II, CLXX
Hymne à Délos, v. 2G 1 .
Voyez M. Lcbègue, Recherches sur Délos, ^. 37 (Paris, 187G, in-8°).
" Hymne à Apollon, v. 5(}.
'■ Au mol TÇiO/^àev.
'^ V. Juiius. Poil., On. I, cxLiv, p. 98.
rnojea, zsXrffivv, des rayons, uvi^fiiSes ou }cvi](jLOn, et des jantes, dyl/ïhçK Mais remarquons d'abord qu'en nommant Tpdp(^05 l'objet auquel il compare l'enveloppe de chaque astre, Anaximandre a pu donner tout simplement au mot Tpoyos le sens de disque, et que c'est peut-être ainsi que l'a entendu Plutarque"" lorsque, en exposant cette opinion d'Anaximandre, il a remplacé le mot Tpoy^os par le mot kvxXo^. Pourtant ce mot K^fxXos signifie aussi roue^, et il est probable qu'en employant le mot Tpôyos, x\naximandre avait songé à une roue; mais ce n'était certainement pas à une roue de char [otpfia), avec rayons et jantes, qu'il avait songé : c'était certainement à une roue de (fiariot antique (àaa?a), roue pleine [tympannm) , sans rayons et sans jantes, disque percé seulement au centre pour donner passage à l'essieu (a?<yr)\ Sur ce point, le texte d'Anaximandre, probablement fort court, avait dû cependant être clair pour ses disciples, qui entendaient les explications du maître; mais il avait dû devenir obscur pour les lecteurs, qui, surtout au bout de quelques siècles, ne comprenaient plus ce que signifiaient ces grandes enveloppes des astres, dont nous croyons avoir retrouvé le secret, expliqué plus loin. Voilà ce qui peut contribuer à nous faire conq)rendre comment Achillès Tatius, le faux Plutarque, le fauxGalienet Slobée ont pu, comme nous allons le voir, s'imaginer faussement que ces enveloppes.
' \()ycz Julius l'ollux, Onom. LcxLiv- 'XLV, |>. f)8-()() (AiDst. 170G, in-lolio), et comparez Hicli, Dictionnaire des anliquitt's romaines et grecques, an mol currus, et les li^'ures, p. 2 16-21 y (Irad. fr. ).
" Slroniates, dans Kusèhe, Prép. év. I. VIII , j>. 23 C (Vigior).
Voyez xOxXoî, au sinLriilier, signi fiant roun , dans V Iliade, XXIII, 3/»o, et le pluriel xî»xÀa pri-* en ce même sens dans
V Iliade, \, 722, et XV III, SyS, et chez Hésychius, Lcx. au mot xùxAa.
* Voyez Julius Polluv, Onom. I, ccliii, p. i5o, et Virgile, Geor<j. II, [\Mx , où lo lympunnm du chariot [planstrum) est opposé aux radii du char [currus). Comparez Ricli , Dicl. des antiquités rom.et gr. au mol plaustrum , i\" i , avec les deux figures, p. Zjt) 1-/192, et au mol tympanum, n° 3, p. G87 (trad. fr.).
suivant Anaximandre, ressemblaient à des roues de char avec rayons et jantes, enveloppes qui auraient été bien étranges pour les feux du soleil, pour ceux de la lune et pour ceux de chacune des étoiles. Du moins, malgré cette fausse interprétation du mot Tpà-zos, Achillès Tatius a eu le mérite de comprendre que les feux de fastre, renfermés dans la grande enveloppe, devaient se montrer par un orifice central, c'est-à-dire, suivant son explication , par le trou du moyeu de la roue [zsXviivYf). Mais il a aggravé son erreur d'interprétation, en ajoutant une comparaison, que certainement Anaximandre n'avait pas faite, entre les rayons {Kvv(JiTS£ç) de la roue d'un char et les rayons de lumière [dynlves) divergeant circulairement au sortir du moyeu. Ce qu'il y a de vrai dans le commentaire ajouté par Achillès Tatius à renonciation brève qu'il trouvait chez Anaximandre, c'est que, suivant ce philosophe, le soleil, ce disque brillant que nous voyons, était le feu de fastre, mais vu seulement par le petit orifice ouvert au centre de la grande enveloppe opaque.
