II, XIV
' T. IV, p. /43o,i. r)2-:>3.
•* Ed. phys. I, xxv, p. 5 10, I. i >"^) (Ileeren).
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cijacun au même point de ce ciel de cristal, étaient em[)ortés dans sa révolution quotidienne autour de la teire. Mais Ana\imèue avait remarqué que, de plus, les scp[ planètes, tolol^tIool, ont des retours, TpOTrai', du sud au nord et du nord au sud', retours qui, pour le soled en particulier, constituent les solstices, y) /Jov TponoLÎ : il crovait que ces corps étaient arrêtés, dans ces tendances alternatives de chacun d'eux, par la résistance de l'air condensé tantôt vers le nord, tantôt vers le sud^ Cesl pourquoi, au liiui d'attacher au ciel les sept planètes, comme les étoiles (ixes, qui ne s'écartent ni vers le nord ni vers le sud, Anaximène, de m^^me que plus tard Kmpédocle, crovait que les planètes étaient libres dans l'espace. En eiïet, il disait que le soleil était mince comme une leuille ', ( t qu il en était de même de toutes les autres planètes, dcnpoi^, qui toutes, comme la terre, la lune et le soleil, étaient portées sur l air à cause de leur largeur ' très-grande en comparaison de leur épaisseur.
Dans les textes que nous venons d'expliquer, M. Zeller *",
' Pour le soleil et les planeles, \oye/. ^^lolwe. I. XXVI, [) 02.'»; le faux l*lutarque. II. wiii, (t le faux (jalien. t. IV. p /joi, I 29. M. Zeller (l. 1,3* éd. |>. 211). qui ne cite (note 3) (jue le faux Plulir(|ue, .s est ininginéqiiecet auteur veut expliquer la cause «pli force tous les corps célestes, ♦'toiles lixes et planètes, a se mouvoir cjVculuirenicnt et non en lujuc droite. Mais le texte, plus clair, de Stobee, exclut absolument cette fausse interprétation , repousste d'ailleurs par les litres mêmes des chapitres du faux Plutarque et du faux (ialien, Uspi rpoTTÔiv vXiov . Des solstices. D'après ce* trois textes. Anaximène savait (pie J e(piivaletjt des solstices existait pourchace.ne de? six autres planètes.
■ Le laux Plularque cl le faux Galien ( //. cit.) allribuenl a Anaxa<,'ore une explication seudjiable à celle d Anaxiinene.
^ Notez saint Hippolyte, Contre les hérésies, p. 19, I. 5; le faux Plularque, II. XXII, et le faux Galien, t. I\ . p. /i3o, I. 2(>.
' \ oyez .saint Hippolyte, ('outre les licrésies , p. 19, I. 3-(i , et le faux Galien. I. IV, p. ^3i, I. afi. Conjpare/. le faux Plulaïque, II, XIV, S 4. et le faux Galien, I. IV, p. 53o, 1. 53, (jui allr*ibuent tetle opinion à quelques-uns , sans noiunier là Anaxiniene.
' Vovez saint Hippolyte, loc. rit. p 19 I. () 7 ((Jruice;.
'' 3' edit. t. I . p. 211. noie 1 .
ayant méconnu la distinction, bien évidente pourtant, entre les étoiles fixes et les j)lanèles, a été d'avis de ix^eter enlièrement, comme contradictoires avec les autres textes, ceux qui concernent en réalité les étoiles fixes, tandis que les autres concernent les planètes. iMais, sur ce point, il a été bien relute par M. Teichiuùller ', dont nous n'avons eu ici qu'à suivre les traces. Paimices textes, égaleiuent véridiques et parlaitement conciliables entre eux, ceux qui disent que, suivant Anaximène, les étoiles fixes étaient attachées à la voûte du ciel montrent que ce philosophe était loin de partager Terreur d'Anaximandre, d'après laquelle les étoiles hxes étaient plus près de nous que le soleil et la lune. (Tétait sans doute surtout des étoiles fixes, mais en même tenips des cituj planètes considérées par lui comme plus éloigné(^s de nous que le soleil et la lune, qu'Anaximène parlait, lorsqu'il disait que, si les étoiles en général, nommées ici àV/pa par saint Hippolyte^ ne nous échaulïént pas, c'est parce qu'elles sont trop loin de nous.
