‹ Mémoire sur les faits relatifs à la révocation de M. Bouillaud des fonctions de doyen de la Faculté de médecine de Paris et à la gestion de M. OrfilaChapitre 12 sur 30 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

Copies de trois pièces originales qui peuvent être immédiatement déposées entre les mains du procureur de la République (1).

En outre, dépositions de MM. L.. A., La.... et G..... (2).

(1) Le lecteur, au premier abord, ne se douterait guère. J’ai l’orgueil de le croire, que ces trois pièces sont dirigées contre moi. Je les tiens à la disposition des personnes qui voudront les voir, sans en excepter, assurément, M. le procureur de la République, entre les mains duquel J’engage fort les honnêtes gens qui me les ont adressées, à les déposer.

(2) Ces noms sont écrits en toutes lettres dans le charitable avis dont il s’agit.

§ III. Autres moyens dintimidation.

Je n’en finirais pas, si je voulais raconter tout ce qui, à mon égard et à l’égard de quelques uns de mes meilleurs amis, a été imaginé en ce genre d’influence. Je n’ajouterai que peu de chose à ce qui précède.

1“ Dans une des séances de l’assemblée des professeurs de la Faculté, du mois de novembre 1848, à propos d’un compte-rendu du procès-verbal d’une séance à laquelle il n’avait point assisté, M. Orfîla vint lire un singulier/hclwm, dans lequel il allait jusqu’à me menacer de je ne sais quel procès, si l’on n’insérait pas au procès-verbal une déclaration qu’on a d’ailleurs si étrangement défigurée et commentée, et sur laquelle je reviendrai plus loin (1).

2° Quelques jours avant la séancè de l’assemblée à la suite de laquelle je fus si mystérieusement révoqué et, à huit heures passées du soir, remplacé par un collègue, dont l’installation, parM. le chancelier de l’Université, n’a point de précédent dans l’histoire de la Faculté de médecine de Paris (ce qui suppose que le besoin d’un nouveau doyen se faisait bien vivement sentir); quelques jours, dis-je, avant cette séance, qui deviendra fameuse dans les fastes de l’Ecole, quelqu’un bien connu de M. Orfila, à ma sortie d’un 5® examen que j’avais présidé (MM. Marjolinet Richet étaient d’acte avec moi), ne vint-il pas me sommer de

(1) Cette déclaration, votée par l’assemblée et transcrite au procèsverbal, n’était en rien contraire aux faits que j’avais ai'ticulés et que Je maintiens dans les termes dont je me suis servi pour les exprimer. Par respect pour la dignité de la Faculté, je ne voulus point répondre au factum de M. Orfila, me réservant de le faire devant les tribunaux, s’il m’intentait le procès dont il avait parlé.

donner le soir même ma démission, sans quoi, dans la séance suivante de l’Assemblée, ce quelqu’un-là fulminerait contre moi un acte d’accusation vraiment terrible ? Me sommer de donner ma démission, que j’avais librement offerte plus d’une fois, c’était le meilleur moyen de m’empêcher de la donner; et je ne la donnai point, et je présidai comine doyen la séance où l’on devait porter contre moi une accusation si effroyable, et je renvoyai les accusateurs devant qui de droit... et je fus révoqué de mes fonctions de doyen pour avoir voulu , dans la faible mesure de mes forces, imiter ce justum et tenacem proposüi virum du poète latin.

EXTRAIT DU COMPTE-RENDU DE M. ORFILA , LU DANS LA SÉANCE DE L’ASSEMBLÉE DES PROFESSEURS DU 8 MARS 1848. — RÉFLEXIONS SUR CE COMPTE-RENDU.

§ I. Extrait du compte-rendu.

