‹ Mémoire sur les hypothèses astronomiques des plus anciens philosophes de la Grèce étrangers à la notion de la sphéricité de la terre [microform]Chapitre 25 sur 27 · IX · texte numérisé non relu

IX

' Du visage dans la lune. th. xvi , n' lo.

' L'< pinioii clf Leucippe et de Dcmo- , rilo -sur les oclipse.s devait être exposée (laivs une phrase de Diogène de Laërle (I\,33), dont il ne reste malheureusement que les cinq premiers mots; car

les mois suivants (comparez le faux Plularque, lll, xii) se rapportent à un tout autre objet. La phrase suivante, qui devrait contenir l'explication de la fréquence des éclipses de lune et de la rareté des éclipses de soleil, est inintelligihlo, sans doute parce (pi'elle est mutilée.

poi^ notre terre, la lune, pour se soutenir à sa place sur l'aif, n'avait que sa forme discoïde et sa position horizontale, tandis que notre terre avait, de plus, sa position à égale distance de toutes les extrémités du monde. Ainsi, comme le disque terrestre et à plus forte raison, le disque lunaire ne pouvait être posé qu'horizontalement par Démocrite, comme par Anaxagore, si Démocrite était conséquent avec lui-même. Démocrite aurait donc dû être aussi embarrassé qu Anaxagore pour expliquer comment, dans cette po.sition, le disque lunaire pouvait, pendant les éclipses totales ou partielles de soleil, nous cacher cet astre, qui se montre à nous sous l'aspect d'un cercle lumineux, et comment le disque lunaire, éclairé par le soleil, pouvait présenter des phases telles que nous les voyons. Du reste, nous n'avons aucune raison de nous refuser à croire qu'en matière d'optique et de perspective le mathématicien Démocrite ait pu être aussi peu habile que le mathématicien Anaxagore.

Comme on le voit, si les connaissances mathématiques de Démocrite l'ont préservé de cerlaines erreurs trop grossières, acceptées plus tard par le scepticisme ignorant et arrogant d'Épicure et de ses disciples, par exemple, si elles l'ont em- ])êché d'emprunter, comme eux, à Heraclite, son opinion absurde sur la petitesse du soleil, cependant il faut convenir que la plupart des hypothèses astronomiques de Démocrite sont bien peu dignes de sa renommée de savant. Nous allons en voir une nouvelh^ preuve.

Suivant Arislote \ Démocrite prétendait, comme Anaxagore, que la voie lactée était l'ombie du disque terrestre, et qu'à la

' Mctéor. I, VIII, § li. Sur le sfns de ce texte d'Aristote, mal compris par Olyinpiodore, mais bien compris par Alexandre ,

voyez ci-dessus noire S 8 (p. 162), eon-

cernunt Anaxagore.

aS,

«.( 220 )*— faveur de cette ombre on voyait, dans la région qu'elle couvre, une multitude de petites étoiles que partout ailleurs la lumière du soleil, atteignant la voûte du ciel, aurait rendues invisibles pour nous, même pendant la nuit. Nous avons montré ' quelle ignorance profonde, non-seulement en optique, mais aussi en astronomie, cette erreur d'Anaxagore suppose, puisque, d'après cette bypotbèse, lors même qu'elle serait possible d'ailleurs, la voie lactée devrait se déplacer par rapport aux étoiles fixes, de manière à parcourir cbaque année toutes les régions du ciel étoile. Il est vrai qu'Ideler^ a soupçonné Aristote d'avoir confondu avec cette opinion fausse d'Anaxagore une opinion très-différente, qui serait celle de I^émocrite, el (p.i, non moins contraire à celle d'Aristole sur la voie lactée', serait parfaitement juste. Ideler oppose à Aristote les témoignages de Stobée et de Macrobe\ qui disent que Démocrite considérait la voie lactée comme formée de petites éloiles si rapprochées les unes des autres en apparence, que leurs lumières se confondaient ensemble à nos yeux. Mais, entre ces témoignages el celui d' Aristote, (pii aurait plus de poids, il n'y a aucune nécessité de choisir, et il faut attribuer à la fois à Démocrite ces deux opinions, qui s'accordent parfaitement entre elles, et que déjà Anaxagore semble avoir reunies : suivant Démocrite, c'était le contraste avec l'obscunl.. produite par l'ombre de la terre, qui rendait sensible poui nous la lumière de ce nombre infini de petites étoiles, tan.lis que, dans le reste du ciel éclairé par le soleil, des étoiles sem-

