‹ Mémoire sur les hypothèses astronomiques des plus anciens philosophes de la Grèce étrangers à la notion de la sphéricité de la terre [microform]Chapitre 12 sur 27 · et 5, et Du ciel, I, x, p · texte numérisé non relu

et 5, et Du ciel, I, x, p

elsuiv., et les autres textes invoqués avec

raison par Zeller {Die Philos, d. Gr. t. 1,

Hypothèses.

3* éd. p. 566 el suiv. , et p. 537 ' "^'*^ ^ ) contre Schleiermacher, Lassalle el Brandis , qui veulent ôler à Heraclite la docirinede VèxTivpwcTis.

* En cela, Heraclite est contredit par Empédocle, qui veut qu'après le retour de toutes choses à l'unité, une longue période de repos précède le commencenienl de la renaissance du monde.

\oyez Platon, Soi)histe , p. 2/12 C el suiv. Comparez Zeller, t. 1, .3* éd., p. 571 et suiv.

—^ 90 ]<H-^ gnages dont les principaux sont d'Aristote, vient ainsi compléter celle d'Anaxiniandre, d'après laquelle, comme nous l'avons vu, l'eau entrait autrefois pour une part beaucoup plus considérable que maintenant dans la constitution de la terre, et d'après laquelle les mers actuelles devaient èlre un résidu d'une humidité antique desséchée en grande partie par le feu supérieur. Celte même théorie d'Héraclile sur les périodes d'embrasement et d'inondation était liée p.ar lui à l'hypothèse d'un retour simultané du soleil, de la lune et des planètes, aux mêmes positions respectives après 10,800 ans suivant Censorin', ou bien après 18,000 ans suivant d'autres auteurs^ HéracHte conciliait cette théorie avec sa doctrine de l'éternité et de l'indestructibilité du monde, en disant que, dans la continuité de ces alternatives régulières, le monde restait toujours le même au fond^ Adoptée plus tard par une partie de l'école stoïcienne \ cette (héorie appartient à l'histoire des hypothèses cosmogoniques plus qu'à celle des hypothèses astronomi({ues. Cependant nous avons du la mentionner ici; car elle se lie à rhypothèse astronomique d'Heraclite, dont nous allons maintenant faire voir le rapport avec l'enseuible de son système philosophique \

De die natali, c. xviii, p. 9899 (Havercamp).

' Stoliée, Ed. ph. I. ix, p. 264 (Heerei.); le f.ux Plularque. II, xxxii , el Eusèbe. Prcp. cv. XV, liv.

Voyez Heraclite dans saint CIcmenI (t'Ai. Sfrvm. V, p. 599 (Paris, i64i, infolio), ou Hemcltti fragm. xxvii , p. 3 18 {Fragm. philos, gr. Did.>l, t. I)

Le reste de l'école stoïcienne n'admit qu'une prédominance alleinative du sec el de l'humide, de la chaleur et des eaux, et telle aurait été la doctrine d'Heraclite

lui-même suivant Lassallc, part. II, ch. i. S 26, t. II. p. 183-205, et Brandis, Gesch. J. I, p. 60 el j>. G8-71 ; mais ils sont refutés par Zeller, qui s'appuie, comme nous l'avons vu, sur des autorités très-sùrcs et surtout sur celle d'Arislote.

En ce qui concerne cet ensemble, nous avons dû, pour abréger, renvoyer aux savantes recherches contenues dans le grand ouvrage de Lassalle et aux pages judicieuses consacrées a Heraclite dans les deux ouvrages de Brandis, dans celui de M. Zeller et dans celui de M.Teiclimùller .

