I EUE S
trines, ]es unes grecques, l'autre étrangère, était probablement IViTet d'une rencontre fortuite plutôt que d'un emprunt. Voyons maintenant, dans des parties bien authentiques du système d'HeracHte, les conséquences naturelles de cette hypothèse, qu'on aurait tort de vouloir lui ôler.
Arislote ' dit qu'en un certain sens, suivant Heraclite, le soleil est toujours nonican [dci réoç).Ce soleil toujours nouveau devait être le feu contenu dans la nacelle et perpétuellement renouvelé, même pendant le cours de chaque journée. Heraclite devait admettre cette conséquence de sa doctrine sur le flux perpétuel de toutes choses; car, de même, il dit^ qu'on ne passe pas deux fois le même fleuve; mais il ajoute^ qu'en un certain sens le fleuve qu'on passe plusieurs fois est le même, et qu'en un autre sens il ne l'est j)lus. En effet, suivant sa remarque \ les eaux du fleuve, bien qu'elles ne tarissent pas, s'écoulent et se renouvellent sans cesse, de sorte qu'entre les mêmes rives ce ne sont plus les mêmes eaux. De même, bien que les flammes du soleil brillassent toute la journée, puisque ces flammes, suivant Heraclite, se consumaient et se renouvelaient sans cesse \ malgré l'identité persistante de la nacelle qui les contenait, on pouvait dire que, suivant lui.
(SclineiHer) ; Apulée , De tleo Socralis, I. Il, p. 117 (Oudendorp et Br)s.sclia, iu-^*) -, Stobef, Ed. phys. I. xxvii. p. 556-558 (Heeten).
' Méti'or. ll.n.Sg, p. 355 a, I. 12-1 5 (Berlin). Voyez aussi Ploliii, II* Ennéude , I, II. et Prorlus, Sur le Timée . p. 33/i (Bàle , ou p. 81 3 (Schneider).
Dans Plutnnjue. Inscr. de Delphes, ch. VIII, et Di'luis de lu vengeance daine , c\\ XV {Heraclifi Jragm. xxi, p. 317, Didot).
^ Dans Heratlide, Allégories d'Homère .
p. ^43 {Opusc. mythol. de Gale, Ams-
terd.im, 1688, in 8°) ou l)ien Heracliti
fragm. lxxxiii, in Fragm. philos, gr. l I,
p. 326 ( Didot j.
* Dans Cléaiithe cité par Eusebe, Prépar. évang. XV. XX. p. 821 D, el dans Plutarque, Questions phYsiqu( s , II, m. ou bien Heracliti fragm. \xii. p. 317 (Didot).
* Vovez Arislote, Météor. Il, 11, S 9, p. 355 a, \. 9-1 i (Berlin).
le soleil que nous voyons est sans cesse un nouveau soleil, et peut-être le disait-il lui-même.
Mais certainement Heraclite \ dans un sens différent et plus précis, dit qu'un nouveau soleil paraît cbaque jour, et il prétend - que cet astre s'éteint cbaque soir et se rallume le lendemain matin. 11 avait sans doute remarqué que l'éclat du soleil est d'autant plus faible que cet astre est moins élevé au-dessus du plan de la surface terrestre, et, ne comprenant pas sans doute que la cause de ce phénomène est l'épaisseur de la couche d'exhalaisons terrestres (|ui affaiblissent pour nous les rayons solaires, il supposait qu'à son apparition matinale le soleil n'était pas encore bien allumé, et qu'à l'approche de son coucher il commençait à s'éteindre. En effet, suivant lui, tant que la nacelle du soleil est au-dessus de la terre, elle reçoit dans sa concavité, toujours tournée vers la terre, les exhalaisons brillantes des mers^, exhalaisons qui s'y changent en flammes sans cesse consumées et sans cesse renouvelées. Mais, quand le soleil, arrivé à foccident, est descendu dans l'hémisphère obscur du monde, au-dessous du plan de la surface plate du disque terrestre, ses flammes doivent s'éteindre, parce que le dessous de ce disque n'a pas d'eaux marines qui puissent envoyer dans la concavité de la nacelle du soleil des exhalaisons propres à entretenir ses feux : de même l'eau d'un torrent s'écoule et tarit, quand des pluies ne viennent plus l'alimenter.
Heraclite avait évidemment emprunté à Anaximandre l'hypothèse étrange de ces enveloppes opaques à ouverture circu-
' Dans Aristote, Météor. l. c. et dans Alexandre, Météor. fol. 93 a (Aid.).
Comparez Proclus , Sur le Timée, p. 33^ ( Bâie ) , ou p. 8 1 3 ( Schneider) . C'est le fragment xxxm d'Heraclite (p. 3i8, Didot).
' Dans Phaoi\,Rép. vi , p. A98AB; Hypothèses.
dans Alexandre, Météor. fol. 93 a (Aid ); el dans le faux Galien, t. IV, p. 43 1, l. 20-2 1 (Bàle).
^ Voy. Diogène de L. , IX , ix ; Slobée , Ed. phys. 1, xjvii, p. 558 (Heeren) , et je faux Plutarque, II,xxviii.