' Voyez CMle>sus,S8, p. 162-16/1.

- Comment, in Meteor. Aristol. l. I.

• Voyez ci-après, cil. iv, 2' section , S ^.

* Voyez Slohée, Ec/. p/»v.«. l, xxviii. 1. 1 , p. 574 (Heeren), et M;;crobe , InSomn.

Sc«>. l,xv, S6. 1.1. p. 87 (éd. L. Janus) Comparez Maniliiis, Astron. I, 753-755 et .Vcl.lllès Tatius, Introd. aux Plicnom ch.xxiv, p. 1A7B {l'ron. de Pétau . iG3o, in loi.).

hlables par leur petitesse el par leur nombre restaient invisibles pour nous.

Suivant un témoignage moins bien recommandé par l'autorité assez mince de la compilation d'où il est tiré' que par sa vraisemblance intrinsèque, Démocrite pensait, comme Anaxagore, comme Archélaûs et comme Diogène d'Apollonie', que la succession des jours, des nuits et des saisons, n'avait pas toujours existé, attendu que la surface du disque terrestre avait été primitivement parallèle au plan de la révolution diurne du ciel et des astres autour des bords de ce disque, mais qu'ensuite ce disque s'était incliné du nord au sud. Leucippe expliquait ce fait prétendu, en disant que, sous le bord méridional du disque, l'air, plus léger et plus cbaud, avait offert moins de résistance à la terre, qui pesait sur lui; Démocrite ajoutait que, vers le sud, la terre, étant plus fertile, prenait plus d'accroissement en épaisseur et par suite plus de poids que vers le nordl Pour expliquer comment, malgré cette inclinaison de la surface terrestre du nord au sud, le Nil pouvait couler du sud au nord, l'bypothèse de la concavité de celte surface pouvait offrir cà Leucippe et à Démocrite, comme à Arcbélaiïs, une ressource qui manquait à Anaxagore et à Diogène d'Apol-

lonie.

Suivant le faux Plutarque\ Démocrite, de même qu'Anaxa- «•ore et qu'Empédocle, n'attribuait à cbaque astre qu'une révolution, révolution diurne d'orient en occident par le sud au-dessus de la terre, avec retour d'occident en orient par le nord au-dessous de la terre. L'atomiste Lucrèce^ confirnie

' Voyez le fixux Plutarque, III , 1 i. Coin- ' Voyez le faux l>lularque, III , \n.

parez un pas.sagc, évidemment mutilé, de * II, xvi, S 1.

Diogène de L., IX, 33. ' i>^ ««'• ''^''- V. 619 6a5. Comparez

- Voyez ci-dessus, S.S 8,9 cl io,p. 167. sainl Hippolyte, Contre les hérésies, I, xi,

159, 175-176 et 180 181. P- 28 (Cruice).

