‹ Mémoire sur les GuanchesChapitre 3 sur 5 · MOEURS ET COUTUMES · texte numérisé non relu

MOEURS ET COUTUMES

(Les insulaires qui habitaient les îles Canaries avant l'invasion des Européens et rétablissement de leur puissance dans cette partie de l'Atlantique, s'offrirent arux premiers explorateurs avec des moeurs et des usages divers. Privés de toute communication d'une île à l'autre par l'ignorance absolue de Fart de la navigation, sans relations avec le dehors- et presque ignorés du monde, leurs tribus isolées étaient gouvernées par des chefs éligrbles et indépendants, ou bien obéissaient à des princes héréditaires. Chacun vivait dans sa loi et gardait ses coutumes. Si ces peuples avaient pu faire cause commune , ils auraient opposé sans doute aux Européens une plus longue résistance; mais leurs ennemis tirèrent parti de leur isolement, et dans leurs différentes invasions ils employèrent successivement les populations vaincues à la conquête des îles qui étaient restées indépendantes.

Parcourons d'abord la partie de l'archipel Canarien la plus rapprochée de l'Afrique, «t voyons quelles sont les notions recueillies par les historiens sur leurs anciens habitants.

Bon.tier et Le Verrier nous fournissent plusieurs renseignements sur les naturels de Lancerotte et de Fortaventure. «Us se battent vaillamment, disent-ils*. !

» Ceux de Lancercrtte vont tout nuds, fors un mantel *' par-derrière jusqu'au jarret . . . Les femmes août belles Met honneetes, vestuesde grandes houppelandes de >><(nrir traînant jusqu'à terre... Usantgrand foison de » villages et de belles maisons. » Nous lisons encore dans la relation française que les Lancero Maures étaient très -fécondes; mais que n'ayant pats de lait au sein pour nourrir leurs; enfants , elles les faisaient allaiter par des chèvres. « La plupart dentée elles ont' trois * époux, ajoutent les chapelains , et servent par mois ; » et celui qui la doit a>voir après la sert tout le mois i>.que l'autre la tient , et foot toujours ainsi à leur «tour. ;» De manière que dans ce triumvirat de maris, chacun était alternativement le maître absolu et l 'humble serviteur de la femme.

Il paraît que le costume du roi «de: Lancerotte sa distinguai* par xles ornements particuliers f puisque les deux historiens V expriment eu oes termes : «Après » vint Asche au chas tel de fiubicon, et $e vesti t comme » roy .. . » Mous n'avons arien trouvé pourtant dans leur livre de relatif au oostiume du prince ; mais Viera et G*alindo décrivent le bonnet royal : La coronadepiele# wprin&s esmaldadas tfa oonebas, sorte de mitre de peau garnie de coquiUagps. J&eah de Bethencourt, qui prit le titre de roi des (Canaries par droit de conquête f adopta en partie cette coiffure, en ornant aussi de ooquiMes sa toque deibaroo. C'est ainsi qu'il est représenté dams un vwuœ portrait de Afenoornet, gravé parPaJomino.

-Ce que Jteadeu^itxhap^laiûSinow #?Q<wtenJt de Gu*?

terme de se eouctoer par terre, en témoignage de respect et de soumission, était commune dans les deux Mes. *

« Ce* peuples, dit Abreu Galiodo dans ses Mémoires, étaient humains, sociables et fort joyaux, grands amateurs du chant et de todattse. Leur musique, qu'ils accompagnaient de claquements de mains et de battements de pieds exécutés en mesure, était toute to»cale. Ces excès de gaieté qui les animaient dans les grandes réjouissances tenaient évidemment au caractère africain.» Bontier et Le Verrier en citent an exemple au sujet du retour de Betfaenceurt à Lancerot te, en 1403 , et .des ménestrels <ju'il avait ramenés arec lui : Les habitant» de celte tle, alors déjà con«quise, se pressaient en foule sur le rivage, et manifestaient leur joie en se laissant tomber par terre, criant, s' entre-choquant et se jetant les un* .sur les autres pour s'embrasser. Les deux princes de Forta- Tenlure furent admis à la table du baron; « et tandis » que le seigneur soupoit (disent les historiens) 7 il y. » avoit des mènes très qui jouoyent, de quoi ieeux roys » ne pouvoient manger du plaisir qu'ib prenoieot à » ouyr lesdits ménestnés. »

Galindo a donné la description d'un des exercices gymnastiques les plus -en TOgueà Fortaventure. Deux hommes» soutenant une longue lamee par see extrémités , relevaient au-dessus de leur tète ai*b haut que possible , tandis* que leurs cempagnons tactaient de sauter paiwlese»* C«* insulaires étaient si lestes et ti*dr*it*4 cejeti* qu1l*po«rraie*tfi*ndutr, ftm bornas

successifs, trais lances placées: parallèlement à diffié*sentes distances.

Querelleurs d'habitude, ils avaient «titre eux de fréquents duels» Lep champions préféraient dans ces tortes de. cas; le combat an javelot appelé Uzzer&s. La loi ne pouvait atteindre celui qui se présentait dans la maison de son ennemi en entrant par la porte , aldre même qu'il vînt à le tuer ou à le blesser ; mais s'il pénéfrait chez Lui inopinément en sautant par-dessus le mur, ou en faisant brèche sur les? toits pour l'attaquer en traître , il était puai de roert. (Glas ex GaUnda, op. cit., p. 6 et 7«) Toutefois la loi se montrait moins rigoureuse envers les Altahas, qui jouissaient de grands privilèges et occupaient le haut rang dans U hiérarchie sociale» Leur personne était sacrée.

L'auteur des mémoires inédits (Galindo) décrit en ces termes le supplice «des criminels : « Le coupable était conduit au bord du rivage, où on le couchait par terre, la tête appuyée sur une pierre plate, puis on là lui écrasait avec un gros galet., L'in&mie du supplice retombait sur ses enfante. *

Dans les maladies,, ils prenaient Le sue de trottines herbes dont l'expérience leur avait prouvé r efficacité ; mais pour la guérison 4a douletws aiguës ils seori*fiaient la partie affectée avec das pierres tranchantes, ou hieuils appliquaient le feu* et paupatent ensuite te plaie avœ du beurre de chèvre.

Nous savons encore, , d'après Galindo ^qpe^oe* m»laires étaient excellents nageur ^t quais <se servaient de dard* pow harponne* ia.yoiwfrte kv&de &<x^.

Ils construisaient leurs maisons en pierre sans ciment; l'entrée en était si étroite, qu'un homme n'y passait . qu'avec peine en se courbant. Ces maisons étaient en partie souterraines ; de là le nom de casas hondas que Ton donne aujourd'hui à celles qui existent encore; mais il paraît qu'ils en avaient aussi avec des cours intérieures dans lesquelles ils renfermaient leurs troupeaux.

L'orge qu'ils récoltaient dans leurs champs, la chair et le lait de leurs troupeaux, formaient la principale nourriture des anciens habitants de ces deux iles. Ils réduisaient le grain en farine après l'avoir torréfié ; deux petites pierres volcaniques, raboteuses et taillées en forme de meule, leur servaient de moulin à bras. Ils pétrissaient la farine avec de l'eau ou du lait, quelquefois avec du miel, dans des vases de bois ou d'argile cuite. Cette espèce de polenta, qu'ils appelaient gofto , était en usage dans toutes les îles.

Ils ne cultivaient que l'orge ; les autres céréales leur étaient inconnues. De longs bâtons, garnis à l'une des extrémités avec des cornes de bouc, leur servaient à ouvrir le sillon qui devait recevoir la semence.

Galindo décrivit le costume des habitants de Lancerotte à peu près dans les mêmes termes que les chapelains de Bethencourt , dont il ignora la relation. Le tamarco (tamarck) , ou manteau de peau de chèvre, était cousu avec des ligaments de cuir aussi fins que le fil. Ce manteau, qu'ils taillaient avec leur tafiague, espèce de tranchet d'obsidienne, né dépassait pas les genoux. L'auteur des mémoires ajoute que les souliers

étaient aussi de peau de chèvre , avec le poil tourné en dehors , et qu'ils portaient des bonnets de la même substance, ornés par-devant de trois grandes plumes. Les femmes avaient une coiffure semblable, mais leurs bonnets étaient serrés autour de la tête avec une bande de cuir qu'elles teignaient en rouge. Les hommes laissaient croître leur barbe et leurs moustaches; ils portaient les cheveux longs , et les femmes les laissaient pendre en tresses par-derrière.