Anaximène croyait que tous les astres en général, d^lép£^'''\ et en particulier le soleil, la lune et les autres i^ïc, utiles, oialpoi \ étaient des corps incandescents, zjvçjivdi. Mais il leur attribuait une origine terrestre; car,suivant lui, la terre, formée, comnjc l'eau, par une condensation de ^air^ conlenaitde l'eau, cpii, eu s'évaporant et en se subtilisant, devenaitdu feu, et ce l'eu, en s'élevantetensecondensanl, pi^oduisait les astres''. Mais il admettait ([ue, sinon tous les astres, du moins les planètes, contenaieni une substance terreuse; car, devançant Auaxagore, il allait, suivant le témoignage de Plutarque", jusqu'à donner au soleil
l.oc. cil. Anuximenes, S 3, p. 8/1-91. '' Voyez .saint Ilippolyle, loc. cil. p. 19,
J.oc. cit. p. 19, I. i5-i(). I. ^.g.
Voyez Slobèe, loc. cit. p. 5 10. ' Stromutes . dans Kusebe, /'/('/>. év. 1,
Voyez saint Ilippulyle, loc. cit. p. kj, viii, p. 22 (Vigier),ou il faut lire Krijciv I. b ((.nuce). — ' V oyez ci-dessus. Xa^sfr, au lieu de hIvïjo-iv Aaé'en».
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îo nom (le terre, mais en considérant cette terre comme embrasée par la rapidité de son mouvement. Il supposait même qu outre les astres brillants, d'autres corps terreux invisibles pouvaient exécuter de même des révolutions circulaires dans le ciel '. Quant à la lune, il la croyait de nature terreuse et sans lumière propre; car, suivant le témoignage d'Euflème -, ce fut Anaximène qui, le premier entre les Grecs, comprit que la lune tient du soleil sa lumière et trouva l'explication vraie des éclipses de lune. Comme nous l'avons vu. Thaïes n'avait trouvé que l'explication, plus facile, des éclipses de soleil. Ainsi Anaximène savait que la lune séclipsait quand elle passait dans l'ombre de la terre, qui lui ôtait la lumière solaire.
Mais il devait rester pour lui, en ce qui concerne la lune, unedifliculte insoluble. En effet, la lune était un de ces corps qui, n'étant pas attachés à la voûte solide du ciel, avaient besoin d être soutenus par l'air, et qui ne pouvaient l'être qu'à la condition d'être des disques minces et larges. Or, si la lune était un disque mince, ses phases, surtout les phases en forme de croissant, étaient évidemment inexplicables. Du reste, pour toutes les sept planètes, supposées discoïdes, il y avait des phénon)ènes quotidiens tout aussi inexplicables que les |)hases lunaires. En effet, suivant Xnaximène, les disques du soleil, de la lune et des cinq autres planètes, pour être portés sur fair con)me le disque terrestre, auraient du garder toujours, comme lui, la position horizontale, perpendiculaire à la direction delà pesanteur telle que ce philosophe la concevait. Mais alors ces disques auraient dû être vus par nous de profil, semblables à des lignes minces, quand ils étaient près de l'horizon; ils n'auraient pu être vus de face et paraître circulaires
' Voyez saint Hippolyte, loc. cit. p. i(). I. 9-îO. et Stobéo. loc. cil. p 5io.
' Dans Tlieon de Smyrne, Astrou. cil. XL, p. 32^ (Martin).
que près du zénitli , s'ils y avaient passé, et ils y auraient montré alors le dessous de leur disque horizontal. On ne voit pas comment Anaximène pouvait se faire illusion sur fimpossibilité de concilier cette partie de son système avec les apparences que les astres et surtout le soleil et la lune présentent, principalement à leur lever et à leur coucher. Pour satisfaire à ces apparences, il aurait fallu qu'au lieu d'être libre et portée sur l'air, chacune des sept planètes fût attachée, comme les étoiles fixes, à une sphère tournante, de sorte que le plan de chaque disque fût constamment perpendiculaire au rayon géométrique qui, du centre de la sphère et du disque terrestre en même temps, allait au centre du disque de l'astre.
