CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES SUR LES PHILOSOPHES IONIENS
Maintenant nous allons arriver aux philosophes, en commençant par ceux qui se sont éloignés le moins des croyances primitives de la Grèce en matière de cosmographie. Mais, avant (ral)order les détails, il est nécessaire de nous arrêter quelques instants à des considérations générales, qui nous aideront à comprendre leurs doctrines et à en saisir la vraie portée.
Les premiers philosophes de la Grèce, ayant appliqué leur curiosité aux mystères du monde physique, furent considérés d'abord par l'opinion populaire comme des devins et des thaumaturges, et quelques-uns d'entre eux, par exemple Pythagore et Empédocle, paraissent s'être prêtés volontiers à ce rôle qu'on leur attribuait. Plus tard, dès l'antiquité et dans les temps modernes, une critique qui se croyait très-éclairée ne leur a ôté ce prestige du merveilleux que pour leur prêter en échange une science très-avancée; et, comme il était dilFicile de croire que, par eux-mêmes, ces anciens philoso[)hes eussent improvisé tout à coup cette haute science, inconnue en Grèce avant eux, on supposa qu'ils favaient reçue toute faite de l'étranger. Mais cette supposition est contredite par des témoignages irrécusables, qui nous racontent comment, après l'époque des voyages, les uns vrais et les autres supposés, pendant lesquels ces philosophes giecs devraient avoir tout appris, ces mêmes philosophes firent, par un ellbrt de leur esprit, quelques découvertes tout à fait élémentaires dans les sciences mathématiques et physiques, sciences qui restèrent dans l'enfance longtemps encore après eux, et dont les progrès lurent réalisés par des Grecs. Quand nous serons arrivé à Yhis-
toire (le lastrononiie des peuples anciens aiilres que les Grecs et les Romains, nous tâcherons de réduire à leur juste valeur, et ces emprunts des Grecs, et le savoir antique et profond prêté si généreusement aux Egyptiens, aux Phéniciens, auxChaldéens, aux Perses et à d'autres nations de Fantiqui té ^ De même, quand nous serons arrivé à Vlustoirc de l'astronomie positive et pratique 'hcz les Grecs et chez les Romains, nous montrerons ^ par la discussion des témoignages antiques, que les notions positives des ])lus anciens philosoplies de la Grèce en matière d'astronomie appartenaient à l'enfance de la science, tout comme leurs hypothèses astronomiques, objet du présent ouvrage.
Dans l'antiquité même, ce fut seulement après le commencement de l'époque alexandriiK.' que des écrivains grecs, plus érudils que judicieux, s'emparant de quelques conquêtes récentes de la science grecque, voulurent les faire remonter jusqu'aux philosophes grecs antérieurs à Socrate, et par eux jusqu'aux plus anciens peuples de fOrient et de TÉgypte, auxquels les Grecs les auraient empruntées; tandis que d'autres découvertes grecques, par exemple celle de la préce.^sion des '^quinoxes, furent repoussées obstinément par des Grecs, adiniateurs fanatiques de l'Kgypte et de l'Orient, dont la science inlaillible, disaient-ils, n'aurait pas pu manquer de posséder de tout temps ces découvertes, si elles avaient été vraies. Ce préjugé, qui aurait du avoir contre lui l'amour-propre national d(^s Grecs, a été puissamment favorisé, chez eux après la mort d'Alexandre et plus tard chez les Romains, par la vogue crois-
le
' J'ai déjà aicomj)!! une partie de celte tiiclie dans mou Mémoire intitulé Examen d'un mémoire posthume de M. Lelronne ( Hc' rue urchéol. 1 854 ), t't dans mou Mémoire sur cette question : La précession des éqwnoxes o t elle été connue. . .avant l'époque d'IJip-
parque? {Ac. des inscr. Sav. étr. t. VIII, r* partie)
^ En atterid;inl, on peut consulter mou article Astronomie dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de M. Sa-
glio.
santé de la superstition astrologique des Egyptiens et des Chaldéens. En effet, les nombreux partisans grecs de cette superstition étrangère avaient besoin d'cippuyer leur fausse science sur une révélation divine, reçue primitivement, disaiton, en Egypte et en Babylonie, non-seulement plusieurs milliers d'années, mais plusieurs milliers de siècles auparavant, et conhrmée ensuite par des observations non interrompues depuis cette immense antiquité jusqu'à l'époque contemporaine ^ Ce même préjugé, déjà servi par ces mensonges, s'est fortifié encore lorsque fécole néoplatonicienne a voulu appuyer la philosophie aussi, comme les autres sciences, sur de prétendues révélations divines, reçues et développées par les Egyptiens, par les Chaldéens et par les Perses^.