Des jaquettes de peau de mouton, qui descendaient jusqu'à mi-cuisse, distinguaient les habitants de Fortaventùre de leurs voisins; mais les manches n'arrivaient pas jusqu'aux coudes et laissaient les bras à demi nus. Le bonnet variait aussi , et sa forme était plus conique.

Les traditions historiques recueillies par notre auteur (voy. Viera, Notidas ex Qalindo, op. cit., tome I, 1. ii, § xxi, p. 191 et suiv.) nous fournissent quelques notions sur la forme du gouvernement de Lancerotte avant la conquête. L'île était sous la dépendance d'un roi , dont le pouvoir héréditaire devait se transmettre au premier né de ses fils. Ce droit, auquel les femmes ne pouvaient prétendre , passait au second en cas de mort du premier. Les alliances entre frères et sœurs étaient permises parmi les grands. Des castes bien tranchées existaient chez ces insulaires ; les guayres ou les nobles exerçaient une grande influence et jouissaient de certains privilèges : ils pouvaient contester aij prétendant, dans certains cas, le droit de succession. Le reste du peuple était esclave ; les grands dis-

posaient arbitrairement de son sort* Une physionomie nationale distinguait; cette race d'homme; la couleur brune de la peau et des chevaux sont les principaux* caractères que lui assignent les historiens.

Si nous rapportons maintenant nos observations sur les populations du groupe occidental de l' Archipel canarien , nous y remarquerons divers degrés de civilisation et des différences dans les mœurs et les usages* Cependant parmi les coutumes que les historiens ont décrites comme spéciales à certaines îles , parce qu'on n'eut pas occasion de les observer dans les autres, plusieurs probablement devaient être plus générales. L'examen comparatif des différentes tribus observées dans leurs circonscriptions maritimes, donne heu à plus d'un rapprochement, et ce n'est pas seulement de l'étude ethnographique de chaque population isolée et prise en détail , mais plus epeovçde Veosçuable de cette étude appliquée collectivement à toutes les lies du groupe occidental, que doit ressortir le caractère essentiel et disiiuctif de la nation guanche*

Bontier et Le Verrier n'ont presque rien dit sur les mœurs et -coutumes des naturels de l'île de Fer, les Bani-Bachir, dont h% Espagnols oorroB^piieôt le nom en -celui de Bwitaçkoa (\)+ G est aux. ouvrages de ceux qui ont écrit d'après tes traditions qu'il faut avoir recours^ ^t tout ce que* Viera lui-*ttôme rapporte 4ans ses Notim est entrait

(*) Ctrt à mon wv*nt coaftto IL ff&Tezac qnc Ije doit ftndieattoit dextUfe fcpnnlQfi*.

Garcia del Castillo. D'après ces historien*, le* habitants de cette lie étaient de moyenne taille, mais agitai* forte* et courageux (agiles, fuertes y animotos)* Natu* relfement enclins à la mélancolie , tenra poésies rôu* latent sur des sujets graves et trietës qu'ils chantaient d'uia ton plaintif en dansant en cerde, se tenant pat la main, et sautant tous ensemble à divers temps. Les pasteurs htrre&os. (1) imitent encore de nos jours cette ronde nationale.

La polygamie n'avait pas lieu chez ces insulaire* j ils ne pouvaient non plus choisir leurs épouses dans leur propre famille ; mais , bien qu'ils reconnussent uae sorte d'aristocratie , les alliances entre les deux castes étaient assez fréquentes. La prétendant obtenait ordinairement le consentement de kt famille par un présent de quelque» tètes de bétail/

Le costume de ces insulaires était pTesqtw identique avec celui dee habitante de Fortaventurej leur man« tettG de peau de mouton v qu'ils portaient le poil en dehors pendant l'été r leur servait de fourrure en hiver. Ils marchaient armés de long* bâtons, pour s'aider à gravir les foetal*, Leurs maisons étaient d«s édifiées cirariairos , soutenus par une forte muraille et sm* montés d'un toi! en rotonde qu'ils consolidaient avee des branches d'arbres vacttavertea de feuillage et de paiite. Cbaqutt habitation pouvait contenir une &+< miHe d «wron, $>in#t petraonats; mais, $mn fe tintera)*

(1) Le mot herrerio est employé «fowflhwi pm km fifcfrtu» ê* tim Canaries pour désigner un naturel 4* l'tle de Fer. . ■

ils avaient établi leurs demeures dans les grottes spacieuses qui servent encore aujourd'hui pour renfermer les troupeaux. De grands tas de fougère?, sur lesquels ils étendaient des peaux de chèvres , étaient leurs lits de repos. Lorsqu'ils tombaient malades , ils se cou- , vrai en t de peaux de mouton afin d'exciter une abondante transpiration , puis ils se frottaient le corps avec du beurre. L'eau de leurs citernes et celle d'une source providentielle qui coulait au pied du fameux garoe (1 ) faisaient leur principale boisson. Toutefois Garcia del Castillo assure qu'ils savaient extraire une liqueur ferment ée du fruit du mocan (2).

Leur nourriture consistait en gofio et en viandes rôties de chevreau ou mouton. Il est cependant un dicton populaire qui rendrait probable leur goût pour la chair de lézard (herreno corne lagartos). On sait que ces animaux étaient très-communs dans l'île , et qu'ils y atteignaient presque la grosseur des iguanas d'Amérique , dont les Indiens sont si friands. Mais l'aliment le plus estimé de ces insulaires était la chair des brebis grasses qu'ils appelaient juhaques. Ils se réunissaient dans des festins de famille , et se plaçaient autour de trois ou quatre juhaques rôties , qu'ils dévoraient en commun à l'époque des guatativqs, fêtes nationales dont les historiens nous ont laissé ignorer l'anniversaire et le motif. Les coquillages étaient aussi trèsgoûtés parmi eux , et les amas de patelles, désignés par

(1) Le garoë est cet arbre merveilleux dont il est question dans plusieurs ouvrages qui traitent des Canaries.

(S) Yisnea mocanera.

les modernes Herrenos sous le nom de concheros ou lapas, signalent encore les endroits où leurs devanciers venaient autrefois s'aiguiser l'appétit. Les fruits du figuier étaient aussi une grande ressource pour les anciens habitants de l'île de Fer, et la racine de fougère (Pteris aquilina), réduite en farine, remplaçait le gofio dans les temps de disette.

Cette peuplade obéissait à un prince pacifique qui, n'ayant personne à combattre , gouvernait paternellement sa petite principauté, et ne recevait de ses sujets qu'un tribut volontaire , selon la richesse de chacun. Armiche était son nom. Jean de Bethencourt ayant envahi l'île de Fer vers le commencement du quinzième siècle (1404?), emmena Armiche en esclavage avec la majeure partie de ses sujets.