Quant à cette enveloppe, comparée pour sa forme à un disque, ou bien, ce qui revient au même, à une roue de chariot antique, enveloppe qui était supposée contenir tout le feu de fastre, elle était évidemment, suivant Anaximandre, un objet matériel, formé sans doute cfair condensé autour de ce ieu, comme Théodoret^ et Stobée^ le disent expressément en parlant des enveloppes semblables données aussi par Anaximandre aux feux des étoiles, astres qu'il croyait, comme nous le verrons, très-petits et très-rapprochés de nous. L'envelopper en forme de disque qu'il attribuait au soleil était supposée par lui vingt-sept ou vingt-huit fois plus grande que le disque visible
' Thérap. IV, t IV, p. 53.) (Sirm( nd). — ' Hd. phys. I, xxv, p. 5io (IKeren).
de cet astre', disque supposé égal à celui de la terre, et l'enveloppe de la lune était, suivant lui, plus grande que les deux tiers de celle du soleil, comme nous l'expliquerons tout à l'heure. L'observation des halos solaires et lunaires, et des petites auréoles qu'on voit quelquefois autour d'étoiles brillantes par un temps légèrement brumeux, avait pu suggérer à Anaximandre, pour le soleil, pour la lune et pour tous les autres astres, l'idée de ces enveloppes, habituellement invisibles. La comparaison entre chacune d'elles et la roue pleine d'un chariot antique, comparaison exprimée sans doute en deux mots dans l'opuscule d'Anaximandre, a été omise dans le texte trop bref des Stromates de Plutarque'^ et dans le texte obscur et vague du traité de saint Hippolyle Contre les hérésies^. Dans ce dernier texte, on lit que ce qui est devenu les astres suivant Anaximandre, c'est un cercle de feu qui, s'étant séparé du feu cosmique, et étant étreint par de l'air, trouve à s'exhaler à travers certains lieux nèhiileux , par où l'on voit les astres. Pour s'exprimer d'une manière intelligil)le, l'auteur aurait dû au moins expliquer que chaque astre est supposé contenu dans un de ces cercles, c'est-à-dire de ces disques creux, et que chacun de ces disques, enveloppe formée d'air condensé et remphe de feu, est un de ces lieux nébuleux qui laissent voir l'astre par une ouverture.
Des deux explications que divers auteurs ont données sur la position de forifice dans la grande enveloppe attribujée à chaque astre par Anaximandre, la seule vraie, comme nous le pensons
' Voyez saint Hippolyle, Contre les hérésies, I, V. p. 17, I. 1 1-12 (Cruice), où il faut lire rrjs jrfs au lieu de tt;* (ys\rivi)s après éTTlaxcii£iKO(Tnr)jL<Tiovct, Théotloret, Tliévfip. I el IV, t IV, p. /»8 A cl 53o D
(Sirmond) ; lefaux Plularque, II , xx o< xxi , et le faux Galien, t. IV, p. /i3i, 1. i3 et 23 (éd. gr. de \\à\c).
^ DansEusebe, Prép. éving. loc. cit.
' I, V, p. 17, 1 6-9 (Cruice).
avec Brandis^ et M. Zeller^ la seule qui ne donne lieu à aucune objection sérieuse, est celle d'Achillès Talius et de quelques autres auteurs qui nous restent à citer. Car il n'est pas vrai que cette explication , combattue à tort par M. Teichmiiller, ait contre elle, comme il le suppose ^ toutes les autorités antiques, excepté Achillès Tatius. En effet, cette explication d'Achillès Tatius, d'après laquelle l'ouverture est au centre de l'enveloppe discoïde, s'accorde parfaitement avec l'explication de ThéodoretS d'après laquelle tous les astres, suivant Anaximandre, étaient constitués par des masses d'air, qui, condensées en forme de dis(jueoude rowe pleine de chariot antique, rpo- -/^oetSws^, et remplies de feu, laissaient échapper leurs flammes par des ouvertures. L'explication d'Achillès Tatius s'accorde également bien avec un passage de Stobée^ presque identique à celui de Théodoret, et avec un passage du faux Plutarque^ qui concerne plus spécialement la lune, mais aussi le soleil. D'après ces textes, la grande enveloppe circulaire est toute pleine du feu qu'on ne voit que par une ouverture étroite. Seulement il est vrai que Théodoret, Slobée et le faux Plutarque ne disent pas expressément où est cette ouverture unique de chaque enveloppe. Le faux Plutarque croit faussement, comme Achillès Tatius, que l'objet de la comparaison est une roue de char, et.
' Handbuch (1er Gesckichte der griechischrœmischen Philosophie, l. I, p. 1 36- 187 (Berlin, i835, in-S").
' 3* éd. l.I", p. 195-196.