Pour ne pas être dupe des fables introduites par ces illusions dans f histoire des premières écoles philosophiques de la Grèce, il faut, sur cette histoire, s'attacher principalement aux témoignages les plus anciens et surtout à ceux qui sont antérieurs à la difl\ision de ces superstitions en Grèce, et, parmi les témoignages plus récents, il faut préférer aux autres ceux qui s'accordent le mieux avec les plus anciens et qui sont étrangers au préjugé dont nous parlons. Alors on reconnaîtra que cette renommée de haute science, qu'on a voulu faire aux premiers philosophes de la Grèce sauf à en reporter la gloire à des leçons reçues du dehors, ne s'accorde nullement avec les renseignements les plus anciens et les plus dignes de foi sur les doctrines de ces philosophes. Gênés par ces témoignages contraires à leur faux point de vue, certains critiques ont pris
' Voyez mon Mémoire sur ks observa- mon Mémoire sur la précession des équi-
tions astronomiques envoyées, dit-on, de Da- noxes, ch. ii, S 2, p. 47-^7, etcli. m, S 1,
hylonc en Grèce par Calliithène [Ac. des p. 103-107, ^''''*o^ «^ P^^^^ [Ac. des. inscr.
mscr.Sav. élr. i. VI, 2" partie, i863). t. VIII, 1" partie, 1869). Voyez les textes anciens cilés dans
Hy{.olhèscs. 3
le parti, soit de les rejeter pour se fier à des assertions plus récentes et sans autorité, soit de les torturer pour les mettre d'accord avec ces mêmes assertions et avec les conjectures chimériques qu'ils y ajoutent. Pour donner les moyens déjuger ce procédé, il suffit d'en citer quelques exemples.
Du temps do Thaïes, les éclipses de soleil, considérées comme des pro(Hges suruatiirels, étaient un ohjet de terreur. Thaïes, instruit sur ce point soit par les prêtres égyptiens, soit par ses propres réflexions sur les faits ohservés, avait dit que ces éclipses étaient produites par le passage de la lune devant le disque du soleil \ De plus, comme Hérodote- nous l'apprend, Thaïes s'était hasardé à dire à ses compatriotes de Milet qu'un certain nond)re d'années ne se passerait pas sans qu'ils vissent quelque exemple de ce phénomène naturel si redouté. Thaïes ne se serait pas exprimé si vaguement, s'il avait connu d'avance la date précise à laquelle, dans cet intervalle de temps, une éclipse devait se produire. Or il esl impossihle de prévoir sûrement c^i avant telle époque aura lieu une éclipse visible en telle contrée, sans en prévoir en même temps la date précise, soit que cette prévision résulte d'un calcul scientifique, ou de la connaissance empirique d'une période astronomique ramenant ces phénomènes aux mêmes ir)tervalles de temps. D'ailleurs, un tel calcul astronomicjue était bien inq)ossible dans l'état de la science à l'épocjue de Thaïes, et, quoi qu'en aient j)u dire, par distraction sans doute, certains savanls modernes, la période de 228 lunaisons, qui, trouvée empiriquement pailes Chaldéens, pouvait leur sufhre pour prévoir à peu près les éclipses de lune, ne pouvait nullement conduire seule à la prévision d'une éclipse de soleil visible en un lien donné: pour
' Voyez Eiulèmc , Slmplicius, (^icéron, Stobt-e, le Taux Pliitarf|iic el le fiux Galion, 'iJés ci-après, S 3. — ' I, lx\iv.
cette prévision, rien n'aurait pu remplacer un calcul direct, dont un élément essentiel aurait été le calcul de la parallaxe qéocenlricjue de la lune d'après sa position sur l'horizon du lieu au moment de sa conjonction avec le soleil, calcul que certainement aucun astronome antérieur à l'époque alexandrine n'aurait été capable de faire. Aussi rien n'indique que les Chaldéens, observateurs assidus des éclipses de lune, aient jamais essayé de prédire une éclipse de soleil. C'est donc bien à tort qu'au lieu d'accepter, dans sa teneur parfaitement claire, le récit d'Hérodote, c'est-à-dire du témoin le plus rapproché de Thaïes ])ar son époque et par son pays, certains narrateurs venus quelques siècles plus lard, en s'emparant de ce récit, l'ont faussé à plaisir, pour prêter gratuitement à Thaïes la science d'Hipparque K L'annonce vague faite par Thaïes aux Milésiens était fondée sans doute sur quelque notion empirique et traditionnelle de la fréquence moyenne des éclipses de soleil visibles dans un même lieu, et cette annonce, bien hasardeuse malgré son peu de précision, risqua fort d'être démentie par l'événement, puisque Hérodote ajoute qu'une éclipse de soleil visible à Milet n'arriva qu'en la dernière année de fintervalle de temps fixé par Thaïes -. Pourtant, grâce à cette heureuse chance, Thaïes lut regardé par ses contemporains comme un prophète, et, quelques siècles plus tard, on disait qu'il avait su prédire les éclipses de soleil par un calcul astronomique ^, et que
Voyez mon Mémoire sur quelques pré- (liclious d'échpses mcnlionnces par des auteurs anciens, $ i et 3, p. A- 1 1 el p. 1 6-3/i (Exlr. de la Revue urcheol i86/i). L'erreur réfiilée dans ce mémoire a été reproduite par M. Decker, De Thakie Mtlesio (Halle.
i865, in-8°), rpii a fait Tlialès beaucoup plus savant qu'il ne l'élait.