Les habitants de la Gomère différaient peu de ceux àt l'île de Fer quant à la taille et à la physionomie; mais ils étaient en général un peu plus bruns. Viera nous apprend toutefois , d'après les renseignements de Galindo, qu'il s'en trouvait aussi beaucoup qui avaient le teint aussi blanc que les Guanches de la partie septentrionale de Ténériffe. Très-affectionués aux exercices gymnastiques , et moins pacifiques que les Beni-Bachirs , les Ghomerites s'acquirent un grand renom par leur force et leur courage. La légèreté et la hardiesse qui les distinguaient, était le fruit de l'éducation guerrière qu'ils recevaient presque en naissant. Dés l'âge le plus tendre , les jeunes enfants devaient faire leurs preuves. Placés à une certaine distance, sans écarter les pieds de l'espace qu'on leur avait

tracé, on leur lançait de petites boules d'argile qu'ils évitaient par des mouvements de corps; puis, une fois familiarisés à ce jeu , on commençait à leur tirer des pierres. Ces premiers exercices étaient remplacés par 4e» essais plus dangereux : il leur fallait d'abord se garantir contre des javelots sans pointe, et en éviter ensuite d'autres acérés par le bout. Elevés à une pareille école , ils ne manquèrent pas d'acquérir bientôt l'adresse audacieuse, l'intrépidité et la promptitude d'exécution qui les rendirent ai redoutables dans tes combats. Aussi ees insulaires oonaervérent )ong*temps après la conquête cette humeur belliqueuse qui les assimilait aux Guanches deTénériffe, leurs plus protbea voisins. Jaloux de kul» liberté f on ne tes soumit qu'avec peine , et ils tentèrent plusieurs fois de reconquérir des droits usurpés en se soulevant contre ces seigneurs féodaux auxquels Gharles*Quint avait cédé leur île à litre de fief héréditaire. Du temps d'Abrcu Galindo ils conservaient encore dans leur etonfc national la mémoire de ceux de leurs compagnons qui S'étaient rendes célèbres par leur héroïsme* 'Pela furent tgualgim, Agnabarakiaon , Agualecht» AguaeoréYM*, Àmankuy et GuaÏÏHQueya, qui léguèrent leur* noms à divers districts de l'Ile* . . •

Inès Ghomeritea* comme les Gnanehes de Ténér rifife, n'admettaient pa$ de vertu eonstanM ; le plus vaillant pouvait faillir. lladiaaient aeiden*e**t du gtteivxi&t * tdjow il fui hvav*; mata en prenant d¥e du service rendu à la patrie, ils ne lui en tenaient aowpte 91e pour le lui rappeler dans l'e^aaion^ >Gft efcewem

de gloire notait pas pour eux une garantie qui répondait de l'avenir; souvenir d'un fait honorable* une action honteuse pouvait te ternir. Etre brave une fois ne suffisait pas à la réputation d'un homme - l'opinion publique exigeait plus : faites comme les braves l tel était le cri de guerre en commençant le combat (1), et cet appel au courage,, qui réclamait de nouvelles preuves, s'adressait à tous indistinctement. Les nations que l'historien nous a transmises sur les moeurs et coutumes des anciens habitants de la Go mère se bornent à peu de chose. On a prétendu que* hospitaliers jusqu'à l'excès, ils faisaient à. leurs botes et à leurs amis les honneurs du lit nuptial. « De là* dit Viera, cette loi qui appelait les frères à la suc* cession avant le6 enfants. » Galindoest le premier qui ait fait mention de cette coutume ; il en est question aussi dans un passage du Traité des navigations $t des voyages de Bergeron, éd. in-8% p» 209. * ' Le costume des Ghomerites offrait aussi quelques différences avec celui de leurs voisins ; ils portaient le tamarck plus long et le teignaient en rouge ou en violet. Les jupes des femmes étaient en peau de mou* ton; elles se coiffaient avec des toques -légères qui leur tombaient sur les épaules, et se chaussaient avec des sandales de cuir de porc. (Viera, Noticias, U I, p. 148. ) *Ces insulaires étaient toiis troglodytes; les grottes naturelles leur servaient d'habitation. Ils possédaient de nombreux troupeaux; Me abondait en

(f) Tient, îfotkiaà, protogtie, t. m.

gras pâturages qu'arrosaient une multitude de torrents. De superbes forêts ombrageaient les montagnes, et les palmiers croissaient en foule dans leurs riantes vallées. La liqueur fermentée connue sous le nom de miel de Palma, que les paysans de la Gomère tirent encore aujourd'hui du dattier, était très -estimée des anciens habitants.

Les Ghomerites étaient subdivisés en cfuatre tribus qui avaient reconnu une autorité suprême. Amalahuyhé conservait encore cette suprématie vers la fin du quatorzième siècle ; mais à la mort de ce prince, les chefs des tribus se déclarèrent indépendants, et leurs dissensions accélérèrent le succès de la conquête. ( Viera, Noticias, t. I, p. 195. )

L'ancienne population de Palma appartenait à la grande tribu des Haouarythes {Béni 9 haourah), et cette filiation explique Félymologie du nom primitif de l'île, que le père Abreu Galindo a corrompu en celui de Benahoave, et qu'il traduit par mon pays. Ces Haouarythes étaient subdivisés en douze tribus secondaires qui obéissaient à leurs chefs respectifs. Des rivalités avaient souvent amené des querelles sanglantes entre ces différents cercles : Echentive, prince d'Abenguarème, en était venu aux mains avec Mayantigo, souverain d'Aridane, et des attaques àl'improviste avaient eu lieu entre les tribus d'Hïscaguan et d'Acero. (Gai. mss. lib. m, cap. v, Viera, Noticias, 1. 1, p. 199.) Ces vaillants insulaires surent résister à toutes les invasions jusqu'à la fin du quinzième siècle, et si la plupart des tribus n opposèrent à don Alonzo le Conquérant

qu'une faible résistance, c'est que, séduites par des conditions avantageuses, elles comptèrent trop sur la foi des traités. Unies entre elles pour la défense commune, elles furent long- temps indomptables ; Bethencourt et ses Normands ne purent gagner un pouce de terrain; plus tard, Guillen Peraza, comte de la Gomère et seigneur de l'île de Fer, qui envahit la Palma avec des forces considérables, fut battu à la première rencontre, et perdit la vie. Lorsque les Herrenos tentèrent de venger la mort de leur seigneur en pénétrant de vive force dans Jô territoire d'Aberguarème, le prince Echentive trompa encore toutes leurs prévisions, et la sœur de Guerchagua, le chef de Xigalate, qu'ils amenèrent prisonnière, leur donna* un premier exemple de ce que pouvaient la force et le courage chez lés femmes de race Guanche. L'Herreno Jacomar ayant voulu la traiter en esclave, la fiére insulaire le saisit à la gorge et allait l'étouffer, quand celui-ci sauva sa vie en la poignardant. Mais ce crime ne resta pas impuni. Jacomar, profitant d'une trêve, était retourné à la Palma , et Guerchagua, auquel il racontait un jour sa triste aventure, reconnaissant l'assassin de sa sœur, lui traversa le cœur avec son javelot. (Viera, ex Galinda, t. III, p. 149.)

L'histoire fait aussi mention d'une autre femme douée d'une force prodigieuse et non moins résolue que la sœur du chef de Tigalate. Les Espagnols venaient de débarquer à Tazacorte : Guarinfanta se présente et les défie au combat. D'abord forcée de fuir devant le nombre, elle les trompe par sa fausse

retraite ; mai» bientôt revenant sur ses pas, l'intrépide amazone abat celai qui la suit de plus prés, et l'emporte comme une proie. Les Espagnols s'acharnent à sa poursuite; déjà Guarinfanta a gagné les bords escarpés d'un ravin, lorsque, entouïéepar huit oom*battants, elle tombe brisée de coups, au moment qu'elle allait se précipiter avec son ennemi.

