‹ Mémoire sur les faits relatifs à la révocation de M. Bouillaud des fonctions de doyen de la Faculté de médecine de Paris et à la gestion de M. OrfilaChapitre 29 sur 30 · SS · texte numérisé non relu

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II. Il n’en fut pasainsi avec son successeur, M. Vaulabelle, le seul des quatre ministres de l’instruction publique avec lequel il m’ait été donné de m’occuper à peu près à fond de la fâcheuse affaire de M. Orfila, pour me servir d’une expression presque officielle.

Toutefois, je suis obligé de dire qu’à différentes reprises j’écrivis à M. le ministre pour demander ce qui avait été décidé au sujet du rapport sur la gestion de M. Orfila, et que je ne reçus jamais aucune réponse. Un tel silence m’affligeait d’autant plus, que des fournisseurs dont les mémoires n’avaient pas été payés, venaient me harceler en quelque Sorte, ne m’épargnant ni des plaintes ni des reproches qui , en toute justice, ne pouvaient s’adresser qu’à M. Orfila. Ajoutez à cela que, par je ne sais quelle négligence un peu

Orléans, d’examiner avec soin, de concert avec le médecin du lycée, les réformes qu’il serait possible de réaliser immédiatement et de me faire connaître votré avis sur les moyens de conjurer le mal qui menace un établissement si digue d’intérêt. Vous voudrez bien me faire connaître également s’il y a lieu de licencier provisoirement le lycée, et si les malades qui pourront être atteints loin de leurs familles recevront dans l’établissement tous les soins nécessaires. Je compte entièrement sur votre patriotisme et sur votre haute expérience pour l’accomplissemcnt de cette mission.

« Recevez, etc. » Signé : Cartsot. » ^

C’est le 22 au soir que je reçus la lettre de M. le ministre, et dès le léndérnain, cette première journée de l’insurrection de juin, à 8 heures du malin, j’étais parti pour Orléans. Je consacrai près de quatre heures à l’examen dont j’avais été chargé.

Le 26 juin, lorsqu’à peine le dernier coup de canon d’une guerre, hélas! si lamentable, avait été tiré, je rédigeai un rapport très circonstancié sûr la mission que j’avais remplie, et il fut remis le même jour au ministère. Je terminais ainsi ma lettre à M.Carnot:

« Me sera-t-il permis d’ajouter qu’à mon retour à Paris, sur les 9 heures du soir, ce idest pas sans quelques difficultés que j’ai pu parvenir jusqu’à l’Ecole de, médecine, en passant par les quartiers Saint- Victor et Saint-Jacques, qui, paisibles le matin, étaient le soir hérissés de barricades?»

Il y a sept mois que ce rapport a été envoyé, et je n’ai pas encore reçu, je ne dirai pas un mot de remerciement, mais un simple accusé de réception, et j’aL cependant acquis la certitude que mon rapport était parvenu dans les bureaux.

suspecte, on me faisait également attendre, pendant de longues semaines, les réponses dont j’avais besoin pour régler certaines affaires urgentes de mon administration. Cependant l’époque des vacances approchait. Je fis une nouvelle et pressante demande à M. le ministre, pour savoir ce qui avait été résolu relativement au rapport de la commission de la Faculté sur la gestion de M. Orfila. Gomme les précédentes, cette demande resta sans réponse, bien que le conseil de rUniversité eût, au mois de juillet, prononcé son jugement sur le rapport dont il s’agit (1).

Chose étrange! à peine les vacances étaiei|t-elles venues, les bureaux de la Faculté fermés; à peine, comme les années précédentes, nous disposions-nous à partir, moi et ma famille , pour une campagne à 120 lieues de Paris, où m’appelaient des intérêts personnels assez sérieux, non moins qu’un grand besoin de prendre quelque repos ; à peine, je le répète, l’ouvertjire des vacances avait-elle eu lieu, qu’il m’arriva des bureaux du ministère une foule d’affaires, presque toutes relatives à la gestion de M. Orfila. Il me fallut donc renoncer à mon départ pour la campagne. J’écrivis a M. le ministre pour lui faire observer combien il m’était difficile, pour ne pas dire impossible, lorsque les bureaux de la Faculté étaient fermés, et que M. le secrétaire-agent comptable était lui-même absent de Paris, de régler les affaires relatives à la gestion de M. Orfila. Néanmoins, comme M. le. ministre in-

( 1 ) On se tromperait étrangement si l’on pensait que nies plaintes s’adressent au ministre. Je n’ai qu’a remercier M. Vaulabelle des relations que j’ai eues avec lui. Et peut-être n’a-t-il pas lui-même tout à fait oublié la lettre dans laquelle je lui disais que l’auteur de l’Histoire des deux Restaurationsi était bien digne de toutes les sympathies et dü concours dévoué des vrais amis de la gloire, de la grandeur et des véritables libertés de notre France républicaine.

sistait, j’écrivis d’abord à M. le secrétaire - agent comptable pour lui demander des renseignemens que lui seul possédait sur la gestion de M. Orfila, et comme sa présence devenait de plus en plus indispensable, je le priai de revenir à Paris, bien disposé à ne rien épargner, sans toutefois faire violence à ma conscience, pour ainsi qu’on me l’écrivit plus tard des

bureaux du ministère, à une solution régulière de la fâcheuse affaire de 31. Orfila. Comme il s’agissait pour moi d’une très lourde responsabilité, je dus étudier, en quelque sorte à nouveau et en sous-œuvre,, toutes les pièces du dossierj et je profitai de mon séjour à la Faculté, pendant les vacances, pour me procurer tous les documens que j’ai dû mettre à profit dans le cours de ce consciencieux Mémoire. Quel ne fut pas mon étonnement, en présénce des faits que ces recherches indispensables, et en quelque sorte forcées, portèrent à ma connaissance ! Mon étonnement ne fit que s’accroître par les déclarations des fournisseurs que j’avais fait appeler pour examiner leurs mémoires, et en ordonnancer un certain nombre, conformément au vœu de M. le ministre. Malgré toute ma bonne volonté j je ne pus me résoudre, en l’absence de là Faculté et de la plupart des membres de la commission qui avait faille rapport sur la gestion de M. Orfila, je ne pus, dis-je, me résoudre à signer des mémoires qui n'étaient pas en bonne forme (je le pouvais d’autant moins que ma conscience commençait pour ainsi dire à se révolter, en dépit de moi, contre une foule d’actes d’administration de mon prédécesseur venus à ma connaissance).

III. Ce fut alors que j’écrivis à M. le ministre de l’instruction publique (M. Yaulabelle) la lettre suivante :

Paris, 20 septembre 1848.

Le doyen de la Faculté de médecine de Faris à M. le ministre de l’instruction publique et. des cultes.

Monsieur le ministre.

Permettez à un fonctionnaire qui vous est dévoué, et dont l’unique intention est d’éclairer votre justice et votre religion, de vous adresser un dernier avis. J’avais espéré, monsieur le ministre, que, d’après le peu de paroles que je vous avais dites à votre dernière réception, et surtout d’après notre longue conférence de dimanche dernier, un plus ample informé vous paraîtrait indispensable, et que vous donneriez des ordres en conséquence. Je vois qu’il li’en est rien. Quel que soit donc le zèle qui m’anime pour la chose publique en général, et en particulier pour la noble et grande administration dont vous êtes le digne chef, je ne puis vous suivre plus long-temps dans la route où vous marchez, sansavoir préalablement recueilli les lumières du plus sérieux et du plus complet examén..

Veuillez, monsieur lé ministre, me faire connaître sans retard les devoirs que m’impose la détermination que je prends formellement ici, de ré accepter aucune part de la responsabilité des faits et actps antérieurs à mon administration, et de ne rien faire, en ce qui concerne la gestion de mon prédéceseeur, sans que la Faculté ait été officiellement informée du parti que M. h ministre aura cru devoir adopter, après avoir examiné, de la manière la plus approfondie, le rapport quune commission instituée par elle présenta, dans le cours du mois de mai dernier, à l’honorable M. Carnot, alors ministre. •

Je suis, avec respect et toujours avec le même dévoûment, monsieur le ministre, votre obéissant serviteur.

IV. M. le ministre ne resta point insensible à la lettre que j-avais eu Thonneur de lui adresser, et les 21 et 23 septembre, je reçus de M. le chef de la première division deux lettres dans lesquelles il m’écrivait ce qui suit :

« Monsieur le doyen,

» Je suis chargé, par M. le ministre d’avoir l’honneur de vous prier de vouloir bien assister à une nouvelle conférence qui aura lieu chez lui dimanche prochain, à onze heures du matin.