' Tel esl le sens évident du texte d'Hérodole, où des esprits prévenus ont voulu voir autre chose. Comparez mon Mémoire surquclques pîx'dictions d' éclipses, ctc.,^. 1 1-
' Voyez Diogène de L.,I, xxiii; Jeandt- Lydic, Prodiges, cli. x, p. 28/4 (Bckker), el saint Augustin, Civ. I). \I1I, 11.
c'était ainsi qu'il avait prédit celle-là en particulier^ : ce que pourtant aucun de ses successeurs dans l'école ionienne ne sut faire ^
L'histoire ancienne nous ofl're un exemple plus récent d'un autre fait analogue et semblablement altéré. Une éclipse de lune survint pendant la guerre des Romains contre Perséc en Macédoine. Le témoignage le plus ancien et le plus digne de foi^, et d'autres témoignages qui l'appuient \ nous disent que cette éclipse, tout à lait imprévue, ellraya l'armée romaine, et que, le lendemain seulement, le tribun Sulpicius Gallus, qui s'était occupé d'astronomie, expliqua aux soldats romains la cause physique de l'eclipse. Mais des historiens postérieurs transformèrent rcay;//crt/(o/i donnée le lendemain en une prédiction faite la veille^. Du reste, à cette époque, la prédiction d'une éclipse de lune aurait été possible pour un disciple intelligent de l'école grecque alexandrine.
Mais, quatre siècles auparavant, la prédiction d'une éclipse de soleil pour un lieu désigné d'avance n'était pas possible pour Thaïes, lors même qu'on le supposerait disciple des Egyptiens et des Ghaldéens. Il faut donc s'en tenir au récit d'Hérodote, et rejeter comme impossible la prédiction de Tha-
' Voyez IMiiic, II, xii, sect. 9, S 53, 1. 1, j). 218 (SilHg); Clément d'AI. Strom. I, p. 3o2 (Paris, 1 6^1, in-folio) ; Tliemislins, Discours XXVI, p. 817 B (Paris, iGëii, in-folio) ; Eusebc, Chron. trad. arai. p. 1 92- 195 (Auclier); George le Syncelle, Chron. p. 190 E (Goar); Tzetzès, Chil. II, LV, et Suidas, au mot BïAj7s. Clément d Al. invoque à tort le témoignage d Eudème, qu'il a mal compris, puisqu'il avoue lui-même qu Eudème n'a pas dit autre chose que ce qu'avait dit Hérodote. (Com-
parez mon Mémoire, p. 17-18 cl p. 20-2 1 .
' .Même Mémoire, p i5-iG el p. 19-20.
^ Voyez Cicéron , Ilcp. I, xv-xvi.
* Voyez Plut U(|ue,/*«u/£m(7c, cil. XVII ; Qninlilien, Inst. Or. I, x, S ^ , et Valère- Maxime, VIII, xi. Boni. S 1. Remarquez aussi le silence de Polybe, XXIX, vi, S8-
10, et de Justin. XXXIII, i. Coujparez mon Mémoire, p. 24-29.
' Voyez Tite Lise, XLIV, xxxvii; Pline.
11, XII, sccl. 9, S 53, t. 1, p. 1 18 (Sillig), et Frontiii, Siralug. I, xii, S 8.
lès telle qu'elle est racontée par des auteurs plus récents, qui ont altéré la tradition primitive.
D'ailleurs, s'il fallait en croire ces autei^rs, il faudrait donc croire aussi à la réalité d'autres prédictions, qui sont d'une impossibilité plus évidente encore, mais qui ne sont pas plus mal attestées : telles sont les prédictions de tremblements de terre attribuées à Anaximandre et à Phérécyde, et la prédiction de la chute d'un aérolithe, prédiction faite, disait-on, par Anaxagore au moyen de fastronomie, avec indication du joitr et du lieu où cette pierre tomberait du soleiP.
Maintenant donc, après avoir écarté quelques assertions dépourvues d'autorité et de vraisemblance, nous allons étudier les hypothèses astronomiques des plus anciens philosophes grecs, telles que les témoignages les plus dignes de foi s'accordent à nous les faire connaître, et nous verrons que, bien loin de porter l'empreinte d'une haute science étrangère à la Grèce, ces hypothèses ont pour point de départ évident précisément cette cosmographie poétique et populaire des Grecs, dont nous avoqs précédemment esquissé l'histoire.
