‹ Mémoire sur les faits relatifs à la révocation de M. Bouillaud des fonctions de doyen de la Faculté de médecine de Paris et à la gestion de M. OrfilaChapitre 8 sur 30 · PREMIÈRE PIÈGE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PIÈGE

Paris, le 3 juin 1848.

Mon cher maître.

Il est question de remplacer le chef (1), par un membre de l’Assemblée nationale.

On parle de dépenses personnelles soldées sur les fonds de l’établissement, et d’infractions aux réglemens. Une plainte sera adressée au grand chef C. (2), avec des pièces à l’appui.

On signalera le chef comme étant l’auteur des notes à la Réforme, et l’on produira celle écrite par XXX, futur chef de clinique, et qui a été interceptée, XXX n’a été, qu’un instrument.

Les détails contenus dans la note saisie, et que l’on tient, le prou-

(1) C’est du doyen qu’il s’agît.

( 2 ) M. Carnot était alors œiiiislre de l’instruction publique.

laaes eû général, il en est cependant dont on peut faire son profit, et c’est à cette catégorie que me paraissent ap])arlenir les deux suivantes :

Citoyen doyen,

Comment se fait-il qu’aa milieu de tous les abus que vous relevez dans l’administration de l’Ecole, vous n’ayez pas encore fait justice de certains individus qui se sont fait donner des logémens dans les bâtimens qui en dépendent?

Cet avis vous est donné par une personne qui vous estime, et qui désire vous voir entrer dans les voies de justice que vous avez toujours pratiquées.

Ce 4 juin.

(Cette lettre porte le timbre de Paris, bureau A.)

Monsieur,

Vos amis s’étonnent de l’espèce de tiédeur que vous avez l’air de montrer à l’égard de la dilapidation dont on accuse l’ancienne administration de la Faculté de Paris. Ils craignent que vous ne soyez la dupe des partisans nombreux de cette administration corrompue. Dans tous les cas, ils s’étonnent que vous n’ayez pas saisi l’autorité supérieure des soupçons graves élevés au sein de la Faculté de Paris, et qui ont mis en émoi la portion saine du corps médical.

Nous savons d’autre part que vos ennemis, intéressés à étouffer la lumière qui doit éclaircir les turpitudes de l’ancien régime de l’établissement que vous dirigez, se targuent de vous empêcher de rien voir du tout dans tout ce qui a été fait avant vous, sous le prétexte que vous ne sauriez atteindre à l’habileté proverbiale de vos prédécesseurs en matière d’administration. A vous, monsieur, de tranquilliser les uns, d’imposer silence aux autres et de donner pleine satisfaction à l’honorable-susceptibilité de la médecine parisienne: nous y comptons, car nous savons tout ce qu’on a droit d’attendre de votre équité, de vos lumières et de votre énergie. Mais le temps presse. Vos ennemis, qui ne sont autres que ceux de la probité et de la droiture, relèvent déjà la tête, comme vous avez pu le voir parce qui s’est passé hier à l’assemblée du corps médical, où

un certain nombre de voix n’ont pas rougi de proposer M. O..

comme candidat à la présidence de la future réunion.

Mardi.

(Cette lettre porte le timbre de Paris.)

§ lî. Lettres et billets anonymes d'intimidation.

Certes, ce n’est pas sans une répugnance presque invincible que je me suis décidé à publier les pièces qu’on va lire. Mais j’ai dû ne reculer devant aucun des moyens, propres à fairejaillir cette vive lumière, dont l’opinion publique a besoin pour porter un jugement équitable et vrai sur la grave affaire à laquelle ce Mémoire est consacré.

Rien peut-être n’est plus propre que les pièces suivantes, à révéler l’indigne système, les lâches manœuvres dont on s’est servi pour tâcher d’imposer silence à un homme dont on connaissait bien le caractère indulgent et généreux , mais qu’on savait aussi animé d’un tel amour pour la justice, l’honneur et la probité, qu’il lui serait bien difficile de consentir, sans résistance aucune, à tout ce qu’on se proposait d’exiger de lui.

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