LIVRE I, CH. V. — LA CROIX A PARIS
C’est la croix faite par sainte Hélène, pour être portée à la guerre par son fils. En décrivant les relicpies de la Sainte-Chapelle, l’auteur n’en indique malheureusement pas toujours les mesures; ainsi la croix de victoire figurée dans sa gravure en forme de croix, couverte de pierres précieuses & destinée à être portée sur la poitrine, ne devait pas avoir plus de io à 1 1 centimètres; &, quant au morceau de la vraie croix , il n’est pas probable qu’il fût plus grand que les célèbres croix de Justin & de Constantin que j’ai vues à Rome.
6° La croix de Bourbon. — Morand, dans cet inventaire, parle d’une croix dite de Bourbon, en placage, composée de quatre morceaux, ayant 23 y""1 de haut, lyo'mn (je longueur à la traverse, & 23""" de largeur de bois ; en supposant son épaisseur de i™1", on trouve un volume de io,i2 5m,n. Elle n’existe plus.
70 La croix Palatine. — Le trésor de Paris possède encore un morceau considérable de la vraie croix en forme de croix à deux traverses, connue sous le nom de croix Palatine. Sa plus grande longueur est de 200™“ ; la grande traverse a 90™'", & la petite 65. La largeur du bois est de 13™'"; on ne peut pas bien voir son épaisseur à cause des glaces qui la recouvrent, mais elle paraît avoir au plus 2mm 1/2; en la supposant de cette épaisseur comme celle de Bourbon-l’Archambault, on trouverait un volume de 10,692"’™. Sa couleur, autant qu’on peut la distinguer, n’est pas uniforme; quelques parties sont complètement noircies par le temps, d’autres sont rougeâtres ; on voit les petits grains du bois, mais sans aucunes veines (Pl.X).
Elle provient d’Anne de Gonzague de Clèves, princesse de Mantoue & de Monferrat, veuve du prince Édouard de Bavière, prince palatin du Rhin, qui la laissa par testament à l’église de Saint-Germain des Prés à Paris. « Je donne, y disait-elle, le clou de Notre-Seigneur, avec tous les papiers qui en autorisent la vérité & la permission de l’adorer, aux pères bénédictins de l’abbaye de Saint- Germain des Prés; je leur donne encore ma croix de jnerreries avec la sainte vraie croix, que j’atteste avoir vue dans les flammes sans brûler. Cette croix est double comme celle de Jérusalem, & il y a une double croix d’or avec des gravures de lettres grecques. »
La princesse Palatine l’avait reçue en présent de Jean Casimir, roi de Pologne, qui l’avait tirée du trésor de la couronne & apportée avec lui lorsqu’il se retira en France.
On dit que cette croix avait appartenu à l’empereur Manuel Comnène. — Elle
est doublée par une croix en vermeil portant une inscription grecque dont voici la traduction :
Jésus — Chris tus,
Qui cruci aJJixus exaltant hominum naturam, scribit Comnenus Alanuel imperator .
(Dom Brouillard, p. 313.) \
Au mois de novembre 1793, quelques jours avant la spoliation du trésor de l’abbaye, M. Roussineau, ancien curé de la Sainte-Chapelle, retira ces précieux restes du riche reliquaire où ils étaient enchâssés, & les déposa dans une petite boîte qu’il enveloppa soigneusement de rubans scellés de son sceau & de celui de dom Lieble, prêtre, bibliothécaire de l’abbaye. Il les fit reconnaître en 1797 par M. de Dampierre, alors vicaire général de Paris, & les conserva jusqu’à sa mort en 1827. La boîte fut, d’après le désir qu’il en avait exprimé, remise à Mgr de Quélen, qui reconnut les sceaux de M6'' de Juigné, que M. de Dampierre y avait apposés en 1797 W.
Il se trouve peu de portions de la vraie croix plus considérables & mieux attestées; car, dit dom Brouillard en 1724, dans l’histoire de l’abbaye de Saint-Germain des Prés, outre les procès-verbaux & les autres titres, les lettres grecques sur la croix d’or qui la double marquent l’antiquité de l’inscription & la vérité de la relique (*).
8° Abbaye de Saint-Denis. — Après la Sainte-Chapelle, le trésor le plus riche en reliques était celui de l’abbaye de Saint-Denis. Dom Felibien décrivant ce trésor mentionne « une croix toute d’or couverte de rubis, de saphirs, d’émeraudes, & entourée de perles orientales, dans laquelle est enchâssé un morceau de la vraie croix, de la longueur de un pied, qui fut ou donné en 1205 par Baudouin à Philippe- Auguste (J) , ou prise par ce roi en compagnie de Richard au siège de Saint-Jeand’Acre (4) ; » l’auteur parle aussi d’un crucifix fait du bois de la vraie croix & travaillé des propres mains du pape Clément III, qui en fit présent à Philippe-Auguste. L’auteur consacre six planches à représenter les incroyables richesses du trésor de Saint-Denis.
Il y avait encore d’autres morceaux de la vraie croix dans plusieurs magnifiques
(1) Gosselin, p. 73.
(2) Gosselin, p. 66.
(3) D. Felibien, Histoire de V abbaye de Saint-Denis 3 p. 536.
(4) Morand, p. g.