Dans cette étude spéciale, nous ne pourrons pas négliger entièrement les doctrines philosophiques; mais nous ne devrons les étudier que dans leurs points de contact avec la cosiuographie et l'astronomie. Nous aurons recours aux meilleurs historiens de la philosophie grecque, auxquels nous renverrons nos lecteurs^, et nous ne traiterons nous-méme que les questions d'histoire de la philosophie dans lesquelles nous croiious re-
' Vovez Cicéron, Div. I, l; Pline, II, i.xxix, secl. 81, S 191-192, et II, lviii, scct. 59, S il\Ç), t. I", p. 179 et 160-1O1 (Sillig) ;Diogènc de L., II, X; Philoslrale, Vie d'Apollonius, I, ii; Ammien Marcellin, XXII , viii, S 5 ; Jean de Lydie , Desprodiyes,
cil. VII, p. 281, I. 9-17 (Bekker), et Tze- Izès, Chil. I, 892-8()5. Comparez Plutarque , Ly sandre , cli. \ii, el mon Mémoire, p. 19.
* Sur la philosophie ionienne, outre Brandis, flandbuch der Gcschtclde d. gr.-
connaître, delà pari de ces historiens, quelques omissions ou quelques erreurs sur des points qui ne seront pas indifférents pour l'objet spécial de nos éludes. Quant aux doctrines astronomiques des philosophes, c'était là, pour les historiens de la philosophie, unepartieaccessoire, qu'ils ont un peu négligée. D'ailleurs, ils élaient obligés de ne la Irailer que sommairement et sans suite, à propos de la doctrine générale de chaque j)hilosophe. Or, comme Fenchaînement des systèmes philosophiques est souvent tout autre que celui des systèmes astronomiques des mêmes philosophes, les historiens de la philosophie ont souvent méconnu les vrais rapports de ces derniers systèmes entre eux : ce qui les a empêchés souvent de les bien comprendre et de concevoir comment ils ont pu se produire, et cela leur a donné la tentation, à laquelle ils ont cédé trop souvent, d'en suspecter l'aulhenlicité. Sans nous dispenser de connaître et d'examiner ce qu'ils en ont dit, nous ne discuterons contre eux que lorsqu'il y aura lieu à une sérieuse et utile controverse. Nous procéderons de même à l'égard des historiens de l'astronomie et à l'égard des autres savants modernes qui se sont occupés des hypothèses astronomiques des philosophes anciens. Ces hypothèses seront toujours pour nous l'objet d'un travail entièrement neul, fondé uniquement sur les documents antiques.
TlIALES.
Le plus ancien philosophe grec est Thaïes; car Phérécyde et Acusilaùs ne sont guère que des mythologues; Épiménide n'est guère qu'un mythologue et un thaumaturge, et quant à Or-
roem. l'hilos. et le même. Gesch. d. Ent- tout Zelicr, Die Philos, d. Gr. t. I", 3' éd. rrkkehuKj der rjr. Philos. , j'ai consulté sur- 1 869.
phée, il ne serait qu'un poëte mystique, si, d'ailleurs, les œuvres et les doctrines qu'on lui prêtait n'étaient pas apocryphes.
Né dans la seconde moitié du vii^ siècle avant notre ère, à Milet, ville principale de l'Ionie asiatique, Thaïes se rattachait pourtant à la Béotie, patrie d'Hésiode, par sa famille, qui était thébaine; seulement elle remontait, disait-on, à une origine phénicienne par le fabuleux Cadmus^ Quoi qu'il en soit, Thaïes était un Grec, et ses ancêtres, depuis des siècles, étaient des Grecs. Le fait d'un voyage de Thaïes en Egypte n'est pas suffisamment attesté', mais n'a rien d'improbable. Thaïes n'avait écrit aucun ouvrage^ mais ses doctrines étaient connues par tradition dans fécole d'ionie, dont il avait été le premier chef\
Il pensait que feau avait été l'origine de toutes chosesl H admettait que la terre entière flottait sur feau comme un navire, et que les agitations de feau qui la portait causaient les tremblements de terrée Dans le premier de ces deux points de
Tel est le sens des témoignages d'Hérodote , de Démocrite et d'autres auteurs anciens, comme le montre Zeller, t. I", 3' éd. p. 166, note 1. Comparez Decker, De Thalete, 1, 11, p. 9-16 (Halle, i8G5, in 8").
Excepté le témoignage d'Hiéronyme de Cardie (dansDiogène de L. , I, wvji), contemporain d'Alexandre, tous les autres sont postérieurs à l'ère clnélienno. V^ovez Zeller, t. I", 3* éd. p. 1G9, noie 1.
Aucun écrivain sérieux, dans l'antiquité, ne cite de lui aucun ouvrage comme authentique. Le poëme astronomique composé sous son nom était apocryphe , comme celui qu'on attribuait à Hésiode. Voyez Thomistius, Disc. XXVI, p. 3i7 (Paris, 1684. in-fol,), et Plularque, Oracles de la Pythie, ch. xviii.
* Sur la personne de Thaïes, voyez Zeller, 1. 1", 3' éd. p. 1G5-169.