Il I
laire, qui contenaient, suivant eux, les feu\ du soleil et des astres. Heraclite leur avait donne le nom de nacelles, aKOiZoLi. Mais il n'avait rien dit de précis sur la nature et la structure de ces nacelles'. Seulement, comme nous le verrons, il avait exprimé, sur la petitesse du soleil, une opinion ridicule, dont il paraît être le premier auteur. Mais il est clair que, suivant lui comnje suivant son devancier, quand le soleil, c'est-à-dire le feu contenu dans la nacelle solaire, s'était éteint, soit à son coucher de chaque jour, soit dans ses éclipses, la nacelle, toujours subsistante, continuait sa course circulaire, pour qu'un nouveau feu pût s'y rallumer, soit le lendemain matin à l'orient, soit le même jour après l'éclipsé. Aucun texte bien compris n'appuie l'assertion de M. Teichmuller-, d'après laquelle, pour Heraclite, riiémisphère inférieur du monde n'existerait pas, et la course diurne de la nacelle solaire, terminée le soir au couchant, ne serait que d'une demi-circonférence. Le seul texte qu'il allègue à l'appui de cette assertion est un texte d'Heraclite, qu'il interprète à sa manière. Mais, dans ce texte, que nous avons déjà indiqué", et sur lequel nous reviendrons plus loin, il est clair que le mot (xérpcc ne peut pas signifier la mesuie d'une demi- m conférence; car la crainte des Hrynnies, ministres de la Justice, ne serait pas nécessaire ])our empêcher le soleil de dépasser cette limite, si, en l'atteignant, le soleil cessait entièrement (fexister, et si, au delà de C( tie limite, il n'v avait pas un hémisphère inférieur où il put descendre. Ce texte signifie que, pouj- le soleil, qui ne s'enllamme et ne s'éteint (\uavec menue [(jLeTÇjy)^ suivant l'expression d'ileraclite\ il y
' Voyez Diogène de L. , I\ , i , S 1 1 . Herukleifos , ch. i", A, S 2 . p. 7-1 1 , cl S 3, p. 1 1-1^.
Voyez ci-dessii!! , p. cj2, noie 7.
* Iléraclile (dinis S Cléinonl, Siroin. \\ p. 7 I 1, ou Fru(jm. [ihih'S. fji . fiagm. xxvii , p. 3 18. Didol) applique ces ex[)re.>'sion8 au feu en général.
a des mesures (fjterpa) de lumière et de chaleur que la Justice et les Erinnyes lui interdisant de dépasser. L'assertion que nous combattons est d'ailleurs contredite, commi^ nous le verrons, par le traité hippocratique Du fiègime\ œuvie d'un disciple d'Héraclite^ disciple qui, sur cei tains points, s'écarte un peu de la doctrine du maître^ mais qui, comme nous allons le voir tout à Fheurcs est l'interprète fidèle d'Heraclite en distinguant deux hémisphères dont l'un a le jour quand fautre a la nuit. Ce fut Xénophane cpii, supprijnant l'enveloppe solide donnée au feu solaire par Anaximandre, et faisant la terre inhnie en éteiulue horizontale et en profondeur, voulut que chaque soir il ne restât rien du soleil disparu; mais, au lieu
d'imaginer pour cet astre l'orbite demi-circulaire dont M. Teiclimûller est l'inventeur, Xénophane lui attribuait, comme nous le verrons, un mouvement en ligne droite. Au contraire, pour Heraclite comme pour Anaximandre, le soleil était ( omparable à une lampe, qui s'éteignait sans cesser d'exister et pour se rallumer plus tard. Ainsi, suivant eux, pendant la nuit la nacelle du soleil, nommée autrement par Anaximandre, continuait dans riiémisphère inférieur sa course circulaire jusqu'à l'horizon oriental, et là le soleil visible, c'est-à-dire le feu, se rallumait dans la nacelle invisible. Pour les mouvements des astres de feu, comme pour leurs enveloppes solides, c'était de riiypothèse d'Anaximandre, et nullement de celle de Xénophane, qu'Heraclite s'était inspiré. Quant à la nature, à la forme et à la grandeur de la terre, Heraclite n'en avait rien dit\ Or, si, comme Xénophane, il avait cru la terre infinie en surface
Sur Tanliquile de ce traité, voyez ' M. ïeichmùller (/. c. p. 207-258) si-
M. Teiciunùller lui-même (/. c. ch. m, gnale deux divergences; quant à une Iroi-
p. 249-263). siènie, il la crée précisément par sa Causse
N'oyez M. Littre , Œuvres d'Hippo- interprétation que nou;, combattons.
crate, t. I", p. 356-357. * Voyez Diogène de L. , IX , 1 , S . 1
et en profondeur, il n'aurait pu manquer d'exprimer cette opinion, alors si nouvelle, et ses étranges conséquences en astronomie'. Ainsi, suivant Heraclite comme suivant Anaximandre, quelque chose du soleil éteint, c'est-»i-dire l'enveloppe solide de ses feux, subsistait et passait sous la terre pour revenir à 1 orient recevoir des flammes nouvelles.
