‹ Mémoire sur les exostoses du sinus frontalChapitre 7 sur 14 · DOLBEAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES · texte numérisé non relu

DOLBEAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES

d’exorbitis, l’œil est seulement rejeté en bas et en dehors, ses mouvements restent libres. La pupille a ses dimensions normales ; le malade cependant prétend que la vision de ce côté est un peu moins parfaite.

La sensibilité de la région fronto-palpébrale est émoussée, on détermine un peu de douleur à la pression au niveau du nerf frontal moyen ; enfin, quoique la tumeur soit à peu près indolente, le malade dit y éprouver tantôt une sensation de pesanteur, tantôt des élancements qu’il compare à des piqûres.

La déformation limitée à la région du sinus frontal droit, l’apparition à l’angle interne et supérieur de l’orbite d’une tumeur mamelonnée, dure et fixe, permettent de diagnostiquer une exostose du sinus frontal droit ayant déjà détruit la paroi inférieure de la cavité qui la contenait, mais ayant, suivant toute probabilité, respecté la paroi cérébrale du sinus.

La marche de la tumeur étant progressive, les désordres qu’elle peut produire ultérieurement, et enfin la possibilité d’isoler ces sortes de productions alors qu’elles ne sont pas très-volumineuses, toutes ces considérations engagent M. Dolbeau à proposer l’extirpation de l’exostose.

Le 29 septembre, en présence d’un certain nombre de nos collègues, nous pratiquons l’opération suivante :

Le malade étant plongé dans le sommeil anesthésique, je conduis deux incisions, l’une verticale, un peu en dehors de la ligne médiane du front; l’autre horizontale, parallèle au bord supérieur de l’orbite. Ces deux incisions se rejoignent à angle droit et constituent un lambeau triangulaire qui est immédiatement relevé vers sa base, ce qui permet de voir la base antérieure du sinus frontal.

Cela fait, la paupière supérieure rendue libre par l’incision horizontale peut être refoulée en bas en quelques coups de bistouri; on voit alors facilement la partie de la tumeur qui a fait irruption dans l’orbite. C’est une masse osseuse, d’un bianc mat, trèsdure et mamelonnée à sa surface ; on distingue en plus la perforation qui a laissé passage à cette exostose. En introduisant une spatule entre la tumeur et l’os frontal au niveau môme de la perforation, on fait éclater facilement la paroi antérieure du sinus ; il est alors aisé de constater que le sinus frontal est dilaté et que sa cavité est complètement remplie par une production osseuse qui envoie un prolongement à la partie supérieure et interne de l’orbite. Il reste alors à énucléer la tumeur.

Bien convaincu que cette production pathologique est libre dans la cavité qui la contient, je saisis la portion orbitaire de la tumeur avec un davier, et j’essaie d’arracher l’exostose.

A ce moment de l’opération survient une difficulté imprévue ; l’exostose étant spongieuse à son centre, la tumeur se sépare en deux portions, dont l’une reste fixée dans le fond du sinus. Le centre de la tumeur étant très-vasculaire, il se fait un écoulement de sang qui gêne notablement la manœuvre ; cependant nous attaquons le reste de l’exostose avec une gouge.

Des portions de tissu spongieux sont successivement enlevées ; puis, tout à coup, un fragment de 2 centimètres et demi de longueur sur t de largeur cède aux efforts de l’instrument.

Nous remarquons alors que la face profonde de ce fragment est composée par du tisssu compacte, très-dur, à surface lisse quoique mamelonnée; en un mot, nous acquérons la certitude que nous avons atteint la limite profonde de la tumeur.

Un second fragment analogue au précédent s’ébranle à son tour, et il ne reste plus

de l’exostose que la surface correspondant à la cloison qui sépare les deux sinus; c’est là évidemment le point d’implantation de l’exostose ; on y remarque une artère qui jaillit au milieu du tissu spongieux.

Je rugine cette surface d’implantation, j’oblitère l’artère avec une petite boulette de cire, et alors une injection d’eau fraîche supprimant le suintement sanguin, il est possible de voir toute la cavité du sinus dont les parois sont demeurées intactes.

Nous devons mentionner une circonstance qui nous a surpris un instant: au moment de terminer l’opération, nous avons vu sourdre un liquide albumineux, épais, ressemblant assez bien à de la matière cérébrale ; nous pensons que c’était là sans doute une sécrétion de la muqueuse demeurée saine.

Une petite boulette de charpie dans la cavité du sinus, une compresse d’eau fraîche sur le lambeau restitué à sa place, tel fut le pansement, et le malade fut reconduit à son lit.

Dans la soirée nous trouvons le malade calme, il se plaint un peu de la tête ; il a vomi une fois, probablement sous l’influence du chloroforme. Pas d’hémorrhagie, pouls à 64.

30 septembre. — La nuit a été bonne, le malade se plaint d’un peu de céphalalgie; du reste, le pouls est à 70 : on remarque un gonflement ecchymolique de la paupière du côté droit ; l’œil est sain et la vision conservée.

tcr octobre. — Dans la soirée du 30, la céphalalgie a augmenté, et le malade eut un peu de délire; actuellement encore, douleur dans la région du sinus gauche, œdème de la paupière du côté correspondant, pouls à 74, pas d’appétit. On enlève la charpie et l’on fait une injection avec l’eau-de-vie camphrée; purgatif.

2 octobre. — État général toujours le même, pouls à 80.

La suppuration commence à s’établir.

3 octobre. — La céphalalgie existe d’une manière très-pénible à la partie postérieure du crâne, la face est pâle; le malade est dans une légère somnolence, le pouls est tombé à 56, cependant la plaie est bonne et il n’y a pas de vomissements.

4 octobre. — Même état, pouls à 50.

5 octobre. — L’état général est meilleur, mais le pouls est de plus en plus lent, on ne compte plus que 48 pulsations au maximum ; cependant le malade demande à manger, et la plaie commence à se couvrir de bourgeons charnus.

Les jours suivants, le mieux se soutient, mais le pouls reste lent quoique fort. l 8 octobre. — Le pouls est remonté à 66, la plaie se comble.

10 octobre. — Le pouls marque 70.

15 octobre. — Le malade se plaint de céphalalgie, il a un peu de fièvre, pouls à 80 ; purgatif.

18 octobre. — Le pouls est revenu à l’état normal; l’état général est excellent, le malade se lève, mange, dort bien. La cavité du sinus est en grande partie comblée, mais il faut lutter contre le lambeau qui a de la tendance à s’enrouler du côté de la cavité.

Le 30 octobre, le malade sort de l’hôpital, sa plaie est cicatrisée.

Nous avons revu l’opéré dans les premiers jours de décembre, et voici ce que nous avons pu constater. La santé générale est parfaite, il n’existe plus la moindre céphalalgie; la cicatrisation est complète, mais le lambeau est légèrement tuméfié; il en résulte une saillie sur le plan du front; celte tuméfaction est du reste molle, indolente et réductible par la compression. Les téguments présentent une anesthésie presque complète dans l’étendue de 2 centimètres carrés.

L’œil droit est sain, tous ses mouvements sont libres, la vision intacte. Les paupières sont régulièrement conformées; néanmoins, quoique le globe de l’œil se soit notable-

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