‹ Mémoire sur les hypothèses astronomiques des plus anciens philosophes de la Grèce étrangers à la notion de la sphéricité de la terre [microform]Chapitre 14 sur 27 · II, IV · texte numérisé non relu

II, IV

* Fraqments de philosophie ancienne, Xénophane , pages k » 43 ( 5° édition , 1 806 , in-8').

ti

lare, l'un des nombreux poèmes qu'il avait composés sur des objets très-divers ', et c'était sans doute là que se trouvait aussi sa cosmographie, que nous allons étudier. Mais auparavant, pour prévenir un malentendu, abordons brièvement un point de sa physique ^

Quelques auteurs grecs peu anciens ont prétendu que Xénopbane considérait l'univers comme né d'un ou de deux éléments, savoir: de la terre seule suivant les uns^, de la terre et de l'eau suivant les autres ^. Les premiers auteurs citent un vers prétendu de Xénopliane^; mais c'est un vers apocryphe, qu'on attribuait aussi à Heraclite en y changeant un mot pour substituer ley^w à la terre ^\ Galien, le vrai Galien ^, nous atteste que Théophraste, dans son Abrégé des doctrines des physiciens, n'avait rien dit de semblable sur notre philosophe. Aristote^ ne connaissait aucun pliilosopbe qui eût soutenu que la terre seule ffit le principe de toutes choses ^, et certainement Aristote connaissait Xénoj^hane et ses doctrines. Quant

' Voyez Karslen, Xenophanis rel Xen.

vita et slndia, SS (J-c), p. i5-3i.

^ Sur ce point, je suis d'accord avec Karslen. Xenaphunis rel. Xen. philosophia , 11, S 2 , p. ilib-i 52.

^ Plularquc , Stroni. dans Eusèbe, iVe^. cv. I, XVIII, p. 23 (\igier); les auteurs lus par Sextus Enip. Contre les sciences , X, 3i3, p. 685 (Fabr. ); saint Hippolyte, I, XII, p. 2Cj, I. 7 (Cruice); Tbéodoret. Thérap. Il et IV, p. /|86 D-/187A, et p. 528 A (Sirmond), Sabinus, dans Galien, sur Hipj)ocrato, Nature de l'homme, I, 1 , f. V, p. /i , 1. /iS/ètj (éd. gr. Bàle).

* Sexlus Emp. Contre les sciences, IX, 36 1, p. 620 (Fabr.), et X, 3iA, p. 685; Pyrrhon. hyp. 111, iv , S 3o. p. l3fi; Porpbyre, dans Jean Pbilo[)on, Phys. 1,

Hypothèses.

feuille D, feuillet i h , \. 23 (Aid.); Eustathe, sur Y Iliade, VII, 99, p. 668, 1. 60 (Home); S. Epipliane, Contre les hérésies, m, II, t. I, p. 1087 (Cologne, 1682); le faux Galien, t. IV, p. li^H, 1. /i7 (éd. gr. Bâle).

^ Fra'jm. viii, p. 102 (Di lot).

* Voyez Stobée, Ed. phys. I, xi , p 282 (Heeren).

' Sur Hippocrate, Nature de l'homme, I, I, t. V. p. h (éd. gr. Bâle).

' Métuph. I, VII, p. 988a, 1. 29-31 (Berlin).

' Ce n'est pas cette doctrine f[ue Sabinus, trop blâmé par Galien (/. c. t. V, p. 4, 1- 43-49), attribue à Xénopliane, mais c'est celle d'après laquelle la terre serait la substance de l'homme seulement.

aux seconds auteurs, qui disent que, suivant Xénophane, la t'Tre et Teau étaient les principes de toutes choses, ils citent, bien à tort, deux vers authentiques de ce philosophe'. C'est là une citation bien malheureuse; car, dans ces vers, la terre et l'eau sont désignées comme origine des hommes, des plantes ei, en général, des êtres vivants, mais nullement comme origine de Yunivers. Arislote^ dit que quelques physiciens ont désigné comme principes de la nature le sec et l'humide, et Porphyre^ suppose qu'Aristote a voulu parler de Xénophane; mais Porphyre s'appuie mal à propos sur un des deux vers de Xénophane^ (pie nous venons d'expliquer. Nous croyons qu'Aristote, fjui ne nomme ici personne, avait plutôt en vue, d'une manière gériérale, les nombreux partisans de ro[)inion, très-répandue de son temps ^ d'après laquelle la terre et l'eau sont les principes de toutes choses, et nous croyons qu'Aristote n'avait nullement en vue Xénophane, qui n'avait jamais eu cette opinion; car Théophraste^ nous atteste que Xénophane n'admettait qu'un principe unique de toutes choses, et que ce principe était ïl^^trc un et éternel, identique au tout, c'est-à-dire le dieuuiiivers; et Aristote lui-même' dit expressément que, des philosophes de l'école d'Éléc, Parménide est le seul qui ail adjoint

' Frarjm. ix et x, p. io3 (Didot).

' Phys. I, V. p. 1 886. I. 33 (Berlin).

^ Voyez Porphyre dans Jean Pliilopon.

Php. I, feuille D, feuillet i b. I. 'j3-2 5; et dans Sinjj)licius, Phys. I, f. tii a,\. 28 3 1 'Ald.). Siniplicius, en rappelant le même texte de Porphvre, nomme Anasimène au lieu de Xénophane. Mais e'est par une erreur qnl vient sans doute des copistes; car le vers cité par Porphyre ne peut pas appartenir à Anaximene, dont l'ouvrage était en pro5e.

* Fragni. x, p, io3 (Didot). Dans Jean Pliilopon le vers est altéré par la substi tu tien des mots ssivT icrff ù<x% aux mots TStvO' 6(7Cf% , donnes par Siniplicius , et . à la lin du vers , yivovrii );Sî Ç'ùovroLi , les deux verbes sont transpo.sés.

' Voyez \alkenaer, Dialribc in Euripidis fraymenta , eh. v et vi.

* Dans Siniplicius, l^fiys.l, f. 56,1. 5^- 55. et f. 6«. I. 1 (Aid.).'

' Méuiph. I, IV et V, p, 98/i b, 1. I, et p. ()Si)b, I. 27 et suiv.

•Cl-

à la substance unique deux principes opposés. D'ailleurs, Xénophane ne pouvait donner ni à la terre seule, ni à la terre et à l'eau, un rôle cosmogonique; car il n'y avait pas de cosmogonie dans son système de Y Etre un cl éternel, système si différent de ceux de Thaïes et d'Anaximène, mais moins éloigné de celui d'Anaximandre avec son principe indéterminé. Dans la cosmographie de Xénophane, la terre, l'eau, l'air et le feu, avaient leurs places marquées; mais ce n'était pas, comme dans le système d'Empédocle, à titre d'éléments ou de principes, qui, antérieurs à l'univers, l'auraient formé par leur concours ' : suivant Xénophane, l'univers a toujours existé, immuable dans son ordre général, et variable seulement dans ses parties; et ce que Xénophane attribuait au concours de l'eau et de la terre, c'était la production des êtres vivants, qui naissent et meurent sans que l'existence passagère de ces petits êtres individuels altère l'immutalnlité de l'Etre un et infini.

Arrivons à la cosmographie de Xénophane, sur laquelle nous possédons des renseignements nombreux, il est vrai que ces renseignements, tels qu'ils se présentent à nous, sont épars et isolés les uns des autres; mais, lorsqu'ils sont rapprochés, mis en ordre et éclaircis les uns par les autres, ils s'expliquent et se complètent mutuellement, et nous verrons qu'ils concordent entre eux, à l'exception seulement d'un ou de deux documents discordants, (jue nous devrons rejeter. Les autres témoio:na<i[es tirent de leur accord et de leur nombre une force que n'aurait pas tel ou tel d'entre eux pris à part. Mais, d'abord et surtout, écoutons Xénophane lui-même, qui, dans quelques fragments conservés, nous fait connaître quelques points de sa doctrine cosmographique.

Suivant une expression de notre philosophe poêle, conser-

' Ainsi l'expression de Diogène de L. , IX, xix, est au moins inexacte.

véc par Aristote ', la terre a ses racines dans l'infini. Sans nommer Xénophane , Empédocle ^ attaque l'opinion de ce philosophe sur les profondeurs infinies de la terre et l'immense étiier. En vain Simphcius^ se demande si Empédocle et Aristote, au lieu de vouloir dire que Xénophane conçoit la terre comme infinie par en has, n'ont pas voulu dire qu'il se la représente seulement comme descendant vers les profondeurs infinies de l'ëther, qui s'étendrait ainsi au-dessous d'elle. Ce doute et cette interprétalion forcée, que Simplicius propose, sont suffisamment réfutés par les témoignages de divers auteurs sur la pensée de Xénophane \ et le sont mieux encore par le sens assez clair de ses expressions mêmes, qu'Aristote a citées et qu'Empédocle a combattues. Mais surtout ce doute et cette interprétation sont insoutenables en présence d'autres expressions de Xénophane lui-même, expressions décisives, que Siniplicius semble n'avoir pas connues, et d'après lesquelles féther ne s'étendait nidlement au-dessous de la terre, mais uniquement au-dessus de la terre infinie en profondeur: «Nous voyons, dit « Xénophane ^ devant nos pieds la surface supérieure de la " terre avoisiner l'éther; mais/)ar en has la terre s'étend à l'infim. » Devant ce texte, tout doute sur la pensée du philosophe est

' Du ciel, il, XIII, p. 294", 1 2i-2:i (Berlin). Pour cetle expression poétique, comparez Ksrhvle , Proniéthée, i o48 et suiv. l'Hymne orphique à Nérée, XXXIII, i . et !es vieux théologiens de In Grèce païenne dans Aristote, Mctéor. H , i, p. 3536,1 i ^Berlin).

* Dans Aristote, Du ciel. II, xiii, p 29^ a. 1, 24-28 (Berlin) , et Sur Mclisiis. c\i. M, p. 289 [Fragm. jthilos. gr. t. I, Oidot).

' D«cit/,II,xiii, 2336,1. 22-29 (Karsten).