(rest même une question de savoir si, suivant Heraclite, l'extinclion quotidienne est complète, ou bien si, dans son voyage au-dessous du disque de la terre d'occident en orient, le soleil traverse un milieu où il puisse trouver l'aliment d'une faible lumière, pareille à celle d'un tison encore incandescent, mais qui ne flambe plus. La première solution semble avoir pour elle un sclioliaste de Platon ^ qui dit que, suivant Heraclite, le soleil s'éteint dans la mer occidentale, où il se couche, qu'il passe sous la terre, et qu'il arrive ainsi à l'orient, où il se rallume. Mais cette assertion du scholiasle est plus que suspecte; car il ne paraît pas du tout qu'Heraclite, reprenant une opinion de Thaïes abandonnée par Anaximandre et par Anaximène, ait cru que le soleil couchant se plonge dans la mer. D'ailleurs, l'autre solution, plus vraisemblable, est donnée par un auteur qui, sans avoir suivi toujours fidèlement la doctrine d'Heraclite, lui a fait beaucoup d'emprunts; je veux dire par l'auteur du traité hippocratique Du Régime, il est vrai que cet auteur ne nomme pas Heraclite, mais c'est évidemment d'après les vues de ce philosophe qu'il dit que la lumière du soleil, comme toutes choses, varie seulement du plus au moins et du
' Sur ce point imporlaut du système d Heraclite, M. Lassalle a évidemment raison contre M. Teiclimidler (/. c. cti. i", A, S 5. p. 19 a5). Le tort de M. Schuster (cité par M. Teiclimùller. j). 13) c.«t d'avoir cru que, p'^nr éclairer Ihémisphcre in-
férieur pendant noire nuit, il fallait à Heraclite un second soleil distinct du nôtre.
' Platonis opéra , p. g3a a, I. 3i-4o 'Zn ricli , iSjc), in-V). Comparez m. La<îsalle, t M p 1 17, note 1.
moins au plus'. Il ajoute, en des termes probablement empruntés à Heraclite lui-même ^ que le temps de la nuit pour Zens, c'est à-dire pour l'hémisphère céleste qui est au-dessus de la surface plate de la terre, est le temps du jour pour Hadh, c'est-à-dire pour l'hémisphère inférieur, et réciproquement : ce qui suppose que le soleil, en traversant l'hémisphère inférieur du ciel, y donne une pâle lumière, qui est le jour des enfers, un peu moins ténébreux que leur nuit. En elTet, Héiaclite admet qu'il n'y a rien d'absolu dans le monde ^ et que, par conséquent, entre la lumière et les ténèbres il n'y a jamais qu'une différence de degré. Ainsi, pour qu'il ait pu dire que le soleil s'éteint tous les soirs et qu'il y a tous les matins un soleil nouveau, il su (ht, comme le remarque M. Lassalle\ qu'Heraclite ait admis qu'après le coucher du soleil le feu contenu dans la nacelle de cet astre subit, sous le nom (ï extinction, une énorme diminution d'intensité, et que, par le renouvellement continu de ce feu si amoindri, il ne lui reste le matin, quand sa flamme se ranime par les exhalaisons de la mer, aucune parcelle de la flamme que la veille il avait reçue de la même source.
Suivant un texte obscur d'Heraclite, conservé par Slrabon^ et bien interprété par M. Teichmûller^, les limites de ï aurore
' Du Rcijimc , I, iii-v, Œuvres d'Ilippocrate, t. VI, p. ^72-/178 (Littré).
* Ibidem, p. ^'jG. Dans ce dernier passage, M. Teiclimùller [Heraklcitos, ch. i", A, S 5, p. 19-25) reconnaît un fragment d'Heraclite; mais il prétend que la lumière du jour pour Hadès ne vient pas du soleil. I*ourquoi ? parce que M Teiclimùller veut que, suivant Heraclite comme suivant Xénophane, le soleil ne dc'^cende pas au dessous de l'Iiorizon.
' Voyez ci-dessus, p. 87.
* T. Il, p. 117-118, notes.
* I , I, p. 3 (Cas.).