« Messieurs,

» En quittant l’administratien, dit M. Orfila, il est de mon devoir de rendre compte à la Faculté de la manière dont j’ai dépensé lés divers crédits qui m’ont été alloués et de vous faire connaître la situation actuelle des finances de l’Ecole. Vous examinerez et vous statuerez. »

Après avoir dit, sans le prouver, qu’à l’époque de sa nomination (en 1831), les services étaient en souffrance, M. Orfila ajoute :

«Mon prédécesseur, le célèbre Dubois, n’avait remplies fonctions du décanat que pendant un temps très court, et n’avait pu disposer que d’un budget insuffisant. Quant à M. Landré-Beauvais, nous kvons tous que ses bonnes intentions étaient paralysées par une santé

déplorable, et qu’il loi était dès lors impossible de porter sur les affaires administratives cette attention soutenue qui peut seule les amener à bonne fin (1). »

M. Orfila prétend que, pour faire face aux dépenses de sa première année d’administration, il contracta une dette de 30,000 f. (2).

Après avoir détaillé les dépenses faites en dehors du budget ordinaire, comme nous l’avons vu dans la note ci-dessous, M. Orfila poursuit ainsi :

« On peut donc évaluer au moins à 267,845 fr. 29 c. la somme que j’ai été obligé de me procurer pour acquitter les dépenses faites en dehors des budgets.

Voyons actuellement quelles ont été mes ressources :

1° En 1851, le budget de la Faculté n’était, pour la partie matérielle, que de 33,640 fr. ; je l’ai successivement fait élever, et il est aujourd’hui de 45,740 fr.;

2° J’ai fait des économies sur plusieurs parties du budget, en ne donnant à certains services que ce qui était strictement nécessaire :

3° J’ai sollicité et obtenu des divers ministres qui se sont succédé des allocations extraordinaires nombreuses ei importantes ;

4° J’ai fait demander aux chambres une somme de 40,000 fr, qui nous a été accordée ;

5° Enfin j’ai fait reporter d’un exercice sur l’autre des dépenses

(1) Que M. Orfila prenne la liberté de juger, ainsi qu’il le fait, l’administration du vénérable M. Landré-Beauvais, c’est un droit qu’on ne peut lui disputer. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que ce doyen n’avait pas un budget en déficit, et que, d’après une note de M. Amette, prise aux archives, au l«r janvier 1830 (c’est à la révolution de juillet 1830 que M. Landré-Beauvais fut remplacé par M. Dubois), la somme non employée sur le chapitre des dépenses variables était de 15,385 fr. 28 cent. Un doyen qui, à l’époque de sa révocation, laisse un déficit de plus de 50,000 fr., après avoir disposé de crédits si nombreux et si élevés, n’a-t-il pas un peu mauvaise grâce à s’exprimer comme il l’a fait sur l’administration d’un prédécesseur qui se retire en laissant, au contrame, un boni plus ou moins considérable?

(2) Il est bien fâcheux que M. Orfila ne donne aucune preuve à l’appui d’une aussi grave, assertion. Parmi les dépenses qui, suivant sa propre déclaration, l’obligèrent à contracter la dette dont il parle, il signale celle qu’exigea l’acquisition de tables en fonte pour remplacer les tables en bois des pavillons de dissection. Cet exemple de dépenses n’est pas très heureusement choisi ; car, ainsi que M. Orfila le reconnaîtra lui-même plus loin, il obtint, en 1832, pour l’achat des tables en fonte indiquées ci-dessus, un crédit de 8,000 fr. (C’est le premier des nombreux crédits extraordinaires dont nous aurons à parler dans le cours de ee Mémoire.)

faites, et qu’il m’eût été impossible d’acquitter avec les fonds dont je pouvais disposer.