Il est difficile de comprendre comment Anaximène pouvait ne pas saisir ces conséquences si évidentes des notions les plus élémentaires de la perspective, ou bien ne pas voir qu'elles détruisaient son hypothèse, d'après laquelle ces astres, discpies minces, qui auraient dû être toujours horizontaux pour pouvoir se soutenir, auraient dû, au contraire, prendre toutes les inclinaisons, et, près de l'horizon, la position verticale, pour pouvoir être vus tels que nous les voyons. Outre ces conséquences impossibles de la forme discoïde attribuée au soleil, à la lune et aux planètes, il y a deux autres points embarrassanis pour ceux qui essayent de restituer, dans ses détails, l'iiypoihèse astrononiique d' Anaximène. A quelle force motrice ce philosophe attribuait-il les révolutions célestes? Pour les étoiles fixes, rien de plus simple: elles étaient emportées dans le mouvement diurne circulaire [zjspi^opd) de l'enveloppe solide du ciel, à laquelle elles étaient fixées en des points invariables. Mais quels étaient les moteurs des planètes, portées, suivant lui, sur l'air? Aucun document ne nous fournit une réponse à cette question, qui reste insoluble pour nous.
Hypothèses. ti
Quelle était la nature géométrique qu'il attribuait aux mouvements (le tous les corps célestes? Sur cette seconde question, il y a des documents antiques, qui ont beaucoup embarrassé les interprètes modernes, mais qui me paraissent explicables.
Anaximène disait que les astres ne passent pas au-dessus, puis au-dessous de la terre, mais qu'ils tournent autour d'elle, comme un chapeau peut tourner autour de la tete\ c'est-à-dire horizontalement ou obliquement, mais non verticalement, ni de manière à passer en dessous. En d'autres termes, la voûte étoilée était, suivant Anaximène, non pas une sphère, mais une calotte sphérique dépassant une moitié de sphère et descendant plus bas que la lace supérieure du disque terrestre: cette calotte, posée obliquement au-dessus et autour de ce disque, tournait autour de hii suivant un axe oblique au plan de cette face supérieure que nous habitons. Il ajoutait que le soleil cesse d'être vu de nous depuis son coucher, non parce
' Voyez saint Hippolyte, Contre les hérésies, p. 19, 1. 10-12; Slobée, Ed. phys. I, XXV, p. 5 10, et Diogène de L., II, m. Cette pensée d'AnaKimène, pensée que nous retrouverons chez diiulres pliilosoplies ioniens, est attribuée expressément par Arisiole [Météorolog., II, i, p. 354 a, I. 27-3/1, Berlin) à plusieurs des anciens méléorolofjistes. L'ayant sans doute mal comprise, le faui Plularque (II, xvi) l'a altérée en disant que , suivant Anaximène , les astres exécutent leurs révolutions semblablement sous la tetrc et autour d'elle. Cette pensée n'a pas été mieux comprise par roux qui ont cru y voir que les orbites des astres n'étaient pas circulaires, mais brisées. Elle n'a pas été comprise non plus par Fréret [AcaJ. des inscr., nouv. sér. t. XVI, r* partie, p 343) qui, du texte de Diogène de L. sur le raouvemenl
des astres autour et non au dessus de la terre suivant Anaximène, a osé conclure que, suivant ce pliisolophe comme suivant Xénopliano, la terre était une montagne infinie par en bas et autour du sommet de laquelle les astres tournaient : bvpothèse qui ne fut celle ni d'Anaximène ni de Xénopliane. La pensée d'Anaximène n'a pas été mieux comprise par M. Teichnuiller [Anajinienes, SA.p- 92-io3), qui, après avoir écarté à tort, comme ne concernant pas Anaximène, le texte trop clair et trop précis d'Aristote, s inspire du faux IMutarquc pour interpréter les autres textes de manière à y voir seulement que le soleil, ne rencontrant pas le discpie terrestre, ne pénètre pas dans la terre: ce qui aurait été trop évident pour avoir besoin d'être dit.