l'authenticité de cette doctrine dans l'école atomislique, en disant que les astres les plus éloignés de la surface du monde, et, par conséquent, les plus rapprochés de la terre immobile au centre, sont les plus lents et retardent le plus sur les autres dans cette révolution quotidienne : opinion que le faux Plutarque attribue aussi à Démocrite. x\insi, c'étaient les étoiles fixes que Démocrite plaçait le plus loin de la terre à cause de leur révolution diurne la plus rapide; c'était la lune qu'il plaçait le plus près de la terre à cause de son retard d'une révolution diurne entière par mois par rapport aux iixes, et il pla- <;iit le soleil à une distance intermédiaire entre celle des fixes et celle de la lune, parce que son retard par rapport aux fixes n'( st que d'une révolution par an. D'après le même principe il devait placer plus loin de nous que le soleil la planète de Mars, (jui ne retarde d'une révolution diurne qu'en deux ans environ; Jupiterplus loin encore, parce (|ue ce même retard n'a lieu pour lui qu'en près de douze ans, et Saturne plus loin encore et le plus près (les fixes, parce que pour lui ce même retard demande près de trente ans. Cela s'accorde, en ellét, avec la seule donnée intelligiblequenousfournisscntàce sujet quelques témoignages

anciens'. Malheureusement ce principe nous laisserait dans le doute sur les positions assignées par Démocrite aux orbites

' SuivaiU saint IIi[)p<)lyte, Contre les hérésies. (I, xi, j). 2H, Criiice], Démocrite |)liicait la lune et le soleil le plus près de la terre, puis toutes les planètes, et par conséquent \ cnus et Mercure, au-dessus du soleil, mais au-dessous des fixes, lu texte obscur du faux Plularque (11, xv, 8 3) senible sigiiilier que, suivant Démucrile, au-dessous des fixes viennent d'abord le soleil, Vénus et la lune, el ensuite les autres planètes. Le faux Galien Hisl.

philos, t. I, p. 43o, 1. 54 53, où il faut lire atTrXan) et non à^av))) supprime dans cette plirase le nom de V énus. Stobée {Ed. phys. I, XXV, p. 5o8) se borne à dire que Démocrite place les sept planètes au-dessous des fixes : ce qui ne nous apprend rien. Les textes obscurs du faux IMutarque et du faux Galien. en contradiction avec Lucrèce, ne méritent aucune confiance. Le seul texte (|ui ait (piebpie valeur est celui de saint llippol^te, d'accord avec Lucrèce.

de Vénus et de Mercure par rappoit à l'orbite du soleil, astres que ces deux planètes accompagnent toujours à peu de distance angulaire. Un seul texte, plus précis cpie les autres, signifie que Démocrite mettait Vénus et Mercure audessus du soleil'. Suivant Diogène de Laërte ^ Leucippe, au contraire, plaçait, comme Anaxagore et Empédocle, les cinq planètes au-dessous du soleil, entre cet astre et la lune. Il est possible que telle ait été l'opinion de Leucippe et qu'elle ait été abandonnée par Démocrite. Quant aux stations et aux rétrogradations des cinq planètes, rien ne prouve que Démocrite s'en soit occupé, soit pour les constater, soit pour les expliquer. Mais, malgré une assertion de Sénèque', il est peu croyable que Démocrite, auteur d'un traité spécial sur les planètes'', n'ait su que vaguement qu'il y en avait plusieurs, sans avoir aucune notion sur chacune des cinq pianotes connues avant lui par les Egyptiens et les Chaldéens, qu'il avait visités, et connues aussi en Grèce par les pythagoriciens : certainement il a dû compter comme planètes, c'est-à-dire comme étoiles changeant de position par rapport aux fixes, Vénus, Jupiter et Mars, même Saturne, ntalgré son éclat moindre^ et malgré la lenteur plus grande de son déplacement, et ittême Mercure, bien qu'il soit rai ement facile à observer. Sans doute Sénèque n'a pas bien saisi la pensée d'ouvrages grecs oii l'on devait lire que Démocrite, comme Anaximène et Diogène d'Apoîlonie, avait des doutes sur le nombre des planètes, parce qu'outre celles qu'ils connaissaient, ces philosophes siqqjosaient qu'il v en avait d'inconnues et même d'invisibles. Cette pensée valait mieux que celle de tant d'astronomes qui, depuis Pylhagore jusqu'à Kepler, ont prétendu qu'il était impos-

Voyez saint Hippolvie, /. c.

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