‹ Mémoire sur les foraminifères du système colithiqueChapitre 13 sur 53 · AE AR DES · texte numérisé non relu

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Ce talus peut être divisé en deux parties très-distinctes et à peu près égales : l’inférieure, colorée en bleu, contenant du sulfure de fer et des cristaux de chaux sulfatée, est très-riche en fossiles microscopiques; la supérieure est jaunâtre, contient également des cristaux de chaux sulfatée, mais en moindre quantité que l’inférieure et sans aucune trace de sulfure, et se montre très-pauvre en fossiles.

Enfin, pour ne conserver aucun regret de n’avoir pas poussé l’investigation jusque dans ses dernières limites, et aussi pour obtenir l’ensernble des types munis de leur test et de leurs ornements, il nous est resté à opérer une dernière prise de marne dans la partie inférieure du talus, les échantillons devant se suivre de bas en haut, à un demi-mètre de distance les uns des autres.

Nous avons eu à analyser quatre échantillons qui, dans leur ensemble, ont donné une série d’espèces nouvelles, ainsi que des types dont nous ne possédions que des variétés, ou, à l’inverse, des variétés se rapportant à des types déjà connus.

Les foraminiféres de cette partie inférieure montrent la plupart de leurs loges remplies de sulfure de fer, et par un très-fort grossissement, on peut, dans un espace d’un dixième ou d’un vingtième de millimètre, reconnaître des géodes tapissées de brillants cristaux cubiques.

Nous avons exposé avec quelque détail l’historique de nos études, et nous avons voulu montrer ainsi combien 1l faut employer de temps, apporter d’attention, et nous dirons presque d’obstination dans la recherche des infiniment peuts, pour arriver à pouvoir établir des faits que nous considérons comme très-importanis : les lois de détail sur la stratigraphie et la connais-

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sance exacte des faunes, en rapport avec nos mers actuelles et la station des animaux à différentes profondeurs.

Ces recherches multipliées, exercées avec soin et appliquées à l’étude d’une coupe dans tous ses détails, ont donné, en somme, des résultats tellement remarquables et exceptionnels, qu’ils nous ont permis, d’une part, de considérer le fullers comme une assise distincte, parfaitement caractérisée par sa faune; et, d’une autre part, de la comparer au terrain crétacé pour la réunion des genres, et au terrain tertiaire pour l’ensemble et Ja variété des espèces.

Dans tout l’ensemble de la faune du fullers, nous n'avons pu trouver aucun fossile identique à ceux que

- nous avons reconnus et décrits pour le lias; les fossiles

qui accompagnent ordinairement les foraminifères, les bryozoaires, les radiaires (oursins, astérias , ophiures, etc.), les entomostracées, ont tous changé de caractères. Dans notre étude sur le Jias, nous n’avons eu à constater, Jusqu'à présent, aucune ancmalie fondamentale, et tous les fossiles sont venus successivement se ranger dans les familles et les ordres que Le système de classification leur assignait; les genres se sont montrés parfaitement délimités et ne nous ont offert que fort peu d'observations à produire sur leur spécification.

Il n’en est pas de même pour la formation oolithique, où non-seulement la réunion des genres perd son caractère de faune jurassique pour prendre celui d’une faune crétacée, mais encore où quelques genres présentent une grande instabilité dans leurs caractères distinctifs; ils montrent soit des dégénérescences, soit des modifications qui, par gradations insensibles, deviennent finalement si profondes que la classification des fossiles est rendue impossible ; les limites caracté-

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ristiques qui séparent cerlains genres sont dépassées, et on ne peut plus établir le point exact de séparation, où un genre cesse et où un autre commence.

Pour nos premières publications sur les foraminifères de l’oolithe, nous n’avons, en raison de leur abondance et leur extrême variété, à nous occuper que de deux genres, les marginulines et les cristellaires, qui présentent plus spécialement un caractère de difficulté dans leur spécification; ils nous obligeront à entrer dans une discussion sur la manière dont ils ont été spécifiés et comment quelques auteurs ont classé les différentes espèces qui ont été publiées ; nous aurons à étudier, en même temps, les diagnoses établies, et nous y apporterons des modificalions, si ce n’est profondes, du moins nécessaires, en recherchant de nouveaux caractères, susceptibles d’une application sénérale et absolue.