» M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, rapporteur de l’affaire Orfila, y assistera, ainsi que M. Gnigniaut, secrétaire-général dn conseil. J’aurai soin d’apporter toutes les pièces, y compris le rapport de la Faculté.

» Je désire sincèrement qu’il soit possible d’arriver à une solution RÉGULIÈRE de cette fâcheuse affaire; mais je comprends vos scrupules, et je ne demanderai jamais que ce que je ferais moimême.

» Veuillez agréer, etc. »

« Monsieur le doyen,

» M. le ministre désire vivement que M. Thénard puisse assister à notre réunion de dimanche matin ; mais l’honorable chancelier a été atteint d’une grave indisposition qui le retient à sa campagne de Fontenay-auœ-Roses. Il est cependant en état de recevoir ses amis et de soutenir une conversation sans trop de fatigue. M. le ministre a l’intention de se rendre demain, dimanche, à Fontenay, chez M-. Thénard, qui est prévenu de cette visite. MM. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et Guigniaut s’y rendront égalemént. M. le ministre espère que vous voudrez bien vous joindre à lui et chercher, de concert avec notre digne chanceher, les moyens de régler définitivement la fâcheuse affaire de M. Orrila...

» Veuillez agréer, etc. »

Je m’empressai de me rendre à la conférence proposée par M. le ministre, et j’eus l’honneur de lui exposer, ainsi qu’à MM. Thénard, chancelier de l’Universiié, Guigniaut, secrétaire-général du Conseil, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et Lesieur, les nombreuses raisons et les motifs impérieux qui ne m’avaient pas permis et ne me permettaient pas de signer les mémoires arriérés qui m’avaient été présentés, et à l’acquittement d’un certain nombre desquels M. le ministre avait cru devoir affecter un reliquat d’environ 16,000 fr., si J’ai bonne mémoire. Je n’ai point à faire le récit de tout ce qui se passa dans le cours de cette longue conférence. Qu’il me suffise de rapporter que, frappé des raisons et des motifs qui, malgré la peine profonde que j’éprouvais de ne pas me trouver en par-

fait accord avec M. le ministre et M. le chancelier, s’opposaient à ce que je signasse les mémoires relatifs au déficit laissé par M. Orfila, M. Vaulabelle leva la séance en disant : «Eh bien! M. Orfila paiera et il » sera engagé à donner sa démission de membre » du Conseil de l’üniversité ». Quant à moi, je déclarai que désormais , tout entier aux soins de mou administration, je voulais rester complètement étranger à l’affaire de M. Orfila. C’est pour me montrer fidèle à cette détermination, que , celui-ci m’ayant écrit pour me demander de vouloir bien signer de nouveauæ mémoires, je lui répondis que je n’avais plus à m’occuper de son affaire, et que c’était à M. le ministre seul qu’il appartenait de parler et d’agir (1).

y. Je respirais enfin ; car je croyais bien que tout était terminé, et que la résolution prise par M. Vaulabelle était irrévocable. Appelé auprès de M. le ministre, le 26 septembre, je m’entretins encore avec lui et avec M. le chef de la première division, des faits dont il avait été question dans la conférence de Fontenaÿ-aux-Roses; èt, je l’avoue, après tout ce qui fut encore dit ce jour-là, j’ai quelque peine à comprendre les choses qui se sont passées depuis. Quoi qu’il en soit, j’exprimai de nouveau à M. le ministre ma ferme résolution de ne pas m’occuper de cette affaire, dont je n’entendis plus parler, en effet , jusqu’au moment où M. Vaulabelle f^ut remplacé par M. Freslon.

Ici commence une nouvelle phase, et soüs les auspices du nouveau ministre, M. Orfila put espérer que son étoile ne continuerait plus à pâlir.

( 1 ) J’ai conservé la lettre de M. Orfila, qu’il me paraît plus que superflu de publier ici.

Le li novembre 1848, M. Freslon me fit l’honneur de m’écrire la lettre suivante :

Il novembre ISiS.

Monsieur le doyen,

J’ai l’honneur de vous annoncer que je viens d’instituer une commission à l’efTet de liquider les dépenses de la Faculté de médecine de Paris afférentes à l’exercice 1847 et aux exercices antérieurs, et de fixer avec exactitude le montant des sommes dues aux fournisseurs dont les mémoires n’ont pas encore été soldés.

Cette commission, qui sera présidée par M. Thénard, chancelier de rUnivêrsité, se réunira dans une des salles de la Faculté de médecine ; elle prendra connaissance des réclamations des fournisseurs, en vérifiera scrupuleusement la sincérité ainsi que le montant, s’assurera par elle-même de la réalité des fournitures faites et des travaux exécutés. -

La commission est autorisée à recueillir tous les renseignemens et à réclamer tous les documens qui lui seront nécessaires pour l’accomplissement de son mandat.

Je vous prie, monsieur le doyen, de faire disposer un local pour les séances de la commission, de faire rechercher dans les archives delà Faculté et de mettre à sa disposition les registres, documens et pièces de toute nature dont elle pourra avoir besoin, et d’inviter M. le secrétaire-agent comptable à donner toutes les explications verbales qui pourront lui être demandées.

Recevez, monsieur le doyen, l’assurance de ma considération très distinguée.

Le ministre de l’instruction publique et des cultes. Signé : Freslon,

Voici l’aiTêté qui était joint à la précédente lettre :

Le ministre secrétaire d’État au département de l’instruction publique et des cultes.

Considérant qu’il importe de liquider le plus promptement possible les dépenses de la Faculté de médecine de Paris afférentes à l’exercice 1847 et exercices antérieurs, et de fixer avec certitude le montant des sommes réclamées par les fournisseurs dont les mémoires n’ont pas encore été soldés ;

Vu le rapport de la commissiou chargée d’examiner la gestion de

M. Orûla, ancien doyen delà Faculté de médecine de Paris, lu à ladite Faculté dans la séance du 11 mai 1848 ;

Vu la délibération du conseil de l’Université, en date du 14 juillet 1848;

Arrête :

Art. l®"". Une commission est instituée à l’effet de liquider les dépenses de la Faculté de raédécine de Paris afférentes à l’exercice 1847 et exercices antérieurs.

Cette commission se réunira dans une des salles de la Faculté de médecine de Paris ; elle prendra connaissance des réclamations des fournisseurs dont les mémoires n’ont pas encore été soldés, en vérifiera scrupuleusement la sincérité et le montant, s’assurera par elle-même de la réalité des fournitures faites et des travaux exécutés. '

Elle est autorisée à recueillir tous les renseignemens et à réclamer tous les dqcumens qui lui paraîtront nécessaires à l’accomplisement de son mandat.

Art. 2. Ladite commission est composée de la manière suivante : M. Thénard, chancelier de TUniversité, président ;

M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, inspecteur-général et conseiller ordinaire de l’Université ;

M. Guigniaut, secrétaire-général du conseil de l’Université ;

M. Trousseau, professeur à l’École de médecine de Paris, représentant du peuple ;

M. Denonvilliers, professeur à l’École de médecine de Paris ;

M. Adelon, professeur à TÉcoîe de médecine de Paris;

M. Lesieur, chef de la première division du ministère dp l’instruction publique

M. Danet, sous-chef du bureau des Facultés, remplira les fonctions de secrétaire.

Fait à Paris, le 8 novembre 1848-

Signé : A. Freslon.

Pour ampliation :

Le chef du secrétariat ,

Signé : V. COLUN. .

VI. Le 16 novembre 1848, je reçus de M. le président de la commission, chancelier de l’Université, la lettre suivante :

Monsieur le doyen,

La commission que j’ai l’honnenr de présider vient d’arrêter, dans sa première séance, que vous seriez prié de vouloir bien lui transmettre, pour la séance prochaine, qui aura lieu mardi, 21 courant :

1? Un état exact des dettes de la Faculté, en indiquant l’époque précise où elles ont été contractées ;

2“ Les observations que vous croiriez avoir à faire sur le rapport de la commission de la Faculté, concernant la gestion de votre prédécesseur.

Agréez, je vous prié, monsieur le doyen, l’assurance de ma haute considération.

Le chancelier de l’Université, président de la commission.

Signé : Thénard.

P.-S. Veuillez m’adresser les pièces à la Faculté même, mardi, à huit heures du soir.

Je m’empressai de faire rédiger, par M. le secrétaire-agent comptable, l’état demandé par M. le président, état portant que le déficit de M. Orfila s’élevait, au moment de sa révocation, à 50,919 fr. 51 c.

En lui transmettant cet état, je répondis à M. le président que je ne croyais pas avoir d’observations à faire sur le rapport de la commission de la Faculté.