' Voyez Aristole, Mclaph. A, m; Théophraste dans Simplicius, Phys. T. 6 a (Aid. ) ; Cicéron , Acad. pr. Il , xxxvu ; Sénèque, A^. Q. III, xMi; S. Jnslin M. Exhorl. aux Hellènes, p. 7 (Bcned.); Plutuque iS/rom.dans Eusèbe, Prcp.cv. t. I,ch. viii. p. 22 B (Vigier), etc. Conq)uez Brandis, Ilaudb. (i835), t. I'", p. ii/i-i i5, et Gesch. etc. (18G2), t. I', p. 47-48.
" Voy. Aristote, Mclaph. A , ni , p. 980 t>. 1. 2 1-32; Du ciel, II, xiii,p. 294 a, I. 28- 34 (Berlin); Sénè(|ue, N. Q. VI, vi . et III, XIII ; le faux Plutarque, III, xv,S i,el le faux Galien, t. IV, p. /,33, I. 4i (éd. gr. Bàle).
la doctrine de Thaïes, il est aisé de reconnaître, avec Aristote, la croyance d'Homère sur l'Océan, père de toutes choses; et, dans le second point, il est aisé aussi de reconnaître la vieille croyance poétique et populaire sur Poséidon, soutien et agitateur delà terre'. Oaelle forme Thaïes donnait-il à la terre flottante? Aristote ne le dit pas. Suivant Sénèque'\ c'était la /orme circaluire [orhis], c'csl-à-dirc celle d'un disque, et non la forme d'une houle [(jlobu^). Une compilation faussement attrihuée à Plutarque^ dit que, suivant certains philosophes, la terre, portée sur les eaux, y est ballottée comme les corps à large surlace plate en forme de planche, zsAoï.TociJLCjoSyj^^ : Thaïes n'est pas nommé ici, mais on ne voit pas quel autre philosophe le compilateur aurait pu avoir spécialement en vue. Cependant la même compilation, dans un autre passage ^ dit que, suivant Thaïes, la terre était sphériquc. Cette seconde assertion, contradictoire à la première et en opposition avec ce que dit Sénèque, est d'ailleurs beaucoup moins vraisemblable.
Pourtant, si Ton faisait abstraction de la valeur des témoignages, il ne serait pas impossible en soi que Thaïes eût considéré la terre comme une sphère plongée en partie dans feau. Mais, soit qu'il la fît sphérique, ou bien plate et mince, pour que la terre surnageât, il aurait fallu que sa densité moyenne lïit inférieure à celle de feau; et surtout, si Thaïes avait supposé la terre sphérique, comme il est visible que la partie non plongée se compose de substances plus denses que l'eau, il aurait été forcé d'attribuer à la partie plongée une densité moyenne
' Voyez ci -dessus, Mémoire sur la cosinogr. d'Homère et d'Hésiode, S 2 , et Mémoire sur la cosnwgr. après Ilomcre et Hésiode, S 5.
' N.Q. VI, VI. et III, XIII.
^ Op. d. philos, m, XV, S 9.
* C'est évidemment ainsi qu'il faut lire, au lieu de zxaitolvûIïj , leçon fausse, conservée par tous les éditeurs.
' III, X. Comparez Eusèbe, Prép. év.
XV, LVi , p. 85o (Vigler) , et le faux Galieii , t. IV. p. /i33.1. ^1 (éd. gr. Bàle).
beaucoup moindre; mais alors le globe terrestre flottant aurait dû se retourner pour mettre en bas la partie la plus dense. Cependant Thaïes, si, comme nous le croyons, il était peu savant, aurait pu ne pas voir cette dillicidté insoluble. Si nous supposions pour un instant que telle eût été son opinion, ce pourrait être k elle que se rapporterait une représentation du monde, décrite par Héron d'Alexandrie ^ Cette représentation consistait en un vase hémisphérique de verre, rempli d'eau, dans lequel plongeait à demi une boule légère, et auquel on donnait pour couvercle un autre vase hémisphérique égal, mais vide et renversé, dont la concavité était fermée en bas par un diaphragme métallique, percé d'un trou circulaire au milieu pour maintenir au centre de la sphère totale la boule flottante. Sans parler de la forme de la terre, Simplicius'^ dit que, dans la mythologie égyptienne, on représentait la terre portée sur les eaux, et que c'était là que Thaïes avait pris cette hypothèse. Mais nous avons vu ^ que cette idée n'était pas étrangère non plus à la mythologie grecque. 11 me paraît plus que probable qu'au lieu de reproduire une conception égyptienne, Thaïes avait suivi la tradition grecque, mais qu'Héron d'Ale.xandrie, entouié d'Egyptiens, avait voulu représenter fhvpolhèse égyptienne plutôt que celle de Thaïes, et le témoignage de Sénèque, plus croyable que celui du faux Plutarque, qui est d'ailleurs peu d'accord avec lui-même, nous autorise à penser que f hypothèse de Thaïes di Aérait de Thypothèse égyptienne précisément en ce que le philosophe grec donnait à la terre une surface plane suivant la vieille croyance grecque, conservée, après Thaïes, par Anaximandre et par Anaximène.
' Pneumaliqaes , p. 198 [Mathein. vet. Paris, 169,3, in-folio).