Logicien subtil et métaphysicien profond, le philosophe d'Éphèse est loin d'avoir montré autant d'aptitude et de pénétration d'esprit en matière de cosmographie et d'astronomie. Il ne fut jamais un observateur attentif et un scrutateur de la nature^ : il se vantait de n'avoir rien appris par les enseignements d'autrui, vi, n'ayant eu, disait-il, aucun maître, il avait la prétention de devoir tout à son esprit^. Cependant, en cette matière même, ses doctrines, bien que conjecturales et souvent puériles, sont curieuses à connaître, et elles peuvent être sûrement connues, sur la plupart des points, par des fragments d'Heraclite lui-même et par des témoignages concordants d'Aristoteet d'autres auteurs. Sur la figure de la terre, il paraît qu'Heraclite n'avait formulé expressément aucune opinion précise^; mais, tacitement et implicitement, il attribuait à la terre, comme Thaïes, Anaximandre et Anaximène, une surface plate. En effet, c'est là ce qu'indique, comme nous le verrons tout à l'heure, son hypothèse de fextinction nocturne du soleil. Suivant lui, le ciel est de feu '*, de même que les astres^, et ces leux célestes sont nourris par des exhalaisons enflammées, f^es exhalaisons des eaux sont brillantes : elles alimentent les leux du soleil et de la lune ^. Suivant les stoïciens, c'est par

on y trouvera les textes antiques cités et discutés.

Voyez M. Teichmiiller, Ilerakleitos , c. I, A, Astronoinischc VorsleUanqen , % 1.

* Voyez Diogène de L., IX, i, S 2, et I\, V. Sur l'utilité de l'instruction, trop dédaignée par Heraclite, voyez Slrabon, I, I.

^ Voyez Diogène de L., IX, xi.

* Voyez Stobée, Ed. phys. I, xxiv, p. 5oo.

Voyez Stobée , Ed. ph, 1 , xvv, p. 510, el Diogène de L. . IX, ix. (Com-

parez Olympiodore. Météor. f. 6 « (Aid.), I. I,p. \ki) (Ideler).

* Pour ce qui concerne le soleil , voyez Arislote, Météor. II, 11, S 9 et S 6 (Ideler), t. 1, p. 355 a, 1. ii-i5, el p. 35A b, I. 33-34 (Berlin). Pour ce qui concerne le soleil et la lune, voyez Jean de Lydie, Des /«o/5,III,viii,p. 36,1. 18-22 (Bekker); Slobée, Ed. ph. I, xxvii, p. 558, et le faux Plutarque, II, xxviii. M. Zeller (/. c. 1. 1, 3* éd., p. 562) prétend qu'Arislole (/. c. S 1 1 , p. 355 a, 1. 18-21) a nie expressément qu'Heraclite ait nourri de

Jes exhalaisons des eaux douces que la lune est nourrie'. Il est douteux qu'Heraclite ait eu la même pensée; car, suivant lui, ou du moins suivant quelques-uns de ses disciples, tandis que les eaux salées, qui sont la sueur de la tene^ se changent en feu pour entretenir les flammes du soleir\ les eaux douces, en se flesséchant, se changent en terre et en pierres \ Pour la lune, il peut y avoir doute; mais quant au soleil, il paraît que, suivant Heraclite, c'est par les eaux marines qu'il est alinîenté^ D'après l'opinion d'Heraclite, une période diurne et une période annuelle font chacune prédominei- tour à tour les exhalaisons ohscures de la terre et les exhalaisons brillantes de la mer : la prédoiuinanci^ des premières exhalaisons sur les dernières produit la luiit et l'hiver, tandis que la prédominance des dernières exhalaisons sur les premières produit la lumière du jour et les chaleurs de l'été '^. Ainsi le soleil a, pour le jour et pour l'année, une mesure de lumière et de chaleur qu'il ne peut dépasser'^ ; l'augmentation , une fois par-

vapeur d'eau aucun autre astre que le soleil. M. Zellcr n'a pas remarqué que, dans la phrase qu'il cite, il n'est plus du tout question rl'Héraclile en particulier, mais de certains philosophes dont Aristote parle ici au pluriel (aOTOûs), et qu'il a déjà blâmés plus haut (S 6-, p. 33/i b, 1. 33-3/i), [)hilosophes qui, du reste, n'avaient pas nié que les astres PXï général se nourrissent de vapeurs, inais qui ne l'avaient afFirni»- que du soleil, en oubliant les autres astres.

Quant aux étoiles, nous verrons que peut-être Heraclite les nourrissait d'exhalaisons sèches.

Voyez Porphyre, Antre des nymphes, ch XI. et comparez Lassalle, part. II, rh. I, S 23, 1. 11, p. ti5 et p. 122. Mais

voyezaussi Aristote, Méltor. 11 , ii , p. 355a, I. j8, et Prohl. .Wlll, XXX, et conq)arez Zeller, t. I, 3* éd. p. 56i-563.

