‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 101 sur 317 · LIVRE I, CH. V. — LA CROIX A PARIS · texte numérisé non relu

LIVRE I, CH. V. — LA CROIX A PARIS

patine était formée par l’encens qui servait à protéger les reliques dans l’antiquité. L’échancrure peut provenir, soit d’une levée qu’on aurait faite pour en distribuer des parcelles, soit d’un assemblage à mi-bois pour en former une croix, peut-être celle qui était placée dans l’étui de Baudouin dont Morand nous a heureusement conservé la figure.

On y distingue la courbure de veines très-foncées sur un fond rougeâtre clair. La couverte ressemble par la couleur aux parties les plus sombres d’une châtaigne. La veine foncée d’un vieux morceau de sapin de France peut donner une idée des parties claires de la section qui correspondent au n° 3 orange du cinquième cercle chromatique de M. Chevreul. Cependant la couleur en est plus vive, plus fraîche. La veine sombre se rapproche plus du n° 19 de la gamme chromatique orangé-jaune du même auteur. On sent à la coupure que c’est un bois tendre avec des veines dures. Les parties tendres sont comme mâchées, les dures sont plus nettement tranchées. On compte trois veines dures sur une largeur de 42”"”.

La longueur de la relique est de 225""", la largeur 42ram & l’épaisseur Il manque au prisme un fragment de 55"”" sur 42"”" & 15“”. D’après cela le cube total est de 220,500""".

40 La seconde relique de saint Louis. — Des trois morceaux indiqués dans l’acte de cession de Baudouin à saint Louis nous avons vu le plus grand ; le second y est désigné par aliam magnant partent, & on n’en entend plus parler que pour apprendre qu’il a été volé.

« En 1575, 10 mab k* vraie croix que l’on exposait, & qui n’était pas le

principal morceau , fut volée, ou plutôt, dit Bonfons, dans ses antiquités de Paris, donné secrètement en gage aux Vénitiens par Henri III, pour une somme très-considérable. On fit faire ensuite pour la retrouver des processions, des recherches, des promesses de récompense.

« Elle ne se retrouva pas ; alors, au mois de septembre , le roi fit ouvrir la grande châsse des reliques, tirer la grande croix & en couper une portion, pour être montrée au peuple , comme on le faisait de celle de saint Louis qui venait d’être volée. En 1576 cette portion de la vraie croix fut coupée & divisée pour en faire une croix de même grandeur, & placée dans une reliquaire semblable.

« Ce 23 février 1576 le roi fit tirer de la grande châsse cinq gros rubis estimés 260,000 écus, & que l’on n’a plus revus à la Sainte-Chapelle. On les retrouva chez des gagistes; & de tristes débats s’ensuivirent sous Henri IV, qui ne put

les retirer, Henri III avait donc volé ces bijoux dont les clefs se retrouvèrent dans sa chambre après sa mort W, »

Notons dans cette histoire que ce n’était pas le principal morceau qui disparut; ce n’était pas la croix de victoire que Morand décrivit en 1790; c’était donc le second donné par Baudouin,

Nous venons de voir que Henri III avait fait faire une croix semblable à celle qui avait été enlevée; ce modèle existant encore en 1790, Morand a pu le décrire ainsi : « Le bois de la vraie croix est en douze morceaux plaqués formant une croix de ip de large sur qtJ i1 de haut, & y!> i1, pour la traverse qui couvre le milieu du reliquaire fort riche. Elle a disparu à la révolution; mais les dimensions nous restent; en les traduisant en mesures métriques, on trouve un développement de 461'™ sur 2jmm de large & par hypothèse iomm d’épaisseur, produisant un volume de 124, 47omjn. «

Levées sur les reliques de Notre-Dame. — La première levée a été faite par ordre de saint Louis en 1249, pour être donnée à des ambassadeurs tartares,

La seconde a eu lieu le 26 juillet 1549. Alors Pierre du Chatel, évêque de Mâcon & grand aumônier de France, qui avait été chanoine de la Sainte-Chapelle, apporta aux trésoriers & chanoines une lettre du roi Henri II, par laquelle il leur mandait de lui envoyer un morceau de la vraie croix, de la couronne d’épines & de la robe de pourpre,

« En conséquence, la châsse des reliques fut ouverte le lendemain, & l’on coupa au pied de la grande croix double un demi-doigt du bois de la croix , de la grosseur de cinq grosses épingles, un morceau de la couronne d’épines & de la robe de pourpre ; le tout fut mis entre les mains de l’évêque qui en signa une cédule au bas de l’inventaire des reliques.

« Depuis cette époque , il 11’a été coupé du bois de la vraie croix que quatre fois : la première au mois de septembre 1575, pour remplacer la croix qui fut volée ; la seconde au mois de juin 1672, pour faire un reliquaire au duc d’Anjou; la troisième le 10 juillet 1749, pour l’infant d’Espagne; la quatrième le 2 avril, pour la chapelle de Choisy-le-Roi, dont on venait de faire la dédicace <2>. »

y La croix de victoire , — Nous avons vu deux des croix cédées par Baudouin. La troisième est indiquée par ces mots : crucem triumphalem, dans l’acte de cession.

(0 Morand, p, 193.

{2) Morand, p* 191.

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