* Voyez le traité aristotélique Sur Mélis sus. ch. Il, p. 289 [Fra(j m. philos, gr. t. I, Didot); Plutarque, Strom. dans Eusèbe.

l^rép. eu. I, VIII , p. 23 (Vigier); saint Hippolyle, Contre les hérésies, I, xii, p, 29, 1. 5-0 (Cruiee); Arhillès Tatius, Inlr. aux Phén. cil. IV. p. 127 128 (Petavii Urunol. i63o); le Taux Plutarque, III, ix et xi, et le faux (îaiien, I IV, p. 433, 1. 29 ( éd. gr. Bàle).

' Frugm xii, p io3 (Didot).

impossible. Plutarque, dans ses Stromates, avait donc bien raison de dire que, suivant Xénophane, la terre étant sans limites, l'air ne peut pas l'entourer de tous côtés, et saint Hippolyte, auteur du traité Contre les hérésies, a raison d'ajouter que, suivant ce philosophe, la terre ne peut pas davantage être entourée de tous côtés par le ciel. Par cette hypothèse nouvelle, Xénophane se délivrait de la grande préoccupation des philosophes ioniens, de trouver à la terre un support dans l'espace : il affirmait audacieusement ce que fépicurien Lucrèce', héritier de la doctrine ionienne, persista à déclarer impossible, c'est-à-dire que la terre, infinie par en bas, reposait sur ellemême", de même que le dieu-univers éternel n'avait besoin d'aucune cause autre que lui-même. Telle était, sur f équilibre de la terre, la pensée de Xénophane, bien différente de celle de ses devanciers, pour qui la terre était un disque flottant sur l'air ou sur feau.

Xénophane considérait la mer comme source de toutes les eaux ^ : elle avait couvert autrefois toute la superficie de la terre, comme il le prouvait par ses observations sur les fossiles marins, qu'on trouve, disait-il avec raison, jusqu'au centre des continents et jusque dans les flancs des montagnes''.

Le moine grec Cosmas^ ne se trompe donc pas, quand il dit que Xénophane, croyant la terre infinie par en bas, mais non par en haut, ne pouvait pas la croire sphérique; mais il est bien clair que Xénophane ne pouvait pas, comme Cosmas et Fréret^ le prétendent, se la représenter sous la forme d'un

* De rer. nul. II, 6o3 : neque passe in terra sislere terrum.

* Voyez Aristote, Du ciel, II, xiii , p. 294^, I. 21-24 (Berlin).

' Fragm. xi, p. io3 (Didot).

* Voyez saint Hippolyte, Contre les hé-

résies, I, XII, p. 29, I. 10 -p. 3o. 1. 3 (Cruiee).

* Topographie chrétienne ,11, dans Mon! faucon, Coll. Patr. gr. t. II, p, 149.

* Acad. (les inscr. nouv. série, t. XVI, l" partie, Obsent. génér. sur la géogr. une.

it

cône ayant la pointf en hant et infini par en bns; car, si Xénophant avait donné à la face supérieure de la terre cette convexité conique, il n'aurait pas pu croire, comme il la lait, qu'une coucfio d'eau eut recouvert autrefois toute cette surface déclive de toutes parts à l'infini. Xénophane devait se représenter la surface de la terre comme un plan horizontal, altéré seulement par des inégalités, et nous verrons que celte surface, plane dans son ensemble malgré les rugosités et les aspérités qui constituent les montagnes, était, suivant lui, infinie en étendue horizontale. Mais, auparavant, résumons brièvement sa pensée sur le reste de l'univers, sauf à justifier plus tard la fidélité de notre résunié et l'authenticité de tout le systènie cosmographiquc^ attribué à ce philosophe.

Des témoignages irrécusables nous rlisent que, suivant Xénophane, au-dessus de la surface de la terre, c'est-à-dire audessus des continents et des mers, est l'air, auquel, au moins dans ses régions supérieures, Xénophane donne, comme nous l'avons vu, le nom d'éther: l'air s'étend, suivant lui, « l'iu- Jini ' par en haut, comme la terre à l'infini par en bas. La terre contient de l'eau et du feu^ De sa surface s'élèvent dans l'air

p. 3^2-343. FrercI .1 cm voir tcla dans Arislole {Du ciel. II, xiii). ou il esl bien question de la surface de la terre et de la profondeur infinie que Xénophane lui attril)u.ii{ , mais nullement d un somnielconique t!e la terre, ni d'un mouvement des astres autour de ce sommet, inventions que Cosmas doit aux Indiens avec leur mont Mérou.

Sur l'air intini, suivant Xén()()hane, voyez le témoignage net et précis du Iraité aristotélique Sur Mélissus, cli. 11. p. 289 ( Iragm. philos, gr. 1. 1 , Didot). Voy . de plus Aristute ( Du ciel. II . xiii , p. 29^ a , I. 26,

Berlin), qui cite Empédocle combinant Xén'iphane sur ce point. Voyez aussi Simplicius {Du ciel. II, xiii, p. 233/», I. 26, Karsten), qui comprend hien que, dans le vers d'Empédocle, lexpression hâipùos aiOvp signifie l'éther infini {liOépa àLireioov) dans le système de Xénophane.

* Le faux Plutarque, III. ix, dit que, suivant Xénophane, la terre est formée de feu et d'eau coagulés ensemble. Évidemnieut l'expression est exagérée, et Xénophane avait sans doute pensé seulement, comme d'autres philosophes, qu'il v a du feu et de l'eau contenus ensemble clans la

des exhalaisons, qui, en s'enllammant, deviennent de petits feux, et beaucoup de ces petits feux, se réunissant ensemble, forment le soleil \ qui est un nuage embrasé". D'autres petits nuages embrasés constituent chacun une étoile \ La lune est un nuage condensé^ et enflammé^: sans doute Xénophane suppose que ce nuage dense qui constitue la lune briMe moins vivement que celui qui constitue le soleil, et que c'est pour celte raison que la lune est moins brillante. Non-seulement tous les astres sont ainsi des produits de la terre et consistent, suivant Xénophane, en nuages allumés, de même que les aigrettes lumineuses qui, par un temps d'orage, paraissent quelquefois sur les navires^, de même que les éclairs ', et de même que tous les météores lumineux \ suivant le même philosophe; mais, de plus, nous allons voir que chaque astre n'a pas, suivant lui, une existence beaucoup plus longue que chacun de ces météores, et qu'après l'extinction quotidienne de chacun des astres il n'en reste rien, tandis que, comme nous favons

masse de la terre. Comparez le faux Timée de Locres, p. 98 E (Platon, éd. H. Esiennc); Empédocle dans Séni:- que. Nul. q. .111, xxiv, et dans Plutarque, Principe du froid, ch. xix, p. 953 E, et Platon, Pliédon, p. 111 DE.

' Voyez Théophrasle dans Slobéc, I, XXVI, p. 522 (Heeren); Plutarque, Slrom. dans Eusèbe, Prép. év. 1, viii, p. 23 (Vigier); le faux Plutanpie, II, xx, et saint Hip[)olyle, Contre les hérésies, I , xii , p. 29, I. /i-5 (Cruice).

* Voyez Plutarque , Slrom. l. c. Stobée, l'Jcl. phys. l. c. cl le faux Plutarque, /. c.

^ Voyez Plutarque, Strom. l.c. Achillès Taliiis, Intr. aux Phén. ch. xi, p. i33 (Pélau, Uranol. iG3o); Theodoret, Thérap.lW t. IV, p. 53oB (Sirmond); Stobée,

I, XXV, p. 5i2 (Heeren); le faux Plutanjue,

II, XIII ; le faux Galien, t. IV, p. /i3o, 1. 47 (éd. gr. Bàle).

* Voyez Stobée, Ed. phys. I. xxvii, p. 55o (Heeren), et le faux Plutarque, II,

* Voyez Jean de Lydie, Des mois, III, VIII, p. 30 (Bekker), et le faux Galien, t. IV, p. 43i, 1. 4o (éd. gr. Bàle).

" Voyez Stobée, I, xxv, p. 5i4; le faux Plutarque, 11, xviii , et le faux Galien, t. IV, p. 4(3 1, I. 8. C'est le/eu Saint-Elme.

' Voyez Stobée, Ed. phjs. 1, xxx, p. 592.

* Voyez Stobée, Ed. phys. I, xxix, p. 58o, et le laux Galien, t. IV, p. ^32, 1. 3o-3i.

vu, clans le système (rHéraclile, la nacelle obscure de l'astre éteint reste, prête à recevoir de nouveaux feux.

Chaque jour, suivant Xénopliane, naît le soleil, formé par de petits feux qui se rassemblent' : il s'allume le matin aussitôt avant son lever, et il s'éteint le soir aussitôt après son coucher ^. Jl semble se mouvoir circulairement; mais c'est une lausse apparence : en réalité, il se meut dans une direction à l'injini ^, c'est-à-dire suivant une ligne non rentrante sur ellemême. Xénophane pensait sans doute que cette ligne, suivie chaque jour par un nouveau soleil, était une ligne droite ou à peu près droite dans un plan parallèle à la surface de la terre; car nous avons vu que cotte surface, d'après la pensée de X«;nophane, n'était ni celle d'une sphère ni celle d'un cône autour duquel le soleil tournerait: c'était pour lui, comme pour ses devanciers, une surface plane sauf ses inégalités, et il croyait qu'au-dessus d'elle chaque jour, en chaque contrée, un nouveau soleil passait pour ne plus revenir, et que le lendemain matin un nouveau soleil se formait comme celui de la veille, et parcourait à peu près le même chemin. Suivant Xénophane, la fausse apparence de la révolution circulaire du soleil resuite de la distance'*: c'est-à-dire sans doute que le

\ oyez saint Hippolyte, Contre les hérésies. I, XII, p. 29. I. A-5 (Cniice).