qu'il descend sous la terre, mais parce que les parties les plus hautes du bord do la terre nous le cachent, et parce que nous sommes alors trop loin de lui K Anaximène voulait dire sans doute que, si nous étions sur les montagnes dont on supposait l'existence au bord septentrional du disque terrestre, au lieu d'être si loin de ce bord élevé, alors nous continuerions de voir le soleil pendant la nuit, parce qu'il serait là au nord devant nous, plus bas, il est viai, que le piolongement du plan de la face supérieure de la terre, mais non perpendiculairement au-dessous d'une partie quelconque du disque terrestre, il en pouvait dire autant de la lune, des planètes et des étoiles fixes visibles à Milet; car, suivant lui, aucun de ces astres ne passait perpendiculairement au-dessous d'aucun poirtt de la terre. Ainsi, toute fausse qu'elle est, cette pensée d'Anaximène est très-concevable d'après l'ensemble de son système, où il v a tant de choses moins plausibles encore. Cette même pensée aurait été encore plus naturelle de sa part, s'il avait vécu dans des contrées plus septentrionales, où les cercles diurnes décrits de Test à fouest par les corps célestes aui aient fait un plus petit angle avec fhorizon. Au contraire, s'il avait vécu sous féquateur, où ces cercles sont perpendiculaires à l'horizon, il aurait sans doute reconnu que tous les astres voisins de féquateur céleste devaient passer chaque jour une fois au-dessous du disque terrestre. Vivant à Milet, où le pôle de féquateur céleste est à Sy^So' au-dessus de fhorizon, et croyant que, pour toute la surface plane de la terre, l'horizon, et par conséquent la hauteur du pôle, devaient être les mêmes, et que
' Voyez saint Hippolyte. Contre les hérésies, p. 19, 1. 12-1 5. Voyez aussi Aristote (MeVt'oro/o^f. II, i, fin, p. 354 a, I. 27-34. Berlin,, qui attribue cette même
opinion à cVanciens météorologistes, sans nommer Anaximène, mais certainement en pensant >'i lui.
les mêmes étoiles devaient être visibles partout, il a dû croire (|ue le soleil, la lune, les planètes et toutes les étoiles fixes visibles à Milet, les seules sans doute dont il admit l'existence', tournant obliquement autour des bords de cette surface, devaient être tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du plan de l'borizon, mais qu'elles ne devaieut jamais être verticalement au-dessous d'aucun point du disque terrestre. En cela il se trompait; car beaucoup d'étoiles visibles à Milet, à diverses hauteuis au-dessus de l'borizon méridional, passaient au Nadir de certaines contrées plus septentrionales ou plus méridionales que Milet, et quelques-unes au Nadir de Milet même. Quant aux bauteurs du bord septentrional du disque terrestre, bauteurs derrière lesquelles il faisait passer, au-dessous de fborizon, le soleil dans la partie nocturne de sa révolution circulaire de cbaque jour, il y a là un emprunt l'ait parce pbilosopbe aux vieilles traditions mytbologiques et populaires, d'après lesquelles, comme nous l'avons vu, ces montagnes boréales cacbaient la navigation nocturne que le soleil était supposé accomplir, de l'ouest à l'est par le nord, sur le lleuve Océan l Seulement, pour Anaximène, par un lieureux progrès du peut-être à Anaximandre, ce lleuve mylbologique entourant la terre est remplacé par fimmensilé de fair, sur lequel le disque de la terre, large et mince, est porté suivant Anaximène, et la course quotidienne du soleil, au lieu de se briser, pour suivre le cours borizontal de ce fleuve pendant la nuit, s'accomplit tout entière dans un même plan oblique au-dessus et au-dessous du plan de fborizon de Milet, considéré comme
Il croyait sans doute qu'autour du pôle austral invisible le cercle de perpétuelle occultation était vide d'étoiles.