• Hcrukleitos. cli. i", A, S 4, p. iA-»8. M. Teiclimùller montre, après M. Schuster, qu'on ne peut donner aucun sens raisonnable à la traduction, d'ailleurs évidemment inexacte , de Schleiermachcr, traduction d'après laquelle les mois ovpos aidpiov liôs signifieraient lu limite [bÔpos] du brillant Zeus. Il réfute aussi l'interprélalion (le M. Sdiuster [Heraclili ^p'(i(jni. XXXI, p. 55), d'après laquelle les mêmes mots signifieraient la montagne [ro ôpos) de Zeus, montagne que Schuster identifie
el du soir sont l'Ourse (ApxTOs) e/, en face de l'Ourse, le gardien (oZpo?) de Zeus qui réside dans ïélhvr. Strabon, qui avait lu le contexte, signale l'accord entre ce (e\te crHéraclite et un vers d'flomère sur l'Ourse, qui seule ne le baigne pas dans les eaux du fleuve Océan. Ailleurs' nous avons dit fjue les autres étoiles circompolaires, qui, de même que celles de l'Ourse, c'est-à-dire do la grande Ourse dans le langag<> homérique, ne se plongent pas dans le fleuve Océan, c'est-à-dire ne se couchent jamais, étaient encore innommées dans les temps homériques. Suivant Strabon, qui avait lu le contexte, ce fragment d'Heraclite a donc trait, commr le vers d'IIomère, aux étoiles (|ui nont j)as de coucher, c'est-à-dire aux étoiles comprises dans le cercle de perpétuelle apparition [dsi ZoLve^rk), que Strabon et les anciens nommaient aussi arctique {dçyXTiKÔi), du nom de cette constellation boréale. Mais qu'est-ce que le gardien de Zeus? M. Teicli-
avec la tour de Zeus, c'est-à-dire avec Hestiu, suivant l'expression îles [nlli:igoriciens, et (ju'il i< lentille en nièni-' temps ' chose étrange!) avec le pôle sud, et d'après laquelle les li miles entre le mutin et le soir seraient les deux pôles , désignes par l'Ourse, et par la montufjne de Zeus , c'est à-dire seraient le cercle qui pusse par les dcua- pôles et par le lieu d'observation, ou, en il'aulres termes, le méridien du lien. Pour détruire cette interprétation , trois reraanpus >>ull'isenl 1° Strabon, qui a\ait lu ce qui précède et ce qui suit cette pluase d'Heraclite, si obscure ici dans son isoletuent, savait bien qu'elle ne concerne pas le méridien, limite entre le matin et le soir, mais la limite en deçà de laquelle sont les étoiles circompolaires qui, comme la grande Ourse, suivant le vers d'Homère, nont ni lever ni coucher; 2" jamai>i, ni une montuffne de Zeus, ni surtout Heshu ,
tour de Zeus, placée par les pythagoriciens au centre de la sphère du moride, n'ont été placées au pôle sud, ni par les pvthagoririens, ni [)ar Heraclite, ni par (pii (pie ce soit dans l'antiquité; 3° les deu.x pôles, dont il n'est pas (piestion dans la phrase d'Ht raclite, ne pourraient pas, d'ailleurs, avoir été nommés par lui comme identiques au niéritlien, surtout puisque, parmi tous les cercles qui passent par les deux pôles, il n'y en a qu'un (pii soil le méridien du lieu d'observalion. En deux mots, Heraclite n'a pas dit du tout que les deux pôles soient la limite du nuitin et du soir, et, s'il l'avait dit, ce serait là de sa part, non pas une proposition obscure. n:ais un non-setis.
' Mémoire sur la losmograpliie grecque à l'époque d'Homère et d'Hésiode [Ac. des inscr. I. XWIII, 1* partie).
mùller a bien compris que, par cette expression, l'obscur Heraclite, ce Lycoj)hron de la prose ionienne, désigne le qardicn donné par Zeus à l'Ourse, c'est-à-dire l'étoile Arclurus, dont le nom ApKTOvpoSy oypos Tfjs ApxToy, signifie gardien de l'Ourse. Quant à l'aurore et au soir, Strabon nous indique bien (pie, par ces deux mots, Heraclite a entendu le lecer et le coucher : exprimant d'une manière inexacte une pensée vraie au fond, Strabon dit qu'Heraclite nomme ici kpKTO^ le cercle arctique, et il a raison quand il dit que ce cercle est la limite du levei et du coucher; mais il aurait dû ajouter en quel stuis et pour quels astres. 11 nous reste à justifier l'explication de Strabon en la complétant et en la rectifiant un peu, comme M. Teichmùller Ta lait le premier avec un succès presque entier. La circonférence du cercle de perpétuelle apparition, cercle arctique des anciens, est, pour les fixes , la limite en deçà de laquelle elles n'ont ni levers m couchers, tandis que celles qui sont au delà de cette limite, à pai tir du pôle arctique, par exemple Arcturus situé à peu de dislance en dehors du cercle de perjDétuelle apparition, ont un lever et un coucher de chaque jour. La grande Ourse et Al cturus sont donc, suivant Heraclite, les limites visibles entre ces deux classc^s d'étoiles, parce que, pour la latitude d'Ephèse, la limite exacte, mais idéale et invisible, c'est-à-dire la circonférence du cercle de perpétuelle apparition, cercle arctique de Strabon, tangent à l'horizon, passe entre la grande Ourse et Arcturus. Cette interprétation a ses difhcultés, dont la principale consiste dans lt\s noms d\iurore et de soir, transportés du lever et du coucher du soleil au lever et au coucher des étoiles; mais c'est par des expressions de ce genre qu'Heraclite, comme Lycophron, a mérité son antique réptitation d'obscurité. D'ailleurs, cette interprétation est la seule qui s'accorde avec les réflexions de Strabon sur ce fragment, dont il connais-
sait le contexte, et c'est aussi la seule qui donne au texte d'Heraclite un sens à la fois grammaticalement possible et logiquement raisonnable.