L'instabilité des espèces est inhérente, non aux ornements plus ou moins simples ou compliqués, mais bien à la forme générale des coquilles et au mode d’agencement des loges, caractères qui ont servi de base à la classification. Déjà, en traitant des marginulines du lias, nous avons eu à signaler les variétés qui se sont produites dans la plupart des espèces de ce genre; dans le système oolithique, ce genre présente une instabilité de caractère poussée, dirons-nous, à l’extrême et jusque dans ses dernières limites. À chaque fois que nous avons rencontré une coquille à forme nouvelle, quels que soient ses ornements, nous l’avons dessinée; et, certes, il est impossible d’attribuer à l'imagination, même la plus féconde, la faculté d'inventer ces inépuisables variétés ; 1l faut de toute nécessité, suivre les modèles que nous fournit la nature.

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« En créant des espèces, la nature n’a pas voulu, sans doute, que tous les individus restassent invariables. L'observation la plus facile, la plus vulgaire, suflit d’ailleurs pour le démontrer. Jusqu'à quel point la variabilité est-elle possible dans les espèces? C’est là, certainement, ce qu'il faut établir avant de pouvoir donner une bonne définition, puisque cette définition sera toujours subordonnée à la loi de variabilité qui aura été trouvée et démontrée par l’observation. Si, dés l’origine, les observations sur les espèces ont été incomplètes; si elles ont constamment manqué d’une bonne direction, les naturalistes commencent enfin à s’apercevoir qu'il ne faut rien négliger dans l’étude des êtres organisés et qu’il faut rassembler, pour les comparer, les espèces dans leurs diverses modifications individuelles; car ils ont senti, non-seulement qu'il était nécessaire de savoir qu'une même espèce peut présenter, au même âge, des individus de diverses tailles, mais il fallait aussi constater que ce n’était pas à la taille que s’arrêtait la loi de variabilité; la couleur, les formes, quelquefois même les accidents les plus minutieux de ja surfaee sont variables; mais il faut savoir, et, pour cela, rechercher encore longtemps la limite de la variabilité et arriver, par une conséquence naturelle, aux caractères fixes et invariables, sur lesquels l’espèce repose. . . . .» « Nous ne pensons pas que les espèces soient modifiables à l’infini, comme sembleraient l'indiquer les opinions de Lamarck; nous croyons qu’elles le sont jusqu’à une limite déterminée, à laquelle lespèce s’éteint plutôt que de recevoir de nouvelles modifications, les conditions de son existence étant enfin parvenues à leur extrême limite. »

Gette période, que nous avons empruntée à M. Des-

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hayes', rend exactement notre pensée, et même bien mieux que nous aurions pu l’exposer ; elle démontre, en résumé, que quand l’espèce a épuisé tout son système de variations, elle acquiert les caractères d’une autre espèce, et, finalement, de variations en variations , l'espèce perd les caractères typiques du genre pour produire ceux d’un autre genre; les rapports, dit encore M. Deshayes, ont lieu dans l’ensemble, non par continuité, mais par de faibles degrés et par contiguité. |

C’est, en effet, ce qui se produit dans les marginulines, qui finissent par se confondre avec les cristellaires; ceux-ci, de leur côté, dans leurs variations non moins fréquentes, tendent à se rapprocher des marginulines , et, comme nous l’avons dit plus baut, 1l west plus possible d'établir la limite exacte où un genre commence et où l’autre cesse; 1l y a fusion complète.

Cette observation n’a pas échappé à d’Orbigny*, qui, pour montrer l’affinité qui existe entre les deux senres, plaça, avec intention, les marginulines à la fin de la division des stichostèques, et les cristellaires à la tête de celles des hélicostègues , tout en établissant des caractères exacts pour la spécification de ces deux genres. |

En réduisant ces diagnoses à leur plus simple expres-

‘ Mémoire géologique sur la Crimée par M. de Verneuil, suivi d’Observations sur les fossiles, par M. Deshayes, t. IT, {re partie, 1838, p. 39.

