‹ Mémoire sur les faits relatifs à la révocation de M. Bouillaud des fonctions de doyen de la Faculté de médecine de Paris et à la gestion de M. OrfilaChapitre 6 sur 30 · TROISIÈME PIÈCE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PIÈCE

Note donnée par M. G.., mais non signée.

Mars 1848.

«M. Orfila a demandé à M. G... un mémoire de pièces d’anatomie comparée, dont l’acquisition devait lui être faite plus tard. Cette demande fut motivée sur l’impossibilité où l’on se trouvait d’obtenir des fonds pour des achats à faire; il ne pouvait en être accordé que pour des emplettes faites et dues.

» Ces raisons paraissant plausibles à M. G..., il a fourni sans difficulté le mémoire demandé. Lorsqu’il en a touché le montant, il l’a versé immédiatement et intégralement entre les mains de M. caissier de la Faculté (1). »

QÜAtRIÈaiE PIÈCE.

Lettre non signée d’un ancien aide d’anatomie de la Faculté.

« Monsieur le doyen.

Quant à la gratification des aides d’anatomie, gratification qui s’élève à 500 fr. pour le trimestre d’hiver, par décision du conseil de l’École (2), elle devait être payée sur les bénéfices que peut faire l’administration de l’école pratiqué, qui perçoit 30 fr. par chaque élève qui se fait inscrire pour disséquer dans un pavillon.

La première année, les aides furent, en effet, payés avec ces fonds. Mais depuis trois ans, cela a changé. Avec mes collègues,

(1) Pour compléter cette note, J’en Joins ici une autre quej’ai rédigée sur une déclaration verbale de M. G.., faite postérieurement à la précédente.

« Le li septembre 1848, j’ai fait prier M. G... de venir dans mon cabinet. Il ne savait, dit-il, si c’était en 1845 ou en 1846 que la fourniture avait été faite ; il est allé chercher son livre, et en l’examinant nous avons constaté que c’était en 1845.

» Il m’a déclaré n’avoir point fait les fournitures pour lesquelles il a donné les deux mémoires de 1847, montant à plus de 8,000 fr. ; il m’a raconté comment il avait été conduit à donner ces mémoires, et par quelles personnes ils avaient été demandés... »

(2) Il n’existe sur le registre des procès-verbaux du conseil de la Faculté aucune mention de la décision indiquée ici.

pour toucher cette graiiQcation, il nous a fallu faire des factures montant à ladite somme, chose qui nous a toujours beaucoup contrariés. Mais nous étions forcés; sans cela, on ne nous aurait point payés. Afin de ne point faire de fauæ , chacun de nous portait sur sa facture les pièces qu’il avait gratuitement déposées dans le musée (1). »

Relativement à la question dont il s’agit dans la précédente lettre , voici ce que nous apprend l’examen du registre des fonds des pavillons et des dossiers du budget ordinaire.

En 1844, 2,500 fr. furent donnés aux cinq aides d’anatomie sur les fonds des pavillons.

En 1845, 2,000 fr. furent donnés sur les mêmes fonds à quatre aides d’anatomie (2).

En 1846, 2,100 fr. furent donnés à cinq aides d’anatomie sur les fonds du budget ordinaire de la Faculté (service du matériel), et pour les toucher, ces aides durent présenter des mémoires de" fournitures de pièces anatomiques, mémoires certifiés par M. le souS“Conservaleur des cabinets (3).

Outre les 2,100 fr. payés par le budget ordinaire aux aides d’anatomie, il y a sur le registre des pavillons une somme de 100 fr. donnée à l’un de MM. les

(4) Ainsi donc , on fait encore payer ici à l’État des pièces qui avaient été déposées gratuitement dans le Musée de l’école; et des jeunes gens, l’élite de cette école, dont ils étaient pour la plupart 4es lauréats, sont forcés de se présenter au Trésor pour y toucher le montant des factures qu’on exige d’eux ! Grâce à ce procédé, la partie des fonds versés par les élèves dans la caisse des pavillons de dissections, accordée aux aides comme indemnité, restait disponible, et nous verrons ailleurs quel était l’emploi de la majeure portion de ce budget, auquel on ne pouvait cependant toucher, sans une sorte de profanation, pour toute dépense étrangère aux frais de dissections.

(:2) N’ayant point eu à ma disposition les dossiers relatifs aux budgets ordinaires des années 1844 et 1845, j’ignore s’ils contiennent quelque pièce qui ait trait à l’indemnité de MM. les aides d’anatomie.

(3) Voici le récépissé de 1847 :

« Reçu les objets pour le Musée-Or/i/a. » ^uit la signature.)

àîdes ( celui-ci n’avait touché que 400 fr. au lieu de 500. fr. sur le budget ordinaire)-

En 1847, 1,750 fr. furent donnés à quatre aides d’anatomie aux dépens des fonds du budget ordinaire, et acquittés sur des mémoires de fournitures de pièces anatomiques, certifiés comme il a été dit dans une précédente note. Ainsi qu’il résulte delà lettre rapportée plus haut, |ces mémoires étaient relatifs à des pièces anatomiques faisant partie de celles qui appartenaient déjà en toute propriété à la Faculté. Par conséquent, il est bon de le répéter, on faisait payer au trésor de l’État des objets dont un grand établissement de ce même État se trouvait antérieurement le très légitime possesseur !