Vovez ci-dessus , Mémoire sur la cosmo-
graphie populaire des Grecs après l'époque d'Homère et d Hésiode {Acad. des inscr. , t. XXVIII , 2' partie, S 3, p. ia-i5 du tirage à part).
borizon de la terre entière. Vav rapport à l'anlique conception populaire, cette conception pbilosopbique, toute défectueuse qu'elle est, et malgré les impossibilités cbocpiantes qui résultent de sa combinaison avec fbypotbèse des astres discoïdes, réalisait pourtant un progrès qui pouvait en préparer d'autres. Mais ce ne fut ni par fécole d'Anaxiinène, ni en lonie, que ces progrès s'accomplirent, et nous avons vu qu'à d'autres égards, comme astronome et comme opticien, Anaximène était resté au-dessous d' Anaximandre et de Tlialès. Après lui fécole ionienne se continua liors de Milet, et suivit une direction nouvelle que nous allons maintenant faire connaître.
HYPOTHÈSE ASTRONOMIQUE D'HERACLITE.
Heraclite d'Épbèse, né vers la fm du vi' siècle avant notre ère, mourut à fâge desoixante ans\ et, par conséquent, vers le milieu du v"" siècle. Il avait composé en prose ionienne un ouvrage pbilosopbique, célèbre dans l'antiquité pour la profondeur des pensées, mais aussi pour f obscurité du style'. Dans ses expressions, symboliques et figurées comme celles des oracles, et dans certains détails de son système, on peut être tenté de reconnaître une inspiration venue des doctrines orpbiques, égyptiennes et persiques^ mais ce qu'il y a de certain, c'est que la pensée intime qui lait l'unité de ce système est
et p. 350-073 (Berlin, i858, 2 vol. grand in-S"). Quant à l'identité prétendue de la doctrine d'Heraclite et de celle de Zoroastre, c'est un des doctes rêves de
' VoY- Brandis , Handhach der GeschicJde der (jriechisch-rœmischen Philosophie, t. 1 , p. 1A9-161 (Berlin, i835,in8°).
' Voyez Fragmenta philosophorum grœcorum. t. 1, p. 3io329 (Didol).
' \'oyez Lassalle, Die Philosophie Herakleitos , part. I, ch. 11, el part. 11, ch. i. S 10, 1 1 , iG, t. 1, p. 12-4'), p. 2o5-285,
M. Gladiscli, rejelés avec raison par M. Zeller [Die Philosophie der Griedien, t. 1, 3' éd. p. 27 el suiv.).
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purement grecque et très-originale '. Elle se rattache à la physique ionienne; mais elle s'en distingue par une tendance décidément idéaliste; cependant elle a sa source dans cette physique même, et spécialement dans le système d'Anaximaiidre, où l'on trouve déjà le point de départ et le commencement de cette tendance^ Mais sintoul nous allons prouver que, dansla partie cosn)ographiquc de son système, Heraclite a fait à Anaximandre des emprunts, qui n'ont pas été assez remarqués l Malheureusement il n'y a pas porté le même esprit de progrès que dans la partie philosophique propreinent dite.
Près d'un siècle avant Heraclite, Anaximandre, mieux ins-
EUe n'a ét('' bien comprise et expli quée dans les temps modernes (|u'aii xii' siècle. Outre Scliieiermacher [Herakleilos, dans le Muswunt der Alferthums- Jiissenschaft , I, p. 3i3eJ sniv.) et Bernavs {Heracliteu, Bonn, i8/i8), voyez le grand ouvrage de Lassalle et les restrictions apportées aux conclusions Iroi) hégéliennes de cet ouvrage par Brnmïi$,(leschicltle (1er Entti'ickelunfjcn der griechischen Philosophie, t. 1, p. 5()-7() (Berlin . iStia. in 8") et par M. Zellcr, Die Philosophie der Griechen (l. I. 3" éd. p. 323 et suiv.). Voyez aussi M. Guslav Teiclimùllcr, .\eue Sludien :ur Cteschichle der Begnjje. I, Ileiukleiios (Gotha, 1876, in-S"). et surtout M. JaUb Mohr, Leher die historische Slellung lieraklils von Ephesus (VVùrzburg, 187G, in-8').