Quant aux étoiles situées autour du pôle antarctique dans le cercle de perpétuelle occultation, Heraclite, ne les ayant jamais vues, ne s'en est sans doute nullement occupé, soit pour en alTirmer, soit pour en nier l'existence. Mais, quoi qu'en dise M. Teichmûller', cjuand Heraclite^ a parlé d'Hadès, dont le jour est la nuit de Zeus qui réside dans l'éther, tandis que la nuit d'Hadès est le jour de Zeus, il est clair qu'Heraclite a donné le nom de Zcuii à l'hémisphère supérieur, hémisphère où se trouve l'ether et que le soleil allumé éclaire pendant notre jour, et 11 est clair qu'il a donné le nom (ïfladcs à l'hémisphère inlérieur, hémisphère que le même soleil, mais presque éteint^, éclaire faiblement pendant notre nuit''.
Que devenaient, après leur coucher, suivant Heraclite, la lune et les étoiles qui ont un coucher.^ Probablement il croyait qu'elles passaient par-dessous la terre, comme le soleil, à l'état de nacelles presque vides de feu.
.Nous avons vu quelle grande puissance Heraclite reconnaissait au soleiP, et quelle grande puissance il prétait aussi aux autres astres, en établissant un rapport invariable entre les périodes d'embrasement et d'inondation, ramenées par sa grande année de 18,000 ans, et le retour du soleil, de la lune
' L. r. s 5. p. it>-25. Comparez S 3, p. 1 i-i3, el S 4. p. I 5-i6.
' Dans le Irailc liippocrahque Du Régime, I, p. 476 (Littré). Nous avons vu que, dans ce texte. M. Teichmûller reconnaît les expressions mêmes d'Heraclite, bien qu'il n'y soit pas nommé.
^ Nous avons vu que , suivant Heraclite , l'extinction du soleil n était pas complète,
connue MM. Schuster et Teichmûller le prétendent.
* ISous avons déjà dit que M. Schuster a eu tort de prêter à Heraclite l'invention d'un autre soleil pour l'hémisphère inférieur.
* \o^ez Plutarque, Quest. phys. VTII .
IX, et le faux Plularque, 1, xxvii.
et des planètes, aux mêmes positions réciproques et aux mêmes positions par rapport aux étoiles fixes; cependant nous venons de voir que ce même philosophe croyait que tous ces astres étaient des météores dépendants de la terre et alimentés par les exhalaisons qui s'élevaient de sa surface : erreur énorme, qui, commise aussi, comme nous le verrons, parXénophane, lut reproduite par les stoïciens. Mais, plus heureux en cela qu'Anaximandre, Heraclite avait deviné, comme nous l'avons vu, que les fixes sont beaucoup plus loin de nous que le soleil, et que c'est à cause de leur distance qu'elles nous envoient si peu de lumière. Mais il fallait qu'il crût le soleil bien voisin de nous, et qu'en même temps il ignorât les premiers éléments de la perspective, puisqu'il disait, comme fattestent plusieurs auteurs anciens", qui ne sont contredits par aucun, que le diamètre m7 du soleil n'était que d'un pied et qu'il était égal à son diamèlie apparent. 11 s'agit évidemment ici du soleil visible, c'est-à-dire de fouverture circulaire par laquelle, suivant Heraclite et Anaximandie,on voit les feux solaires, contenus dans une enveloppe beaucoup plus grande, mais opaque et invisible. C'est à ce soleil visible qu'Anaximandre avait donné une étendue circulaire égale à celle de la terre'\ supposée discoïde, tandis qu'Heraclite le réduit à un pied de diamètre. Ni Anaximandre, à qui Heraclite a lait tant d'emprunts, ni Xénophane, de qui on a voulu trop le rapprocher, ne lui avaient donné fexemple de cette absurdité,
' Diogène de L., IX, vu; Stobée, EcL phys. I, XXVI, p. 626 (Heeren); le faux Plutarque, II, xxi; Théodoret, Thérap. I et IV. t. IV, p. 48 A, et p. 53iA (Sirmond).
' Nous avons vu que, suivant Anaximandre, Yenvelopfjc invisible était vingtsept ou vingt- huit fois plus grande que le Hypolht^ses.
soleil visible, égal à la terre. M. Mohr (Hist. Stellung Heraklits, p. A6) suppose à tort que tout renseig^nement nous manque sur la grandeur attribuée au soleil visible par Anaximandre. L'erreur d' Anaximandre sur ce point était grande; mais elle n'était pas absurde, comme l'était celle d'Heraclite.
If
qui lui appartient en propre et bien authentiqueuienl, comme M. Teiclimuller' a raison de le reconnaître. Puisque Épicure, après lepoque d'Arislote, n'a pas craint de reproduite cette même absurdité à Athènes, et puisque Lucrèce, après Tépoque du ^rand astronome Hipparque, n'a pas eu honte de la repeter à Rome, il n'est pas invraisemliiable qu'Heraclite l'ait commise avant eux.