- Du ciel, II, XMi, p. -233 a, 1. i^-iO, Hypotliès 'S.
Cl h, I. 3()-42 (éd. Karstcn, Utrccht, i8(35, gr. in-4"). — ' Ménwire sur la cosniofjraphie grecque après Homère cl Hésiode, S 5.
][ paraît que, suivant Thaïes, la terre, bien que flottante, restait toujours au milieu du monde'; maison ne dit pas par quoi il l'y supposait maintenue. Certains textes"^ semblent indiquer qu'en réunissant les eaux du fleuve Océan, élargi à l'infini, avec celles de Poséidon, c'est-à-dire en réunissant les eaux d'une immense mer extérieure avec celles de la Méditerranée en une seule nappe d'eau, sur laquelle le disque terrestre, échancré par la Méditerranée, était flottant. Thaïes avait donné à cette mer unique et à l'hémisphère céleste au-dessus d'elle une étendue sans bornes au delà des bords circulaires de la terre, i[ui occupait le milieu de la surface des eaux sous le point culminant de la voûte du ciel. Si telle était la pensée de Thaïes, c'était là un progrès notable par rapport aux notions d'Homère, d'Hésiode et de Phérécyde, qui admetlaienl que la terre, entourée par le fleuve Océan , avait un contour presque égal au contour extérieur de ce fleuve circulaire, supposé peu large, et au contour de la base de la voûte céleste: opinion vulgaire, dont nous avons constaté^ la persistance bien des siècles après Thaïes.
Quant aux autres opinions de ce philosophe sur Tordre du monde, la plupart des témoignages qui nous les Font connaître ont peu d'autorité par eux-mêmes : il ne Faut donc pas les admettre sans examen, mais il Faut encore moins les rejeter tous sans discussion, comme le fait M. Zeller\ en affirmant qu'ils sont contradictoires entre eux ou avec des points bien établis (le la doctrine de Thaïes. Nous allons voir que cette réprobation est trop générale, et que, parmi ceux de ces témoignages
' Voyez le faux Plutnrque, III, xi. cl ' Mémoire cité, SS 2-4- [Ac. ilcs inscr.
leriuxGalien, l. IV, p. ^3:^,1.29. t. XXVIII, 2* partie).
* Ceux de Stnèque, .V. (J. VI, vi , du * Die Philosophie der Griechen, t. I", 3*
faux Plnt>n|ue. III, xi et xv , cl du faux éd. p. 177-178. (ialien.t, IV, p. ^33, I. 29.
qui concernent l'astronomie de Thaïes, si plusieurs doivent, en effet, être rejetés, d'autres doivent être acceptés, les uns comme certains, les autres comme vraisemblables.
D'après ces témoignages'. Thaïes croyait que tous les astres étaient de nature terreuse, mais incandescents. Il supposait sans doute que le soleil, la lune et tous les corps célestes se levaient en sortant de la nier immense sur laquelle la terre surnageait, et qu'à leur coucher ils se replongeaient dans cette mer. Pensait-il que leur course do chaque jour se continuât circulairement par-dessous la terre dans les profondeurs de cette mer, au milieu de laquelle la terre était une île flottante? Alors les masses terreuses et incandescentes des astres auraient dû s'y éteindre, et il aurait fallu expliquer comment elles se ralbamaient à leur sortie. Thaïes devait croire plutôt, comme tant de vieux poètes grecs '^ et comme les Égyptiens ^ qu'après s'être plongés un instant dans cette mer, les astres y surnageaient à demi éteints, et qu'ils y naviguaient du couchant au levant en passant au nord de la terre, dont les hautes montagnes septentrionales devaient nous les cacher.
Thaïes savait que la lune est moins éloignée de nous que le soleil, et que celui-ci s'éclipse pour nous quand elle passe directement entre nous et lui\ Quelques écrivains de peu d'au-
' Voyez Stobée, Ed. ph. I , xxv , p. 5o6 , el I , XXVI, p. 5o8 (Heereii) ; le faux PJutarque, III, XIII ; le fauxGalien, t. IV, p./|3o, I. A3 (éd. gr. Bàle), et Achillès Taliiis, Irilr. aux Phén. cli. xi , p. i33 (Pélau, Uranol. iG3o).
Voyez ci-dessus, mémoire cilé, S 3 [Ac. des inscr. t. XXVIII, 2' p.).
\ oyez le Rituel funéraire, commentaire hiéroglypliifjue sur le verset i5. avec les explications de M. de Kougé ( /{er«c «r-
chéol. 1860, p. 2A3-24-''i). Sur le navire du soleil, représenté par les Egvptiens, comparez Clément d'AI. Strotn. V, p. SfiGC (Paris, 16A1, in-lblio).