Certes, de pareils traits d'héroïsme témoignent assez de la bravoure de cette nation*, et justifient bien l'opinion de Fauteur des Notices : « Us étaient tous » gens de cœur, dit-il ; et les femmes pal mai ses, douées » la plupart d un courage viril, s'élevaient au rang n des hommes par leur force et leur audace. »

Ce caractère résolu qui distinguait si éminemment les Haouary thés se retrouve à chaque page dans la relation deGalindo. Le mépris delà mort fondé sur des idées de fatalisme, la résignation dans la souffrance, et le courage poussé jusqu'à la témérité, telles furent les idées stoîques qu'ils opposèrent à la barbarie des conquérants. Citons encore un exemple : Mayantigo, le chef de la tribu d' A rida ne, reçoit en combattant une grave blessure, et bientôt la gangrène attaque son bras fracassé. Alors le guerrier, voulant prévenir les ravages du mal, s'arme de son tafrigut, et opère

lui-même l'amputation par ladésarticulatiçn du coude. (Galindo, mss. lib. vin, cap. v* )

Mais il était des maux contre lesquels ils ne coihnaissaient point deremèdes, et pour ceux-là ib s'abandonnaient au destin. Bien plus affectés des peines de l'âme que des douleurs du corps et naturellement en*-

clin» à la mélancolie* ils avaient recours à la mort pour terminer leurs souffrance*. Dans les cas désespérés, lorsque le malade ou le vieillard pressentait sa fin prochaine, il convoquait ses parents et leur faisait ses adieux en prononçant le fatal « vaca~§uare » ( je veux mourir!). Cette volonté dernière était religieusement observée ) on le transportait dans la grotte sépulcrale, et là, étendu sw un lit de peaux, un vase de lait au chevet de sa couche, le moribond s'éteignait dana son agonie» ( Viera, #o<t<sta*, t« I, p. 181 ♦ )

Ce n'est donc pas sans raison que Fauteur des ÀV tim appelle les insulaires de la Palm a, les Spartiates fas C anar%eê. Si cm effet, sous certains rapports, leur intrépidité dans les combats, et cet amourde la patrie dout ils donnèrent tant de preuves, les égalaient aux béros de l'ancienne Grèce, nous retrouvons aussi dans leurs mesure (tes habitudes qui les rapprocheraient encore davantage des Lacédémoniens, Celui qui savait le plus adroitement piller son voisin, lui enlever ses bestiaux ou lui dérober ses armes, recevait das éloges ; on le proclamait, le plus hardi.

Parmi les usages décrits par les historiens, il en est un qui paraît particulier aux Haouary thés, de la Palma, Ce» insulaires «vaient utilisé la semence d'une espèce de chenopodfe qu'ils appelaient amagante et qu'Us faisaient bouillir dans du lait*. Ils se servaient pour manger cette pâtée liquide d'un goupillon de rar oinç* de mauves réduites en filaments par la macération. Us en faisaient awssi^vec des racines de fougères qui la imbibaient 4e lait ou qu'ils frottaient avec du

beurre pour donrfer ensuite à sucer aux petits enfants. Ces sortes de biberons sembleraient indiquer que les femmes palm aises, comme celles de Lancerotte et de Fortaventure, ne pouvaient non plus allaiter leurs enfants, et qu'en général, dans ce climat, elles avaient recours pour les nourrir à des moyens artificiels, lorsqu'elles ne les confiaient pas à des chèvres.

Les Haouarythes de la Palma portaient le même costume que les Ghomerites : ils étaient grands et robustes; leur visage n'avait rien de disgracieux; les traits en étaient réguliers, et le prince Mayantigo fut appelé, dit-on, Morceau du ciel, à cause de sa belle physionomie. Quant à la couleur de leur teint, il paraîtrait qu'elle était généralement assez blanche, puisqu'un des princes d'Abenguarème avait été surnommé Azûguahé, qui signifiait le brun 9 sans * doute pour le distinguer des autres. (Galindo, mss. lib. ni, c. v.)

Mais hâtons-nous d'arriver auxGuanches deTénériffe pour connaître à fond ce peuple de braves, car ce fut dans cette île qu'il conserva le plus long-temps son indépendance, et avec elle ses mœurs pastorales et ses vertus guerrières.

Ténériffe offrit aux conquérants une organisation politique à peu près semblable à celle de la Gomère et de la Palma. Suivant la tradition, l'autorité d'un seul avait prévalu d'abord, et Tinèrfe le Grand fut le dernier prince qui jouit du pouvoir souverain, cent ans environ avant la conquête. Mais à sa mort ses neuf fils se séparèrent le royaume et le divisèrent en autant de principautés indépendantes, auxquelles il

faut ajouter une autre fraction du territoire concédée à un bâtard du roi nommé Aguahuco. Les enfants légitimes prirent le titre de mencey ou seigneur, et Aguahuco (le bâtard) reçut celui d' Achimencey (fils ou descendant de seigneur).

Toutefois, il parait que les différentes tribus de Ténéritfe reconnurent de tout temps la suprématie du prince de Taharo, un |Jes neuf menceys de l'île. Le titre de quebehi (grandeur ou majesté), ajouté à son nom propre, le distinguait des autres. Quebehi Imobach, qui régnait à Gratave en 1 464, est le seul désigné, dans un vieux document, sous le nom de Grand : « el grand rey Imobach de Taoro. » (Voyez Nunez de la PeSa, 1. i, cap. ix, p. 71 . ) Son fils Quebehi- Bencomo, qui lui succéda, est qualifié de très-puissant par l'historien de la conquête (1 ) .

Du reste le nom de Taharo, par lequel on dési- ' gnait le territoire du mencey Bencomo, semble une corruption du mot Tagoror, qui signifiait le lieu où l'on se rassemblait pour tenir conseil, rendre la justice et assister aux grandes solennité^. Or, la dénominatiom de tahoro ou tagoror, particulièrement affectée au domaine du mencey le plus puissant de l'île, indique assez la suprématie que ce prince exerçait sur les autres districts.

Les princes et les nobles de Ténériffe avaient pourtant leur tagoror particulier, où ils siégeaient d'habitude. C'était là qu'ils tenaient conseil, recevaient

(1) En Tahoro Bencomo el potentissimo.

ÛÊÊÊÊÊÊÊ^mi i^M ■ i .■ ^.- P-

leurs vassaux, et réglaient les différends. « Un vieux » mencey asèis à Ventrée de sa grotte, sur son hane de » pierre, et présidant son tagoror ( dit l'auteur des » Notices), me rappelle les héros d'Homère. »

A l'avènement d'un nouveau prince; la cérémonie de l'installation avait lieu dans le tagoror. Des branches de palmiers et d'autres rameaux verts décoraient l'enceinte; le sol était joncha dé fleure, et le peuple accourait en foule de toutes les vallées voisines pour assister à la fête. Le mencey, safari par acckmatiea, s'asseyait sur une pierre taillée en ferme de siège et recouverte de peaux : alors un de ses parents les pins proches lui présentait le royal humérus, relique vénérée qui tenait lieu de sceptre, et qu'on conservait dans un étui de emt. Le mencey le baisait avec respect ; puis, l'élevant au-dessus de sa tète, il pronon* cak en ces termes la formule du serment :

« Je jure, par l'os de celui qm a porté la couronne, » 4e suivre Son exemple et de Eure le bonheur de » mes sujets, »

Les chefs, far rang d'&ge, prenaient ensuite le seep tre des mains du «niveau prince, et le plaçaient tour à tour sur leurs épaules en disant :

« Nous jurons, par le jour 4e <pa corn-aMessent^ » de nous constituer tes défenseurs^ diawkfuede ceunt » de ta race. » (Viana, ch* i.) :

Après le couronnement, le «éneey, te front écart de tonner eutraÉtlé de âetsT^ kuritait ta aêiis<*ate à prendre part au festin ; les danses, les luttes et les jeux terminaient ensuite i^ ^f^flflpf^j^ ^ ^'j^Jpn*.

geaient pendant la nuit à la clarté des torches et des feux de joie qu'on allumait de toute part. En temps de guerre, on suspendait les hostilités pour que rien ne troublât la fête. '

Lorsque le mencey parcourait ses domaines, il était précédé du sigone portant Yatïepa, espèce de bâton de commandement orné à son extrémité d'une banderole de jonc. Dès qu'on apercevait la royale bannière, en accourait au-devant du prince pour se prosterner à ses pieds. Les plus empressés secouaient la poussière de se^ sandales avec la fourrure de leur tamarck , et les baisaient avec respect. Ce témoignage de soumission et de vasselage était de rigueur à l'anniversaire du couronnement, qu'on célébrait toujours en grande pompe. Alors le peuple était admis auprès du mencey et venait lui rendre hommage. « Les uns, dit Espinosa, lui ap- » portaient un tribut de peaux recherchées, les autres » lui offraient des fleurs odoriférantes et des rameaux »dse fruits les plus riches lui baisaient kmainçauche, » les chefs et les nobles la main droite; mais tous s'a- » genouillaient devant lui en lui disant : Je suis ton »»as&aH»

Dans cas fêtes soleqaeUes, l'élite des guerriers défilait devant le prince et témoignait sa joie par de bruyantes Acclamations, que Viana rapporte dans les termes suivants, d'après la version du P- Espinosa :

<c Vive Bencomo, notre seigneur et notre spntien ! » qu'il *ive malgré JLa ngurur du destin. » (Viana,

chu l£L-j

t'était dans i'cnceinte>du iagacor que lejwencey -ad-

ministrait la justice et présidait le conseil des sigones. Le délinquant , amené devant ses juges , était étendu par terre, et on lui appliquait la bastonnade avec la houlette pastorale du prince, qui' avait toujours soin de faire panser ses blessures après l'exécution. Ce châtiment était celui qu'on infligeait ordinairement aux voleurs. (Noticias, t. I, p. 184.)