' Voyet Lassalle, part. I. ch. m, I. I. p. t\b et suiv.
' ils ne l'ont pas été par MM. Brandis et Zeller. Ils ont été mécoiwius expressément par Pries (Gesch. der Philosophie, S 36. t. 1, p. 177, 181 et 182), qui a voulu rattacher la cosmographie d'Héra
dite à celle dAnaximene, par Apell [Abhundlungen der h'nes'scheii Schule ,\{eh 1. p. iti), qui a voulu la rallaclier à celle de Xénophane, et par M Teichmuller (/. c. S 3, p. i4), sous le faux prétexte qu'un philosophe ne peut pas être d'une école en astronomie et d'une autre en philosophie. L'exemple de Xénophane prouve le contraire. Je regrette de n'avoir pu consulter l'ouvrage où M. Schusier [Heruciiù fragm. , 187/j, III, p 257-258) a constaté que l'astronomie d'IIëraclite se rattache à celle d'Anaximandre : assertion <|ue M. Teichmùller (p. 12) lui reproche, mais qui est vraie, sauf les exagérations que M. Schusier y a peut-être ajoutées. Sur ce point, et en général sur les rapports de doctrine entre Heraclite et ses devanciers de l'école dionie, je suis heureux de trouver dans le livre de M. Mohr, [)lus récent encore (jue celui de M. Teichmulhr, la conhrniation du jugement émis dans mon Mémoire, tel qu'il avait ele lu antérieurenjeul à 1 Acatlemie des inscriptions et belleslettres.
pire en cela que Thaïes et qu'Anaximène, avait leconnu que l'origine de toutes choses ne peut pas se trouver dans un élément matériel déterminé ; mais il avait fait fausse route en cherchant cette origine dans une substance indéterminée, qui se diversifierait par la distiuction des contraires, substance infinie, de laquelle tout sortirait par production, et dans laquelle tout rentrerait par destruction, en vertu d'un mouvement nécessaire. Heraclite comprit qu'une substance indéterminée et passive ne peut rien produire par elle-même, et que tout mouvement suppose une force motrice. Il conçut cette force comme principe éternel de l'éternel devenir dans l'univers, qu'il considérait comme limité et comme formant un monde unique*, composé, suivant lui, d'êtres dont la loi était le changement perpétuel de chaque chose en son contraire'^. Ainsi, suivant Heraclite, rien de ce qui existe dans le monde n'est stable ni absolu : tout varie du plus au moins et du moins au plus, et la différence du plus au moins et du moins au plus est la seule différence qui existe, même entre les contradictoires^. Mais la force motrice éternelle, qu'il nom nie éther^^ a ses lois, qui établissent fliarmonie dans la lutte et la mesure dans le changement perpétuel^. Les trois éléments, leu, terre et eau, ne sont que des états transitoires d'une matière qui se transforme sans cesse, de sorte que la naissance d'un de ces trois éléments est la mort d'un autre d'entre eux^.
' Voyez Diogène de L., IX , viii.
' Voyez Lassalle, part. 11, ch. i, surtout S 18 et S 19, t. H, p. 7-11 et p. 47-5/i, et Brandis, Geschichte , etc., t. I,p. 6367 (18G2).
^ Voyez Lassalle, partie II, chapitre i, S 20, tome II . p. 55-Go, et S 2G, surtout p. 228.
* Voyez Lassalle, part. H, ch. i, S 22, t. II, p. 81 83 et p. 89-96.
* Voyez Lassalle, part. I, ch. m, t. I, p. /19 54, et part. II, ch. i , S A et 5, t. I, p. I i5-i36, et S 20, t. II, p. 55-6/i.