* \ oyez Olympiodore, sur la Mcléur.

d'Aristote, 1". 33 a (Aid ).

' Voyez Arislole. nrobl. XXIII. xxx, p. i534 i. I. 3V3tî (Berlin).

* \oyez Aristote, Prohl. I.c.

* \'oy(z Diogène de Laërte, IX, ix, et Slohée, KcL phys. 1, xxvi.p. 52^i-52G.

Comparez Aristote, ProbI XXIll, xxx, el (^hrvsippe dans Plular(|ue, Contradictions des stoïciens , ch. xi.i, p. ioo3.

* Voyez Diogène de L. , IX, xi.

' Voyez Heraclite dans Plutanjue, De l'exil, ch. XI (comparez. Sur I sis el Osiris, ch. xLvin), ou Ileracliti Fragm. xxxiv, p. 3i9 [Fragm. philos, gr. Didot. t. 1).

venue à son terme diurne ou annuel, amène aussitôt la diiuinution \ dont le terme ramène une augmentation nouvelle, de même que, dans les longues périodes cosmiques, les deux extrêmes opposés, l'embrasement complet et l'inondation, ramènent chacun la transformation en sens contraire.

Les étoiles se nourrissent aussi des exhalaisons des eaux suivant Heraclite, s'il faut en croire d'une part l'assertion précise de Diogène de Laërte^ et de Stobée ^ d'autre part une indication du faux Plutarque, qui, dans un passage \ s'accorde avec Diogène de Laëite^ pour supposer qu'Heraclite attribuait à la distance seule la faiblesse de la lumière et de la chaleur envoyées jusqu'à nous par les étoiles. Mais, dans un autre passage^, le faux Plutarque assure que, suivant Heraclite, les étoiles sont nourries par les exhalaisons de la terre el non par celles des eaux, et telle fut la doctrine des stoïciens, qui firent tant d'emprunts à Heraclite.

Quoi qu'il en soit, d'après une opinion d'Heraclite, qui ne fut pas reproduite par les stoïciens, chaque astre est un feu brillant, contenu dans une nacelle obscure, dont la concavité pleine de flammes est tournée vers nous^. Si ces flammes ne

' Voyez le disciple d'Heraclite auteur du traité hippocralique De /a diète, I, v, t. VI, p. 476-/178 (Littré).

■ IX, ix-xi.

^ Ed. phys. l,xxv, p. 5io (Ileeren).

* 11, XXVllI.

* IX , XX , lin.

* 11, WIl.

' Voyez Jean de Lydie, Des mois, III, VIII, p. 36, I. 18-22 (Bekker); Diogène lie L. , IX, IX et x. et le faux Plutarque. Il, xxviii. M. Zellcr {/. c, p. 563) veut que le soleil seul ait été considéré par Heraclite comme une nacelle pleine de

feu, mais non la lune et les étoiles. Nous avons vu que le texte d Arislole sur lequel M. Zeller fonde celte négation n'est nulle meut probant, et les auteurs anciens qui alTirment qu'Heraclite a appliqué cette hypothèse aux autres astres comme au soleil ont certainement pour eu\ la vraisemblance ; car, de tous les astres, le soleil est celui pour lequel cette hypothèse paraît le plus étrange. Ainsi, après le témoignage positif d' Arislole en ce qui concerne le soleil, il n'y a aucun motit de révoquer eu doute les témoignages des autres auteurs en ce qui concei iie les au-

roinhent pas, cVst sans doute, suivant lui, parce que le feu tend à monter, et c'est la paroi supérieure et convexe de la nacelle ainsi retournée qui, par son poids, empêche les flammes de s'élever plus liant. Mais la nacelle du soleil et celle de la luno peuvent retourner vers nous pendant quelque temps leur convexité obscure, de manière à produire les éclipses de ces deux astres, et un retournement lent et périodique de la nacelle de la lune produit ses phases mensuelles'. Ainsi, suivant Heraclite comnie suivant Anaximandre, la lumière de la lune est sa lumière propre; mais cette lumière est plus faible que celle du soleil, parco que, dit Heraclite, la lune circule dans un air trop ra])proché de la terre et par conséquent moins pur '. Quant à la lumière nocturne des autres astres, après avoir constate qu'elle est très-faible en comparaison de celle du jour produite par le soleil seid, Heraclite lui-même, cité par Plutarque^ désit^ne, comme cause principale ou unique de rmiériorité de la lumière envoyée jusqu'cà nous par ces corps célestes, leur trop grand éloi^mement.