Yiana parle des châtiments infligés aux enfants qui insultaient leurs pères , et qu'on condamnait à être lapidés. L'homicide recevait la peine du talion, et ceux qui se rendaient coupables d'adultère étaient enterrés vifs. La jeune fille pervertie expiait ses fautes dans la prison jusqu'à ce qu'un de ses amans se présentât pour l'épouser. (Viana, ch. i.)

Viera, suivant la version du P. Ab. Galindo, dit que le meurtrier perdait tous ses troupeaux , et qu'on l'envoyait en exil à perpétuité. « Peut-être, ajoute-t-il, » que le législateur, en agissant ainsi, avait voulu » soustraire le coupable à la vengeance des parents du » défunt. »

La loi imposait le plus grand respect pour les femmes: celui qui en rencontrait quelqu'une sur son chemin devait s'arrêter et la laisser passer sans lui adresser la parole. La bigamie n'existait pas parmi les Guanches ; mais ceux de Ténériffe pouvaient répudier leur épouse pour en prendre une autre. Viana nie cette loi de répudiation.

C'est à Fray Alonzo de Espinosa que nous sommes redevables des croyances des Guanches sur la distinction des castes . « Au commencement du monde , di-

» saient-ils ,' Dieu créa un certain nombre d'hommes » et de femmes avec de la terre et de l'eau , et leur » répartit les troupeaux nécessaires à leur subsistance. » Plus tard, il en créa d'autres et ne leur donna rien. » Alors ceux-ci ayant réclamé leur part , Dieu leur » répondit : Servez les autres, et ils vous donneront. De » là proviennent les maîtres et les serviteurs, c'est -à- » dire les nobles et les roturiers. »

Dans Tordre de cette hiérarchie, qui divisait la nation en deux corps, le Quebehi était le plus haut placé. Le titre de mencey ou seigneur s'appliquait au prince dont les chefs de la tribu avaient reconnu l'autorité souveraine, et ce titre était héréditaire. Par celui d' achimencey on désignait un personnage d'un rang inférieur, mais issu de famille régnante. Les sigonès étaient tous gentilshommes : grands vassaux des menceys, ils commandaient les gens de guerre, et prenaient place au tagoror ou tribunal de justice. Enfin, de même que dans les autres îles, les achtcaxna ou les roturiers formaient la masse du peuple. Pauvres serfs soumis aux seigneurs , et cultivant les domaines du prince , qui leur en cédait l'usufruit , le travail faisait leur bien-être , et la véritable richesse ne consistait pour eux que dans l'accroissement des troupeaux. (Noticias, 1. 1, p. 155 et 219.)

Toutes les terres , au contraire , appartenaient au mencey , qui les distribuait à ses sujets suivant leur rang et leurs besoins; mais ces concessions n'étaient que temporaires ; elles rentraient dans le domaine du prince à la mort des usufruitiers, ou prenaient plus

d'extension par J'accroissement des familles L'impossibilité d'aoguérir et de dominer les autres, par .la fortune contenait l'ambition, et sous ce rappo»t >t «eette loi agraire, favorable à la politique des raeroey s,rfaîsait leur force et leur stabilité.

Les soins du troupeau et le chois* des meilleurs herbages étaient pour les Guanchesdes. devoirs importants, aussi y mettaient-ils toute leur scienoe. «Ces hardis pasteurs rassemblaient en quelques instants tout le bétail dispersé dans les montagnes; ils le comptaient d'un coup d'œil, et •savaient distinguer, antre mille brebis, l'agneau de chaque mère. {Noticias, t. I, p. 166.)

Le berger charmait ses loisirs sur la flûte champêtre, chantait ses amours ou les combats de ses pères. ( Notic. t. 1/ p. .1 58. ) Les traditions de cette vie pastorale, de cette existence des premiers temps, «ont fourni à Yiana les plus belles pages de son poème, et l'épisode du prince Zehenzui, qu'il a. rapporté d'après la version de E^pinosa, est un exemple de<cet*e simplicité de coutumes et de mœur^ qui distinguait les anciens Guanchas.

« Zebenzui, que les Espagnols surnommèrent le » JPamwe Uidotyo, commandait «a despote dans le » district qui s'avance sur la cote eepteatrionale de » TénériflEe^ entre les montagnes d'Amaga et «de Te- » gueste. Jeune et audaofeux, a poussa la témérité et » l'ahus de la foras ]usqu aux aotiane les plus «oupa- * blés, opprimant ses vassaux et deur^sievaat le fruit > de leurs labeurs. Des ruines sans oeese renouvelées

% dons 4es 'bergeries du ^voisinage avaient rendu le » HSéande ia «outrée, lorsque ies'pasteurs alarmés ré- » solurent d'aller implorer le puissant Bencomo pour i>méttte «n ferme au brigandage dont îîs étaient les » viornes. Mais 4e vietix raencey, voulant concilier » Ftoomieur *fle «a race vrec les devoirs de la justice,

* prkwraéam une résolution digne de son caractère, i» il «part de 4a 'valtée de Yaoro, <et *« engage -seul w dans des sentiers peu fréquentes pour traverser en

* quelques heures <»we distance de sept lieues et $ur- *>>prendiie Zebenrai en flagrant délit. Arrivé brus-

* ^«eurent dans k grotte- du prince, iiletrouve acheqi vxnt son repas et dépeçant encore les restes d'un

* Ktavrem uginli • arak dérobé la veille. A cette ap- » parition subite Zebenzui reste comme pétrifié : H ;» Teoonmft le grand Bencomo, que ses vertus et sa

* sagesse 'ont Ôlèvé au rang suprême, te Quetoïki, Itti » *fet-il en «e prosternant, ta ^présence en ces îieux et *> à eétte heure me remplit de confusion ; toi, le pre- >» mer parmi tes meneeys de Pile, dans cette hum- *> Me demeure 1 ! <pie >puis-je ^offrir dans ma wisëi*e » poui\»e rendre *digne de cet honnetrrPÇermets du » moins que je m'absente quelques instants, et je te » traiterai bientôt comme tu le mérites en te rendant » les devoirs de l'hospitalité.» Mais Bencomo le retient » par le bras au moment qu'il allait franchir le seuil » de la j>orte ; et fixant sur lui un regard sévère, il »'hu répond en ces termes : «Hestfy Zebenzui, et ne » va pas voler le Ken .d'autrul «pour m'en Faire ot- » frande; reconnais ton égarement, et souviens-toi

» que le prince ne doit pas se nourrir aux dépens de » ses vassaux. Donne-moi de l'eau et du gofio ; c'est » la nourriture du pasteur. »

» Alors Zebenzui, tout confus, lui présente le go- » fio et l'eau, en s'excusant de manquer du sel. Le » mencey le délaie lui-même, et continue ainsi en » savourant ce mets grossier : t Zebenzui ! si » tu savais apprécier le goût de la farine pétrie par » des mains pures, et que les larmes du pauvre n'ont » pas humectée! les brebis grasses cuites dans le » lait, les tendres agneaux arrachés violemment du » sein de leurs mères et ravis au berger sans dé- » fense, sans te faire plus riche, misérable prince, te » rendront l'opprobre des tiens et l'exécration de tes » sujets.»

» Le mencey se lève en achevant ces paroles, et s'é- » lançant hors de la grotte, il reprend le chemin de » la montagne et disparaît aussitôt. Zebenzui n'ose j> lever les yeux ni faire un pas pour le suivre. Le dis- » cours du noble vieillard avait touché son âme et » disposé son cœur à de meilleurs sentiments... etc. » (Viera, Noticias, t. I, p. 215. Viana, ch. x.)