Ouelle était la cause assignée par Heraclite aux mouvements des astres.^ Aucun témoignage positif ne nous l'apprend. Mais nous avons vu que, pour lui, ïétlier, principe du feu, est la lorce motrice de funivers; ajoutons que, selon lui, le feu est la substance de l'àme, le principe de l'intelligence et du mouvement"-; rappelons-nous aussi cjue, suivant lui, les astres et le ciel même sont de feu, et notons que, pour lui, le soleil est un fcn intelligent (j ai s'allume de la nier\ c'est-à-dire de ses exhalaisons. On irait trop loin, si l'on en concluait que, d'après la pensée d'Heraclite, chacun de ces feux célestes possédait en lui-même et en lui seul la cause intelligente de tous ses mouvements : il faut renoncer à cette conclusion exagérée; car, si elle était vraie, il est évident que, dans la partie inférieure de leur révolution quotidienne, ces feux, alors éteints ou trèsallaiblis suivant Heraclite, ne devraient pas, comme ils le font, garder la même vitesse régulière que pendant leur passage brillant au-dessus de la terre. Heraclite pensait sans doute qu'un mouvement uniforme d'orient en occident était imprimé à chacun de ces astres par l'éther, cause immuable de la récuhitwn du l'en {zsepioSiycdv zsvp) , révolution à laquelle il attribuait pour caractère la nécessité intelhgente, désignée par lui
^ Herakleilos, ch. i", A. S 2, p. 7-8. 3' éd. p. 576 et suiv. — ' Voyez Slobéo.
' VoyezBiandis,Ge5c/m/i/e,e/c.{i8G2), KcL phys. I, xxvi. p. 52^-52(3. l. I". p. 7 1 72 , et p. 74 75. et Zt'Iler, 1. 1",
sous les noms de Destin et de Justiee\ et de laquelle il disait que, si le soleil voulait excéder la mesure à laquelle il doit rester soumis comme toutes choses, la Justice, aidée parles Erinnyes, saurait bien l'atteindre^. Il admettait que le monde subsistait par le mouvement régulier et circulaire (tïïepti^opa), spécialement par celui du soleil, et que, si ce mouvement s'arrétail comme entravé par quelque lien, tout périrait et tomberait en dissolution^. Il est donc probable que, pour lui, Tr'/Arr, substance du ciel, est le moteur intelligent qui profluit la révolution diurne du soleil et de tous les astres autour de la terre d'orient en occident, et, par conséquent, la succession régulière des jours et des nuits, tandis ([ue les feux intelligents du soleil, de la lune et des planètes produisent la diversité des mouvements propres à chacun de ces corps célestes, et que ces mouvements sont maintenus dans leurs limites par la force prédominante delà révolution diurne du ciel, révolution à laquelle sans doute les étoiles fixes s'associent volontairement sans aucun écart et sans aucune résistance. Du concours intelligent de l'éther universel et de tous ces feux divers résultent l'ordre dans le mouvement et la régularité périodique dans le changement perpétuel du monde.
Mais quelle notion Heraclite se formait-il des mouvements propres du soleil, de la lune et des planètes, et jusqu'il quel point les distinguait-il du mouvement diurne de ces mêmes corps d'orient en occident ? Tout témoignage nous manque aussi sur ce point. Cependant il me paraît très-probable qu'au lieu d'arriver, comme les pythagoriciens, à la distinction com-
' Vo)'cz Stobée , Ed. phys. I , vi , p. 1 78. Conip. I, m, p. 58 60.
' Voyez Heraclite, 7'ra^/;i. xxxiv, p. 3 19 (Di(lol), ou dans Plularque, De rea,il.
ch. XI, p. 60^ (comp. Sur Iris et Oi/m, cil. xi.viii, p. 370).
^ Voyez Heraclite dans Platon, Théëtète , p. 1^2 E, et p. i53 D.
plète de ces deux sortes de mouvements, Heraclite en était resté, pour les mouvements propres des sept planètes, à la notion vague d'un retard avec écart du nord au sud et du sud au nord. Puisque, comme nous l'avons vu, c'était à la prédominance alternative des exhalaisons brillantes de la mer et des exhalaisons obscures de la terre qu'il attribuait la variété périodique des saisons ^ il pensait sans doute que les exhalaisons mannes, aliments des feux du soleil, permettaient à cet astre, lorsqu'elles étaient plus fortes, c'est-à-dire en été, de s'élever davantage vers le nord, sauf à redescendre vers le sud en hiver. Kn résumé, auteur d'un remarquable progrès en philosophie, sinon pour les solutions, du moins pour la méthode, le pantliéisle Heraclite, précurseur des stoïciens, au lieu de dépasser en cosmographie Anaximandre, dont il a suivi les traces, a fait plutôt sur ce terrain un pas en arrière, trop peu compensé, au point de vue de la science, par ses idées philosophiques sur les causes intelligentes des mouvements des astres. La restitution, telle que nous venons de la donner, de la partie astronomique du système d'Heraclite, partie trop négligée par les historiens de la philosophie comme par ceux de l'astronomie, achève de montrer quelle est fillusion de certains savants qui ont voulu transformer Thaïes et ses successeurs en d'habiles astronomes.