CINQUIÈIME PIÈCE.

« Monsieur le doyen ,

Chargé de diriger la Faculté de médecirre, vous vouiez connaître l’ensemble et les détails des diverses parties de cet établissement. Attaché depuis l’origine (29 brumaire an IV, séance de la Faculté) aux collections qui n’existaient pas encore, mais qu’il s’agissait de former, j’en ai suivi jusqu’en 1845 le développement et les modifications ; je puis donc, soit relativement au local, soit relativement aux objets conservés, donner les renseignemens les plus positifs.

Jusque dans ces derniers temps, l’organisation des collections se rapportait aux titres suivans :

1° Anatomie normale et pathologique ;

(A) Ostéologie, (B) maladie des os.

(G) Description des organes. — Maladies des parties molles.

2“ Collection d’instrumens et de machines de'chirurgie ;

3° Collection de substances médicamenteuses classées d’après la méthode naturelle de Jussieu, modifiée par Decandolle, d’après les ouvrages de M. Achille Richard ;

4° Divers objets d’Histoire naturelle médicale, au nombre de 300 environ ;

5° Collection d’instrumens de physique ;

6“ Collection de tableaux, dessins et gravures :

7° Collection de calculs et concrétions chez l’homme et les animaux.

Telle a été, jusqu’en 1835, la disposition des cabinets de la Faculté. A cette époque, le musée Dupuytren fut établi : on y plaça les cas pathologiques (maladiesdes os, maladies des parties molles, monstruosités, calculs et concrétioui^).

En 1845 , le louable projet de rivaliser avec le musée de Hunter fit changer en apparence de fond en comble la disposition de celui de la ÎFaculté, en se servant toutefois d’une grande partie des matériaux qu’il contenait.

Pendant long-temps, l’entrée des pièces dans les cabinets était constatée par leur présentation à l’assemblée des professeurs, ce que l’on peut vérifier au moyen des procès-verbaux des séances de la Faculté, depuis l’institution des écoles de santé jusqu’au 8 frimaire an XIII, et depuis lors en consultant les bulletins imprimés de la Faculté et de là Société établie dans son sein jusqu’en mars 1821. Enfin, jusqu’en 1845, la présentation à la Faculté continua d’avoir lieu, mais je ne sais si l’insertion au procès-verbal a été régulièrement observée.

A l’égard des pièces achetées, une mesure adoptée depuis plus de vingt ans exigeait, pour le paiement de la facture , la signature de la personne chargée de les conserver.

J’affirme que jusqu’en 1845, aucune vente simulée n’a pu être autorisée sur ma signature (1).

Le nombre des mémoires qui m’ont été présentés depuis 1845 est peu considérable ; parmi ceux que j’ai signés , il en est un évidemment supposé ; il porte les nos 600 et 601 du registre d’entrée, et s’élève à la somme de 4,000 fr. Pourquoi, bien qu’en maugréant, y ai-je apposé ma signature? Par la même raison qui, à Grenoble, a empêché le maréchal Ney de faire fusiller l’empereur.

Un second mémoire (pièces Thibert) ; il porte le n® 604 et monte à la somme de 1,500 fr. En le signant, j’avais la conscience de faire un acte légal, je croyais tout au plus agir par anticipation, car une nouvelle fourniture devait avoir lieu et a effectivement été faite au commencement de 1848, mais elle n’est pas conforme, aux indications du mémoire soupçonné.

(1) En 1828, j’ai soupçonné une dépense de 2,000 fr., mais un récépissé de l’objet fourni m’a été remis. L’objet emprunté a probablement été réduit en vapeur, car je n’en ai jamais entendu parler.

Un troisième mémoire qne j’ai dd signer parce qu’il ne contenait rien que de vrai, m’a semblé exorbitant ; il s’élève à 1,884 fr. 40 c., porte le n® 603 et est relatif à des pièces anatomiques moulées par MM. C.et Ch.

Enfin, le plus important, et j’allais cependant l’oublier, pour diriger les collections sous l’influence de ce qu’on doit nommer le pouvoir exécutif de la Faculté , il faut un agent qui, pour être effectivement responsable, doit être assujéti à des devoirs prévus et nettement formulés, et non pas soumis à des exigences dictées par des caprices sans cesse renouvelés et souvent opposés.

Je termine cette notice, car entrer dans de plus longs développemens serait, je pense, dépasser les limites de ce que vous m’avei demandé. Or, ce qne je désire par dessus tout, c’est en faisant autant bien qu’il me sera possible , de ne pouvoir én aucun temps être raisonnablement rangé dans cette nombreuse catégorie que j’appellerai gens ardelionum, pour ne pas employer une dénomination médicalement injurieuse.

Agréez, monsieur le doyen, etc.

Signé : T. .

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