' Voyez Stobéc. Ed. phys. I, \xvi , p. 522; le faux Plutarque, II, xxiv ; le i,iux Galien , t. IV, p. /43 1 , 1. 87 , et le scholiaste de Platon, liép. VI, p. 172 (Uuhnken). Dans ces texies. au lieu de lire que le soleil s'éteint à son coucher, conime il s'allume à son lever, on lit que Yéx/.siyl^is est une extinction, «t qu un autre soleil naît au lever. Si , pour Xénophane et pour ces auteifrsqui le citent, le mol éx/siii^ti. s\f;ni{\aul disparition en général, ne désigne

pas à la fois Yéclipse et le coucher, il (iiut dire qu'à côté de Véchpse, le coucher oi ici sous-entendu. Car, après l'éclipsé en plein jour, le soleil n'attend pas son lever .suivant pour se rallumer, et, puisqu'il se rallume chaque matin, il faut qu'il se soit éteint chaque soir,

^ Voyez Stubée, Ed. phA, xwi. p. 53 ^ (Heeren), et le faux Plutar(|ue, 11, xxiv, fin. Comp. Ptolémée, Gr. comp. math. J, II, t. I, [>. 8 (Halma), ou il ne manque quo le nom de Xénophane.

* \ oy. Stobee et le faux Plutarque, //. ce.

soleil, depuis son lever jusqu'à midi, semble monter en décrivant un quart de circonférence, parce qu'à mesure qu'il s'approche de nous, sa hauteur constante au-dessus du plan horizontal, étant vue de plus près, nous paraît plus grande; tandis qu'ensuite, depuis midi jusqu'au soir, le soleil semble décrire un autie quart de circonférence en descendant vers Thorizon, parce qu'à mesure qu'il s'éloigne de nous, sa hauteur, vue de plus loin, nous paraît plus petite. Telle devait être la pensée de Xénophane; mais elle montre c|ue ce grand philosophe, moins habile comme physicien, connaissait bien mal les lois de la perspective. Car, dans son hypothèse, à moins qu'il n'y joignît une supposition absurde, d'après laquelle le diamètre réel du soleil irait diminuant du lever à midi, puis augmentant de midi au coucher, tout juste de manière à compenser l'effet inverse de la distance, dans son hypothèse, dis-je, le diamètre rt^jp^r^'/i/ du soleil, au lieu d'être le même pendant toute la journée, devrait varier sans cesse et considérablement : le soleil, né chaque matin à l'orient, devrait, dans sa course horizontale vers l'occident, où il s'éteint, nous paraître énorme à midi et très-petit le matin et le soir. De plus, dans cette même hypothèse, la vitesse du soleil, qui nous paraît sensiblement uniforme de l'orient à l'occident, devrait, au contraire, nous paraître extrêmement petite (juand nous le voyons le matin et le soir près de l'horizon, et nous paraître très-grande quand il passe, à nudi , plus ou moins près de notn», point vertical. Enfin, on aurait pu faire à Xénophane une troisième objection, tirée de ce fait, que le disque du soleil, moins brillant, mais non éteint, apparaît progressivement et par parties au-dessus de fhorizon et disparaît de même audessous. Il est vrai qu'il aurait pu repondre qu'alors les parties invisibles du disque solaire nous sont cachées par des mon-

Hypotlièises. jg

tagnes, qui, moins hautes que l'astre sur l'horizon, sont beaucoup plus rapprochées de nous qu'il ne l'est alors, et que c'est derrière ces montagnes que le soleil commence à s'allumer et qu'il achève de s'éteindre. Pour celte troisième objection, cette réponse, tout insuflisante qu'elle est, aurait pu faire illusion à Xénophane. Quant aux deux premières objections, tirées l'une de l'uniformité du mouveiuent apparent du soleil, fautre de l'invariabilité de la grandeur apparente de cet astre pendant ce mouvement quotidien, qui (fabord le rapprocherait et ensuite l'éloignerail de nous, Xénophane n'aurait pu trouver rien de plausible à répondre. Cette diflîculte invincible ne Ta pas arrêté, parce qu'il n'a pas su la voir.

Ce philosophe pensait que les éclipses de soleil étaient des extinctions exceptionnelles de cet astre pendant le jour : parmi ces extinctions, il y en a, disait-il, de complètes, à tel point que le jour se change < n nuit \ 11 désignait ainsi les éclipses totales de soleil, dont une avait été visible à Milet et à Colophon en 087 avant J. C. Mais, au premier abord, il semble difficile de deviner à quel phénomène, réel ou imaginaire, Xénophane faisait allusion, quand il parlait d'unc^ éclipse de solril pour un mois entier'^. C'était là probablement une pure supposition faite par Xénopbane pour expli(|uer, comme nous le verrons, les déluges mentionnés par les traditions grecques, déluges dont il avait cru reconnaître des traces dans ses remarquables observations géologiques. C'était sans doute aussi (le ces longues éclipses qu'il voulait parler, quand il disait que, dans certaines circonstances, le soleil s'crarlait [èxT^hreiv) vers une section de la terre autre que celle que nous habitons, et

' Voyez Stobce, /. c. p. 52 2; le f;iux Wularque, II, xxiv ; le faux Galien, t. IV. p. S^i, I. 36 37. ^t 'e scMiaslo

de Platon, République, \I. pngc 172 ' Riiliiikoii).

■ Voy. Slobée et le faux Plutarque,//. ce.

qu'alors, comme écjaré de son chemin [k£V£ii€olto\jvt<x] , il produisait une éclipse \ Supposez que le même phénomène se reproduise pendant un n)ois chaque matin dès le moment où le soleil se forme à l'orient de notre section delà surface terrestre : voilà pour nous une éclipse solaire d un mois, comme Tentend Xénophane. Quant aux éclipses ordinain^s, dont la durée n'est que d'une portion de jour, nous avons vu que Xénophane les expliquait en disant que le nuage enflammé qui constituait l'astre subissait une extinction temporaire, soit totale, soil partielle: ce nuage, continuant sa course, se rallumait sans doute, suivant lui, à la fin de Téclipse. Cependant c'était d'une éclipse ordinaire et réelle qu'Hérodote parlait, quand, après l'époque de Xénophane, il disait ^ : « Le soleil, aycint (juitté sa i^ place dans le ciel, était invisible. » Pour s'exprimer ainsi sur une éclipse de soleil, fût-elle même totale, il iallait qu'Hérodote ne connût le fait que par une tradition très-inexacte; car un homme qui aurait vu le disque du soleil disparaîtie peu à peu, puis reparaître peu à peu, sans s'écarter de sa route, n'aurait pas pu croire que cet astre eût quitté sa place dans le ciel pour aller faire un voyage de fantaisie en pays étranger. La même absence complète d'esprit d'observation se montrait dans la croyance populaire d'après laquelle les sorcières fie Thessalie produisaient les éclipses de lune en faisant descendre cet astre sur la terre. Ces erreurs vulgaires ont pu donner à Xénophane la pensée d'expliquer comme il l'a fait ses fabuleuses éclipses d'un mois; mais il ne paraît pas qu'il ait commis, comme Hérodote, la faute d'appliquer aux éclipses réelles cette explication impossible.

Suivant Xénophane, les étoiles aussi s'allument à leur lever

Voyez Slobée, I, xxv, p. 53^. — ' VII, xxxii.

et s'éteignent à leur coucher \ Probablement il croyait les voir s'alliuDer et s'éteindre à une petite distance angulaire au-dessus (le l'horizon, et il ne comprenait pas que leurs rayons ne sont alors qu'interceptés par les exhalaisons terrestres. De plus, suivant lui, les étoiles s'éteignent le matin et se rallument le soir'-. Or ces deux moments du jour ne coïncident que rarement avec le coucher et le lever de chacune d'elles. Il admettait doue sans doute que les étoiles, astres nocturnes, s'allumaient à l'arrivée de la nuit et s'éteignaient à l'arrivée du jour, quelle que Fut en ce moment leur hauteur sur l'horizon, et qu'il en était ainsi même des étoiles qui, voisines du pôle boréal du ciel, n'ont jamais ni lever ni coucher.

I.a lune ayant chaque jour un lever et un coucher, Xénophane pensait sans doute que, comme le soleil et les étoiles, elle s'allumait en se levant à l'orient et s'éteignait en se couchant à l'occident, du moins quand son lever et son coucher avaient lieu pendant la nuit; mais, de plus, il devait croire qu'à titre d'astre nocturne, comme les étoiles, la lune devait attendre la nuit pour s'allumer, et que de même elle devait s'éteindre plus ou moins longtemps avant de se coucher, cpiand le jour arrivait auparavant. C'était sans doute aussi par une extinction qu'il expliquait les éclipses de lune, puisqu'il attribuait à cet astre, comme au soleil, une lumière propre \ Il considérait probablement les phases autres que les deux sizygies comme un embrasement plus ou moins incomplet du nuage lunaire, (pii, suivant lui, se forniait chaque jour de nouveau: pour lui, la pleine lune devait être un embrasement coniplet fie ce

' Voyez Acliillès Taliiis, cl), xi . p. i33 (Pétau. Uranoi i63o); Slobce, 1, xxv, p. 5 12; le faux Plntar(|iic. Il, xiii, el le taux (inlien. t. IV. p. ^3o. 1. ^-j fi<).

' \ oyez Slobée, le faux Plularque cl le faux Galicn, //. ce. el Tliéodoret, Thérap. IV, t. IV. p. 53oB(Sirmona).

' Voyez Stobee, I, xxvii, p 556.

nuage éphémère, et la nouvelle lune en devait être une extinction complète. En effet, Stobée' nous dit que la lunaison se termine, suivant Xénophane, par une extinction.

Après avoir discuté et expliqué les témoignages concordants des anciens sur quelques-unes des principales doctrines astronomiques de Xénophane, nous devons, sur ces mêmes doctrines, écarter quelques témoignages discordants, qui, comme nous allons le montrer, sont évidemment le résultat d'un malentendu. Si la faute n'est pas aux copistes des manuscrits de Cicéron'^ antérieurs à Lactance\ qui a reproduit la même erreur, Cicéron a confondu le nom de Xénophane avec celui de Xénocrate, quand il a dit que, suivant Xénophane ,\di\\xnç est une terre habitée, où il y a des villes. Celte hypothèse est inconciliable, d'une part avec ce que d'autres auteurs nous ont appris des opinions de Xénophane sur la lune, considérée par lui, de même que le soleil, comme un nuage éphémère qui s'enflamme, d'autre part avec tout l'ensemble de son système cosmographique, qui, supposant la terre infinie par en bas pour en expli({uer la stabilité, ne comporte pas, sous le nom de lune, une seconde terre suspendue en l'air. Au contraire, cette hypothèse se conçoit de la part du platonicien Xénocrate, qui croyait à la sphéricité de la terre el des astres.