Le 25 novembre, M. le président m’écrivit une nouvelle lettre que voici :

Monsieur le doyen.

J’ai eu l’honneur de communiquer à M. Orfila la lettre et les pièces que vous avez bien voulu m’adresser, d’après la prière que je vous en avais faite.

M. Orfila m’a adressé la réponse dont j’ai l’honneur de vous donner copie. Ayez la bonté de prendre connaissance de ses observations et de me transmettre pour mardi prochain celles que vous auriez à faire.

Agréez, je vous prie, monsieur le doyen, l’assurance de ma haute considération.

Signé : Thénard, président.

Il ne fallait pas être doué d’une bien grande pénétration pour comprendre où l’on en voulait venir.

Pour moi, fidèle à la ferme résolution de ne prendre, ainsi qu’on l’a vu plus haut, aucune part active à rien de ce qui concernait la gestion de M. Orfila, je me contentai d’adresser à M. le président la réponse suivante :

Paris, le 28 novembre 18i8.

Le doyen de la Faculté de médecine de Paris, à M. le chancelier

du conseil de V Université, président de la commission de li-~

quidation.

Monsieur le président,

J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, en date du 25 de ce mois, ainsi que la copie de la réponse que M, Orfila avait adressée à la commission. Suivant le désir que vous m’en avez exprimé, monsieur le président, j’ai pris connaissance de celte réponse, gui ne doit être de ma, part l'objet d’aucune observation. Je n’en suis pas moins profondément sensible aux égards que la commission veut bien avoir pour moi, et je l’en remercie de toute mon, âme.

Quant à vous en particulier, monsieur le président et très illustre maître, vous connaissez les sentimens que depuis bien long-temps je me suis fait gloire de professer pour votre personne; mais je saisis toujours avec un vrai bonheur l’occasion de vous en renouveler la vive et sincère expression.

J. Boüillaud.

P.-S. Je joins à cette lettre la copie de la réponse de M* Orfila, dont la commission pourrait avoir besoin ce soir.

VU. Le 18 décembre 1848, je reçus de M. le ministre la lettre et l’arrêté sui vans :

Paris, le 18 décembre 1848.

Monsieur le doyen,

Je vous transmets ci-joint l’ampliation d’un arrêté que j’ai pris le Ifi décembre courant, sur le rapport de la commission instituée pour liquider les dépenses arriérées de la Faculté de médecine, afférentes aux exercices 1847 et antérieurs. Par cet arrêté, j’ai accordé à la Faculté de médecine, conformément à la proposition de la commission, une allocation extraordinaire de 25,000 fr., savoir :

Sur le reliquat disponible de l’exercice 1847. . lO.OOOf.

Sur les fonds libres de 1848. 15,000

qui serviront à acquitter une partie de ces dépenses. Le surplus sera imputé sur les ressources ordinaires du budget de la Faculté pour l’exercice 1848.

Vous voudrez bien, monsieur le doyen, m’adresser, dans le délai de huit jours, des mémoires en bonne forme récapitulés dans des bordereaux dûment arrêtés, pour les dépenses à faire payer, tant sur le reliquat disponible de l’exercice 1847 que sur les fonds libres de 1848 et sur le budget ordinaire de la Faculté.

Je vous prie, monsieur le doyen, de vous conformer aux dispositions du présent arrêté et d’en faire parvenir une copie certifiée àM. Orfila.

Recevez, monsieur le doyen, l’assurance de ma considération très distinguée.

Le ministre de l’instruction publique et des cultes ,

Sfâ'ne: Â. Freslon.

Voici l’arrêté dont il est question dans la précédente lettre :

Nous, ministre secrétaire d’État au département de l’instruction publique et des cultes :

Vu l’arrêté du 8 novembre dernier, par lequel une commission a été instituée- à l’effet de liquider les dépenses de la Faculté de médecine de Paris afférentes à l’exercice 1847 et aux exercices antérieurs ; -

Vu le rapport de cette commission en date du 7 décembre suivant; -

Vu le rapport de la commission de la Faculté de médecine chargée d’examiner la gestion de M. Orfila, ancien doyen, lu à la Facultéle 11 mai 1848 ;

Vu la délibération du; conseil de l’Université, éh date du 14 juillet, sur la gestion de M. Orfila ;

Considérant qu’au mois de mars 1848, époque où a cessé l’administration de l’ancien doyen, il restait à solder des dépenses arriérées afférentes aux exercices 1847 et antérieurs, pour fournitures et travaux, montant à 50,060 fr. 61 c. ;

Que ces fournitures ont été faites pour le matériel ordinaire de la Faculté;

Que les travaux ont eu pour objet l’appropriation de la galerie d’Apollon, suite et complément de la galerie d’Anaiomie comparée, ainsi que diverses réparations et améliorations,dans les bâtimens ;

Que ces dépenses faites sans autorisation et sans qué des crédits aient été ouverts, contrairement aux règles de la comptabilité et aux principes fondamentaux de toute bonne administration, constituent de très graves irrégulariléset doivent être sévèreménl blâmées;

Que néanmoins les investigations de la commission de liquidation ont constaté la sincérité et l’exactitude de tous les mémoires, ainsi que l’utilité des dépenses pour le service de la Faculté ;

Que dans cet état de choses il ne serait pas équitable de laisser les dépenses dont il s’agit à la charge de l’administration qui les a irrégulièrement ordonnées ; ,

Que la commission de liquidation a constaté en outre que sur les 50,060 f. 61c.

Il a déjà été acquitté,

D’une part.

De l’autre.

Et qu’il reste encore à solder.. 32,697 30;

Que la commission a proposé 1° d’accorder à la Faculté de médecine une allocation extraordinaire de 25,000 fr., dont 10,000fr. seraient imputés sur le reliquat disponible que présentent les crédits du chapitre vi (exercice 1847) et 15,000 fr. sûr les crédits disponibles de l’exercice 1848 ; 2° de faire acquitter le reste de la somme sur les crédits affectés au service ordinaire de la Faculté ;

Arrêtons : '

Art. 1®'. Une allocation extraordinaire de 25,000 fr. est accordée à la Faculté de médiciriè de Paris sur les fonds libres des exercices de 1847 et 1848, chapitre vi du budget, pour le paiement des dépenses ci-après, savoir : '

Exercice 1847.

Travaux de la galerie d’Apollon. . . . . . . . . 8,756 f. 40 c. Rousseau, fourniture de produits chimiques. . , 1,243 60 Tbtal. . . . . . . 10,000 »

Exercice 1848.

Mémoires de travaux réglés par \

l’architecté.. 9,362 f. 92 c, ]

Complément des travaux de la j

galerie d’Apollon. 5,430 19 > 14.997 01

Ravisé, fournitures de produits

chimiques... . 133 90

Soleil, 2 prismes.. , 70 »

ART. 2. Les 7,700 fr. 30 c. formant le complément des dépenses restant à acquitter, seront imputés sur le budget ordinaire de la Faculté, (Exercice 1848.)

Art. 3. Le présent arrêté sera transcrit sur le registre des délibérations de la Faculté de médecine.

Art. 4. Le doyen de la Faculté de médecine de Paris est chargé, en ce qui le concerne, de rexécution du présent arrêté.

Fait à Paris, le 16 décembre 1848,

Siÿwe: A. Freslon.

Pour ampliation :

Le chef du secrétariat.

Signé : Collin.

VIIL Le 22 décembre, j’eus l’honneur d’adresser la lettre suivante à M. de Falloux , qui venait de succéder à M. Freslon :

Paris, le ^ décembre 18i8.

Le doyen de la Faculté de médecine de Paris à M. le ministre de l’instruction publique et des cultes.

Monsieur le ministre,

je viens appeler toute votre attention sur une affaire à laquelle il importe de donner, le plus prochainement possible, une solution conforme aux inviolables principes de l’équité et aux règles de la saine administration.

Voici, monsieur le ministre, le rapide exposé de cette affaire, relative à la gestion de mon prédécesseur.

Dans une lettre, en date du 18'de ce mois, M. le ministre auquel vous succédez m’a transmis l'ampliation d’un arrêté qu’il a pris le 16 décembre courant, sur le rapport de la commission instituée pour liquider les dépenses arriérées de la Faculté de médecine, afférentes aux exercices 1847 et antérieurs. Par cet arrêté, M. votre prédéceseur a accordé à la Faculté de médecine « une allocation extraordinaire de 25,000 fr., qui serviront à acquitter une partie de ces dépensés. Le reste sera imputé sur les ressources ordinaires du budget de la Faculté pour l’exercice 1848. »

Le reste monte, monsieur le ministre, à 7,700 f. 30 c. Si l’on ajoute cette somme à celle de 9,006 fr. 05 c., qui a été également employée à solder des dépenses antérieures à l’exercice 1848, on obtient un total de 16,707 fr. 05 c. Or, le budget qui se trouverait ainsi grevé d’une somme de 16,707 fr. 05 c., pour acquitter des

dépenses arriérées, ne s'élève qu’au chiffre de 45,7ZiO fr. Il suffit évidemment de mettre ces chiffres sous les yeux de monsieur le ministre, pour qu’il devine aussitôt que l’arrangement proposé entraînerait nécessairement un déficit plus ou moins considérable dans le budget de 1848.