HYrOTHÈSE ASTRONOMIQUE DE XÉNOPHANE.
Dès avant Heraclite, un autre Ionien, le philosophe poète Xénophane, qui, né à Colophon, s'était transporté chez les Doriens de la Grande Grèce, était entré aussi dans la voie de l'idéalisme, de même sans rompre entièrement avec l'esprit
' Vovoz Diogène de L., IX, xi.
de l'école d'Ionie. 11 est vrai qu'aucun philosophe ionien n'est dési'Mié comme ayant été maître de Xénophane, mais c'était bien de cette école qu'il était sorti. Contemporain d'Anaximandre en Asie Mineure, Xénophane, dont la longue vie de cent ans environ paraît avoir dépassé un peu la fin du vi^ siècle avant notre ère, quitta sa patrie, probablement après l'invasion des généraux de Cyrus, et alla parcourir comme rhapsode les colonies grecques de la Sicile et du sud de l'Italie. Dans le Brutium, il put connaître quelque chose de la doctrine de Pythagore, à laquelle pourtant il ne fit aucun emprunt en ce qui concerne l'astronomie et la cosmographie. En Lucanie, il s'arrêta dans la ville d'Élée, qui avait été fondée peu de temps auparavant, vers 535 avant J. G. Là il établit, vers le dernier quart du vi' siècle, une école philosophique, qui, après lui, arriva aux derniers excès de l'idéalisme *. Dans sa physique et dans sa cosmographie, malgré ses attaques contre Thaïes % il continua en somme les tendances ioniennes. Par conséquent, dans l'histoire des hypothèses astronomiques, c'est ici, à côté des philosophes ioniens, et non auprès de ses successeurs éléales, que la place de Xénophane est marquée. Mais, dans sa doctrine sur la divinité, il obéit à des tendances très-différentes, dont il fautparler ici, parce qu'elles exercèrent quelque influence sur ses hypothèses cosmographiques et astronomiques.
Poursuivant de ses sarcasmes poétiques les fables immorales et déraisonnables du polythéisme anthropomorphique des Grecs et spécialement d'Homère et d'Hésiode \ Xénophane
' L'époque vraie de Xénophane a élé ten [Xenophanis Rel. Amsl. i83o, in-8°),
lixée par M. V. Cousin [Fragments de phi- el par M. Mullacli [tmg. philos, gr. t. I",
losophie ancienne. Xénophane. ip. 1-8, 5° éd. 1860 , Didot).
1 866, in-8°), dont l'opinion a élé acceptée * Voyez Diogène de L., IX, xviii.
avec de très-légères restrictions par Kars- ' Fm^m.v-Vii.p. 101, 102 (Didot). Com-
en vint à déclarer que, s'il y avait des dieux multiples, on ne pouvait rien dire de ces dieux avec certitude' Mais, au-dessus de ces divinités problématiques, il proclama comme certaine l'existence d'un Dieu unique, éternel et parfait, toutpuissant, souverainement intelligent et boni Au nom de cette théologie philosophique, il attaqua d'une part la divination en généraP, d'autre part les pratiques superstitieuses d'Épiménide'^ et les rêves de Pythagore sur- la métempsycose l Mais
comment pouvait-il concilier avec sa physique, restée ionienne, son théisme, analogue et peut-être supérieur à celui de Pythagore? Cette tentative d'une conciliation impossible fut fécueil de son système, qui inclina vers un panthéisme vague et indécis dans sa forme, mais réel au fond. Suivant le témoignage de Théophraste, conservé par Simplicius^ Xénophane admettait que le principe unique de toutes choses était l'£/r^ un, qui est tout {'èv 10 6v xoù t^àr), et il disait que cet Être un, (jui est tout, est Dieu, le dieu unique, seul tout-puissant. Suivant le péripatéticien auteur du traité aristotélique ^^«r Xénophane \ ce philosophe disait que Dieu est éternel, qu'il ne peut être ni
prezSextusEmp. Pyrihon. hyp. I.xxxni.
S 22^, p. oSôcj (Fabriciusj, et Diogene lie L. , IX. xviii.
Fragm. xiv, p io3 (t)idot) Comparez V. Cousin. /. c. p. 49-5o.
l'nujm. i-iv, p. loi (Didot). Comparez \'. Cousin, /. c. p. 34-37.
Voyez Cicéron, Div. I, m; le faux PluUirque, I, v, et le faux Galien, t. 1\ , p. 435. I. 36-37 (étl.gr. Bàle).
* Voyez Diogène de L., IX, xviii.
Fragm. XVII I. p. ii)/i( Didot ^.Comparez Diogène de L. IX. xviii.