Voici, d'ailleurs, un autre exemple de la même conlusion de ces deux noms si peu différents. Le faux Galien '' seul dit que, suivant Xénophane, les étoiles se menvenl en surface. Cette expression inintelligible offre évidemment une altération d'autres témoignages clairs et précis ^ d'après lesquels Xénocrate, et non Xénophane, a dit que toutes les étoiles fixes sont ou se

' I, xxvii, p. 56o.

* Acad. priora, II, xxxix.

' Instit. div. III , xxiii.

*T. IV. p . 43o,

1, xxv, p. 5i/»-5iG,

*T. IV.p . 43o, 1. 55.

* Voyez Slobée, 1, xxv, el le faux Plularque, II, xv.

menvent en une même surface: ce qui veut dire qu'elles sont toutes à la même liaulciir au-dessus de la terre, dans une même surface spliérique autour du centre de la terre et du monde, suivant Xénocrate, qui, disciple de Platon, plaçait au centre la sphère terrestre immobile. Suivant Xénopliane, au contraire, une surface unique occupée par toutes les étoiles fixes n aurait pu être qu'une surface plane, puisqu'il considérait la surface tel restre comme un plan raboteux s'étendant à l'infini.

Maintenant revenons aux doctrines authentiques de Xénophane. il disait que la lune était buperjîue^ c'est-à-dire sans doute qu'elle était un objet de luxe dans la nature. Au contraire, tout en considérant le soleil, de même que la lune, comme uu nuage qui se formait, s'alkunait et s'éteignait chaque jour, Xénophane déclarait que le soleil était nécessaire à l'existence de I homme, des animaux et des plantes, par sa lumière et par sa chaleur, causes des vapeurs et des pluies l Coinment exphquait-il la variété régulière et périodique des mouvements flu soleil, ou j)lutot des soleils successifs et éphémères, et, par suite, la diversité utile des saisons.-' ou, plus généralement, comuient expliquait-il l'ordre admirable de l'univers."^ Là sans doute, à défaut de sa physique impuissante, l'éminent philosophe invoquait directement la Providence divine, considérée par lui comme inhérente à l'univers, et qui , suivant ses exprèssions mêmes ^ sans fatigue, met hml en branle par l'activité de sa pensée.

Reprenons la question de fétendue horizontale de la terre. Jamais aucun auteur ancien n'a dit que Xénophane ait admis

' \oy. Stobt't', I. XXVII, p. 556.

* Voy. Stob. FJcl. phys. I. xxvii, p. 56^- 566 (Heeren), et Appendix e cod. Florent. l. IV, p. 6 (Gaisford; , elDioi^.cle L.,IX, xix.

^ Frtujm. III, p. loi [Fr. philos, gr. Didol), conservé par Simplicius, Phys. I, f. 6«, 1. 17-18 (Aid.).

ff

i'existence de plusieurs terres séparées les unes des autres par l'air ou par le vide, ni qu'il ait admis l'existence de plus «l'un seul univers. Au contraire, c'était un axiome pour lui, suivant le témoignage de Théophraste \ que l'univers était un et (juil ne pouvait pas y en avoir plusieurs. Mais des témoignages anciens^, (ju'il n'y a aucun motif de récuser, rangent Xénophane parmi ceux qui croient à fexistence d'un nombre infini de mondes. Nous allons voir que cette croyance, ainsi formulée, est parfaitement conciliable avec le reste du système de Xénophane, et que ces expressions rendent une pensée qu'il a eue réellement. Quant au mot monde (7cd(7jU,o>) , Xénophane avait pu l'emprunter à Pylhagore.

Mais où plaçait-il tous ces mondes {Koaiioi) dans un seul univers (tiyàr), tel qu'il le concevait? Etait-ce dans les hauteurs inhnies de l'air ou de féther? non; car, pour Xénophane, un monde sujipose une surface terrestre, et, puisque Xénophane a jugé nécessaire de considérer notre terre comme infinie par en bas et comme reposant ainsi sur elle-même à finfini, il n'a pas pu imaginer d'autres terres suspendues en l'air. Faut-il donc chercher ces mondes dans les profondeurs infinies de notre lerre.^ non; car, dans ces profondeurs, il n'y a pas de surfaces terrestres éclairées et vivifiées par des soleils; et que serait-ce qu'un inonde sans forme, sans mouvement et sans vie.^ Stobée nous dit que ces mondes en nombre infini, suivant Xénophane et d'autres philosophes, étaient situés dans toutes les directions. Ces directions, du moins en ce qui concerne Xénophane, ne devaient être prises qu'horizontalement, c'est-à-dire au ziord.

' D.ins Simplicius, Phys. Wbh-Gu (Aid.). Voyez au.ssi Théudorel , Thérap. IV, l. IV, p. 527 l)-528 A (Siruiond).

' Sainl Hipjjolyte, Contre les hérésies, I,

II, fin, p. 3o, I. 3 (Criiice); Sl/)I)C<' . I, xxui, p. ''496; Diogèiie de L., I\, i.\; Théodorel, Thér. iv, t. \\ , p. 529 1)

(Sirmond).

tt

au sud, à Test, à l'ouest, etc., mais non au-dessous de nos pieds ou au-dessus de nos têtes.

Cette opinion de Xénophane sur la pluralité des mondes s'éclaire d'ailleurs par sa liaison évidente avec une autre opinion attribuée à ce philosophe par des témoignages qu'on a eu le tort de vouloir rejeter parce qu'on n'a pas su les coniprendre, témoignages desquels il résulte que Xénophane croyait à l'existence simultanée d'un nombre infini de soleils et de lunes'. Fn eflet, ces astres en nombre infini lui étaient nécessaires pour éclairer et vivifier ce nond)re infini de mondes. Or nous avons vu ce qu'étaient, suivant lui. un soleil et une lune. Tous ces mondes en nombie infini devaient être, suivant lui, des surlaces terrestres plus ou moins irrégulièrement planes, audessus desquelles s'élevaient dans l'air des exhalaisons, qui devenaient des soleils et dfs lunes, nuages ronds qui s'enflammaient avec une lumière plus ou moins brillante et avec plus ou moins de chaleur. En eff'et, Stobee^ atteste et explique cette doctrine de Xénophane, en disant qu<', suivant ce philosophe, tous ces soleils et toutes ces lunes appartiennent à difl'érentes sections (àTTOTGjaa?) ' de la surface de la terre, et ({ue, suivant lui, la section fjue nous habitons pourrait se trouver plongée dans les ténèbres, si notre soleil venait à s'égarer au-dessus de quelque autre section. Ce même malheur, se repétant trente jours de suite, aurait pu produire ces éclipses d'un mois dont Xénophane avait parlé, et dontsans doute, comme nous l'avons

' Siint Hippolyfc. Contre les hércsies, I. XII. p. 29 (Cruice;; Stobee . I, xxvi.

p. 53d. et le fiuix P'.ularque. II, x\iv.

' I, XXVI , p. 534

' Le mot àTToro;xyj {section) exprime bien 1.1 pensée de Xénopbane. qui. probablement dans ses vers, avait employé le

mol Top?- Sujbée se sert deux fois du mot àTTorofxv dans ce passage. La seconde fois il l'emploie seul; la première fois, par un faux commentaire, il y avait joint, à litre de synonvmes, les mots xAifiara. el ^ùv<xt, mot^ étrangers a la pensée de notre philosopbe.

dit, il avait supposé l'existence d'après une fausse interprétation de quelque tradition fabuleuse sur les déluges, liés sans doute, dans sa pensée, à ces longues éclipses de soleil.

Quoi qu'il en soit, voici ce qui nous paraît résulter de l'ensemble de ces témoignages : suivant Xénophane, la surface plane de la terre était infinie comme sa profondeur, et cette surface infinie était divisée en un nombie infini de sccttons, dont chacune était un monde, éclairé chaque jour par un soleil, qui passait horizontalement au-dessus de cette section, après s'être formé de vapeurs enflammées le matin à l'orient de ce monde, pour aller s'éteindre le soir à l'occident de ce même

monde.

Xénophane attribuait l'immutabilité à fensemble de l'univers; mais il ne f attribuait en particulier à aucun de ces motules\ dont chacun, malgré sa grandeur, n'était qu'une partie infiniment petite en comparaison du tout infini et immuable. Suivant des témoignages qui ne sont pas à dédaigner, il disait que tantôt la terre, c'est-à-dire la surface terrestre non couverte d'eau, s'alfaissant peu à peu dans la mer^ se changeait en boue, et les hommes périssaient; tantôt, laterre venant à reparaître et à se sécher, les générations humaines recommençaient, et que cela avait lieu datts tous les mondes^, c'est-àdire dans toutes les sections de la surface infinie de la terre. Mais cela ne devait pas arriver dans toutes ces sections m mcmc temps. Pour chacune de ces sections, considérées par Xénophane comme autant de mondes, ces destructions de l'espèce

' Voyez Diogène de L., IX, xix, ou il faut lire ovx àTtapaXXàxrovs hé. Voyez Karsten [Xénophanis rel. p. 177-178, nolo 89), qui a raison sur ce point; mais il a mal expli(pié la pluralité des mondes de Xénophane.

Ilvpotliè.ses.

M'oyez Plutarque , Stromates, dans Eusebe, Prép. évang. I, viii , p. 23 B (Vigier).

* Voyez saint Hippolyle, I, xii, p. 29- 3o (Cruice).

Iiumaine par la boue étaient sans doute attribuées par lui aces longues éclipses, pendant lesquelles chaque jour un soleil, nécessaire pour échaulTer ce monde, s'égarait à droite ou à gauclie vers quelque monde voisin, qui en manquait sans doute et qui en avait besoin pour se délivrer de la boue et pour recouvrer avec la chaleur la faculté de se donner à lui-même chaque matin un nouveau soleil né de ses propres exhalaisons. Mais le monde qui se trouvait ainsi abandonné chaque jour au profit d'un autre par son soleil quotidien devait, par f excès de f humidité, perdre la faculté de le reproduire, et devait disparaître à son tour sous les eaux, jusqu'à ce que le soleil d'un monde voisin vînt le rétablir dans les conditions nécessaires pour que les hommes y pussent vivre.