La Faculté, j’en ai l’assurance, approuvera les quatre premières ressources dont je viens de parler. En sera-t-il de même de la dernière ? Je n’hésite pas à me prononcer pour l’affirmative. En effet, je savais qu’en agissant comme je l’ai fait, et en continuant à percevoir tous les ans des crédits extraordinaires, à la fin de l’année 1849, les recettes et les dépenses devaient se balancer ; il y a mieux : je savais qu’une fois la balance établie, les besoins des divers services exigeaient tout au plus 36,000 fr. par an, et notre budget est de'45,740 fr. Si l’adminisiratioii n’avait pas passé dans d’autres mains, à la fin de l’année prochaine, j’affirme qu’alors même que pendant les années 1848 et 1849 les allocations , extraordinaires n’eussent été que de 8 ou 10,000 fr. (et j’ai reçu 17,000 fr. l’au dernier), le résultat que j’annonce eût été obtenu, Mon successeur u’esfpas moins attaché que moi à la Faculté, et je suis persuadé qu’il emploiera le crédit dont il jouit à si juste titre, à combler les lacunes que présente le budget de 1848, et que je vais avoir l’honnenr de vous faire connaître. »

Après un calcul dont je lui laisse, bien entendu, la responsabilité, M. Orfila arrive à ce résultat : que le budget de 1848 ne

Quoiqu’il en soit, M. Orfila donne le tableau suivant des divers travaux et acquisitions faits en dehors du budget ordinaire :

« Première dépense faite en 1831.... 30,000 fr; » c.

Musée Dupuytren.. —../.... 60,288,29 \

Quatre armoires.. . ... 18,000,00[ 86,288 fr. 29 c.

PiècesThibert.... 8,000,00)

Jardin botanique... 37,7S7

Musée d’anatomie comparée.. 91,000

Laboratoire de M. Dumas.... 5,000 '

Laboratoire du professeur de'chimie inorganique. 3,5Ô0

Calorifère pour le musée et la bibliothèque. 4,300

Éclairage de la bibliothèque..... 3,700 -

Éclairage au gaz du grand amphithéâtre.. 1,300

Éclairage au gaz des amphithéâtres de l’école

pratique.. 1,000

Laboratoire de micrographie et huit microscopes, un microscope solaire, plusieurs piles. 3,600

Total... 267,843 fr. 29 c.

Les travaux de construction de la Clinique, s’élevant à environ 800,000 fr., ne sont pas mentionnés, parce qu’ils ont été soldés avec des fonds votés par la ville de Paris ou par les Chambres. Je ne fais pas non plus mention du traité que j’ai passé avec la ville de Paris, par lequel elle s’engage à faire un grand nombre de réparations; en 1843, 1846, elle a dû solder 52,000 fr. li c. «

grèvera celui de 1849 que d’une somme de 7,520 £r.; puis il coû^ tinue ainsi :

a Si M. le doyen yeui affecter au paiement d’une partie de cette somme le boni des dissections, il pourra la réduire à 4,470 fr. 5 savoir: 2,250 fr. pour les aides et 800 fr. pour le liquide Sucquet(l).

Or, j’ai dit que la Faculté pouvait faire face à toutes les dépenses avec 36,000 fr. au plus ; il resterait donc un boni d’environ 2,000 fr. à la fin de 1849, puisque le budget est de 45,740 fr. (2).

Les dépenses qui restent à solder pour l’arrangement de la salle d’Apollon, pour le cabinet d’histoire naturelle et pour la matière médicale, s’élèvent à peu de chose près à 7,350 fr. L’architecte va demander au ministre qu’un boni de 3,000 fr., résultant des travaux de la clinique, soit affecté au paiement d’une partie de cette dette. Les précédens sont tons de nature à me faire croire que le ministre accueillera cette proposition. Dans ce cas, la dette serait réduite à 4,350 fr. Cette somme, ce n’est pas à M. le doyen à la demander, mais à moi, et je m’engage à l’obtenir de l’Etat, parce que j’ai la conviction intime que le gouvernement de la République appréciera à leur juste valeur les efforts que j’ai faits pour compléter nos collections, et qu’il me tiendra quelque compte des démarches inouïes que j’ai faites auprès des anatomistes français et étrangers

(1) Ah! si l’auteur de ce calcul eût administré jadis conformément aux principes d’une saine économie, eût-il quitté le décanat en laissant ce déficit de plus de 40,000 fr. que nous allons voir signalé un peu plus loin dans le rapport de la commission, nommée au sein de la Faculté de médecine pour examiner la gestion de M. Orfila, ou bien mieux encore, ce déficit de plus de § 0,000 fr. reconnu plus tard par la commission de liquidation, nommée par M. Freslon ?

