certaines tumeurs dites pierres du cerveau à des exostoses venues soit du sinus sphénoïdal, soit des cellules elhmoïdales. L’examen microscopique de plusieurs de ces tumeurs a démontré qu’elles étaient uniquement constituées par du tissu osseux. Dans ces cas l’ostéome, au lieu de perforer par usure la table externe de la cavité, a progressé du côté de la cavité du crâne en détruisant au préalable la table interne du sinus.
Observation I. — Hôtel-Dieu (M. Dolbeau). — Exostose du sinus frontal droit. Ablation de la tumeur; guérison (I).
Poisson (Edouard), âgé de 21 ans, armurier, entré à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Côme n» I, le 23 septembre 1864.
Le malade qui fait le sujet de cette observation est un jeune homme bien portant ; il est petit de taille mais vigoureux, d’un tempérament nerveux. Son teint est assez coloré, ses cheveux sont noirs.
Ce jeune homme, dont la santé générale est parfaite, vient consulter pour une tumeur de l’orbite du côté droit. On voit en effet de ce côté une déformation notable de la région
(1) Voy. planche I, fig. 1, 2, 3, 4.
fronto-orbitaire, avec déviation du globe de l’œil. Il en résulte une altération dans la symétrie de la face, circonstance dont on pourra parfaitement juger en examinant le portrait du malade. Mais, avant de poursuivre cette description, disons en quelques mots quels sont les renseignements qui nous sont fournis par le jeune homme; c’est du reste d’après des notes parfaitement recueillies par M. Chaillou, l’un des internes du service,, que nous avons pu rédiger l’observation qui va suivre.
Fièvre typhoïde à 5 ans. Deux ans plus tard, affection inconnue dont le traitement a nécessité une saignée du bras. De 14 à 16 ans, fréquents maux de gorge ; à 20 ans, écoulement blennorrhagique qui a duré 6 mois. Jamais de manifestation syphilitique d’aucune espèce.
L’affection qui a conduit ce jeune homme à l’hôpital remonte à environ 3 ans. Vers cette époque, il fut sujet à des douleurs occupant le côté droit de la tète, et il s’aperçut en même temps que la région du sourcil droit augmentait de volume, lentement mais progressivement. Il y a 10 mois seulement que la tuméfaction a envahi l’orbite en même temps qu’elle soulevait la paupière supérieure droite.
Malgré les douleurs de tête, il n’y a jamais eu ni vomissements, ni paralysie, ni convulsions.
Tout récemment, le malade est demeuré 1 mois à l’hôpital Lariboisière dans le service de M. Bucquoy. A cette époque, il a pris chaque jour 3 grammes d’iodure de potassium sans qu’il survînt aucune diminution dans le volume de la tumeur. Tout au contraire, celle-ci a continué de s’accroître, et le malade a pu en suivre et en quelque sorte en mesurer les progrès par la déviation correspondante du globe de l’œil.
État actuel, 27 septembre 1864.
Nous avons déjà mentionné une certaine irrégularité dans la physionomie de notre malade, elle consiste en une tuméfaction de la région fronto-palpébrale ; de plus, le globe del’œil du côté droit est situé beaucoup plus bas que l’œil du côté gauche, circonstance qui nuit beaucoup à la symétrie faciale du sujet. En poursuivant l’analyse, on constate au-dessus du sourcil droit une tuméfaction arrondie, faisant une saillie d’au moins 1 centimètre, ce dont on peut juger très-bien en regardant le malade de profil. Cette tuméfaction occupe la moitié interne du sourcil, en même temps qu’elle remonte à 2 centimètres et demi au-dessus de cet organe. Par la palpation, on s’assure aussitôt que cette saillie est formée parle frontal lui-même, mais l’os résiste, et en aucun point on ne retrouve cette crépitation de parchemin, indice d’un amincissement de la table externe.
Au-dessus du sourcil, la paupière est saine; mais, au lieu de présenter son excavation normale, elle est projetée dans sa moitié interne par une tumeur qui la refoule en bas et en avant ; il en résulte une déformation qui porte également sur l’ouverture palpébrale et qui tient à ce que la paupière supérieure ne peut s’élever que très-incomplétement.
En explorant la tumeur à travers les téguments, on reconnaît qu’elle est dure, mais que sa surface, quoique arrondie, présente cependant quelques irrégularités, et entre autres une rainure qui correspond au bord supérieur de l’orbite. Cette tumeur n’est évidemment que le prolongement d’une production plus volumineuse qui a défoncé l’orbite et qui fait saillie sous la paupière.
Cette tumeur est fixe, indolente, d’une dureté osseuse ; cependant, en essayant de l’ébranler, on constate une certaine élasticité obscure. Nous verrons plus tard que cette dernière circonstance peut être rattachée à la texture même du produit pathologique.
Malgré l’envahissement de l’orbite vers son angle supérieur et interne, il n’y a pas