Ainsi non-seulement les témoignages concernant la doctrine de Xénophane sur le nombre infini des mondes et sur le nombre infini des soleils ne sont pas incouciliables avec sa doctrine sur funivers un, unique et sans bornes, et sur la terre plane et sans limites en étendue superficielle et en profoivieur; mais, au contraire, ces témoignages nousoffrent le complément . naturel .!e cette doctrine. En eflet, puisque, au lieu de croire, comme le moine Cosmas fa seul prétendu, que notre terre lût la partie supérieure d'un cône à base infinie, Xénophane considérait la terre comme piésentant en haut une surface plane, sauf des inégalités de relief, et comme élant infinie en profondeur, il aurait été bien difficile qu'il pût la concevoir comme limitée en étendue horizontale, et qu'il pût se la représenter, par exemple, comme une colonne, qui, infinie par en bas dans sa position verticale, aurait eu pour diamètre du cercle de sa surlace supérieure une ligne droite égale à celle que parcourrait audessus d'elle, pendant chaque journée, un soleil né des exhalaisons terrestres le matin à l'orient de cette surface circulaire

et éteint le soir à l'occident. Nous ne devons donc pas être surpris d'apprendre que, suivant lui, la surface de la terre était sans bornes comme sa profondeur, et que cette surface était divisée en un nombre infini de sections, dont chacune, par ses exhalaisons, produisait chaque matin son soleil; de sorte que le nombre des soleils était supposé infini comme le nombre des sections de cette surface infinie, au-dessus de laquelle, suivant Xénophane, l'air ou féther devait s'étendre à f infini horizontalement et en hauteur.

Dans cette hypothèse très-fausse, mais concordante avec elle-même, la terre et l'air, réunis par leur plan horizontal de contact, forment l'univers, ce Dieu unique et infini, que Xénophane, comme nous f avons vu, nomme spluricfuc, parce que cet univers est, dit-il, semblable de toutes parts. Il ne veut pas dire que funivers soit semblable de toutes parts en qualilês, puisque la terre, pesante et compacte, qui est en bas, n'a pas les mêmes qualités que l'air, léger et subtil, qui est en haut; mais il veut dire que, de même qu'une sphère, dont tous les diamètres sont nécessaiiement égaux entre eux, funivers est semblable de toutes paris en formes et en dîmensions , parci^ que, de toutes parts, il s'étend à l'infini. Dans ce système, comme dans la croyance d'Hésiode ', acceptée par l'imagination populaire des Grecs, la terre et le ciel, celui-ci formé d'air oi: d'éther suivant Xénophane, sont les deux moitiés égales d'une même sphère; mais cette sphère, suivant Xénophane, n'a pas de limites, tandis qu'Hésiode la croyait terminée en tous sens par une enveloppe solide.

Ici nous touchons à un point dilhcile et contesté de la doctrine de Xénophane. C(^ philosophe lui-même, dans un fragment qui nous reste de lui, nous a dit que par en bas, la terre

' Thcocj. 126-127.

5' étend à ïinfini. D'un autre côté , nous avons vu qu^EmpédocIe, cité par Aristole, reprochait à Xénophane d'avoir dit qu'audessus de la terre est l'éther infiniy et nous avons vu que le traité aristotélique Sur Méllssas attribue expressément à Xénophane cette doctrine de la hauteur infime de l'éllier. Enfin nous avons vu que, suivant Xénophane, la surface plane delà terre se divisait en un nombre infini de sections, (jui étaient autant de mondes éclairés par un nombre infini de soleils. D'après cela, il semble que l'univers, composé de la terre en bas et de l'éther en haut, moitiés qui se touchaient par une surlace borizontaic infime, devait être considéré par Xénophane comme infini en tout sens. Cependant il est certain, par le témoignage d'Arislote', que Xénopbane, quand il parlait de ïlùrc un qui est le Dieu-univers, ne voulait ni le déclarer y?/»", comme le fit Parménide, ni le déclarer expressément infini, comme le fit Mélissus. M. Zeller^i tort de rejeter, comme contiaire à ce témoignage d'Aristote, celui du traité aristotélique Sur Xénophane^ et celui de Théophrasle\ d'après lesquels Xénophane allait jusqu'à dire (jue ce Diiui-univers n'est ni fini ni infini. Four se refuser, comme Aristote nous atteste que Xénopbane le faisait, à donner à l'univers divinisé l'une ou l'autre de ces deux qualifications, ce philosophe aurait pu, il est vrai, avoir, pour unique motif, le doute v[ l'hésitation entre elles deux; mais l'opinion d'après laquelle toutes deux seraient fausses devait être pour lui un motif meilleur f^ncore de faire ce que dit Aristote. Or le silence d'Aristote sur ce point ne nous défend pas de croire que le second motif existait |)our Xénophane, et

Métuphys. 1. v\ p. 98G b. 1. 21-24 ' (Jj. ni, |). ^i^h , l'iagm. philos, (jr.

lîerlin). I. I (Didol).

* Philos, d. C.V. t. I. 3'ed. |). àMi W. * Dans Siinpli( lus, Pliys. f. 5 6-f. G a

(Comparez p. /|'):> , note 5. el p. 457. (AU.). tiole 3.

Tavait engagé à aller plus loin, comme nous l'assurent le traité aristotélique et surtout Théophraste cité par Simplicius'. l\ir conséquent, il ne faut pas croire aveuglément Gicéron - et ^icolas de Damas\ qui disent que Xénophane déclarait expressément infini le Dieu-univers; mais il faut encore moins écouter quehjues auteurs anciens^ qui prétendent au contraire que Xénophane le crojàiif ni, et cela parce que, comme ces auteurs le disent^ il le déclarait sphcri(jue. Mais cette raison, acceptée par M. Zeller^ n'est pas suffisante; car nous verrons tout à l'heure que, pour Xénophane comme pour Pascal, un corps sphêri(jne pouvait être infini. Seulement, moins hardi que Pascal, Xénophane n'osait pas dire d'une manière absolue que la sphère de l'univers, cettesphèrecàlaquelle il ne pouvait concevoir aucunes

limites, lût infinie dans toute la force de cette expression : sans doute il ne croyait pas pouvoir appeler infini cet Etre un qu'il considérait comme étendu et comparable à une sphère divisée en deux hémisphères de nature différente; mais il pouvait encore moins le dire //i/. C'est pourquoi , comme nous l'attestent Téophraste et un autre péripatéticien, qui tous deux, el dans les mêmes termes, complètent le témoignage d'Aristote bien

' 11 est vrai que, suivant M. Zellcr (/. c. p. 4^1-444), le Theopljrasle aucpiel Siiuplicius a emprunté ce documenl serait un faux Théophraste, auteur du petit traité aristotélique sur Mélissus Mais les citations comparatives laites par M. Zeller prouvent uniquement que, dan-* l'ouvrage lu par Simplicius, Théophraste était d'accord sur le point en question avec l'auleur du petit traité, ou, pour mieux dire,quece peripalelicien plus récent avait fait des cm prunts à 1 ouvrage du disciple immédiat d'Aristote.

' N. D Ixi.

^ Sur les dieux, dans Simplicius, Phys. i\ 6a. I. i4-i5(Ald.).

' Alexandre dans Sim[)licius , /. c.

ï. Ga.\. i5; Théodore!. Thérap. IV, D, t. IV, p. 267 0-528 A (Sirmond); Jean Philopon, Phys., feuille A, feuillet 5 a, 1. 3 1-02 (Aid.); saint il ippoly te, Co/j/re les hérésies, I, xil, p. 29 (Cruice). Comparez le faux Galien, (Euvres, t. IV , p. 42 5, 1. 46 (éd. gr. de Bàle), où il faut évidemment lire Zevoipàvrfv , et non Zsvo<pô}VTOL.

^ \'ovez Alexandre, Théodorel et saint Hippolyle, //. ce.

loin do le contredire, Xénophanc a cherche un moyen terme, qui certainement n'est pas admissible, mais qui, de sa parti n'est pas aussi étonnant que M. Zeller' >emble le croire, puisque Descarîes a été, pour le uîoins, bien tenté d'y avoir recours : Xénophane a dit que l'univers n'est ni fini ni infini. Voiilait-il dire, comme Descartes ^ que l'univers est indéfini {d6çA(Tlov)? fiien ne prouve que Xénophane ait eu recours à ce subterfuge, qui, du reste, est sans valeur. En cfTet, il est bien vrai que la notion de l'/zii/^yF/H peut s'appliquer très-légitimement au possible non réalisé, et que, relalivcment à nous, elle peut s'appliquer à rinconmi; mais il est évident (\ualjsoInment tout être réel en un moment donné esifm, s'il n'est pas infini; car l'application du principe de contradiction est ici nécessaire et incontestable. Descartes, qui l'a compris, a reconnu^ qu'appliquée à l'univers matériel, cette qualification iXindéfni ne peut être de notre part qu'un aveu d'ignorance. Mais l'embarras de Xénophane était grand: d'une part, il cou'prenait que Dieu devait être un, infini et immuable; d'autre part, il voyait dans l'univers partout la division en parties limitées et partout le mouveu)ent. Identifiant l'univers avec Dieu, il disait que l'univers-Dieu n'était ni fini ni infini, et il ajoutait qu'il n'était ni mobile ni immobilc\ En elïét, si, en tant que Dieu, il ne pouvait pas être divisé, fini et mobile, d'un autre côte, en

Dans ies Principes de la philosophie, I . xwi et XXVII, Descarics déclare avec raison que rien n'est infini (|ue Dieu et ses perfections; mais il noninie indéfinies îes choses auxquelles, dit il, nous ne i-enutrquons pas de limites. Dans un écrit posterieur, Annotaliones ad Principia philosophiœ. p. 68 {Œuvres inédites de Descartes, publiées par M. Foucher deCareil),

Descartes dit que quelques raisons naturelles ont semble prouver que le monde est éternellement créé, et il ajoute (pae la durée passée du monde est indéfinie à notre égard.

^ Annotutiones ad Principia philosophiœ, l. c.

\ oyez Theopliraste dans Simplicius, Phvs. i. a a. I. 7-14.

tant qu'univers matériel, il n'était jias absolument un, infini et immobile. Mais, à ce dernier point de vue, Xénophane le concevait peut-être comme divisé , limité et mobile quant à ses parties, et comme relativement an, sans luniles et immobile quant à son ensemlile.