^ Studien zur Gesckichte der Begrijfe (1876), p- 18-20 et 55i.
* Thérap. IV, Œuvres, t. IV, p. 53o (Sirmond).
* Nous avons vu plus liaut ce que signifie le molrpoxpeihijs, employé ainsi par Slobée, loc. cit., par le faux Plutarque, loc.
cit., cl par Achillès Tatius, cli i, p. 1 /i i U (Pétau, i63o).
* Ed. phys. I, XXV, p. 5 10.
' II, XXV, S i, première phrase, où il est dit que le cercle entier est plein de feu. Il est vrai que, dans la suite du même paragraphe, après un rcnscigncinont faux 8ur la manière dont Anaximandre expliquait Féclipse de lune, \ienl une compa raison avec une roue dont la junle serait pleine de feu.
en compilateui peu iiilelligeiit, il emploie ici et répète ailleurs^ l'expression de jtmtc creuse et pleine de fea [d-^lSoL Kofkvv xai TrrXr;^); -CT'j^o»] : ce qui ne Teniprche pas d(! dire ici même que ce qui est plein de feu, ce n'est pas seulement la jante, mais le cercle entier de l'enveloppe [xvkXoç). Par conséquent, rien n'indique qu'il place Torifice dans le contour plutôt qu'au centre. L'explication d'AcliilIès l'atius sur la place de l'orifice ne serait pas contredite non plus, mais plutôt confirmée et complétée, par trois vers de Lucrèce où M. Teichmùller^ a probablement raison de reconnaître l'indication d'une doctrine d'Anaximandre : ollrant à ses lecteurs le clioix entre diverses opinions sur les astres, Lucrèce ' formule ainsi l'une de ces opinions, toutes citées par lui sans noms d'auteurs: « Soit, dit-il, « que les ardeurs rapides de l'éther- soient emprisonnées [indu si , , »' et que, cherchant une route, elles se meuvent circulairement « et roulent ça et là leurs feux à travers les temples immenses du " ciel, n Ces trois vers peuvent en effet concerner les enveloj)pes d'air condensé et opaque dans lesquelles Anaximandre rm^r/sonnait [diréKXaie)^ suivant son expression reproduite par Plutarque\ les feux de chaque astre. Ces vers, s'ils se rapportent à Anaximandre, ajoutent que, suivant lui, les efforts de ces feux pour sortir de leur prison produisent la révolution diurne de l'astre autour de fimmensité du ciel.
Si, comme nous l'admettons, c'est de la doctrine d'Anaximandre qu'il s'agit dans ces trois vers, ce n'est nullement à l'iiiterprétalion d'Achillès Tatius sur l'orifice rentrai de fenveloppe que ce texte de Lucrèce est contraire, mais c'est préci-
sèment à finterprétation que M. Teichmûller adopte, interprétation d'après laquelle le grand disque qui contient les feux de chaque astre et qui les laisse voir seulement par un petit orilice situé, suivant lui, sur la circonférence , serait identique avec l'orbite dont la circonférence est parcourue par l'astre. Pour justifier cette confusion entre l'enveloppe supposée de l'astre et forbite qu'il parcourt, que fait M. Teichmûller^? D'al)ord il rejette fexplication si naturelle fournie par Achillès Tatius, appuyée par Théodoret, par Slobée et par le faux Plutarque, et probablement admise déjà par Lucrèce, explication qui concerne tous les astres et par conséquent aussi le soleil, et il s'attache exclusivement à une explication invraisemblable, donnée pour le soleil seul par le faux Plutarque ^ par le faux Galien^ et par Stobée\ auteurs dont le premier et le dernier, comme nous favons vu, ont favorisé aussi fexplication contraire, et dont le second a copié le premier suivant son habitude. D'après ces trois textes, dont l'autorité très-mince est diminuée encore par leurs contradictions sur ce point, le feu solaire serait contenu uniquement dans le contour [TnspiÇépeicc) de cette roue, et le trou par lequel seul on le verrait serait pratiqué dans un(^ des jantes creuses [ày^ïSsç koîXoli) qui formeraient ce contour. Enfin , pour compléter son œuvre d'interprète, M. Teiclinuilier suppose que ce même contour était celui de forbite décrite par l'astre : et le voilà délivré de cette hypothèse importune (fAnaximandre ! Ne pouvant pas f expliquer telle qu'elle est, il s'en (Uspense par une interprétation qui la détruit. Mais cette interprétation est insoutenable; car, comme nous le verrons, de