‹ Mémoire sur les faits relatifs à la révocation de M. Bouillaud des fonctions de doyen de la Faculté de médecine de Paris et à la gestion de M. OrfilaChapitre 21 sur 30 · MUSÉE · texte numérisé non relu

MUSÉE

Érigé aux frais de T État, en 1835, par les soins de M. ORFILA, doyen de la Faculté de médecine, qui lui a donné le nom de Musée Dupuytren, pour ^onorer la mémoire d'un homme célèbre et en recon-^ naissance d'un legs de 200,000 fr. fait à la Faculté par ce professeur pour la création d'une chaire d'anatomie pathologique.

Cette inscription qui, sous une apparence de pieuse reçpnnaissançe pour la ïuémoîre d’un honfune que

Thistoire placera parmi les plus illustres professeurs de la Faculté, et dont la chirurgie française se glorifiera éternellement; cette inscription, dis-je, si le commencement n’en était effacé et rectifié, consacrerait en quelque sorte à jamais une des plus incroyables contre-vérités dont on puisse conserver le souvenir.

Et ces mots : Musée érigé aux frais de VÉlat, sont doublement erronés. En elfet^ d’une part, on ne considérera pas, je pense, comme frais de VÉtat les 47,160 fr. prélevés sur le legs de 200,000 fr. fait à la Faculté par Dupuytren, pour l’érection du musée qui porte le nom de ce grand chirurgien ; et, d’une autre part, jusqu’à démonstration du contraire, il paraît, sinon certain, du moins très vraisemblable, que si l’État a été pour quelque chose dans l’érection du musée en mil huit cent trente-cinq, c’est uniquement pour avoir, hélas! permis que, contrairement au texte même du testament de Dupuytren, sur le legs de 200,000 fr. par lui fait à la Faculté de médecine de Paris pour la création d’une chaire d’anatomie pathologique, après le prélèvement de la somme nécessaire a l’achat de 7,000 francs de rente qui représentent les traitemens fixe et supplémentaire du professeur de la nouvelle chaire, le restant serait affecté à la construction du muséum d'anatomie pathologique (1).

( 1 ) On trouvera le texte même du testament de Dupuytren dans l’ordonnance suivante que contient le Code universitaire, publié par M. Rendu :

« Louis-Philippe, roi des Français, à tous présens et avenir, salut.

» Sur le rapport de notre ministre secrétaire d’État au département de l’instruction publique ;

* Vu l’extrait du testament olographe, en date du 2i octobre 1834, par lequel le baron Dupuytren, professeur à la Faculté de médecine de Paris, lègue à cette Faculté 200,000 fr. pour l’institution d’une chaire d’anatomie pathologique externe et interne;

» Vu la lettre adressée par M. le comte de Beaumont, pair de

VI. Quels sont maintenant les travaux réels qui ont été soldés par les 47,160 fr. provenant du legs Dupuytren, pour la construction d’un musée dans un bâtiment qui appartenait à la Faculté (bâtiment des Cordeliers)?... C’est là une question qu’une enquête exacte aurait pu seule résoudre. Je ferai, d’ailleurs, remarquer qu’il ne faudrait pas mettre sur le compte de ces 47,160 fr. les travaux relatifs à la réparation des combles du bâtiment des Cordeliers. En effet, ces travaux n’ont été exécutés que bien longtemps après la construction telle quelle du musée, et ils l’ont été au moyen d’un crédit de 45,000 fr. voté par le conseil municipal de la ville de Paris (1).

Comment un musée pour l’établissement duquel on n’avait touché des fonds qu’à la fin de juillet 1835, et dont les travaux devaient être mis en adjudication (travaux considérables, sans doute, puisque, d’après le dossier que nous avons mentionné plus haut, les dépenses qu’ils avaient exigées s’élevaient, y compris lès honoraires de l’architecte, à 73,041 fr. 83 cent.); comment, dis-je, ce musée, s’il fallait pour sa cons-

France, au doyen de la Faculté dé médecine de Paris, le 16 juin 1835, par laquelle il l’informe qu’il est prêt à acquitter le legs fait à ladite Faculté par M. le baron Dupuytren, son beau-père, lorsque les conditions imposées auront été accomplies;

» Vu l’ordonnance du 2 avril 1817 ;

» Vu la délibération du conseil royal de l’instruction publique du 23 juin 1833, notre conseil d’État entendu, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

» Notre conseil royal de l’instruction publique est autorisé à accepter, au nom de la Faculté de médecine de Paris, le legs de 200,000 fr. fait à ladite Faculté par le baron Dupuytren dans son testament du 21 octobre 1834.