Sur la forme et l'étendue de l'univers, Xénophane aurait pu reconnaître à peu près l'expression de sa pensée dans une proposition fameuse, qui, telle qu'elle a été formulée au moyen âge, dit que Dieu est un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part*, ou bien dans cette proposition, telle que Pascal l'a modifiée en substituant avec raison la sphère au cercle et la nature à Dieii^. Mais surtout il me semble que Xénophane aurait reconnu entièrement sa pensée dans cette proposition telle que je vais la formuler ici sans l'approuver aucunement : « L'Etre un, qui est l'univers et qui est Dieu, est une sphère dont le centre est partout et dont la surface n'est nulle part, n Mais ce ne sont là que de belles métaphores, qui ne dispensent pas de reconnaître qu'il n'y a pas de spbère sans une surface par laquelle elle soit limitée de toutes parts, et sans un centre unique qui soit quelque part et à égale distance de tous les points de cette surface, et de déclarer par conséquent que tout corps sphérique, quehpie immense qu'il soit, est nécessairement fini. Ainsi le Dieuunivers sphérique, ni fini ni infini, ni mobile ni immobile.

' Le poëtc du xiT siècle Ilélinand el après lui Vincent de Beouvais ont cité cette proposition, en raltribuanl, mais à tort, à Empédoclc, pour (jui l'univers était une sphère, mais non inlinie. Celte même proposition, reproduite par saint Bonaventure et par Gerson, ne se trouve pas dans le Pimandrc, œuvre supposée dllermès Trismegisle, cpioique le fran-

ciscain Annibale Boselli, commentateur de cet ouvrage, et, après lui, Rabelais et Mademoiselle de Gournay, aient prétendu qu'elle en était tirée. Voy. Pascal, Pensées, art. I, p. 3, éd. Ilavet (Paris, 1862, in-8°), et la note, p. 3-4, où l'éditeur fait l'histoire de celle propt^silion.

* Voyez Pascal , /. c.

implique conlracliction. Mais cette doctrine, en contradiction avec elle-même, est bien celle de Xénopliane\ qui est théiste quand il ne parle que de Dieu et de sa Providence, mais qui est panthéiste quand il veut parler en même temps de l'univers. Toute doctrine panthéiste, comme l'était au fond celle de Xénophane, est nécessairement en conlradiclion avec ellemême, puisqu'elle identifie deux êtres dont chacun a perpétuellement des attributs contradictoires avec ceux de l'autre, et, par suite, elle est naturellement conduite à méconnaître plus ou moins ouvertement, soit en lui-même, soit dans ses applications, le principe de contradiction, qui la condamne.

Nous crovons avoir restitué d'une manière certaine, par le rapprochement et la comparaison de tous les documents antiques et surtout des fragments trop courts qui nous restent de ce philosophe poëte, l'ensemble de l'hypothèse cosmographique et astronomique de Xénophane. Seulement, pour quelques détails, ces renseignements s'étant trouvés insuffisants, nous avons dû procéder comme on le fait en paléontologie, c'est-à-dire restituer les parties perdues d'après l'analogie qu'elles devaient avoir avec les parties conservées.

On a déjà pu voir au bas de nos pages sur quelles autorités nombreuses s'appuie notre restitution du système astronomique de Xénophane. Pourtant, suivant notre promesse", nous devons encore défendre cette restitution contre certaines objections, qui en contestent la Fuéthode. Avons-nous eu tort d'ajouter foi aux témoignages antifjues, et surtout avons- nous tenu trop de compte de quelques-uns de ces témoignages? Certains admirateurs du mérite philosophique de Xénophane ne

' Z.'ile. {Philos, d. Gr. t. I. 3* éd. p 6^9 et p. \b'j-h^S) ne me paraît pas ,ivoir réussi à disculper Xénopliane de

retle contradiction, p. ii8.

— * Voyez ci-dessus ,

peuvent pas se résoudre à croire qu'il ait pu être aussi inférieur à lui-même en astronomie qu'il l'aurait été d'après les anciens. C'est pourquoi, par exemple, Meiners ' déclare que les doctrines astronomiques qu'ils lui prêtent ne peuvent pas être de lui. Mais on peut répondre qu'assez de faits, depuis l'époque de Xénophane et d'HéracHle jusqu'à celles de Bacon et de Hegel, nous ont appris que de grands philosophes peuvent émettre en astronomie des opinions puériles ou extravagantes-, et certes c'était plus pardonnable aux deux philosophes grecs, antérieurs au développement de la science astronomique, qu'aux doux grands philosophes modernes que nous venons de nommer. D'autres critiques reliisent seulement d'ajouter foi aux témoignages les moins autorisés, qui seuls, disent-ils, nous fournissent certains détails de l'hypothèse astrononiic|ue qu'on prête à Xénophane. Mais nous avons déjà dit que ces témoignages, qui auraient en etfet par eux-mêmes moins de valeur que les autres, tirent une valeur considérable de leur accord, non-seulement entre eux, mais avec les renseignements fournis sur d'autres points de la même hypothèse par les témoignages dont l'autorité est la plus grande et surtout par des textes de Xénophane lui-même.

Il est vrai que, s'il fallait en croire lleeren^ les opinions diverses c|ue les anciens prêtent à Xénophane en matière d'astronomie seraient incompatibles entre elles, et, par conséquent, ne pourraient avoir appartenu toutes ensemble ni à ce philosophe ni à aucun autre homme quel qu'il fût. Mais cette assertion

' Histoire des Sciences dans la (jrcce, 1. 1 , p. 619 (le l'édition allemande.

* Voyez le Thema cœli du rliancclier Bacon, et Us phrases incroyables on Hegel nie l'existence de l'ordre dans les espaces Hypothèses.

célestes et appelle les étoiles une lèjjre du ciel! Xénopliane était plus sensé qu'eux en astronomie.

3 Dans son édition des Ed. phys. de Stobée,I, XXVI, noie b. I. I . p. 522-523.

lu

d'Heeren est contraire à la vérité. En ofTct, nous avons vu que, sauf deux textes, l'un de Cicéron , répété par Lactance, et l'autre du faux fjalien, textes dans lesquels, par une erreur évidenteet bien constatée, le nom de Xénophane a été mis pour celui de Xéi)ocratp\ toutes les doctrines astronomiques prêtées à Xénophane sont parfaitement compatiî^les entre elles. Nous avons vu aussi que tous ces détails, qui se trouvent isolés chez divers auteurs, et qui, dans cet état d'isolement, excitent par leur bizarrerie apparente l'incrédulité do personnes plus versées dans l'histoire de la philosophie que dans celle des hypothèses astronomiques, que tous ces détails, dis-je, rapprochés et mis a leurs places par quelqu'un qui connaisse bien les systèmes de la cosmoj^^raphie ionienne, se lient évidemment les uns aux autres comme parties d'un même tout, dans lequel chaque détail est voulu par l'ensemble, et que ce tout, ainsi restitué d'après tant de témoignages d'accord entre eux, est bien, comme ils nous l'assurent, le système astronomique du philosophe de Colophon. Ajoutons que ce système, avec tousses détails considérés à tort comme invraisemblables, tient sn place naturelle dans fhistoire de l'astronomie ionumne. En elTet, il se lie, comme nous l'avons vu, avec les hypothèses astronomiques des prédécesseurs et des contemporains ioniens de Xénophane, et il se lie aussi, comme nous le verrons, avec les hypothèses astronomiques de ses succes-

L'erreiir est cvidente pour les deux textes, parce que les opinions émtncées conviennent bien au disciple de Platon et nullement a Xénophane, L'erreur est, de pins, constatée, cocnme nous l'avons vu (p. 125 126) pour le texte de Galien , à cause de son identité avec deux textes, l'un de StT)bce, i'autre du iauxPlutarque.

ou le vrai nom, celui de Xenocrate se trouve au lieu de celui de Xénophane.

-Nous avons vu aussi (p. i^3, note 4) que, de même, dans un autre passage du faux G (lien , l'identité du commencement des deux nouj» a fait attribuer à Xénopkon une opinion que tous les autres témoignages donnent à Xenophdne

tt

seurs dans cette école ionienne, qu'il avait quittée pour aller fonder ailleurs une école, qui, nouvelle en philosophie, l'était moins en aslronomie. D'ailleurs nous allons montrer que ces détails, que certains critiques voudraient retrancher de l'hypothèse astronomique de Xénophane, se rattachent, comme compléments naturels et comme corollaiies, aux points fondamentaux et les mieux attestés de cette hypothèse, qui n'est pas moins étrange que ces détails eux-mêmes.

Païqui savons-nous que, suivant Xénophane, la terre n'avait aucunes limites ni en étendue horizontale ni en prolondeur.^ Est-ce par des autorités suspectes? Non, c'est, comme nous l'avons vu, par des textes précis de Xénophane lui-même', par Aristote et par d'autres auteurs^, qui nous ont conservé ces textes du philosophe poëte. Or, puisque telle était la doctrine de Xénophane, il est évident qu'après avoir disparu à l'occident les astres ne pouvaient pas, suivant lui, passer par-dessous la terre pour reparaître le lendemain à fliorizon oriental , comme Anaximandre paraît l'avoir cru; et que les astres ne pouvaient même pas, suivant lui, tourner obliquement autour de la terre dans un plan incliné dont une partie aurait été au-dessous de l'horizon, comme l'avaient pensé Anaximène et d'autres philosophes, pour qui la terre n'était qu'un petit disque porté sur l'air au milieu de l'inimensité du ciel. Xon, ces hypothèses d'Anaximandie et d' Anaximène, nécessaires l'une ou l'autre pour expliquer l'identité persistante des astres autrement que par l'hypothèse poétiquement puérile de leur navigation de l'ouest à l'est sur le cours circulaire du fleuve Océan ^ ces hypothèses, dis-je, étaient impossibles dans le système de Xénophane. En eiï'et,

' Fragm. w et xii (Didol), cités ci dessus, p. 1 iG.