Il «^st vrai que certains critiques modernes peuvent avoir

tros astres. D'nilleurs la nacelle de la lune p. 558, el le faux Plutarque. U. xxviii.

est encore plus utile à Heraclite pour expliquer les phases el les éclipses de cet astre, que ne Test la nacelle du soleil j)our expliquer ses éclipses.

' Voyez Diogene de L. , IX , x ; Stobée . Ed. phvs. I, xwi et xwii, p. 52(). 55o et 557 (Heeren); le faux Plutarque, II. XXIV. xxvii et XXVIII, et le faux Galieu. t. I\ , p. '1.3 1 , I. 45. Dans un autre passage du faux Plularque 'II, xxv), c'est Héraclide. el non Heraclite, qu'il faut lire. \'oyez la note suivante.

' Voyez Diogene de L.. l.\, x; Jean de Lydie, Des moisJU, viii, p. 36. I. 18-22 (Bekkei;; Stobee. Ed. phys. î, xwii.

Comparez saint Flippolyle. Contre les héré sies, I, IV, p. i5, I. 10 i^ (Cruice). Il faut subsliluer le nom iV Héraclide à celui d' Heraclite dans les passages du faux Plutarque (II, xxv) et de Jean de Lydie [Des mois. III. VIII, p. 36, I. 10-11, Bekker) où on lit que, suivant Heraclite, la lune est une terre entourée de brouillards, (lelte opinion est incompatible avec la doctrine (Y Heraclite, et c'est à Héraclide qu'elle est attribuée par Théodorel , Thérap. iv, l, \\ . p. 53 1 \ (Sirmond). cl par Stobée. Ecl phys. I, XXVII, p. 552.

^ Comparaison de l'eau el du feu, c. vu , p. 957, el De la fortune, cli m. p. q<S,

quelque peine à croire, sur la foi de témoignages nombreux et concordants, mais peu anciens, qu'un penseur tel cpt'Héraclite ait pu considérer le soleil et la lune comme des cassolettes pleines de feu, brillantes pour nous quand nous en voyons le contenu, mais obscures pour nous quand nous n'en voyons que l'extérieur. Cependant leur inciédulité devra cesser, quand ils auront lemarqué avec nous que cette hypothèse des nacelles des astres vient ici à sa place naturelle dans Thistoire des hypothèses astronomiques des Grecs, et quand ils auront constaté avec nous, non-seulement que rien ne contredit ces témoignages, mais que des textes d'Heraclite lui-même et d'Aristote les confirment, en nous montrant dans le système (rHcraclile certains points qui supposent ceux dont on s'étonne tant et dont on voudrait contester l'authenticité.

En effet , d'abord, il est aisé de voir que ces nacelles données aux leux des astres par Heraclite diflcrent bien peu des enveloppes non transparentes données antérieurement à ces mêmes feux par Anaximandre, et que, pour l'explication des éclipses de soleil et de lune et des phases lunaires, la fermeture de l'orihce de fenveloppe suivant l'hypothèse d'Anaximandre valait à peu près le retournement de la nacelle suivant f hypothèse d'Heraclite, hypothèse que, d'ailleurs, nous trouverons reproduite, vers la hn du même siècle, parle sophiste Antiphon d'Athènes. Ajoutons qu'en ce qui concerne les phases de la lune, fexplication d'Anaximandre, et surtout celle d'Heraclite, avaient quelque ressemblance avec celle des Chaldéens, (|ui, supposant qu'un des deux hémisphères de la lime est brillant et fautre obscur, expliquaient les phases par une rotation mensuelle de la lune'. Mais cette ressemblance entre ces doc-

ou bien HeracUti fragm. xxxvi, in Fragm. ' Voyez Lucrèce, V, 730-740 ; Vitruve,

philos.gr. t. I, p. 3 19, Didot. .irchitect. IX, 11 (iv), tome I, page 2^7

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