Quel que soit mon respect pour l’arrêté dont l’ampliation m’a été transmise, il m’a semblé que prélever ainsi 16,707 fr. 05 c., c’està-dire plus du tiers du budget alloué à la Faculté pour l’exercice 1848 (Service du matériel), afin de solder des dépenses antérieures à cet exercice, constituait une mesure assez insolite pour que je dusse, monsieur le ministre, la soumettre à votre examen le plus sérieux. Quant à moi, je ne pourrais accepter l’arrangement proposé sans encourir une grave responsabilité, et sans laisser encore ouvert ce gouffre du déficit qu’il s’agit précisément de fermer. Or, la seule idée d’un déficit dans le budget dont j’ai été chargé de régler les dépenses, ne me laisserait aucun repos.

Grâce au ciel, monsieur le ministre, je n’ai pas à redouter un déficit pour les dépenses que j’ai autorisées. Au contraire, j’ai la satisfaction de pouvoir annoncer à monsieur le ministre que les dépenses de l’exercice 1848 , loin d’avoir excédé le crédit alloué à la Faculté, resteront au dessous de ce crédit. Mais le boni dont je ne puis encore connaître le chiffre précis, serait bien insuffisant pour couvrir lés 16,707 fr. 05 c. dont il a été question plus haut.

Je me plais à espérer, monsieur le ministre, que vous trouverez le moyen de solder les dépenses arriérées de la Faculté, Sans porter au budget de 1848 une atteinte qui ne lui permettrait pas de couvrir des dépenses déjà effectuées. Ce sera rendre à notre Faculté un de ces services signalés dont on garde long-temps le souvenir (1).

Je suis, avec respect, etc.

Bodilladd.

J’écriyiis la lettre qu’on vient de lire à la suite d’une séance de l’assemblée des professeurs, dans laquelle il avait été question de l’arrêté de M. Preslon. J’avais annoncé que je ne pouvais assumer la

(4) Oa voit, par ce passage, si je ne m’efforçais pas d’arranger, autant que ma conscience me le permeltait, l’affaire de M. Orfila. On verra tout à l’heure comment on répondit à ma longanimité.

responsabilité d’un pareil arrêté, ni par conséquent apposer ma signature sur des mémoires arriérés que j’avais déjà refusé de signer, sous le ministère de M. Vaulabelle. J’ajoutais que, si quelqu’un de mes collègues voulait accepter cette responsabilité, j’étais prêt à lui céder mes fonctions de doyen, et que j’étais, d’ailleurs,prêt aussi, en tant que professeur, à partager avec mes collègues une responsabilité que je déclinais comme doyen. Qui le croirait ? nul ne se présenta pour me remplacer. Je consentis néanmoins à causer le lendemain avec M. Thénard, président de la commission , qui devait signer les mémoires, et dont la signature, avait-on dit, pouvait dispenser de la mienne.

M. Denonvilliers devait se réunir à M. le chancelier et à moi. La réunion eut lieu, en effet, le lendemain soir, et je motivai mon refus de signer les mémoires arriérés. J’annonçai alors que j’attendais une réponse à une lettre que j’avais écrite au nouveau ministre (celle du 22 décembre), lequel n’accepterait pas, peut-être, la responsabilité de l’arrêté de son prédécesseur. M. le chancelier me répondit de manière à me persuader que l’affaire était terminée, et que M. de Falloux ne refuserait pas de ratifier l’acte de son prédécesseur.

IX. Le moment est venu de rapporter un fait des plus graves, qui se rattache, de la manière la plus intime, à ceux qui précèdent, et sans la connaissance duquel tout serait inexplicable dans les événemens vraiment inouïs qui me restent à raconter. Déjà, dans l’article 1®” de la première partie de ce Mémoire, j’ai parlé ainsi qu’il suit du fait dont il est maintenant question : « Quelques jours avant la séance de l’assemblée , à la suite de laquelle je fus si mystérieusement révoqué, quelqu’un, bien connu de M. Orfila,

à ma sortie d’un examen que j’avais présidé (MM; Marjolin et Richet étaient d’acte avec moi), ne vint-il pas me sommer de donner le soir même ma démission, sans quoi, dans la séance suivante de l'assemblée, ce qüelqu’un-là fulminerait contre moi un acte d’accusation vraiment terrible (1)? »

C’est le 23 décembre dernier que me fut adressée cette sommation, dont l’auteur (l’expression est bien douce) n’était autre, on le devine aisément, que M. Orfila lui-même, auquel on avait annoncé ce qui s’était passé dans mon entrevue avec M. Thénard et mon refus de signer les mémoires. Quoi ! s’écrieront, sans doute, bien des lecteurs, un membre du conseil de l’Université, un professeur de la Faculté de médecine, dont il a été le doyen pendant plus de dix-sept ans, un commandeur de la Légiond’Honneur, un homme, dont un ministre, M. de Falloux, a célébré la moralité du haut de la tribune nationale, aurait ainsi, dans un endroit où il croyait n’être pas entendu, soinmé un doyen, son supérieur, do donner sa démission! Non, un tel acte est impossible. levons comprends, hommes de cœur, qui pariez en ceslermes. Oui, la chose est impossible, mais elle est (2).

Je fis de cette sommation le cas qu’elle méritait. Je ne donnai point ma démission, et Je ne manquai pas de présider la séance où devait être portée contre

( 1 ) J’ai pris une note exacte des divers chefs dont celte curieuse acciisatibn devait se composer, et je la tiens à la disposition des persbnnes qui voudraient en prendre connaissance.

(2) On a remis entre mes mains une déclaration signée, de laquelle il résulte que deux élèves en médecine, qui avaient assisté à l’examen, ont entendu cette sommation. (L’examen eut lieu dans l’amphithéâtre de la Charité, où M. Orfila vint s’asseoir parmi les élèves, un quart d’iwire epviron avant la sortie des examinateurs.)

moi cette formidable, ou plutôt cette folle accusation, dont le bruit courait déjà parmi les élèves. Mais, comme j’étais ainsi prévenu qu’on préparait un nouveau scandale pour cette séance, j’avisai, mon code de juridiction universitaire à la main, au moyen légal d’épargner à l’assemblée une scène qui n’eût pas manqué de compromettre sa dignité.

La séance eut lieu le 28 décembre. Lorsque les objets à l’ordre du jour eurent été épuisés, j’accordai la parole à l’un de mes collègues, qui la demandait à l'occasion des affaires relatives à la gestion de M. Orfila.

Or, comme il annonça formellement, et à deux reprises, qu’il voulait m’accuser d’avoir manqué à mes devoirs, après l’avoir prié confraternellement de se modérer, je lui déclarai que les décrets et réglemens universitaires ne me permettant pas de lui accorder la parole pour un tel objet, je me voyais forcé de la lui retirer.

Alors, pour justifier celte mesure, je lus à l’assemblée, au milieu du plus grand silence, la note suivante, que j'avais préparée à l’avance , et dont je demandai l’insertion textuelle au procès-verbal.

«Vu les articles Siiivans du décret du 15 novembre 1811 (1) :

» En conséquence du décret du 17 mars 1808, rUniversité aura juridiction sur ses membres en tout ce qui touche l’observation de ses statuts et réglemens, l’accomplissement des devoirs et des obligations de chacun, les plaintes et les réclamations contre ses membres relativement à l’exercice de leurs fonctions, les injures, diffamations et scandales entre

(1) Art. 41,42, 84 et 85.

les membres, et l’application des peines encourues par les délinquans.

» Cette juridiction sera exercée par le grandmaître et par le conseil de l’Université, conformément aux statuts et réglemens.

» Ces plaintes auront lieu pour les contraventions aux devoirs et pour les délits mentionnés au titre précédent (1).

» Les réclamations et les plaintes contre les membres de rUniversilé seront portées devant le recteur de l’Académie dans le ressort de laquelle le membre inculpé exerce ses fonctions.

» Yu, dis-je, les articles précédens, je ne puis continuer la parole à mon collègue, M. *** (2), sur le sujet pour lequel il vient de la demander, et comme il n’y a plus rien à l’ordre du jour, la séance est levée. »

(1) Ce titre est celui des contraventions, des délits et des peines.