"' Cités ci-dessus, p. 1 1 5 1 17 — ^Voy.

mes deux \lcin. sur la cosmogr. du temps d'Homère, S 2 , et apiès Homère , 8 3 , p. 2^ du i"Mém.,el[>. 1 3- 1 5 du 2' (tir. à part).

ce philosophe lui-même^ nous dit que, dans la sphère illirnilëe de runivors, la moitié supérieure étant occupée par l'éther, la moitié inférieure était occupée par la terre sans bornes. Suivant Xénophane, les astres ne pouvaient donc nullement descendre au-d<^ssous du plan de l'horizon, ^^rand cercle qui sépare ces deux moitiés de l'univers, l'éther en haut et la terre en has. Ainsi, pour croire que, suivant Xénophane, le soleil ne se mouvait pas circulairement, mais dans une direction à l'infini, c'est-à-dire de l'est à l'ouest suivant une li^ne non rentrante sur elle-même, nous avons pu parfaitement nous contenter de l'autorité de Slobée et du faux Plutarque, parce que, pour admettre cette conséquence évidente de la doctrine fondamentale de Xénophane en cosmographie, nous n'avions même besoin d'aucun témoignage. Nous n'avions pas besoin non plus de témoignages pour croire que, suivant lui, il devait en être de même de tous les astres qui ont un lever et uu coucher. En effet, nous voyons paraître chaque jour à l'orient et disparaître chacjue jour a l'occident le soleil pendant toute l'année, et les autres astres pendant certaines époques annuelles, à l'exception de quelques étoiles fixes toujours visibles autour du pôle nord, et à l'exception de certains autres astres, fixes ou errants, qu'en telle ou telhî saison la lumière du jour ne nous permet pas de voir dès leur lever ou jusqu'à leur coucher; et nous voyons chaque jour tous les astres sans exception suivre dans leur marche, tant que nous pouvons l'observer, une direction toujours la même, c'est-à dire de l'est à l'ouest. Par conséquent, les astres ne pouvant pas, d'après la doctrine incontestablement authentique de Xénophane, faire le tour de la terre infinie en étendue horizontale et en profondeur, le soh il qui paraît un matin à l'orient ne peut pas être le même soleil qui

Frftgni. XII (Dulot), cilé ci-dessus, p. i iG.

a disparu à l'occident la vedle au soir : ce doit donc être un soleil nouveau d'après Xénophane. Nous devrions croire que telle est son opinion, lors même que, — ce qui n'est pas, — tout témoignage antique nous, manquerait sur ce point.

Je dis plus: lors même que, comme certains critiques modernes le voudraient, les auteurs anciens nous diraient au passé que primitivement le soleil s'était formé des exhalaisons de la terre, dont il se nourrit encore tous les jours, fensemble flu système de Xénophane nous forcerait à dire que, dans ce verbe mis ainsi au passé, il y aurait, de la part de ces auteurs, un malentendu évident. A plus forte raison, ce même ensemble du système nous oblige à croire les auteurs anciens', qui tous, au contraire, nous disent expressément, au présent, que, suivant Xénophane, le soleil se forme de ces exhalaisons : ce qui veut dire évidemment que cet astre éphémère se forme ainsi tous les matins pour chaque jour, kolÔ' éKOLO-lrn' VfJ-épocv, comme d'ailleurs un de ces auteurs anciens, saint Hippolyte dans son traité Contre les hérésies, le dit en propres termes. L'enchaînement nécessaire des doctrines nous forcerait à admettre que telle a dû être la pensée do Xénophane sur le soleil, lors même que cette pensée du philosophe ne nous serait pas connue directement, comme elle l'est, par les témoignages du vrai Plutarque dans ses Stromates'^, de saint Hippolyte \ de Stobée", du faux Plutarque^ et du faux Galien ^.

Mais ce n'est pas tout : ces témoignages, déjà importants par eux-mêmes et que rien ne contredit, s'appuient sur une autorité décisive. Enellet, parmi les textes de ces cinq auteurs

' Voyez ci-dessus, p. ii8-i25.

* Voyez Eusèbe, Prép. év. I, viii, p. 23 B etC (Vigier).

^ I, XII, p. 29, 1. li-b (Cruice).

* Ecl.phyu. l,xxv, t. I.p. 5a2 (Heeren).

* II, XX. Comparez II, xxiv.

« Œuvres, t. IV, p. A3i, 1. 36-37 (éd. gr. de Bàle).

fl:

sur ce point important du système astronomique de Xenophane, il y en a trois, les trois premiers, qui sont indépendants les uns des autres, mais où la ressemblance des expressions trahit une source commune, et Tun des trois nous indique expressément cette source, qui est digne de toute confiance. De ces textes concernant la formation du soleil suivant Xénophane, trois sur cinq, ceux du vrai Plutarque, de Stobée et du laux Plutarque, se composent de deux parties plus ou moins abiégees, mais aisément reconnaissables, dont la dernière seule se trouve chez saint Hippolyte, et dont la première seule se trouve chez le faux Galien, de sorte que (juatre auteurs nous donnent chacune des deux parties. La rédaction la plus complète pour les deux parties ensemble est celle de Stobée, qui heureusenient nous fait savoir d'où il a tiré au moins la dernière. De plus, il a intercalé entre les deux parties un*' petite phrase, qui n'est pas là bien à sa place, et que nous allons supprimer provisoirement en traduisant ici les deux autres: « Xenophane \eu[, dit Stobée, que le soleil soit formé « par des nuages enflammés, et que l'éclipsé ait lieu par extinc-

« tion, et qu'un autre soleil se forme au lever Tlwo-

^'plirasle, dans sa P/tysicjiic, dit ensuite Stobée, a écrit que c'est «par de petits feux qui se rassemblent en sortant de fexha- «laison humide, et qui, en se rassemblant, forment le soleil. » La première de ces deux phrases exprime quehjues points de l'opinion de Xénophane sur le soleil, et elle est complétée par la seconde phrase, {jui devrait la suivre immédialament. Celle-ci est tirée de la Pliymjnc de Theophraste, dans iacjuelle,

par conséquent , cette opinion du philosophe poëte était exposée, probablement dans le troisième livre, qui était un traite Da </e/, comme Simplicius' nous l'apprend: sans doute, Théo-

' Phys. Mll,f. 287 «(Aid.).

phraste, à fexemple de son maître Aristote, y avait mêlé l'histoire et la critique avec la théorie. Mais, de plus, il est certain^ que Theophraste avait écrit en six livres un ouvrage spécial sur YHistoire de l'aslronomic, et c'est sans doute aussi à fun de ces deux ouvrages de Theophraste (jue Stobée avait emprunté la première partie de son témoignage. Passons aux autres auteurs, en commençant par la seconde partie. Pour cette partie, le vrai Plutarque dit que, suivant Xénopliane, le soleil se firme par la réunion de feuxpetits et, nombreux. Saint Hippolyte dit que , suivant Xénophane , le soleil se produit cliacjue jour par de petits feux qui se réunissent. Le faux Plutarque copie littéralement la dernière phrase de Stobée, mais en supprimant findication de h Physiciuc de Theophraste comme source. Pour la première partie, le vrai Plutarque, qui évidemment a puisé à la même source que Stobée, maiseny prenant quelque chose de plus, dit que, suivant Xénophane, la terre est infinie, que d'elle naissent toutes choses, et (|ue le soleil et les autres astres se forment des nuages. Évidemment Xénophane supposait que ces nuages, qui s'enflammaient et dont la réunion formait un astre, étaient eux-mêmes nés de la terre et des eaux terrestres. Le faux Plutarque se borne à dire que, suivant Xénophane, le soleil est un nuage enllammé. Le faux Galien copie, en la mutilant, la première phrase de Stobée. Laissons de coté ces deux derniers auteurs, qui n'ont fait que copier en partie ce que Stobée avait dit avant eux. Mais constatons que le vrai Plutarque, dans un fragment de ses Stromates, et saint Hippolyte, écrivain chrétien du m' siècle, dans son traité Contre les hérésies, avaient puisé avant Stobée à la même source, c'est-à-dire

• Voyez Diogène de L., V, l, et comparez Simplicius , Du ciel, II, xii , p. 220 />. ). 2 1, p. 221 /^ 1. 3, et p. 225 6, I. 27 (Rarsleiî).

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IlE,

dans les écrits du savant Théophraste, disciple d'Aristote et historien de l'astronomie grecque, et que tous trois y avaient trouvé et avaient reproduit presque dans les mêmes termes \ quoique d'une façon plus ou nioins ahrégée, l'opinion de Xénophane sur la manière dont un nouveau soleil se formait pour nous chaque uïatin. Or, sur les opinions astronomiques de Xénophane, Théophraste est l'auteur le plus digne de foi après Xénophane lui-mèine. C'est sans doute là que saint llippolyte, auteur du traité Contre les hérésies, avait lu cette proposition, qui est d'ailleurs la corjséquence nécessaire de la doctrine de Xénonhane sur l'étendue infinie d(^ la terre en surface horizontale et en profondeur, savoir: que, suivant Xénophane, un nouveau soleil se forme chaque jour des vapeurs de la terre. La même pensée résulte évidemment de la première phrase de Stobée, due sans doute aussi à Théophraste, et d'après lacjuelle, suivant Xénophane, l'éclipsé a lieu par une extinction des nuages enflammés dont le soleil se compose, et un autre soleil se forme chaque jour au levant, évidemment pour remplacer celui qui s'était éteint la veille au couchant. Seulement, en abrégeant troj), d'une part Stobée a omis cette extinction qui a lieu tous les soirs, et, d'autre j^art, en parlant de l'extinction exceptionnelle qui constitue, suivant Xénophane, les éclipses totales ou partielles de soleil, il a oublie de dire que, suivant ce philosophe, après une éclipse, le soleil se rallume pendant le cours de la même journée.

Quant à la phrase intermédiaire que nous avons omise, Stobée y parle d(^s longues éclipses d'un mois suppos«'M\s par

Remarquez siirlout les expressions el l'expression èx ve(p(;ûv yîyvetrdai ou

-ix Tsrjpiwv ou èx -avpiMrvv, vl les verbes elvti, en>ployéc par Slobéc el par le vrai

(rrjv%epoiis(TOai ou àOpoi^-zcjOii . vn\p\os es Plulanpie clans la première partie, que

dans la seconde parlie par Stobée, par saint Hippolyte a omise, le VPai Plularque el par saint Ilippolyle,

~~-^>( 145 )k^— Xénophane. Cette phrase est probablement aussi, mais sans que nous puissions i'afiirmer, tirée par Stobée de la même source, c'est-à-dire de Théophraste, qu'il cite dans la phrase suivante. Cette hypothèse des longues éclipses a d'ailleurs, comme nous l'avons vu, une liaison étroite avec la doctrine bien authentique de Xénophane sur le nombre infini des mondes bornés et périssables, tous contenus dans l'univers unique, éternel el sans bornes'.