Industrie.

Le sol de Ténériffe, par sa nature volcanique et ses cavités souterraines, offrit aux premiers habitants un grand nombre de grottes spacieuses dont ils firent leurs demeures habituelles. En hiver, ils préféraient

celles qui étaient situées sur le littoral; mais pendant l'été ils allaient s'établir dans l'intérieur de l'île, sur les berges des grands ravins, pour y respirer l'air frais de la montagne. Les grottes d'hiver qu'on voit encore à Ténériffe ont été la plupart creusées de main d'homme. Les Guanches les taillaient dans le tuf; les plus belles sont celles du district de Guimar, connues sous le nom de las cuevas de los reyes. On les trouve à la sortie du bourg, en descendant vers le ravin de Ghimisay ; elles sont toutes situées le long de la même berge; quelques-unes offrent, dans leurs compartiments, plusieurs chambres carrées, dont la principale reçoit le jour par la porte d'entrée; les autres ne devaient servir que de chambres de repos ou de celliers à provisions. Des banquettes taillées dans le massif de la roche ont été ménagées tout le long des soubassements de la première chambre, où l'on voit encore des espèces de niches creusées dans l'épaisseur des parois, et destinées sans doute à y placer des vases d'eau et de lait.

Les Guanches de Ténériffe étaient très-habiles a tresser des cloisons de roseaux ; ils fabriquaient des filets de jonc, des nattes, des paniers et des espèces de havresacs en feuilles de palmier. Leurs aut^s ustensiles consistaient en vases d'argile ou de bois dur, en aiguilles et hameçons d'os ou d'épine de poisson, en cordes de boyaux, etc. Ils savaient mouler aussi des petits grains cylindriques en terre cuite d'une couleur brune-rougeâtre, qu'ils perçaient d'un trou pour les enfiler ensemble et en faire des colliers. Ils

e&cellaient encore dans le tannage et dans tout cetjai tenait à la préparation des peaux dont ils. faisaient usage cosnmç vêtements, chaussures, tapia, couvertures r etc. Quelques- auteurs canarien» ont. assuré aussi qu'ils avaient certaines idées 4e Fart dir djps&înr, et de la peinture. Vie» a fait mention de plusieurs ornements peints avec de l'ocre rouge et d'autre» ttrae& colorantes». (Pintares, qi*e pintaJban, enpiedrm brufiida*, con almagrje* gis,, ocre yotras tiçrra* <U colpv+t* l fy «•15.8.)

Lçs Guanchts portaient le tamajrck et de& ssp&m dç, gpçtres qu'Us, appelaient. kuirtM*,. de$> bçtttjwe^ de peau ou des sandales à peu près semblante* à œlles dont les ValencLem fantusagp ej* Espagw* et qu'ils ont ioait^es des Maures-

Les reuseigpements de, Viajia sur. le coetup^ des, femmes se rapportent à ceux des autres historiens de la conquête. On retrouve dans, sa. description le& longues jupes de fine peau, dont parlent les chapelain?) de Bethencourt, de même que le taroarck, cautf et serré à la ceinture. G est ainsi qu'il dépeint celui que portait la princesse Dacih Le poète historien, n'oublie pas non plus les colliers de petites coquilles ^ entremêlées d'ambre* qui ornaient son cou. (.du ni).

Les Guanches tiraient de leurs troupeaux leur principale nourriture, préférant la. ch^ir de ctevreau, i toutes les autres, Celle des, lapin^ jauyagps ^tait> aum très-estiniée, s'il faut; en ciwm ks auteurs, «•* italiens. Ils faisaient cuire ce* viandes a# t fouj?^ es* lis renfermant sous, tcaxe dapa uns ppU^c^ sur

laquelle ils allumaient un bûcher. Le gofio se mangeait après la viande, et on' le pétrissait avec du lait, du miel de palme ou de mocan. Quelquefois aussi ils n'employaient qfte, l'eau, dan» * laquelle ilsi jetaient alors* un peu;d<ttsek

Le* terres* qu'ils cultivaient leur foorwi^aienl le grain nécessaire pour le*r- gpftoi Il» conservaient ee grain- dan* de* sâlos, et après la récoke commençaient les réjouissances publiques du Bènesmen.

La méthodes usa^ à<Ténériffe p<yi*r faire le beurre était fort simples un 6 outre, à demi remplie de lait; était suspendu* è* 1 extrémité d'une petite» corde, tan*dis <|uet deux femmes-,, placées ai huit ou dix pas de distance,* se lai renvoyaient alternativement en U fafcsant bafa&ear, jusqu'à ce que la partie butyreuse ' eut acquis», le degré , de ; consistance convenable.

Four fourni* à la grande consommation de laitage, lespasteurs ne laissaient prendre aux jeunes chevreauxque fort peu d'aliment s> en les emfpéchant de téter les chèvres mères lorsqu'elles étaient au pâturage;

Les Gufcnches n'eurent aucune idée de la naviga^ * tion;il»< ne pensèrent jamais à construire des barques ni des pirogue»,, et ne s'adonnèrent à la pêche que le long du littoraL Cette industrie, bien que fort peu avancée, dut leur officirjeependant 1 de grande» ressourcée « dans une mer aussi abondante, soit avee dès hà- ■ maçons, avec des. dards pour harponner le poissrtt qu'ils attiraient pendant la mlft prés du rivage par l'éclat des flambeaux^ soit enfin en empoisonnant les mare* que les eaiixiormaîent en se retirant.

Art militaire.

Un peuple presque toujours sur la défensive à cause des fréquentes querelles que soulevaient entre eux les chefs de tribus ; des guerriers doués d'un courage à toute épreuve, d'une légèreté sans exemple, d'une force corporelle que les exercices gymnastiques rendaient encore plus puissante, prompts à se soustraire à tous les coups avec cette rapidité de mouvement et cette hardiesse qui leur faisait braver le danger, de pareils hommes ne devaient s'assujettir à aucune tactique régulière, lorsqu'il s'agissait d'entrer en campagne pour avoir raison d'une insulte ou se défendre contre un agresseur. Aussi leurs attaques se faisaientelles toujours à l'improviste, en poussant de grands cris. L'avantage du lieu pour engager l'action était ce qu'ils recherchaient le plus. Ingénieux en stratagèmes, ils disposaient leurs embuscades, se divisaient en plusieurs bandes pour tomber sur Fennemi à un •signal convenu. En temps de guerre, les tribus confédérées se communiquaient les avis au moyen de feux qu'elles allumaient au sommet des montagnes , et des vedettes placées de loin en loin s'avertissaient par des sifflements qui se faisaient entendre à une grande distance. Les prisonniers étaient respectés, et chaque parti les échangeait contre ceux des siens qui avaient eu le même sort. (Notidas, t. I, p. 187.)

Ln ftrtm* étaient la massue ou magado ; la hache, dont un moiwftu d'olmdicnne formait le tranchant ;

la lance, de huit à dix pieds de long et faite de bois durci au feu ; le javelot, qu'ils lançaient avec une grande adresse ; le banot, espèce de dard très-redoutable et disposé de manière qu'une de ses entailles Testait dans la blessure à mesure que le manche pénétrait dans les chairs. Ils se servaient aussi comme défense de rondfelles en écorce de dragonnier ; mais dans le combat, avant d'en venir aux mains avec leurs ennemis, les pierres étaient leur premier moyen d'attaquç et leur principale ressource pendant la durée de l'action. Ils combattaient ordinairement presque nus, et ceux qui ne se servaient pas de bouclier avaient coutume de rouler leur lamarck sur le bras gauche pour se garantir des coups qu'on leur portait. Leslutteset les combats simulés, qui finissaient souvent par devenir très-sanglants, étaient le programme de presque toutes les réjouissances publiques. Les lutteurs se frottaient le corps avec de la graisse, et se roidissaient les membres en embrassant le tronc d'un jeune arbre, afin de se donner de la souplesse et de se disposer à l'action. Avant de commencer le combat, les athlètes demandaient licence au chef dès Sigonès (ou des Gfwaj/msile combat avait lieu à la grande Canarie) (1 ), puis ils se présentaient dans l'arène accompagnés de leurs parents et amiis, qui devaient être spectateurs