(2) Ici se trouvait écrit le nom deM Orfila, lequel, comme je l’ai rapporté plus haut, m’avait, en effet, menacé d’une accusation dont il m’avait, par anticipation, fait connaître les divers élémens, le jour où je lui refusai la démission qu’il était venu me sommer de donner, dès le soir même, tant, à ce qu’il paraît, la nomination d’un nouveau doyen devenait urgente pour lui. Mais il ne demanda point la parole pour développer cette accusation, dont le but et le motif n’échapperont certainement à aucun de ceux qui auront bien lu ce Mémoire.

Quant au collègue qui, a deux fois, répéta qu'il m’accusait d’avoir manqué à mes devoirs, ah l ie l’avoue, cela n’aurait pas manqué de m’étoiiner, si la longue expérience que j’ai des hommes ne m’avait appris à ne m’étonner de rien. J’en appelle, en effet, à sa justice et à sa bonne foi : comme collègues depuis tant d’années, n’avionsnous pas toujours eu ensemble les meilleures relations ? Pendant le court espace de temps qu’a duré mon décanat, ne lui avais-je pas donné des témoignages particuliers de mon plus vif intérêt, et pour lui-même, et pour rétablissement qui se rattache à l’objet de son enseignement ? Ne lui avais-je pas accordé, avec l’empressement le plus confraternel, ce qu’il m’avait demandé dans une lettre du 12 septembre dernier, où bien loin de m’accuser alors de manquera mes devoirs, il avait l’obligeance de m’écrire : « Le zèle et l’empressement que vous avez mis jusqu’à présent à améliorer les diverses parties du grand établissement confié à vos soins éclairés, me font espérer que ma demande sera favorablement accueillie par vous » ?

— lOi —

Alors, je me levai, et en me retirant, dans le plus grand calme, je répétai ces mots : La séance est levée!

Aussitôt que je fus rentré dans mon cabinet, j’écrivis à monsieur le ministre de l’instruction publique la lettre suivante, que je lus à quelques amis, et que je fis ensuite porter, par une personne dont j’étais sûr, au secrétariat du ministère de l’instruction publique :

Paris, 28 décembre 1848.

Le doyen de la Faculté de médecine de Paris à M. le ministre de l’instruction publique et des cultes.

Monsieur le ministre,

Je m’empresse de vous informer qu’à la fin de la séance de l’assemblée des professeurs, tenue aujourd’hui, lorsque toutes les affaires à l’ordre du jour avaient été soumises à sa délibération, un des professeurs, ayant demande la parole pour accuser le doyen actuel d’avoir manqué à ses devoirs, je me suis vu obligé, afin d’éviter une discussion fâcheuse , de lever la séance. Je ne l’ai fait, toutefois, qu’après avoir lu à l’assemblée les articles 41, 42, 84 et 85 du décret du 15 novembre 1811. Cet incident s’est produit à l’occasion d’une démarche qui doit être faite auprès dé M, le chancelier Thénard, président de la commission de liquidation des dépenses arriérées de la Faculté, antérieures à mon administration, et s’élevant à la somme de 50,060 fr. 61 c.

Je n’ai d’ailleurs eu connaissance d’aucun désordre survenu soit à l’intérieur, soit à l’extérieur de la Faculté.

Je prie monsieur le ministre de répondre le plus promptement possible à laprésente lettre et à celle que j’ai eul’honneurde lui écrire le 22 décembre courant, au sujet de l’ampliation d’un arrêté que son prédécesseur a pris le 16 du même mois, sur le rapport de la commission instituée par lui pour liquider les dépenses arriérées de la Faculté de médecine, afférentes aux exercices 1847 et antérieurs,, sous la gestion de M. Ôrfila.

Si monsieur le ministre veut m’honorer d’une audience particulière, je me tiens à sa disposition.

Je suis, avec respect, etc.

Bodillabd.

Je ne reçus point de réponse à cette lettre , nois

plus qu’à celle du 22 décembre, lesquelles réclamaient cependant, l’une et l’autre, une réponse d’urgence. Cela commençait à me préoccuper d’autant plus, que mes collègues , MM. les professeurs, au lieu de se séparer, lorsque, usant de mon droit, j’avais levé la séance du 28 décembre, s’étaient, ve^^ nait-on me dire, constitués en permanence, sous la présidence de l’un d’entre eux, et, sans rien me faire savoir, s’étaient rendus le lendemain chez M. le painistre. (Plus loin, quand je ferai le récit de la discussion qui eut lieu à l’Assemblée nationale au sujet de ma révocation, on apprendra par le discours de M. deFalloux quel était l’objet de ce rendez-vous chez M. le ministre.)

Cependant le bruit courait vaguement qu’un nou-veâu doyen, à mon insu, venait d’être nommé, en sorte que, si la chose était bien vraie, quoique fort peu vraisemblable, je me,trouvais déposé comme on déposait autrefois quelque roi fainéant. Ce qui se passait depuis le 28 décembre à l’Ecole de médecine, quoique fort extraordinaire , l’était moins encore peut-être que les événemens ultérieurs dont je vais entretenir le lecteur, événemens plus dignes du roman que de l’histoire.

X. Le 30 décembre dernier, à deux heures de l’après-midi, se présente dans mon cabinet mon collègue, M. le professeur C....., le visage triste,

profondément altéré, véritablement décomposé. « Mon cher ami, me dit-il, en me serrant la main, je viens vous conseiller, pour votre honneur, de donner votre démission ; » et faisant sans doute allusion à ce que j’avais dit, dans une séance mémorable de la Faculté, il ajouta : « Vous êtes un homme consciencieux, mais vous vous êtes trompé, «—Donner ma

démission pour mon honneur ! lui répondis-je, ah ! certes, si l’honneur de quelqu’un est compromis, ce n’est pas le mien, et si quelqu’un se trompe ou est trompé, ce n’est pas moi. J’ai tout prévu de la part de celui dont la gestion est en cause depuis huit mois passés, mais j’ai résolu de ne point céder, et vous avez trouvé en moi le justum et tenacem propositi virum... » Je ferai grâce au lecteur de quelques autres points de ma réponse que je terminai ainsi : « Je ne donnerai point une démission que l’on voudrait m’imposer aujourd’hui, et que l’on a refusée, lorsque, comme vous le savez , je l’ai, à diverses reprises, et tout récemment encore, librement offerte, mais on peut être assuré que je la recevrai avec autant de plaisir que de fierté^ et je l’attends (1). »

Là-dessus, mon collègue se retira. Je ne fis connaître à personne, pas même à ma famille, la démarche officieuse, tentée auprès de mcH par un de mes collègues, et j’enfussipeuaffiigé, que j’assistai, avec ma famille et deux amis, à un spectacle, où, par parenthèse, je rencontrai l’honorable M. Garnier-Pagès auquel je recommandai l’affaire de ma révocation et de la gestion de M. Orfîla, lorsqu’elle serait portée, ainsi qu’on me l’avait annoncé, à l’Assemblée nationale.

A ma rentrée, sur les onze heures du soir, je trouvai chez moi la lettre suivante :

Monsieur,

M. lé ministre de l’instruction publique, pour mettre fin aux dissentimens qui se sont élevés entre vous et MM. les professenrs de là Faculté de médecine, à cru devoir nommer un nouveau doyen.

(î) Le collègue auquel je parlais ainsi m’avait dit plus d’une fois, lorsque je lui exprimais le désir de donner ma démission, qu’il neTallait pas le faire, et que, dans les circonstances actuelles, j’étais, pour me servir de ses propres expressions, f homme nécessaire. .

et m’a chargé de présider à l’installation de M. Bérard en cette qualité.

J’espère, monsieur, que la mission que je vais remplir n’altèrera en rien les excellens rapports qui existent entre nous, et ne me 'privera pas de l’estime d’un homme qui a rendu tant de services aux sciences médicales.

Agréez , je vous prie, l’assurance de ma haute considération.

Signé : Thénard , chancelier de l’Université.

Enfin, me dis-je, le voilà donc connu ce secret plein... de singularités et de bizarreries ! Mais ce qu’il faut ajouter, c’est que, par un simple effet du hasard, sans doute, cette lettre avait été apportée précisément un peu après notre départ pour le spectacle, et qu’elle ne faisait aucunement mention nidujourni de l’heure de l’installation du nouveau doyen. 11 faut savoir aussi que je n’avais reçu aucune convocation pour assister à cette installation, à laquelle il semble pourtant que personne plus que moi, doyen révoqué, n’avait droit d’être convoqué, ne fût-ce que pour apprendre le secret de ma révocation, et pour protester, s’il y avait lieu, contre tout ce qui s’était passé, depuis que j’avais régulièrement levé la séance du 28 décembre. Cette protestation eût été d’autant plus légitime, que le doyen seul ayant le droit de convoquer la Faculté, toute réunion antérieure à ma révocation était illégale et de nul effet.