* Voyez Lassalle, part. I, ch. 11, t. I, p. i3Gi37 et p. 159; part. Il, ch. i, S 18 et 22, t. Il, p. 9 et p. 75.
et que la quantité de chacun des trois varie, mais que la quantité totale des trois pris ensem])le est invariable. Le feu est l'acte même de la force motrice \ acte qui se manifeste dans le monde par une transformation ascendante [ôSoç olvûû) et par une transformation descendante (ôSog xàr^), toutes deux perpétuelles et simultanées^. En s'éteignant, le feu se change en son contraire et devient eau, et une moitié de l'eau se change en terre : voilà la transformation descendante, (pii est accompagnée d'un mouvement de haut en bas. Maintenant voici la transformation ascendante, qui est accompagnée d'un mouvement de bas en haut ^ : par l'action du feu, la terre redevient eau, et une moitié de l'eau devient le feu grossier, qu'Heraclite nomme 'CTpr;o"T7;p^. L'eau de la mer alimente, par une évaporation humide qui se change en son contraire, c'est-à-dire en feu, la flamme des astres, perpétuellement consumée et perpétuellement renouvelée^. Si l'air a un rôle dans le système d Heraclite, c'est un rôle secondaire, comme celui des êtres particuliers, produits complexes du changement perpétuel. Il est viai que quelques interprètes, comme pour dissiniuler l'opposition qui existe entre Heraclite et Anaximène, ont voulu prêter à l'air un des rôles principaux dans le système du philosophe d'Ephèse, mais c'est en v confondant mal à propos avec l'air, soit létlicr, qui est en dehors et au-dessus du changement, soit \ejcu
' Vo^ez Lassallc, part. II, cit. i, S 18. t. II, p. 3-/i6, et Brandis, Gesch., l. I. p. 60 ( 1862).
^ Voyez Lassalle,part. II, ch. i.$ 5, 1. 1, p. 128 el siiiv.
' M. ZeWer [Die Philos, der Griechen , t. I, 3* éd. p. 558 et note 1) a raison de soutenir, coiitre Lassalle el Brandis, que la transformation ascendante el ia
transformation descendante sont accompaf^nées, suivant Heraclite, d'un inouvenaeiit local de bas en haut el de liant en bas.
* Voyez Lassalle, part. II, ch. i ,$20-22, t. II, p. 55-9O, et Brandis, Gesch., t I, p. G6-G8.
' Voyez Lassalle, part. II. ch. 1, S 3, t. II, p. (j9-ia5.
grossier (trrpr;(TTJ7p) , qui, dans la pensée d'Heraclite, n'est pas moins distinct de Vair que du feu par excellence (mp) , feu qui est une manifestation première de Yéther{aidvpy .
11 y a ainsi dans le monde, suivant Heraclite, un embrasement et une extinction continus et simultanés; mais la mesure de la transformation ascendante et de la transformation descendante est régulièrement variable, de sorte que le feu et l'eau dominent tour à tour dans le monde, suivant de longues périodes cosmiques, réglées par la puissance intelligente et divine de la force motrice, qui tantôt fait prédominer la transformation ascendante et avec elle la chaleur el la sécheresse, el tantôt laisse agir davantage la tendance naturelle du monde vers la transformation descendante, dont la prédominance produit l'inondation de la terrée A certaines époques, la prédominance de l'embrasement devient teUc, que, suivant Heraclite, il ne reste pour ainsi dire plus que du feu dans l'univers^ toujours subsistant; mais, quand le feu a tout absorbé, à l'instant même la transformation descendante se ranime et fait reparaître peu à peu le monde tel que nous le connaissons \ et maintenant ce monde, après avoir passé par la phase de l'inondation , marche vers la phase de l'embrasement. Celte théorie d'Heraclite, constatée par des témoi-
' \ ovez Lassalle, part. II, ch. i, S i3, I. I, p. 3i8, et S 22, t. II. p. 75-96, Comparez Brandis, Gesch. t. 1, p. 67-
^ Voyez les textes cités et discutés par Lassalle, part. II, ch. i, S 2A-26, t. H, p. 126-260, et par Brandis, Gesch. I. I, p. 68-71.
^ Voyez Arîstole, Phys. III , v,p. 2o5 a,