(1) L'auteur des Notices, 1. 1, p. 162, décrit ce combat à outrance comme particulier aux habitants de la grande Canarie : il cite le chef des Guayres et le faycan comme les juges du camp ; mais Viana (chant I) assure que ces sortes de tournois ay aient lieu aussi chez les Guanches de Ténériffe.

impassible*. Llarèae était ordinairement un petit tertre relevé en forme de plateau, d'où les combattante pouvaient être aperçus de toute la multitude. A* chaque extrémité de ce champ d!honneur on plaçait deutL graudes pierres plates, d'environ deux pieds de larges Après la lutte, tes deux champions, armés de plusieurs cailloux, de la longue lance, et de leur hache hien; affilée, se portaient à chaque bout de l'arène, et là^ sans remuer les» pied* de la même place, ils devaient d'abord parer réciproquement les coups de pierre. IL était rare qu'un des deux fut touché dans ce premier essai d; adresse, tant ils mettaient l'un et Vautre de légèreté dans leurs mouvements» Après ce début* ils commençaient, à se rapprocher pour s'attaquer avec la lance et la hache* Alors ce n'était plus qu'un combat à outrance, et souvent de grave» blessures venaient mettra fin à leur fureur guerrière. Dans ce cas, le chef de* Sigonès ou des* Guayve* interposait son autorité en criant : Oama! g<*A*l (assez- ! as— ses 1 ) Une lance brisée suffisait parfois • pour, termi- . ner le combat ; ou bien si aucun accident n'était survenu, et que lea champions parussent fatigués* on fai- . sait suspendre 1! attaque; leur» amis, leur apportaient de l'eau et des vivres; puis, après qu'il? s'étaient rafraîchis* on leur donnait le. signal pour recommencer de plus belle.

Idées mortes, FuoésaiUas etHmbaumemeBts»

Après avoir décrit les coutumes guerrières de ee peuple célèbre, disons *n. mot de se» vertus morales*, en rapportant, d'après* Galiodo, les. parëceptesde celte doctrine si simple et ai pure que Le&Guanches? enseigjaaienfc à, leurs eafonts ;

<f Fuyez celui que ses vices rendent méprisable aux * yeux du monde, si vous ne Voulez devenir lé scan- » dale et lk peste âa genre humain.

» Soyez bons, pour qu'bn vous aime ; méprisez Tes y> méchants, et méritez l'estime de tous les hommes » dé bien qui honorent le pays par leurs vertus et » leur courage. » (Galindo, mss. 1. n, ch. m.)

Aussi les princes guanches, doués la plupart d'une grande valeu», et élevés dans ces principes de justice et de haute sagesse; , surent s'attirer le? respect, et l'armoyr de leurs sujets. Le peuple vénérait le mencey, et après sa mort iL. conservait pour sa mémoire ces; sentiments d'affection dont il lui avait donné des preuves durant sa: vie*, Soa corps, soigneusemient emrbaume et cousu, dws plusieurs, peaux, était rejifer^ dans un sépulcre, de genévrier ou de pin, qpîan dérr posait dans une gratte, escarpée.

Ce respect pour les, morts. eX. le soin» qjie Ton, pre^ nait de leur conservation s'étendaient presqpe sw toutes les classes de tasociété* Les. plus pauvresiétaienti simplement enveloppé* dans leur tamarck;, on Ls&

entassait dans des cavernes où Ton trouve encore leurs ossements que le temps a blanchis.

Les Guancbes possédèrent le secret des embaumements, et leurs momies, qu'ils appelaient xaxos , étaient préparées d'après une méthode analogue à celle des anciens Égyptiens. Suivant la tradition, il existait à Ténériffe une classe d'hommes et de femmes qui exerçaient le métier d'embaumeurs , « Ces gens-là , dit le père » Espinosa, ne jouissaient d'aucune considération ; ils » vivaient isolés; on fuyait leur contact, car on les » regardait comme immondes, n'étant employés qu'à » vider les cadavres. Ceux, au contraire, qui se char- » geaient spécialement d'embaumer le corps avaient » droit au respect de leurs concitoyens, » ( P. Espin. lib. i, ch. m. p. 27.)

Voici ce que cet auteur rapporte sur la manière d'opérer :

« Le corps du défunt était placé sur un banc de pierre pour procéder d'abord à sa dissection par l'extraction des intestins. On le lavait deux fois par jour avec de l'eau froide mêlée de sel, en ayant soin de bien imbiber les oreilles, les narines, les doigts des mains et des pieds, et toutes les parties délicates ; on l'oignait ensuite avec une composition de beurre de chèvre, d'herbes aromatiques, d'écorce de pin pilée, de résine, de poussière de bruyère et de pierre-ponce, et d'autos matières astringentes et dessiccatives, puis on le laissait exposé au soleil pendant quinze jours. Pendant cet intervalle les parents du mort chantaient m louanges et se livraient à la douleur. Lorsque

le corps était bien desséché et qu'il était devenu trèsléger, on l'enveloppait dans des peaux de brebis et de chèvres tannées ou crues, suivant son rang, et on lui faisait une marque pour le reconnaître au besoin. Après cette opération, il était porté dans une des grottes sépulcrales destinées à ce pieux usage et situées dans des endroits presque inaccessibles. Les corps qu'on enfermait dans des sépulcres étaient placés debout contre les parois de la grotte ; les autres étaient disposés les uns à côté des autres sur des espèces d'échafaudages en branches de genévrier, de mocan ou d'autres bois incorruptibles. » Quelquefois les momies ne reposaient que sur de simples couches de petites bûches, et c'est ainsi que nous les avons retrouvées nous-mêmes dans une caverne que nous visitâmes durant notre séjour à* Ténériffe (1).

Viana, qui a décrit la manière d'embaumer d'après les renseignements dEspinosa, suppose que la pâte aromatique et astringente qui servait à oindre le corps extérieurement, était aussi introduite dans l'intérieur ; mais il a omis les bains d'eau saline qui rapprochent si essentiellement la méthode des Guanches de celle des Égyptiens, décrite par Hérodote. L'auteur des Notices croit que l'ouverture des cadavres se faisait au moyen de pierres tranchantes qu'on tirait de ces obsidiennes désignées sous le nom de tàbona par les anciens habitants, ce qui rappellerait en quelque sorte les pierres éthiopiques employées pour

(1) Yoyez Hist. nat. des ik$ Can. t. I, 2« part. Misçeh Can. p. 103.

exploration ne répondit pas entièrement à notre attente (1).

Nos observations sur des momies retirées de diverses cavernes, nous portent à croire qu'il existait chez les Guanches des différences dans la manière d'embaumer, suivant le rang et la richesse des individus. On a trouvé des momies qui avaient jusqu'à six enveloppes, tandis que d'autres n'étaient cousues que dans une seule peau de chèvre. Ces peaux tannées paraissaient avoir été appliquées humides sur le cadavre, car quelques-unes avaient si bien pris les formes de l'individu , qu'après la destruction du corps elles étaient restées moulées comme des cuirasses. Dans les momies d'une classe supérieure, les peaux mortuaires sont très-finement tannées, fort souples, cousues de plusieurs pièces et avec une délicatesse admirable ; leur couleur tire au brun-rouge ; les bandelettes qui les entourent et les tiennent liées ensemble sont aussi de la même matière ; quelquefois un crochet, en corne de chèvre ou en os, est noué à l'extrémité de la bandelette et sert à la fixer autour du corps. On peut de prime-abord distinguer les deux sexes à la position des bras : les hommes les ont étendus le long des cuisses et les femmes les tiennent croisés sur le ventre. Parmi les momies que l'on retira de la grotte de Taooronte, il s'en trouva une dont le corps avait appartenu à une vieille femme qui avait été disséquée dans une position accroupie, les jambes repliées

(i YoMNM. n*i. du Un Can. u I, * put. jr*c# Ifn. Cou. p. tœ.

aux genoux, à la manière des momies péruviennes. La tête était aussi recouverte d'un capuchon et paraissait assez bien conservée ; les pommettes des joues étaient très-saillantes, le front étroit et ridé, le nez petit et la bouche très-fendue. En générai on retrouve les momies guanches dans un parfait état de conservation; les chairs seulement ont acquis une couleur brune, mais sans une grande altération des formes ; les dents sont toujours d'une extrême blancheur ; les sourcils existent encore, le visage a conservé ses principaux traits, la tête porte ses cheveux et le menton sa barbe ; chez plusieurs individus la chevelure est assez longue, d'un châtain clair tirant sur le roux. Viera dit avoir vu des momies avec des cheveux d'un roux doré. « He visto algunos esquele-. tos 6 momias de estas Guanchinesas en cuyos craneos se conservaban los cabellos dorados (1).