Mais ce n’est pas tout, et comme pour nous faire marcher nous aussi, de surprise en surprise, le concierge de l’École, en me remettant une carte de visite de M. Thénard , chancelier de TUniversité, m’apprit que de huit à neuf heures du soir, heure à laquelle j’étais, comme on le sait, absent de la Faculté, M. le chancelier était venu présider à l’installation du nouveau doyen.

Ea vérité, cette lettre de M. le chancelier, m’annonçant que M. le ministre de l’instruction publique avait cru devoir nommer un nouveau doyen, sans m’en avoir jamais dit un seul mot, et qu’il était chargé par ce même ministre, de procéder à l’installation de M. Bérard en cette qualité ; cette installation précipitée et nocturne d’un doyen, installation à laquelle je n’avais pas été convoqué ; tout cela paraissait fabuleux, et ressemblait, il est permis de lé dire, à un conte des Mille et une Nuits. Je me demandais si j’étais bien éveillé, et si la lettre que j’avais sous les yeux était réellement de M. Thénard, chancelier de l’Université, lettre dont la fin en particulier a dû frapper l’attention de tous les lecteurs, et mérite bien d’être rappelée : .

« J’espère, monsieur, que la mission qne je vais remplir n’altérera en rien les excellens rapports qui existent entre nons, et ne ME PRIVERA PAS DE L’ESTIME D’üN HOMME QDI A RENDU TANT DE SERVICES AUX SCIENCES MÉDICALES. »

XL Les choses en étaient là, et je ne recevais aucune réponse aux lettres que j’avais écrites à M. de Falloux, nouveau ministre de l’instruction publique, aucune notification ministérielle de ma révocation, que je cherchais vainement chaque matin xlans le Moniteur.

Le 31 décembre, jour de la visite officielle du jour de l’an à M. le ministre, je m’étais rendu chez lui pour lui demander quelques explications avant la réception, mais on me dit que je ne pouvais lui parler. Et comme M. Bérard, que j’avais rencontré dans les salons, m’apprit qu’il était chargé de présenter la Faculté à M. le ministre, je sortis avec un ami qui avait bien voulu m’accompagner, pour nous rendre de là chez M. le président du conseil, lequel, quoique très

occupé, eut la bonté de nous accorder quelques instans d’une audience, dont l’unique but était de l’infOrmer de ce qu’il y avait de grave dans les circonstances qui avaient amené ma révocation. Il me promit d’en parler à M. de Falloux et je me retirai.

Le 3 janvier, je me décidai à écrire à M. le ministre de l’instruction publique une nouvelle lettre que voici :

Paris, à janvier 1849.

Monsieur le ministre,

Comme doyen de la Faculté de médecine de Paris, j’ai eu l’honneur de vous adresser deux importantes lettres : l’une en date du 22 décembre dernier, l’autre en date du 28 du même mois.

Bans la lettre du 22 déc'embre, il était question de l’arrêté ministériel du 16 du même mois, d’après lequel, pour solder le déficit de 50,060 francs laissé par M. Orfila, ütie somme de 16,707 fr. 05 c. aurait été prélevée sur le budget de 1848 ( service du matériel], lequel est de 45,740 fr.

J’avais l’honneür de Vous informer que Cet arrangement entraînerait un déficit dans le budget qui m’était alloué, et je vous priais de trouver un moyen de solder 1® déficit de 50,060 fr. sans porter ainsi au budget de 1848, une atteinte qui ne lui permettrait pas de couvrir des dépenses déjà effectuées.

Qu’il me soit permis de vous dire, monsieur le ministre, qu’en mon âme et conscience je ne puis comprendre pourquoi vous ne m’avez honoré d’aucune réponse, je crois en quelque sorte rêver, en réfléchissant à tout ce qui s’est passé dans cétte École depuis jeudi dernier. Ce jour-lâ, ainsi que je m’empressai de vous l’écrire, un incident grave m’imposa la pénible obligation de lever la séance, les affaires à l’ordre, du jour ayant d’ailleurs été auparavant soumises à la délibération de l’assemblée.

Au lieu de se séparer, MM. les professeurs se seraient , a-t-on dit, constitués eh permânehcé, et se seraient, le lendemain vendredi, rendus chez M. lé ministre.

Tout cela s’est passé sans que j’en aie été régulièrement informé, et n’a point de précédent, que je sache, dans lès fastes de l’École de médecine de Paris.

Le samedi, à deux heures, un de mes collègues se pirésehta dans mon cabinet pour m’inviter à donner ma démission (un autre queje ne veux pas uqinipier était véhu.quèlqüèsjbürs hüplrâvant, le 23 décembre.

me sommer de donner ce jour-là même ma démission). Je n’aurais pu le faire sans commettre un acte de faiblesse, pour ne pas dire d’indignité. Aussi n’obtint-on de mol que le refas le plus formel. Alors on m’annonça que je ne tarderais pas à recevoir ma révocation. Je répondis que je l’attendrais fort tranquillement.

Cependant, monsieur le ministre, vous ne m’avez point encore notifié Gêtle révocation, bien que plusieurs journaux aient annoncé que vous aviez nommé un nouveau doyen, nomination qui n’a pas, à ma connaissance, été insérée au Moniteur. Il est vrai que le 30 décembre, en rentrant chez moi, sur les onze heures du soir, on me remit une lettre signée de M. Thénard, chancelier de l’Université, datée du même jour et ainsi conçue:

« Monsieur,

« M. le ministre de l’instruction publique, pour mettre fin aux dissentimens qui se sont élevés entre vous et MM. les professeurs de la Faculté de médecine, a cru devoir nommer un nouveau doyen et m’a chargé de présider à l’installation de M. Bérard en cette qualité.

» J’espère, rnonsieur, que la mission que je vais remplir n’altérera en rien les excèllens rapports qui existent entre nous, et ne me privera pas de l’estime d’un homme qui a rendu tant de services aux sciences médicales. »

Je vous avouerai, monsieur le ministre, que cette lettre me causa quelque surprise. J’en éprouvai une seconde, quand j’appris, d’une manière peu officielle, que le même jour , 30 décembre, à huit heures et demie du soir, un nouveau doyen avait été installé, sans que j’eusse reçu aucune espèce de convocation pour assister, au moins comme professeur, à cette installation, sans que M. le ministre eût répondu aux deux lettres pressantes que j’avais eu l’honneur de lui écrire, et sans qu’il m’eût accordé aucune audience.

En vérité, monsieur le ministre, il est bien temps que je sache officiellement ce qui a eu lieu depuis bientôt huit jours, et que l’on mette un terme à un état de choses qui, si je ne me trompe, semble toucher de très près à l’arbitraire et presque à l’anarchie. Pour moi, monsieur le ministre, il m’est doux dépenser que j’ai fait tous mes efforts pour prévenir le scandale, le scandale qui porte toujimrs malheur à ceux qui le provoquent.

Je suis avec respect, etc. BooiMiAOD,

Professeur à la Facidté de médecine, ancien député, ancien membre du consefl de lUniversité', etc.

A M. le ministre de Vinstniction publique et des (mettes.

Point de réponse encore à cette nouvelle lettre. Ce silence finissait par me fatiguer un peu, et je ne pouvais guère, non plus que mes amis, l’interpréter d’une manière bien favorable, soit à M. le ministre, soit du moins aux bureaux, soit à d’autres encore. Toutefois, comme je ne pensais pas qu’il me fût décemment permis de quitter l’École avant d’avoir reçu, de M. le ministre lui-même, notification de ma révocation, et que j’étais néanmoins fort impatient de partir, j’écrivis de nouveau à M. le ministre dans les termes sui-

vans :

Paris, 6 janvier 1849.

Monsieur le ministre,

Puisque vous persistez à ne pas répondre aux lettres que j’ai l’honneur de vous adresser, il ne me reste plus qu’une seule chose à vous demander : c’est de vouloir bien me notifier la révocation dont il est question dans les journaux et dans la lettre de M. Thénard, chancelier de rUniversité. Jusque-là, monsieur le ministre, je ne me crois pa§ suffisamment et assez officiellement informé pour abandonner Vétablissement dont un ministre m’avait nommé le chef.

Je suis avec respect, etc.