Ainsi notre restitution du système astronomique de Xénophane a pour elle, sur des points fondamentaux, les déclarations du philosophe lui-même, jointes aux témoignages d'Aristote et d'autres auteurs; sur d'autres points importants et sur des détails, elle a pour elle des témoignages concordants, que rien ne contredit, et qui se fondent en grande partie, sinon en totalité, sur l'autorité de l'historien le plus compétent de fastronomie grecque antérieure à l'époque alexandrine, c'est-àdire sur fautorité de Théophraste: d'ailleurs, ces témoignages, outre leur valeur intrinsèque, ont pour eux leur accord avec tout ce que nous savons sur le système de Xénophane en astronomie et sur la place que ce système tient dans l'histoire de cette science, et certains points, précisément les plus suspectés, résultent nécessairement des points les mieux étabHs, dont ds partagent ainsi la certitude. Ce système, dont on a tort de tant s'étonner, appartient à une époque et à une contrée où de grands philosophes, Heraclite et Xénophane, comme avant eux Thaïes, Anaximandre et autres, et comme après eux Anaxagore et Démocrite, avaient en astronomie des opinions très-lausses, mais facilement explicables par l'état d'une science qui était dans sa première enfance en lonie, où Xénophane était né et où il vécut jusqu'à un âge avancé.

' Vovez les textes cités ci-dessus

Hypothèses. *9

En résumé, suivant Xénophane, l'univers est une sphère, qu'il n'ose appeler ni finie ni infinie, mais qui s'étend de toutes parts sans aucunes limites. La moitié inférieure de cette sphère est de terre avec mélange d'eau e( de feu; la moitié supérieure est d'air ou d'éther avec mélange d'exlialaisons terrestres, qui s'enflamment. La vie individuelle n'existe qu'au contact de ces deux moitiés. Le soleil, la lune et les étoiles, feux qui s'éteignent chaque jour, se reproduisent chaque jour par f inflammation de nuages formes d'exhalaisons terrestres. Les astres nocturnes ne s'allument pas avant le coucher du soleil, ni avant leur propre lever, commencement de leur course quotidienne à forient; ils s'éteignent soit à leur coucher, fin de cette même coursea l'occident, soit auparavant, à l'arrivée du jour. Le soleil, astre du jour, s'allume à son lever et ne s'éteint qu'à son coucher,' saufles cas exceptionnels où il s'éclipse, c'est-à-dire s'éteint partiellement ou totalement, ])endantune partie de sa course quotidienne. Les phases mensuelles et les éclipses de la lune sont des extinctions partielles ou totales de sa lumière propre. La surface |>Ian(^ de la terre, au-dessus de laquelle s'accomplissent horizontalement les mouvements des astres, est divisée en un nombre infini de grandes sections dont chacune est un monde, et chaque jour chacun de ces mondes produit hahituellemenl son soleil, qui passe au-dessus de lui pour y entretenir la vie en ec])auflant la terre. Cependant il arrive que, pour un plus ou moins grand nombre de jours, un de ces mondes manque de soleil, parce que le sien s'en est allé ailleurs. C'est sans doute alors que, suivant Xénophane, ce monde o'afl'aisse dans la mer et ne présente plus qu'une surlace vaseuse. Des fossiles, observés par Xénophane, attestent pour lui ces inondations tenq:»oraires que notre monde entier a subies. Puis, dans un monde qui a subi cette crise, la terre ferme et la race humaine

reparaissent, sans doute parce qu'un soleil est venu d'un monde voisin, par des visites renouvelées plusieurs jours de suite, rendre la vie à ce monde noyé dans la boue, et le remettre en état de produire lui-même chaque jour son soleil. Tous les mouvements de ces soleils éphémères et des autres astres, éphémères comme eux, sont dirigés par la pensée infiniment sage et toute-puissante du Dieu-univers.

11 me reste à montrer la filiation de cette doctrine cosmologique. C'est à fexemple d'Hésiode que Xénophane a considéré f univers comme une sphère dont deux moitiés ont pour limite commune la surface plane de la terre. Mais, supprimant les grands vides intérieurs du Chaos ^ et chi Tartare^ Xénophane a donné à la masse compacte de la terre tout f hémisphère inférieur, et, étendant la sphère à finfini, il a supprimé les limites extérieures et solides que la croyance populaire, formulée par Homère et par Hésiode^ attribuait (fune part au ciel en dessus, d'autre part à la terre et au 1\irta!e en dessous. En ce qui concerne forigine terrestre du soleil et des autres astres, fionien Xénophane, émigré en Italie, a pris pour point de départ la doctrine de l'ionien Anaximandre, qui donnait pour aliment aux astres les exhalaisons terrestres. Xénophane supprima les enveloppes durables dans lesquelles, suivant Anaximandre, étaient contenus les feux des astres, visibles seulement chacun j)ar une ouverture de son enveloppe. Un peu plus tard, l'ionien Heraclite prit le même point de départ, et conclut, comme Xénophane, que les astres s'éteignaient chaque jour; mais il rétablit les enveloppes, en leur donnant le nom

' Voyez Hrsiodc, Thcoçj. ii6 cl 8i/|.

Noyez Hésiode, Tlicog. inj, ySG- 74 1 et 807-81/».

Voyez ci-dessus. Mcmoive sur la cosmo-

graphie grecque à l'époque d'Homère et d'Hésiode [Acad. des iuscr. Mém. l. XXVili, 1" partie).

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Ta*

de nacelles, et en les distinguant du feu , éphémère suivant lui, qu'elles contenaient et qui constituait les astres. Par la sup- ])ression des enveloppes, jointe à la doctrine de l'extinction quotidienne de chaque astre, Xénophane en vint au point de n'accorder aux corps célestes qu'une existence d'un jour, de la(juelle il ne restait absolument rien, et qui était remplacée le lendemain par celle d'astres semblables, mais nouveaux.

Sur la manière dont le soleil se formait, suivant lui, cliaque matin, le philosophe de Colophon avait sans doute ajouté foi à une tradition relative à une contrée peu éloignée de son pays natal. D'après cette tradition, cpie Diodore de Sicile' nous a conservée, du sommet du mont Ida l'on pouvait contempler chaque malin la formation du soleil : lorsque la nuit régnait encore sur la terre, du liant de cette montagne les observateurs voyaient, disait-on, des feux épars en divers points de l'horizon; puis, à farrivée du jour, ils voyaient ces feux se rap- ])rocher les uns des autres et se réunir en une seule masse, et cette masse de feu, ainsi formée sous les yeux des spectateurs, était le soleil, qui commençait ensuite sa course quotidienne.

C'était à f exemple des premiers philosophes ioniens, des poêles et du vulgaire, que Xénophane considérait comme plane la surface de la terre. Mais, ayant étendu cette surface à l infini, il multipliait à l'infini les soleils, produits tous les jours chacun par les exhalaisons d'une des sections de cette surface. Persorme ne l'avait devance non plus dans la pensée de faire mouvoir les astres depuis leur lever jusqu'à leui coucher suivant des lignes droites horizontales. Cette pensée malheureuse ne vint pas à Heraclite, qui ne doit rien à Xénophane, n)ais (pii a seulement puisé aux mêmes sources avec

' Wll vu. 1.1 même tradition osl invorjUfc par Lucrèce, V, GGa-Gô^.

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des tendances d'esprit analogues, et que nous avons place avant lui malgré une petite postériorité de temps, parce qu'Heraclite se rattache de plus près aux premiers philosophes de l'école d'Ionie. Malgré des emprunts évidents, que nous avons signalés, Xénophane se sépara davantage de ces philosophes dans la construction de son système cosmographique. La tradition sur les déluges de la Grèce et l'observation scientifique des fossiles lui suggérèrent sa doctrine des périodes d'inondation, périodes dont il voulut expliquer le commencement, la durée et la fin par son hypothèse bizarre des soleils égarés. En général, pour inventer les parties neuves de son système cosmographique, au lieu de recourir à l'induction aidée de la gi'ométrie et du calcul, Xénophane se contenta d'ajouter aux données grossières des sens et de l'imagination une notion encore vague et indécise de Y infini en étendue, notion tmtrevue déjà par Thaïes et développée par Anaximandre, mais d'où Xénophane tira des conséquences nouvelles , mêlées de beaucoup d'erreurs, et à laquelle il eut le mérite d'ajouter la notion d'une mlelh- (jencc et d'une puissance infinies, mais en les considérant comme inhérentes à l'univers et comme constituant avec lui l'être unique et parfait.

Après l'ionien Xénophane, l'école d'Elée, poussant à l'extrême les doctrines métaphysiques du maître, nia, au nom de la science, la variété, le mouvement et la vie, ou bien ne les conserva que d'une manière fictive au nom de Yopinion Irouq^euse. La cosmographie et l'astronomie lurent donc supprimées ])ar les Eléates, ou bien ne furent plus pour eux qu'un jeu d'esprit destiné à complaire au vulgaire. Parmi les successeurs de Xénophane, le seul dont nous connaissions quelques suppositions en cette matière, Parménide, y a fait des enq)runts à fécole de i^ythagore, dont nous n'avons pas encore parlé. Laissons

donc pour ]e moment les Éléates, et revenons aux doctrines ioniennes, auxquelles la physique de Xénopliane se rattachait par les liens que nous venons de montrer; ces doctrines se continuèrent en se modihant entre les mains d'Anaxaoore d'Archélaiis, de Diogène d'Apollonie, du sophiste Antiplon! d'Empédocle, de Leucippe, de Démocrite et de Métrodore de Chio, tous étrangers à la doctrine pythagoricienne de la sphéricité de la terre, tandis que cette doctrine fut adoptée par l'éléate Parménide, mais à titre d'hypothèse sans consistance, et par Platon d'une manière plus sérieuse.

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