I. RÉCAPITULATION
1* Dans l’espace des trois dernières années seulement de son décanât (1), M. Orfîla a ordonnancé pour plus de 40,000 fr. de mémoires fictifs, exagérés ou comprenant des objets appartenant à l’École dont il était le doyen. Plusieurs de ces mémoires ont été signalés, de la manière la plus expresse, dans le-rapport de la commission de la Faculté de médecine sur la gestion de M. , Orfila, rapport présenté à M. le ministre de l’instruction publique, après avoir été lu devant l’assemblée des professeurs et approuvé par elle.
2° La majeure partie d’un crédit de 40,000 fr. volé par les Chambres en 1847, a été détournée de sa destination spéciale, payée par le Trésor sur des mé-
(1) Nous ignorons complètement quel a été l’emploi des crédits accordés pendant les neuf années autres que 1846 et 1847, pour lesquelles M. Orfila s’est dispensé, contrairement à l’ordonnance de février 1S23, de rendre ses comptes.
moires ou purement fictifs ou exagérés, et 9,000 fr. de ce même crédit, retenus par M. Orfila, contre toute espèce de droit, n’ont été restitués par lui que plusieurs semaines après qu’il avait été révoqué, et lorsqu’il avait déjà quitté l’établissement, fait d’une gravité inexprimable, également articulé dans le Mémoire de la commission de la Faculté de médecine présenté au ministre (1).
3“ En 1835, la Faculté de médecine est mise en possession d’un legs de 290,000 fr. qui lui est faitpar Dupuytren, pour la création d’une chaire d’anatomie pathologique. M. Orfila prétend que, dans un entretien qu’il eut avec M. Dupuytren peu de tempà avant sa mort, il lui fit observer qu’il rendrait uïi plus grand service à l’enseignement, en affectant une partie du legs de 200,000 fr. à l’établissement d’un Muséum anatomique. Il ajoute que celle proposition fut accueillie avec faveur par M. Dupuytren, qui néanmoins ne crut pas devoir changer les termes de ses premières dispositions (2). Eh bien! au mois dé juillet 1835, par un arrêté du conseil royal dé l’instruction publique, dont M. Orfila était membre , «7 est établi que sur le legs de 200,000 /r., il sera prélevé la somme nécessaire pour acheter 7,000 fr. de renies qui représentent les traitemens fixe et supplémentaire du professeur de la nouvelle chaire, et que le restant sera affecté à la construction dit Muséum d’anatomie pathologique.
( 1 ) Le reçu de la somme de 9,000 fr., présenté à la commission par M. le secrétaire-agent comptable de la Faculté, est lui-même une pièce d’une irrégularité singulière. Ajoutons que le mode de restitution de ces 9,000 fr.,n'est assurément pas lui-même un fait régrufôer.
( 2 ) Voir le procès-verbal de la séance de l’assemblée des professeurs du 11 février 1835.
La lettre ministérielle dans laquelle était inclus cet arrêté portait que ce restant serait déposé dans la caisse de l'agent comptable de la Faculté.
Notons d’abord que le texte du testament n’a pas été respecté.
Mais voyons quel a été le restant du legs , après le prélèvement indiqué ; voyons s’il a été réellement déposé dans la caisse de l’agent comptable, et quel en a été l’emploi ?
I. Le restant du legs après le prélèvement de 7,000 fr. de renies était de 47,160 fr.
IL D’après une déclaration verbale et écrite de M. l’agent comptable, cette somme de 47,160 fr. n’a pas été déposée dans sa caisse.
lîL.Enfin, rien n’est moins bien justifié que l’emploi de ces 47,160 fr., puisque 50,200 fr. (somme d’ailleurs supérieure au restant que nous connaissons) auraient été, d’après les registres des fondations, donnés à deux personnes qui n’avaient pas qualité pour les recevoir (1).
Pour compléter ce qui concerne cet acte de l’administration de M. Orfila, n’oubliOns pas de rappeler qu’au mépris de l’arrêté ministériel mentionné plus haut, qu’au mépris de ce qui est consigné dans le registre des fondations, on lit en tête de l’inscription placée à l’entrée de cette sorte de sanctuaire de la science, ces mots véritablement incroyables :
MUSÉE ÉRIGÉ AUX FRAIS DE l’ÉTAT...
Lnfin, avant de terminer, notons aussi, pour mémoire seulement, si l'on veut, que nonobstant les
(1) En effet, une de ces personnes était l’arcliiteele et l’antre le vérificateur ou l’inspecteur des travaux de construction du Musée, lesquels m’ont d’ailleurs déclaré qu’ils n’avaient pas touché les sommes pour lesquelles ils se trouvaient inscrits sur le registre des fondations.
7,000 fr. de rentes 5 0/0 achetés dès 1835 pour payer les 7,000 fr. de traitemens fixe et supplémentaire du nouveau professeur, si nous en croyons le procèsverbal de la séance des professeurs du 10 juin 1836, le budget des dépenses pour 1837 présente une augmentation de 3,000 fr. sur le traitement fixe et de 4,000 fr. sur le traitement supplémentaire, par suite
DE LA CRÉATION DE LA CHAIRE d’ANATOMIE PATHOLO¬ GIQUE !
4“ Sur la somme d’environ 95,000 fr. qui, dans l’espace des dix-sept années de décanat de M. Orfila, a été versée dans la caisse dite des pavillons de dissection , par les élèves, au moyen d’une rétribution dont on pourrait, à la rigueur, contester la légalité ; sur cette somme, disons-nous , 5.5,000 fr. au moins n’ont pas été, conformément à ce que prescrivaient les plus impérieux devoirs d’un doyen vraiment digne de ce nom, c’est-à-dire profondément dévoué aux intérêts des élèves, employés aux dépenses essentiellement inhérentes à cette espèce de budget (1).
5" De plus, nous avons montré que l’on avait, suivant toute apparence, payé sur les fonds des pavillons les frais d’un concours, qui avaient été portés aussi au compte du budget ordinaire de la Faculté. Il serait peut-être permis d’ajouter qu’en cherchant bien on trouverait quelque autre exemple d’un aussi malheureux double emploi. C’est ainsi que les élrennes aux surveiüans paraissent aussi avoir été payées,
(I) Je dois rappeler ici qu’en outre des sommes payées par les élèves, la caisse des pavaillons, qui devrait leur être exclusivement réservée, en a reçu quelques autres dont j’ai signalé, en temps et lieu, la fâcheuse origine.
— Blet sur les fonds des pavillons et au moyen d'une retenue sur le traitement des professeurs.