Mais quoi! en cessant ses fonctions de doyen au mois de mars 4848, M. Orfila lègue l’énorme déficit de plus de 30,000 fr. à son successeur, et il veut que celui-ci, avec un budget de 43,700 fr. pour l’exercice 1848, paie ce déficit de plus de ^0,000 fr., acquitte les dépenses de cet exercice 4848, et ne grève le budget de 4849 que de la modique somme de 7,520 fr.! En vérité. C’est là, ce me semble, un de cesîtours de force financiers, un de ces prodigesde comptabilité, dont il estbien permis’à un doyen vulgaire de se reconnaître incapable.

(2) Voilà le complément, et comme le couronnement de la rare sagacité financière dont M. Orfila nous a donné un peu plus haut une éclatante marque ! Mais n’est-il pas un peu surprenant qu’avec ce grand art qu’il possède en 1848 de combler ainsi les lacunes que présente un budget, n’est-il pas un peu surprenant, dis-je, que, pendant sa longue gestion, avec de si riches crédits ordinaires et extraordinaires, M. Orfila n’ait pas su balancer les recettes et les dépenses, et se soit retiré avec un déficit de plus 30,000 fr. ?

pour me faire donner, en objets matériels, qui sont déposés au Musée, une valeur de plus de 100,000 fr. »

§ II. Réflexions sur ce compte-rendu.

Le gouvernement de la République, sous le ministère de MM. Freslon et de Falloux, n’a pas voulu tromper l’espérance deM. Orfila, et ce n’est pas seulement la bagatelle de4,350fr., mais un déficit de plus de 50,000 fr., contracté par cet ancien doyen, qu’il laisse peser sur le trésor obéré de l’Etat. M. Orfila, comme on vient de le lire, m’avait fait la grâce de me dispenser de demander la somme de 4j350 fr., à laquelle il avait su réduire, ainsi qü’on vient de le voir, un déficit qui dépassait 50,000 fr. Je me suis, en effet, dispensé d’adresser une demande aussi légitime et aussi patriotique, et pour m’en dispenser, je n’avais certes pas besoin de la permission de M. Orfila. Oui, je m’en suis dispensé, et sans doute après un tel oubli de mes devoirs, c’était une peine bien douce, bien légère, que ma brusque révocation des fonctions de doyen !

L’assurance avec laquelle il proclame qu’il s’est fait donner en objets matériels qui sont au Musée, une valeur déplus de 100,000 fr., n’a rien qui doive étonner ceux qui connaissent bien M. Orfila. Ce n’est pas, qu’on me permette de le dire, l’assurance qui lui fait jamais défaut, c’est parfois la preuve, et jamais la preuve ne lui a plus manqué, je l’avoue, que dans le cas actuel. En effet, mettons de côté toutes les pièces anatomiques appartenant à l’ancien Musée de la Faculté , toutes celles données par divers anatomistes à la Faculté et non à M. Orfila, toutes celles que les prosecteurs, aides d’anatomie et préparateurs de l’Ecole

ont dû livrer gratuitement, toutes celles qu’on s’est procurées avec les fonds alloués par l’État ou par voie d’échange ; mettons, dis-je, toutes ces pièces de côté, et j’en appelle à tous ceux dont la compétence ne saurait être révoquée en doute, où trouverait-on les objets d’une valeur de plus de 100,000 fr., que M. Orfila prétend ainsi s’être fait donner par des anatomistes français et étrangers? où les trouverait-on, à moins toutefois qu’on ne fasse entrer en ligne de compte les pièces fictives et imaginaires ?