» Art. 11 . Le legs sera employé à servir à l’institution d’une chaire d’anatomie pathologique interne et externe dans la Faculté de médecine de Paris. »

(1) Voir le procès-verbal de la séance de l’assemblée des professeurs des 3 et 17 juillet 1845.

truction dépenser une somme si considérable, put-il être ouvert au mois d’octobre de la même année ? Je laisse à de plus habiles que moi le soin de le décider.

Que si l’on me demande aussi comment on se procura les pièces, sans doute préparées d’avance, qui furent alors déposées dans ce musée, et quels furent les fonds consacrés à leur acquisition, je répondrai r qu’une grande partie des pièces qué contenait l’ancien musée en furent enlevées, je ne sais trop de quel droit et avec quelle autorisation, pour être transportées dans ce nouveau musée, construit et ouvert avec une rapidité presque fabuleuse, 2° et que M. Dupont déposa dans ce même musée une collection de pièces anatomiques modelées en cire, sur la promesse d’en toucher prochainement la valeur, promesse qui ne devait se réaliser, au contraire, que très tard (1). .

( 1 ) Les pièces de M. Dupont étaient comprises dans la collection de celles dont l’acquisition a été faite au moyen d’un crédit extraordinaire de 150,000 fr., demandé aux Chambres dès 1846, et accordé dans la session de 1847. (Je rappellerai que sur ce crédit, 40,000 fr. devaient être consacrés à l’acquisition de pièces anatomiques pour le musée dit à’anatomie comparée de la Faculté de médecine, de Paris, lesquels 40,000 fr., ainsi que nous l’avons vu précédemment, furent touchés au trésor d’une manière si déplorable.)

Rapporteur du projet de loi présenté à la chambre des députés, en 1846, je disais, à propos de la collection des pièces de M. Dupont : « La question de l’acquisition de ces pièces date déjà de loin. En octobre 1835, à l’époque où ie musée Dupuytren fut ouvert à la Faculté de médecine de Paris, M. Dupont y déposa sa collection de pièces anatomiques modelées en cire, sur la promesse d’en toucher prochainement la mieux- Cependant deux années s’étalent déjà écoulées sans que cette promesse eût reçu son accomptisseroent... »

Nous sera-t-il permis de faire remarquer combien il est étrange que M- Orûla n’ait pas proposé à la Faculté de consacrer à l’acquisition des pièces de M. Dupont, déposées, dès le mois d’octobre 1833, dans le musée Dupuytren, une partie de la somme, si considérable ( 47,160 fr.), prélevée sur le legs de 200,000 fr. fait par Dupuytren à la Faculté de médecine de Paris ? A cette époque, la somme dont il s’agit, versée entre les mains de M. Orflla, au lieu d’être déposée dans lapaisse

%. IL Legs de madame de CJiâteauvillard et de M. Barbier.

L Je ne dirai rien du legs de 100,000 fr. de madame de Châteauyillard, sur diverses parlicularités duquel je ne suis pas suffisamment édifié.

II. Quant au legs d’un prix de 3,000 fr., fait à la Faculté de médecine par M. Barbier, j’ai lu avec une attention religieuse le dossier assez volumineux qui lui a été consacré dans les archives de la Faculté, et, je l’avoue, il ne m’a pas semblé que mon prédécesseur, dans ses premières démarches, eût suffisamment défendu les intérêts du corps dont il était le représentant. Mais ce qui m’a le plus frappé, dans l’examen approfondi et consciencieux que j’ai dû faire du dossier, lorsque M. le ministre m’écrivit au sujet de ce legs, c’est qu’il manquait à ce dossier une pièce, à mon avis, très importante, savoir : la copie de la lettre en date du 10 février 1847, écrite par M. Or-

fila à M. F... , légataire de M. Barbier. Dans la

visite que je lui fis, M. F.., sans que je l’en eusse

prié, me moptra la lettre originale de M. Orfiia, Elle était de nature à susciter de sérieuses réflexions dans mon esprit, et il me sembla dès lors assez facile à comprendre pourquoi cette lettre manquait au dossier. Au reste, c’est a M. Orfiia qu’il appartient, s’il le juge convenable, de nous faire connaître le

de l’agent comptable, comme le prescrivait la lettre de M. le ministre de l’instructien publique, devait, en effet, être encore entièrement ou presque entièrement intacte et disponible. D’un autre côté, si, comme il est écrit dans l’un des procès-verbaux des séances de la Faculté, M. Orfiia avait obtenu 70,000 û. de l’Université pour l’établissement du musée Dupuytren, pourquoi n’a-t-il aussi rien prélevé sur cette énorme allocation pour l’acquisitiop des pièces de Dupont?

motif de celte lacune, et de publier une copie de la lettre originale que M. F.m’a présentée.

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