Bodilladd,

Ancien député, etc. (1)

(1) Je cnis devoir écrire en même temps à M. le président du conseil une lettre ainsi conçue : ’

« Monsieur le président du conseil,

» Dans une audience que vous m’avez fait l’honneur de m’accorder le 31 décembre dernier, vous avez bien voulu me promettre que vous parleriez à M. de Falioux des faits relatifs à ma révocation. J’avais pris soin de vous déclarer que s’il ne s’agissait que de ma personne et de mes intérêts, je n’étais pas homme à importuner un président du conseil pour si peu de chose. Je m’efforçais dé vous faire comprendre, monsieur le ministre, que sous l’acte de ma révocation se cachait pour ainsi dire la consoihmatibn d’une œuvre d’iniquité, faite pour porter malheur à tout ministère assez mal inspiré pour ne pas l'empêcher- Non, il n’est pas possible que, sous un ministèredont M. Odilon Barret est le président, on fasse éprouver à la justice, c’est-à-dire à tout ce qu’il y a au monde de plus sacré, un des plus indignes outrages qu’elle ait jamais reçus \ .

» Faites-vous mettre sous les yeux, monsieur le président du conseil.

XII. Enfin, le 9 janvier, M. le ministre de l’instruelion publique daigna m’adresser la lettre qu’on va lire :

« Monsieur,

» J’ai chargé M. le chancelier de l’Université de l’exécution de l’arrêté du 30 décembre 1848, par Ic'inel je vous ai donné un suc-

le rapport d’une commission de la Faculté de médecine sur la gestion de M- Orfila, mori prédécesseur, et vous resterez convaincu que je ne pouvais, en conscience, souscrire à un arrangement qui. mettant à la charge de l’Etat le déficit de plus de 50,000 fr. laissé par M. Orfila, grevait d’une somme de plus de 16,000 fr. le budget de 45,740 fr. qui m’était alloué pour 1848.

» Vainement j’ai écrit à M. de Falloux, ministre actuel de l’instruction publique, pour lui déclarer que je ne pouvais accepter la grave responsabilité qu’aurait fait peser sur moi l’exécution de l’arrêté en date du 16 décembre, pris par M. Freslon, alors ministre de l’instruction publique ; vainement j’ai écrit à M. de Falloux pour lui faire connaître les fâcheux événemens qui ont eu lieu à ta Faculté de médecine par suite de cet arrêté, je n’ai reçu aucune réponse et aucune audience ne m’a été accordée. C’est alors que je me suis vu réduit à invoquer le secours de la publicité, cette suprême puissance à laquelle rien ne résiste, quand elle le veut bien. Cependant, je l’avoue, M, le ministre de l’instruction publique a résisté, et il persiste à ne m’honorer d’aucune réponse. Quoi! pas de réponse, même à ma dernière lettre (du 6 de ce mois), où je ne lui démandeplus que de vouloir bien me notifier une révocation qui n’a pas été insérée au Moniteur, et qu’il doit s'empresser de me faire connaître, si elle est réellement son ouvrage! Qui jamais aurait pu croire que M. de Falloux eût ainsi traité un doyen qui, pendant les dix mois, qu’il a été chargé d’administrer la Faculté de médecine de Paris, peut se rendre ce témoignage, qu’il n’a rien négligé pour se montrer digne d’une haute position qu’il n’avait point recherchée , mais qu'il regrette de perdre sous un ministère dont le président était autrefois son ami politique ? Heureux toutefois d’avoir cherché à prévenir uu scandale dont les véritables auteurs auront quelque jour à rendre un compte sévère!

» Je termine, monsieur le président du conseil, en vous priant d’inviter M. le ministre de l’instruction publique à m’adresser enfin une notification de ma révocation, notification sans laquelle je ne puis, ce me semble, quitter l’établissement dont un ministre m’avait nommé le chef.

» Je suis avec respect, etc.

» BoxmtAUD.

» 9 janvier 1819. »

M. Chambolle, représentant du peuple, voulut bien se charger de remettre lui même ma lettre à M. le président du conseil, lequel m’adressa sur-le-champ une réponse qui fut publiée dans le journal le Siècle, et que je crois devoir reproduire ici :

« Mon cher ami,

» J’ai parlé à M. Falloux de l’affaire dont vous m’entretenez dans votre lettre du 9 janvier; il m’a paru, d’après ses explications, qu’il n’avait fait que suivre le vœu de la Faculté de médecine eUe-méme, et

cesseur cemme doyen de la Faculté de médecine. J’ai l’assurance que M. le chancelier s’est acquitté de cette mission avec tous les égards qui sont dus à votre haute position scientifique. Cependant, puisque vous désirez recevoir communication directe de mon arrêté, j’ai l’honneur de vous en transmettre ci-jointe une ampliation (1).

« Recevez, etc.

» Le ministre de l’instruction publique et des cultes,

» Signé : Falloux. »

confirmer une résolution déjà arrêtée par son prédécesseur. Si l’acte ne s’était pas trouvé ainsi consommé, j’aurais eu à cœur, non de faire prévaloir notre ancienne amitié sur la justice et les nécessités du service, mais de vous donner du moins les garanties d’un nouvel examen approfondi. Vous n’aviez pas besoin, du reste, des explications détaillées dans lesquelles vous voulez bien entrer, pour me convaincre que, dans Ce qui s’est passé, il n’y a rien qui puisse le moins du monde altérer la juste considération qui vous entoure, ni diminuer les titres que vous avez à la haute estime de tous ceux qui vous connaissent, Permettez-moi dé garder vis-à-vis de vous Ce titre d’ami auquel j’attacherai toujours un grand prix.

» Signé: OdilobtBarrot.

» 9 janvier. »

Voilà, sans doute, une lettre très flatteuse pour moi, très amicale, mais, hélas! bien différente de celle que je me plaisais à espérer. Cette réponse prouve que M. le président du conseil, comme tant d’autres personnes, d’ailleurs, ne m’a point compris, puisqu’il me parle de l’affaire grave sur laquelle j’appelle son attention àe ministre de la justice, et de président du conseil, comme d’une affaire personnelle. Une affaire personnelle ! mais j’avais commencé par déclarer, de la manière la plus explicite, que s'il ne s’agissait que de ma personne et de mes intérêts, je n'étais pas homrne à importuner un président du conseil pour si peu de chose; mais je disais à M. le ministre de la justice que je m’efforçais d’épargner à son ministère la consommation d’une œuvre d’iniquité faite pour lui porter malheur ! Quoi ! M. le président du conseil me connaît un peu, et il s’imagine que je lui parlerais ainsi, s’il n’était question que de moi, que d’une révocation dont j’avais lieu de m’honorer I II ne voyait pas que je voulais lui fournir une belle Occasion de signaler son ministère par un acte éclatant de justice, et il ne le verra peut-être pas encore aujourd’hui même, malgré la publication de ce Mémoire ! Ah ! qu’il est difficile de faire parvenir la vérité jusqu’aux ministres, accablés qu’ils sont d’affaires qu’ils ne peuvent étudier : Aussi, c’est bien à eux surtout qu’il faut souvent dire : Oculos habent et non vident, aures habent et non audiunt.

Au nom du ciel, monsieur le président du conseil, et vous aussi, monsieur le ministre de l’instruction publique, daignez vous éclairer, ouvrez les yeux et les oreilles, et que, dans l’affaire de M. Orfila, ce ne soit pas ma révocation qui vous occupe, mais bien les faits si graves auxquels elle se rattache, et que U justice ne soit pas un vain mot!

<i) Cet arrêté est ainsi conçu :

Grâce à cette lettre, je ne pouvais plus douter que M. Falloux lui-même fût bien décidément l’auteur de ma révocation; M; Falloux qui n’avait répondu à aucune de mes lettres, M. Falloux qui ne m’avait accordé aucune audience, avec lequel je n’avais jamais eu aucun entretien ! M. Falloux m’avait tout simplement et sans la moindre formalité, condamné sans m’entendre!

Quoi qu’il en soit, dés le lendemain du jour dont M. le ministre a daté sa lettre, j’écrivis en ces termes à M. le doyen de la Faculté de médecine :

Moasienr le doyen,

Hier au soir, j’ai reçu de M; FallouXj ministre de rinstruction publique et des cultes, la notification de mon remplacement. En conséquence, je m’empresse de répondre à la lettre que vous m’avez écrite hier, en vous annonçant que sous trois jours, au plus tard, les appartemens de la Faculté de médecine, réservés au doyen, seront à votre disposition.

Agréez, etc. Boüillaud.

XIII. Là se termine le récit de ma correspondance officielle au sujet de la gestion de M. OrBla, et des événemens qui ont provoqué ma révocation. Il me serait trop pénible de commenter, d’interpréter ces événemens, et je laisse à d’autres le soin de les apprécier et de les juger. Je souhaite que tous ceux

Nousj ministre secrétaire d’Etat au département de rinstruction publique et des cultes.