Mais admettons pour un moment, et contre toute vraisemblance, l’assertion de M. Orfila. Il resterait alors à justifier l’emploi de cessonimes énormes, puisées soit dans le budget ordinaire (à l’article collections), soit dans des crédits extraordinaires que M. -Orfila avait trouvé le secret de se faire allouer d’une main si généreuse, si libérale, pour ne pas dire si prodigue et à la fois si aveugle, soit encore dans le budget des pavillons, dont la spécialité devrait, être respectée à l’égal du dépôt lè plus sacré. C’est à M. Orfila de nous tirer de cet embarras, en acceptant l’enquête proposée à l’Assemblée nationale, et en offrant aux commissaires délégués tous les élémens de conviction qu’on est en droit d’exiger dans une aussi grave matière.

En attendant, on ne saurait, en conscience, accorder à Jf. Orfila qu’il s’est fait donner en objets matériels une valeur déplus de cent mille francs, k moins toutefois, nous prendrons la permission de le répéter, que l’on ne comprenne parmi ces objets les nombreuses pièces fictives, dont on a fait payer le lourd montant au trésor de l’État.

Déjà les documens contenus dans le premier article de ce Mémoire, ont dû sans doute, si je ne me trompe.

- Sâ-

dispoâët ie lecteur à se défier un peu de certaines afifirmations de M. Orfila. Ces documens ont montré qu’il ne se faisait pas toujours scrupule de se procurer des fonds au moyen de mémoires fictifs, ou de mémoires sur lesquels on portait [des objets appartenant à la Faculté, à laquelle ils avaient été donnés, soit par des professeurs, soit par d’autres personnes. Pourquoi, dans son compte-rendu, M. Orfila ne nous a-t-il rien dit de cet étrange système administratif, que nous allons voir tout à l’heure signalé dans le Rapport dé la commission de la Faculté, chargée d’examinér sa gestion ?

Mais, avant de faire connaître ce Rapport, n’oublions pas de prier M. Orfila de nous apprendre pourquoi, dans l’énumération des allocations de fonds qu’il s’est procurées pour acquitter les dépenses faites en dehors des budgets ordinaires, il ne dit pas un mot de la somme de 47,160 francs qu’il avait prélevée sur un legs de 200,000 fr. fait à la Faculté par Dupuy- Iren, non plus que de l’emploi qu’il en a fait. Qu’il veuille bien aussi dire pourquoi il s’est abstenu de parler catégoriquement du budget des pavillons, du Jardin botanique, de la Bibliothèque, du matériel de la Faculté , dont le doyen est le gardien, et de tant d’autres choses qui rentraient dans son administration. Ah! sans doute il était plus facile d’affirmer purement et simplement qu’on s’était fait donner pour une valeur de plus de cent mille francs en objets matériels déposés dans le Musée, que de rendre un compte exact, complet, régulier, et de présenter la justification de toutes les sommes qui, pendant les dix-sept aimées de la gestion de M. Orfila, ont été libéralement accordées à la Faculté de médecine. Toutes ces sommes réunies, d’après le

calcul consciencieux que j’en ai fait, ne s’élèveraient pas à moins de 1,800,000 francs à 2,000,000 fr. (1) Certes, avec la portion de cette immense somme dont on pouvait, dont on devait disposer pour l’enrichissement des musées de la Faculté, si quelque chose doit nous étonner, n’est-ce pas, peut-être, qu’ils aient été assez vastes pour contenir tous les objets acquis, aux frais de l'État, sans préjudice de ceux qui étaient donnés ; et que M. Orfila ait été obligé de faire ces démarches inouïes auprès des anatomistes français et étrangers, pour se faire donner ces objets matériels qu’il porte à une valeur de plus de cent mille francs? -

Résumons nos réflexions sur ce compte-rendu vraiment peu satisfaisant d’une administration de plus de dix-sept ans.