On trouve dans les cavernes qui ont servi de catacombes un grand nombre de ces petits grains cylindriques en terre cuite dont les Guanches faisaient des colliers, et qu'on a faussement assimilés aux quipos des Péruviens,

Des Naturels de Canaria.

Le père Abrëu Galindo a donné dans ses manuscrits (2) plusieurs traditions historiques sur l'île de

(1) Noticiai, 1. 1, p. 127.

(2)Liv. n, chap.yiii, et Yiera(ex Galin.), Noticias, 1. 1, liv. u, p. 199.

Canaria, que l'on appela la grande Canarie après sa conquête. Gette ile avait éprouvé une révolution politique dans la forme de son gouvernement, quelques années a va ni l'invasion des Européens». Pendant longtemps ses populations avaient été divisées ea dix tribus indépendantes qui obéissaient à leurs chefs respectifs, Gaïdar, Telde, Aguimez, Texeda, Aquexata y Agaete, Tavwrazmjti, ArUbirgo, Artiacar et Arucas. sont les noms que l'historien donne à ces dix tribus, et que portent encore aujourd'hui les petites villes ou les bourgades dont le territoire était occupé par les aborigènes»

Une femme douée d'un courage au-dessus de son sexe sut profiter avec habileté de l'empire qu'elle exerçait sur l'esprit de ses compatriotes pour changer tout-à-coup la constitution de l'état. Andamana était son nom ; audacieuse autant que rusée, elle se disait inspirée du cieL Le peuple la consultait comme un oracle et avait foi en ses prédictions. Arçdamaua décidait à son gré de la paix et de la guerre ; tous les jugements étaient soumis à son approbation. Associant à ses projets ambitieux un de ses plus grands admirateurs, Andamana épousa Gumidafe, vaillant guerrier de la tribu de Gaïdar,, et les Canariens ne tardèrent pas à avoir un maître t Gumidafe, à la tête dune petite armée recrutée par l'ascendant d' Andamana et que de nouveaux partisans rendirent bientôt plus nombreuse, soumit . successivement toutes les tribus de File à son obéissance, et remplaça l'oligarchie par le gau^eruftna^ d! ua^id^

Gutnidafe et Andaraana, proclamés premiers Gvoh narlemes de Canarîa^ fixèrent leur résidence à Gaïdar, et réunirent autour d'eux les guerriers les plus illustres et en général tous les hommes les plus destin* gtiés par leur naissance et le rang qu'ils occupaient. Leur règne fut pacifique ; sa durée est restée inconnue; mais d'après les renseignements que nous fournît F histoire à partir du règne de leur successeur, il parait que Gumidafe et sa femme moururent vers la fin du quatorzième siècle.

Leur fils Ârtemi Sémidan, qui lies refriplàça, avait hérité de la valeur de son père, et ne tardai pas à en dbnner des preuves en repoussant avec avantage les premières invasions des Européens, car ce fut de son temps que les aterrturkrs commencèrent leu& pirateries $ur le» cotes de l'île. Ce prince accrédita parmi eux le nom et té courage des Canariens. Il fat blessé, dit-on, dans le combat d'Arguineguki en 1 406, et mourut mers le milieu du quinzième siècle, laissant à deux jeunes princes l'exemple d'une vie qu'il avait entièrement- consacrée au service de la patrie.

Tenesor Semïdan et Bentaguayrë Seaiidam, fils de Y Artemi, furent reconnus comme guanartemes et se partagèrent le gouvernement de l'île* Le prerhier cou* sferva fepays de Gaïdar, depuis le bourg de Tamara^ sayte jusqu'à In vallée appelé© a^proniTiui ÏAldm de &m Nieolùs, y compris le district d'Àrgriinegpin et de Tunte ; le second prit possession du pays de Tekta et des cantons d'Argo«es f de Cendre et d'Aguiteeax Ces deux états, bien qu'indépendants^ restèrent quelque

temps unis d'intérêts. Ils formaient chaque année, par la réunion de l'élite des guerriers et des nobles, une espèce de diète sous le nom de sabor ou tabor, dans laquelle on traitait des affaires publiques. Le sabor se tenait toujours dans l'ancienne principauté de Gaïdar ; il était présidé par le guanarteme de Teld e, assisté de ses guayres ou conseillers.

Ces traditions en nous faisant connaître les principaux événements qui se rattachent à l'histoire politique de la grande Canàrie, nous font aussi apprécier le caractère des principaux chefs de l'île. Nous trouvons en outre dans ces anciennes chroniques plusieurs indications importantes sur les mœurs et coutumes. De même qu'à Ténériffe, ce sont ici des chefs ambitieux et toujours prêts à profiter dés dispositions belliqueuses d'un peuple prêt à courir aux armes à la première levée de boucliers ; la même hiérarchie existe dans les rangs de la sooiété ; d'abord les guanartemes au lieu des menceys, puis les gùayres qui remplacent les sigonés, et ensuite les achkaxna ou les roturiers qui portaient les cheveux courts. Le sabor ou tabor a une analogie remarquable avec le tagoror que présidaient les princes guanches. Comme à Ténériffe, c'était l'assemblée des états et peut-être aussi le lieu où chaque chef rendait la justice. Du reste, nous avons déjà fait observer que Ton désigne aussi sous le nom de tagoror, dans la grande Canarie, une enceinte du district de Gaïdar.

Mais cherchons d'autres renseignements dans les écrits des historiens de la conquête.

Noblesse.

Les guerriers de race noble s'élevaient environ à dix mille combattants : « Bethencourt s'adressant à un de ses compagnons d'armes, disent ses chapelains, et voulant le détourner de l'entreprise qu'il lui proposait de tenter sur la grande Canarie, lui répondit en ces termes : « Je suis adverty qu'ils sont dix mille gentilshommes, et ne sommes pas gens pour eux (1). » Azurarane porte^ce nombre qu'à deux cents, mais peut-être que par le titre de chevaliers il n'a voulu désigner que les guayres.

Les nobles, dit Viera, se reconnaissaient à des distinctions particulières et jouissaient de certains privilèges. Ils portaient la barbe et les cheveux longs. Le faycan ou le grand prêtre, dont l'autorité balançait celle des princes (2), avait seul le droit de conférer

(1) Hist. de la prem. desc. et conques te, p. 171.

(2) Dans les fragments historiques recueillis par Fr. Pedro de Quesada sur le manuscrit d'André Bern aides, il est question de l'autorité des faycans, que le chroniqueur appelle fagzanes. Nous traduisons littéralement ce singulier passage, qui établit la distinction entre les grands prêtres etlesguanartèmes ou guadartèmes, d'après l'orthographe du copiste: « Dans la grande Canarie il y avait deux guanartèmes et deux faycans; » les guanartèmes étaient rois, exerçant la suprématie sur le temporel; » l'autorité des faycans s'étendait sur le spirituel, comme celle des évêques. » Ainsi l'un était roi, et l'autre évêque de Gaïdar; l'un était roi, et l'autre » éYêque de Telde. L'Ile se trouvait donc divisée en deux royaumes; celui » que gouvernait le roi de Telde était plus étendu et comptait un plus » grand nombre d'habitants. — En la gran C an aria havia dos guadarte- » mes é dos fagzanes: los guadartemes eran reyes en lo seglar é en todo » majores; los fagzanes eran ami comoen lo espiritual como obispos. El

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