• PAj5. f.5fc. 1.54-55. et f. 6a. 1.2-3 (Aid.). Comparez Sevtus Emp. Pyrrhon.
hyp. I , xwiii. SS 2 24-2 2 5, p. 58-59 < F-'^r). et d'autres auteurs cités par Zeller. Die Philos, d. Gr. t. 1-, 3- éd. p. 455, note 5. Sur .}ft'lisstis , Xénophane et Gorgias, ch. m , p. ÎÎ92-295 [Fragm. philos, gr. 1. 1", Didot). Tel est le vrai litre de cet opuscule daprès son contenu. Car, malgré les titres erronés qu'on lit, dons beaucoup de manuscrits et d'éditions, en tète des troi.-. parties dont il se compose, les chapitres i et II concernent Mélissus, les chapitres m el IV Xenoj)hane, et les chapitres v et vi Gorgias. Voyez la Préface de M. .Mullach, p. 270-276 (Didot).
fini ni infini, mais qu'il est spliêiicjac, comme étant semblable de toutes parts, et qu'il ne peut être ni mobile ni immobile. Suivant le témoignage de Théophraste ', Xénophane appliquait toutes ces mêmes assertions à ïlLtrc un , qui est Dieu, et ([ui, en même temps, est foîU, c'est-à-dire identique à l'univers. En d'autres termes, le philosophe ne pouvait concevoir ce dieuunivers ni comme mobile dans son ensemble, ni connue immobile dans ses parties; et, tout en déclarant sphérique cet univers divinisé, il ne pouvait le concevoir ni comme fini ni comme infini en étendue. Sur ce point, ces témoignages concordants de Théophraste et d'un autre péripatéticien pourraient nolis sulfire; mais écoutons Aristote lui-même dans un ouvrage bien authentique, dans le premier livre de sa Métapliysicjuc' : après avoir parlé de la doctrine de Parménide sur l'Un suivant la raison, et de celle de Mélissus sur l'Un suivant la matière, Aristote dit : « Xénophane, qui le premier voulut ra- « mener tout à l'unité, ne précisa rien et ne sembla toucher ni « à l'une ni à l'autre de ces deux natures d'unités; mais, jetant «les yeux, sur le ciel entier, il dit que l'Etre un est Dieu. » Cet Etre un, qui csl Dieu suivant Xénophane, est donc le ciel entier, c'est-à-dire l'univers, comme Aristote le donne très-clairement à entendre. Ce dieu sphérique tout entier voit, tout entier comprend, tout entier écoute , suivant les expressions de Xénophane lui-même \ En elfet, comme le dit le traité aristotélique 5wr Xénophane \ ce dieu, semblable de toutes parts , ne peut pas avoir dilférents sens localisés en diverses parties de lui-même. C'est précisément ce que Platon, dans le Timée , a dit du monde
' Dans Simplicius, Phys. f. bb, I. 54- Plutarque, Strom. dans Eu>cbe, Prép. év.
55 , et f. 6 a , I. 1 - 1 8. I , viii , p. 23 ( \ igier) ; Sextus Emp. Contre
* Métaph. I, V, p. 9866,1. 21 24 (Ber- les sciences. IX, i44, p. 584 (Fabr.), et
'•")• r^iogène de L., IX, xix.
Fragm. 11, p. 101 (Didot). (Comparez * Cb. m, p. 294 (Didot).
fi
visible, considère par lui comme un dieu, mais comme un dieu subalterne, façonné par le Dieu suprême et composé d'un corps sphérique et d'une âme. Mais Xénopliane identifie ce que Platon a distingué, savoir: Dieu et le monde. Ainsi les auteurs qui ont dit nettement que le Dieu unique de Xénopliane est l'univers spbériquc, considéré comme un seul être, éternel, immuable, intelligent et parfait, ces auteurs, dis-je, dont le principal est Tliéophraste ', ont peut-être précisé la pensée de Xénopliane plus qu il ne favait lait lui-même, mais ils ne l'ont pas faussée.
Contre cette interprétation si conforme aux documents antiques et aux expressions de Xénopbane lui-même, if y a une objection moderne, à laquelle il est nécessaire de répondre en deux mots. Suivant M. Cousin", Xénopliane était bien loin fie confondre l'univers avec Dieu: c'était seulement par métaphore que ce philosophe-poëte attribuait à Dieu la forme sphérique, et ce n'était pas parce qu'il identifiait Dieu avec l'univers; car il n'attribuait pas à f univers cette même lorme. Mais cette dernière assertion, sur laquelle toute fobjection repose, n'est pas fondée, et nous montrerons tout à l'heure que la notion de la sphéricité de funivers appartient certainement à la cosmograpbie de Xénopbane, au même titre que la notion de la sphéricité de Dieu.
La théorie de ce philosophe sur Dieu identique au tout se trouvait sans doute princi[)alemenl dans son poëme De la na-
' Dans Simplicius , endroits cités. Outre les témoignages précis de cet autt'ur, voyez ceu\ qui disent que Xénopliane donnait à l'univers les mêmes attributs qu'il donnait à Dieu, par exemple Plutarque, Slrom.
dans Eusèbe, Prép. iv. I, xxviii; saint Hippolyle, 1, xii, p. 29, 1. 1-2 (Cruice);
Théodoret. Thérap. IV, t. IV, p. 627 D- 5a8 A (Sirmond); Slobée, Ed. phys. I, XXI, p. 4«(J (Heeren), et le faux Plular(|ue.