1“ Le compte-rendu de M. Orfila commence et finit par une sorte de supposition, ou du moins d’assertion non démontrée. En effet, jusqu’à plus ample informé, on peut considérer comme hypothétiques ou tout au moins comme extrêmement exagérées la dette de trente mille francs que M. Orfila dit, pour la première fois (2), avoir contractée en 1831, et la valeur de plus de cent mille francs en objets matériels, que M. Orfila prétend s’être fait donner par des anatomistes français et étrangers (3).

(1) J*ai compris dans ce total les 8 à 900,000fr. accerdés par la ville de Paris pour la construction de l’hôpital des cliniques, la réparation des combles du bâtiment des Cordeliers, somme dont M- Orfila lui-même a fait mention dans son compte-rendu.

(2) Il n’est fait aucune mention de cette prétendue dette dans les procès-verbaux des séances de la Faculté.

(3) On ne trouve rien dans les procès-verbaux des séances de la Faculté, où sont mentionnées la plupart des pièces offertes à la Faculté, qui légitime cette assertion. Certes, M. Orfila n’aurait cependant

2“ Les chiffres des dépenses détaillées, faites en dehors des budgets ordinaires, ne sont pas en parfait accord avec d’autres relatifs aux mêmes dépenses, tels que nous les rapporterons fidèlement plus loin; et d’ailleurs , toutes les pièces à l’appui n’ont pas été communiquées, ce qui était d’autant plus indispensable que, sur dix-sept ans et un peu plus de décanat, il en est onze pendant lesquels les procès-verbaux de la Faculté ne font aucune mention de ces comptes-rendus annuels, imposés à M. Orfila conformément à l’ordonnance constitutive de la Faculté. (Ces années sont les suivantes : 1831,1832 ou 1833, 1834,1835,1837, 1839, 1842, 1844, 1845, 1846,1847, dernière année que je place parmi celles qui manquent d’un conipterendu sérieux, attendu que le compte-rendu général de M. Orfila ne saurait en tenir lieu.)

3” Dans son compte-rendu, M. Orfila, par une omission dont on comprendra mieux plus loin l’importance, n’a point mentionné parmi les sommes qu’il a obtenues en dehors des budgets ordinaires, celle de 47,160 fr. prélevée sur le legs de 200,000 fr. fait à la Faculté par Dupuytren.

4° Au lieu de rendre , comme il le devait, un compte exact et sérieux de ses recettes et de ses dépenses , au moins pour les onze années dépourvues de compte-rendu, et d’avouer franchement le déficit considérable qu’il lègue à son successeur, qu’imagine M. Orfila, qui sait bien qu’en matière de finances et de comptabilité, il ne s’agit pas d’imaginer? Ce qu’il imagine, c’est dé nous entretenir des dépenses

pas laissé ignorer les offrandes qui lui auraient été faites, et dont il aurait ensuite enrichi le Musée.

faites en 1847 et des dépenses à faire en 1848(1). Il déclare d’ailleurs qu’il n’a pas encore reçu tous les mémoires, mais qu’il croit cependant pouvoir assurer que les chiffres qu’il va indiquer se rapprochent beaucoup de la vérité (2).

5“ C’est au 8 mars 1848 seulement que M. Orfila, après avoir cessé d’être doyen, découvre que les besoins des divers services exigeaient tout au plus 36,000 fr. par an, au lieu des 45,740 fr. portés au budget. Il faut convenir que la découverte est un peu tardive. Mais si 36,000 fr. suffisent ainsi aux besoins des divers services, à une époque où, comme M. Orfila le proclame avec une certaine vanité, ces services se sont multipliés et agrandis , pourquoi donc onUls été insuffisans aux époques antérieures? Une enquête ne. serait-elle pas nécessaire pour la solution de cette question?

(1) Ce n’est pas d’assertions, mais de preuves et de preuves indubitables qu’il s’agit en pareille matière.

(?) Le lecteur ne sera, sans doute, pas étonné que M. Orfila, dont le compte-rendu est du 8 mars 1848, n’ait pas encore reçu tous les mémoirés de tout Texercice 1848.

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