* Voy. Eudème, dans Théon de Smvrne, Astron. cl). XL, p. 32 4 (Marlin), et dans Analnlius [Bihliothcca grœca de Fabricius; anc. éd. III, xi, t. 11, p. 277); Simplicius, Sur les calcgories , f. 48 E (Bàle, 1551, in-fol.); Cicéron, Rcp. 1, xvi; le fa'ix Plularcpie, II, \xiv; Stobée, Ed. ph.
torité' disent seuls que Thaïes savait que la lune tire du soleil sa lumière, et Stobée" seul range Thaïes parmi les philosophes (pii ont dit que la lune s'éclipse quand elle passe dans lombre de la terre au moment où la terre est interposée entre elle et le soleil. Au contraire, Eudème\ bien plus digne de foi, assure qu Anaximène, après l'époque de Thaïes, fit le premier cette double découverte. En effet, elle est inconcihable avec l'hypothèse de la terre portée par une mer immense dans laquelle les astres se plongeraient à leur coucher, puisque, suivant cette hypothèse de Thaïes, le soleil n'aurait pas pu, du fond de la mer, illuminer la lune pendant la nuit; et, de même, si, pendant la nuit, le soleil retournait du couchant au levant en naviguant sur la mer par le nord, jamais la terre, île flottante, n'aurait pu s'interposer alors entre le soleil, qui naviguait autour d'elle, et la lune, haute dans le ciel, de manière à empêcher celle-ci de recevoir les rayons du soleil dans cette position, où pourtant elle s'éclipse souvent. Ne pouvant pas expliquer ainsi les éclipses de lune. Thaïes croyait probablement, comme les Clialdéens\ qu'une des deux faces de la lune était obscure, tandis que fautre était lumineuse par elle-même, et que les éclipses de lune résultaient d'un retournement extraordinaire
1 . XXVI, p. 528 (HeereJi), et le laux Galion , U,st. plulos. t. IV, !>. 43 1, 1. 35 (CEuvres, é<l. gr. de Baie).
' Stobée, Ed. pli 1 , vxvii , p. 36o (Heeren); le Hiuv Plu laïque. H, xxviii, et Jean «le Lydie , Des mois, 111, viii.p. 36, l. 17- 18 (Bekker).
' Le.
' Dans Théon de Sniyrne , Astr. cli. xi- , p. 32^ (Mnrtin).
* Voyez Cltomède, Mctvor. II, iv, p. 122 (Bake) , et dans Stobée, Ed. ph. I, \\\ii, p. 506-568 (Hcercn); Lucrèce, V,
730-740; Apulée, De Deo Socrutis, t. II, p. 1 1 7 (éd. Oudendorp et Bosscha , Leyde , 178G-1823, 3 vol. mil"). Comparez Vi- Iruvc, Ardul. IX, 11 (al. iv), t. 1", p. 2/17 (Schneider) , qui n'a pas bien conipris celte fausse théorie des Cbaldécns. Saint Augustin [De Gènes, lul litt. 11, xv, S 3i, t. III, p. l^o, Beiied.) et saint Isidore de Sévillc [Orijines, III , lu et lvmi) l'ont bien comprise; mais ni l'un ni l'autre ne nomme les Chaldéens, et le second l'attribue vagueuient à quelques philosophes, du nombre desquels pouvait être Thaïes.
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et de courte durée, par lequel cet astre nous présentait, en totalité ou en partie, sa face obscure. La même explication pouvait servir à Thaïes pour les phases mensuelles, qui auraient été un retournement lent et périodique de la lune. Mais, sur ce dernier point de sa doctrine, tout témoignage nous manque.
Sur d'autres points, des témoignages existent; mais ils sont obscurs et méritent peu de confiance.
Thaïes se serait fait une bien grande illusion, s'il avait pu se croire assez savant pour déterminer les distances du soleil et de la lune à la terre, et pour conclure ensuite des grandeurs apparentes de ces deux astres leurs (jrandcurs absolues. Mais, avec moins d'audace, il pouvait s'essayer seulement à la tache plus facile de mesurer leurs diamctrcs apparents , cesi-d-dirc de mesurer les arcs de cercle sous-tendus par les diamètres de leurs disques vus de la terre. Thaïes aurait mesuré avec un succès complet le diamètre apparent du soleil, s'il fallait en croire Apulée. Mais ce platonicien, postérieur de huit siècles îi Thaïes, ne se réfère à aucun document antique, et tant s'en faut qu'il soit lui-même une autorité bien sûre en ce qui concerne les connaissances astronomiques de Thaïes. Apulée^ vante, comme une des découvertes les plus glorieuses de ce philosophe le plus ancien delà Grèce, celle qu'il aurait faite en trouvant combien de fois le soleil mesure par sa grandeur le cercle (ju'il parcourt, c'est-à-dire évidemment combien de fois l'arc sous-tendu par le diamètre de l'astre est compris dans la circonférence à laquelle cet arc appartient. Apulée ajoute que le nombre trouvé par Thaïes est le nombre vrai, nombre qu'/Vpulée lui-même a vérifié par fexpérience. Des deux méthodes grecques pour mesurer le diamètre apparent du soleil, celle qu'Apulée a employée dans cette vérification en croyant opérer
' Florida , IV, xviii, t. II, p. 90 (éd. Oudendorp et Bosscha),
comme Thaïes, esl sans (loiilo la plus ancienne et la plus simple, celle dont on rapportait l'invention aux Egyptiens \ et qui, seule employée par les astronomes grecs jusqu'à l'époque d'Hipparque"^, rosta la plus usuelle même après cette époque^ : elle ne demandait aucun instrument autre que la clepsydre, connue de très-bonne heure en Grèce pour la mesure du temps'*. En constatant , au moyen de la clepsydre, le temps que le disque du soleil levant met à monter tout entier sur l'horizon depuis l'apparition du premier ])oint de ce disque lumineux, et en conq)arant ce temps avec la durée coniprise entre deux passages consécutifs d'une même étoile fixe par un même point de l'horizon'^, Arislarque de Samos^ avait trouvé que ce temps est la -J20'' partie de cette durée d'un jour : de là il avait conclu que l'aie sous-tendu parle diamètre solaire est environ la 720" partie de la circonférence du cercle que le soleil décrit, c'està-dlie que C(^l arc est à peu près d'un demi-degré. Un texte obscur et altéré sullira pourtant pour nous montrer que c'était bien cette même évahiation d'Aristarque qui était attribuée à Thaïes par cei tains auteurs, suivis sans doute par Apulée. Lorsqu'un expérimentateur peu habile sait davance ce qu'il veut
' VovczCIcomède, 3/c7t'or. II, i, j). (^3 (Bake), Pt Nicc|)liore Blt-mmicle, Phys.