2 « Il est quelques espèces de marginulines qui ont un tour de spire postérieur ; et s’il était possible d'établir une chaîne continue, ce genre viendrait se placer immédiatement auprès des cristellaires , mais comme beaucoup d'autres espèces, qu’on ne peut séparer des premières, n’ont qu'une légère courbure, nous ne pouvons les distraire des stichostègues. » (Foraminifères du bassin tertiaire de Vienne (Autriche), p.66.)

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sion, et les traduisant par une ligne, on obtient pour les marginulines la forme d’un S, c’est-à-dire que la base est plus ou moins arquée et que le sommet, muni d’un prolongement, dirige louverture du côté du dos; dans les cristellaires, la forme peut être représentée par un 6, c’est-à-dire que la base est plus ou moins enroulée, et que l'ouverture est du côté ventral.

Dans les marginulines, lorsque l’ouverture, au lieu d’être subcentrale, est dorsale, ou lorsque le prolongement antérieur manque, il y a fusion avec les cristellaires; il en est de même lorsque ceux-ci, au lieu d’avoir le dos arrondi, l’ont vertical, ei que la base a un enroulement incomplet. Toutefois, le fait a peu d'importance par lui-même, attendu qu'il ne se porte que sur quelques coquilles, qui, en somme, ne réaoissent nullement sur l’ensemble de Pétude.

Nous possédons de la localité de Fonioy une trèsgrande quantité de marginulines qui peuvent être divisées en deux sections : la première ne laisse aucun doute sur son classement ; la seconde a été très-diversement classée par quelques auteurs, en raison des coquilles analogues qui ont été trouvées dans divers terrains ou qui vivent encore aujourd’hui.

La coordination en espèces des fossiles oolithiques compris dans la première division cest rendue assez difficile par l’uniformité que présente la plupart des coquilles dans la disposition de leurs loges, forme qui rappelle celle de certaines espèces liasiques !.

Aucune espèce analogue ne se trouve mentionnée par

1 Recherches sur les foraminiferes du lias, 1 mémoire ; Marginuülina Terquemi, pl. I, fig. 1; M. Metensis, pl. I, fig. 3; 3e mémoire, M. Dumortieri, pl. VIN, fig. 4; 5e mémoire, M. obesa, pl. XVI, fig. 8.

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les auteurs dans leurs publications sur les foraminifères des terrains crétacés et tertiaires ou des mers actuelles.

Mais il n’en est pas de même pour la nombreuse série de coquilles qui constituent la seconde division et dont la classification est loin d’être nettement établie.

Ges coquilles sont équilatérales, coniques, fortement aplaties, comme laminées, triangulaires, à triangle isocèle, scalène ou rectangle, presque toujours munies d’une arête sur le dos: elles sont formées de ioges empilées, non recouvrantes, obliques, droites ou arquées ou décurrentes; la base a une tendance constante à la spirale ; la dernière loge est tronquée et presque toujours munie d’un prolongement renversé en arrière; l'ouverture est arrondie, marginale, toujours placée dans l’angle dorsal.

Ces coquilles, dans l’ensemble de leurs caractères , présentent la double courbure dorsale propre aux marginulines ;* ou, lorsque le prolongement antérieur manque ou est cassé, la courbure simple des cristellaires.

Le type de ces coquilles se trouve représenté par le genre Planularia, Defr.'

i Ch. d'Orbigny, Dictionnaire des Sciences nuturelles, 1826, p. 244.

PLANULARIA (Fos.), sables en Italie. Elle est très-aplatie, un peu courbée dans sa longueur et surtout vers le sommet (la base) sillannée obliquement des deux côtés et portant une sorte d’arêle vers le dos, La seule espèce que nous connaissions et que nous avons nommée dans les planches de ce dictionnaire «planulaire oreille, planularia auris.» indépendamment de l’arête dorsale , elle porte trois pelites côtes longitudinales qui partent du sommet (base) et se terminent à peu de distance de ce dernier. Soldani a publié cette espèce sous le nom d’orthoceras auris, et il en a donné une figure, pl. 104; nous ne sommes pas assuré si cette coquille est fossile.

Ce genre paraît à M. de Blainville fort voisin de celui que Denys de Montfort a nommé pérénople. D. F.

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