Arrêtons :

Art. 1er. m. Bérard, professeur de physiologie à la Faculté dê médecine de Paris, est nommé doyen de cette Faculté, en remplacement de M. Bouillaud.

Art. 2 . M. Thénard, chancelier de l’Université, est chargé de l’exécutioh du présent arrêté.

Fait à Paris, le 30 décembre 1848.

Signé .• Fauroux.

Pour ampliation :

Le chef du secrétariat,

P. CORRIN.

qui peuvent y avoir pris une part plus ou moins active, n’aient jamais à s’en repentir. Pour moi, plus j’interroge le fond de ma conscience, avec le calme que j’ai toujours conservé au milieu des événemens dont il s’agit, plus sa voix me rassure, et plus elle me répète que je n’ai point failli à cette devise de l’homme de bien : Fais ce que dois, arrive que pourra.

Et si mes longs travaux, malgré leur faible mérite, me permettaient d’espérer que je ne mourrai pas tout entier ; si l’histoire devait conserver quelque souvenir d’un homme né dans l’obscurité la plus profonde, j’ose croire que ma mémoire n’aura’ point à souffrir de tout ce que j’ai fait pendant les dix mois qu’a duré mon décanat, et particulièrement pendant les dernières semaines qui viennent de s’écouler. Oui, je suis fier de la lutte que j’ai soutenue et que je soutiens encore ; oui, je me félicite d’avoir été révoqué pour n’avoir point voulu sanctionner en quelque sorte un arrêté ministériel qui, quelque jour, bientôt peutêtre, sera jugé plus sévèrement que je ne l’ai jugé moi-même.

Si j’avais à regretter quelque chose, ce serait d’avoir si long-temps ménagé celui dont j’ai tracé, à grands traits, dans ce Mémoire, la vie administrative. Mais je n’éprouve point même un pareil regret, et je dois répéter au contraire ici, qu’il n’a rien moins fallu que la dure loi de la nécessité la plus impérieuse et 1 irrésistible cri de la conscience indignée, pour me déterminer à porter au tribunal de l’opinion publique, des actes et des faits que je connaissais déjà depuis plusieurs mois, et que j’aurais voulu pouvoir couvrir du voile d’un secret éternel.

XIV. Le moment est venu de jeter un coup d’œil rétrospectif sur les principaux moyens dont on s’est

servi, en ce qui ’^me concerne, pour arriver à ce dénouement aussi édifiant qu’imprévu, savoir : le paiement par le trésor de l’Etat du déficit de plus de 50,000 fr. laissé par M. Orfila, et ma révocation de doyén, pour n’avoir pas voulu donner la signature qu’on me demandait à ce triste sujet.

1” Lettres, billets anonymes d’intimidation, avec accompagnement de sommations, fort peu respectueuses.

2“ Depuis la première quinzaine de mai que le rapport de la commission de la Faculté, sur la gestion de M. Orfila, fut remis à l’un des quatre ministres qui ont tenu le portefeuille de Finstruction publique^ jusqu’aux vacances, malgré mes instances réitérées, on ne m’adresse aucune réponse à cette pièce importante, et on ne me fait même pas connaître le rapport dont elle a été l’objet dans le conseil supérieur de l’instruction publique ! Mais à peine les vacances ontelles commencé et les bureaux de la Faculté sont-ils clos, ce qui permet au doyen comme à tous les autres fonctionnaires et employés de la Faculté de prendre quelque repos; à peine, dis-je, les vacances sont-elles ouvertes que les affaires pleuvent, en quelque sorte, sur moi, sur moi qui suis seul, et qu’on m’invite, de cette manière pressante qui n’a point échappé à l’attention des lecteurs, à signer des pièces dont je ne pouvais avoir une connaissance suffisante, et relatives à la gestion de M. Orfila. C’est alors que je commence, s’il m’est permis de parler ainsi, à voir plus clair sur mon échiquier, et à mieux comprendre la tactique contre laquelle je dois me tenir en garde. C’est alors aussi que j’examine les dossiers, que j’étudie les pièces, que je cherche partout des lumières, que je m’entretiens avec les fournisseurs, et que je

me vois contraint de refuser ma signature, sous l’administration d’un ministre auquel j’avais cependant donné, j’en appelle à lui-même, des preuves de dévouement et de sympathie. On approuve mes motifs. Je déclare dès ce moment que je ne veux plus m’occuper de la gestion de M. Orfila.

3“ Je commençais à respirer lorsqu’un nouveau ministre succède à M. Vaulabelle. Que fait-on alors? on nomme une commission de liquidation. Le président de cette commission, dont je ne faisais point partie, m’écrit pour me demander si je n’ai pas des observations à présenter, d’abord sur le rapport de la commission de la Faculté, commission que f avais présidée et dont f avais signé le rapport, en second lieu, sur une pièce qui avait été adressée à la commission par M. Orfila, comme si je n’avais pas formellement déclaré que je ne voulais point m’immiscer dans les affaires de M. Orfila, comme si, d’ailleurs, d’après les rapports qui existaient entre nous deux, depuis la conférence de Fontenay-aux-Roses et d’après ce qui s’était passé dans une des séances du mois de novembre de la Faculté, je ne devais pas, plus que jamais, persister dans ma résolution. La commission ne dut pas, par conséquent, être surprise de mon reius d'observations.

Cependant la commisson de liquidation fait son rapport, et le nouveau ministre de l’instruction publique, qui ne ma jamais fait l’honneur de s’entretenir un seul instant avec moi, d’une affaire si grave, rend cet arrêté dont l’exécution, sous certains rapports, m’imposait une telle responsabilité, que je me vis forcé de résister encore, résistance d’autant plus facile à prévoir, au reste, qu’il s'agissait précisément d’obtenir de moi une signature que j’avais déjà re-

fusée à l’honorable M. Vaulabelle. Alors, je devins l’objet d’une sorte de redoublement de ces attaques par l’injure, le mensonge et la calomnie dont j’ai déjà dû parler précédemment.

4“ Mais voilà que M. Freslon, auteur de l’arrêté dont il s’agit, quitte à son tour le ministère, au moment même où.\ 2 l fâcheuse affaire (1) de M. Orfila n’attendait plus, en quelque sorte, que ma signature, pour être terminée à la plus grande gloire de cet ancien doyen, ainsi qu’il l’a dit lui-même, ou quelque chose approchant, dans une note apologétique écrite de sa main, qu’il a fait consigner au procès-verbal. L’avénement de ce quatrième ministre me permet de respirer encore, et je m’empresse de lui écrire pour lui exposer les raisons d’après lesquelles je n’ai pu me conformer à l’arrêté de son prédécesseur, le priant instamment, au nom de la Faculté, plus encore qu’au mien, de trouver un autre moyen de payer le déficit laissé par M. Orfila. C’est ici le moment de la crise. On veut que le nouveau ministre sanctionne, en quelque sorte, de confiance, l’œuvre de son prédécesseur, et comme je persiste à refuser ma signature, on ose me sommer de donner ma démission, sous peine de cette accusation extravagante sur laquelle je ne dois pas revenir. Ainsi qu’on aurait dû le prévoir, on n’obtient point une démission, demandée d’une manière si noble et si loyale. Alors, on prépare cette fàmeuse séance de la Faculté où toutes les affaires à l’ordre du jour ayant été terminées, pour éviter un scandale prémédité, je déclare, la loi pour ainsi dire à la main, et avec le plus grand calme, que la séance est levée, et je me retire pour écrire sur-le-chalnp à M. le ministre

(i) On n’a pas oublié que l’expression fâcheuse n’est pas de moi.

ce qui vient de se passer. Cependant, que fait la Faculté ? elle ne se retire point avec son doyen ; elle se constitue, a-t-on dit, en permanence, et là commence cette incroyable série d’événemens qui ont précédé accompagné et suivi ma révocation.

Voilà, très brièvement, un fidèle exposé des moyens dont on s’est servi à mon égard, mais bien vainement, pour me faire participer à la solution connue de la fâcheuse affaire de M. Orfîla. N’avais-je pas bien raison de dire, dans Vavant-propos de ce Mémoire, que le génie même de la ruse, de la violence et de l’hypocrisie avait en quelque sorte présidé au système suivi contre moi, au sujet delà gestion de M. Orfila?

Que si l’on me demande maintenant quel système a été mis en œuvre auprès de la Faculté, du conseil supérieur de FUniversité et des ministres de l’instruction publique, je répondrai que je l’ignore, et que ce n’est pas mon affaire.

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