XX\I, S lo, j>. 3o7 (VVcgoliii), ou col.
125/i (Migiio).
' \ ovcz Ptoléméc, Gr. comp. math. V, XIV, f. I'. j). 339-3^0 (Ilalnia); lliron. dans Piorlus, Hypolyp. p. 107 (Halma), et clans Pappus, Sur PtoléiiifC, Gr. comp. math. \\ XIV, p. 261-2G2 (Bàlc).
^ Voyez Cléomède, II, i, p. 92 93 et <)9-iOO (Bake), et MarlianusCapella. \ III, Dccci.viu et DCCCLX, p. 6G9 et 67 1 (Kopp).
* Voyez Julius Pollux, Onom. \I1I, v.
S 16, p. 860, avec les notes 8961 97; Mil,
i\, S ii3, p. 935, avec la note 60; IX. XV, S 61, p. 1218 (Amsterdam, 1706, in- Iblio); Harpocralion , au mot Aiafxsfzs- Tprjuévij, etc.
* Hipparque montra l'inexactitude d( ce procédé. Voyez Plolémée, Gr. comp.
malh. \\ XIV. t. I", p. 3\o (Halma). et Pappus, ad h. l p. 2G 1-262 [Comm. sur riol.éd. gr. Bàle).
* Voyez Arcliimède. "^afiixhrj? , p. 32 1 (Torelli). Une mesure un peu différente est donnée par Cléomède, Météor. II, i, p. 92-93 et p. 99-100 (Bake).
trouver, il arrive ordinairement que, même de bonne foi, il le trouve. Employant le procédé défectueux d'Aristarque, Apulée a cru avoir vérifié cette mesure, obtenue déjà, disait-on, par Thaïes et donnée certainement par Aristarque comme invariable. Par un procédé meilleur, Hipparque découvrit que le diamètre apparent du soleil sous-tendait un arc plus grand qu'un 720*^ de circonférence, et que ce diamètre apparent, et surtout celui de la lune, avaient des variations résultant des changements de la distance de ces astres à la terre'. Mais il est très-probable qu'on avait tort de faire remonter jusqu'à Thaïes la mesure, d'ailleurs inexacte, qui appartenait à Aristarque, postérieur de trois siècles et demi à Thaïes.
Suivant le sens qu'on prête ordinairement à une phrase étrange de Diogène de Laërte, certains auteurs auraient fait honneur à Thaïes d'une entreprise bien autrement hardie pour son temps : ces auteurs auraient dit que ce philosophe avait mesuré les rapports entre les ijrandeurs absolues du soleil et de la lune; ce qui aurait supposé évidemment la mesure des rapports entre les distances de ces deux astres à la terre et la comparaison de ces rapports avec les diamètres apparents de ces deux astres. [Postérieur d'un siècle à Apulée, qui ne ])réte à Thaïes que la connaissance du. diamètre apparent du soleil, Diogène ^ d'après les manuscrits et la plupart des éditions de son ouvrage, dirait que, suivant (piehiucs hommes, Thaïes, le premier, aurait déclaré (pie la grandeur du soleil est un 720' de la (jrandeur de la lune. Choqués de cette absurdité, Isaac Casaubon et Ménage^ ont proposé d'aj^porter au texte certains changements
' Voyez Plolémée, Gr. comp. math. V, XIV, t. I, p. 339 (Halma). Ce fut avec la dioplre qu'Hippanjue mesura les arcs soustendus par les diamètres apparents du so-
leil et de la lune, et fju'il en constata les variations.