LIVRE I, CH. VII. — LA CROIX EN EUROPE
Quant au morceau laissé dans la tour, un noble Allemand nommé Fradeskins, grand amateur des objets & monuments antiques, qui avait rendu beaucoup de services à Jacques Ier, lui demanda ce bois & l’obtint. Mais ce fait parut si grave aux grands du royaume, qu’ils en portèrent plainte au roi. Celui-ci fit appeler Fradeskins & lui dit qu’il ne consentait à lui laisser la relique qu’à la condition que rien n’en serait enlevé, & qu’à sa mort elle serait restituée au trésor royal ; ce qui eut lieu en effet. J’ai rapporté cette circonstance pour montrer quelle importance on y attachait, personne ne doutant que ce ne fût du bois de la vraie croix.
La guerre civile ayant mis tout en confusion du temps de Charles Ier, la reine son épouse, mère de Charles II & de Jacques II, se proposant de fuir d’Angleterre en Hollande, puis en France, demanda au roi de lui accorder le bois sacré. Une grande tempête s’étant élevée pendant la traversée, la reine, pour faire cesser le danger, jeta la relique à la mer. On prétend que plus tard elle fut retrouvée & donnée à des capucins.
Après la mort du P. Champion, on constata que cette relique, déposée dans sa chambre, avait un pied de long & était grosse comme le poing. Le père provincial en coupa un morceau, long comme le doigt, & assez gros pour pouvoir être fendu.
En 1702, l’autre croix n’avait pas quitté le collège des jésuites à Gand. Une parcelle en fut détachée cette année pour l’abbesse de la Cambre, & une pour l’archevêque de Mali nés.
Deux autres petites portions passèrent aux jésuites de Courtrai & d’Oudenarde.
Mgr Wandernootenfit enlever dix parties qu’il destina, savoir: deux à l’évêque, cinq au père recteur, une à Sigers, secrétaire de l’évêque, une au lecteur de l’ordre des frères mineurs recollets, gardien du couvent à Malines, une à François Desmet, chanoine.
En 1707, une parcelle est donnée au R. P. de Pape, de la société de Jésus.
— 1716, une à la comtesse Gérard, duchesse de Norfolk, par Mer Wandernoot.
— 1717, une à l’évêque d’Anvers.
— 1727 , une à un couvent anglais de Gand, par Msr Wandernoot.
— 1730, Mgr Desmet enlève un morceau oblong.
— 1773, Msr Van Eersel soustrait encore quelques parcelles.
— 177 3, la relique est donnée au chapitre de Saint-Bavon, ou du moins Msr Van Eersel fait enlever quelques parcelles, entre autres une de 9 pouces, pour le chapitre de Saint-Bavon.
On en a récemment détaché un morceau de 2'"'" d’épaisseur dans toute la longueur de la pièce principale; il sert pour l’office du vendredi à la cathédrale & aux processions des Rogations. La manière dont ces enlèvements ont été faits indique bien que c’est un bois résineux. Cette relique porte donc avec elle tous les caractères de la plus respectable authenticité. Dans son état actuel, le bois a 280111™ de longueur, 44"™ de largeur moyenne, 40'"'" d’épaisseur à la base ; réduit dans le haut; d’un volume évalué à 431,200'""', il paraît fendillé à la manière des conifères.
Restauration de la relique originaire. — Au moyen de toutes ces données, je vais essayer de reconstituer la relique principale de la tour de Londres, d’où sortait celle de Gand. Nous venons de voir qu’en 1702, dix parcelles en avaient été enlevées ; si l’on admet qu’elles ont pu se répandre dans le pays & fournir les reliques de Saint-Pierre de Gand, de Fûmes, Walcourt, Tournai, qui cubent ensemble i4,ooo",in pour quatre reliques, on peut en conclure par une proportion que, moyennement, les dix parcelles enlevées par Mer Wandernoot cuberaient 35,000""".
Quatre autres parcelles avaient été enlevées la même année ; en leur supposant des dimensions qui devaient être notables, car on n’épargnait guère alors cette insigne relique, livrée pour ainsi dire au pillage, il n’y a rien d’exagéré à évaluer le volume des quatre parcelles à 8,000""".
Sept furent prises de 1707 à 1775; malheureusement on n’indique pas leur volume, mais elles durent être moins considérables à mesure que la source diminuait ; il s’en trouva cependant une de 9 pouces de long. C’était probablement un éclat comme celui de 2™" d’épaisseur enlevé récemment, que l’on peut supposer de 5™" de largeur, & d’un volume de 2,800™'". Comptons pour toutes environ 15,000™".
Si au volume total actuel que nous venons de trouver égal à. . 431,200"™
on ajoute le dernier morceau de. . . 2,800
les dix levées de 1702, évaluées. 35?000
quatre de 8,000
les sept autres de 1707 à 1775, à 15,000
on trouve un cube total pour la relique telle qu’elle fut donnée au
P. Luther 492,000™"
Nous voici bien près de la relique de la tour de Londres dont ce morceau faisait partie. II est probable que c’est en le fendant qu’on l’a détaché; car on ne doit pas oublier qu’il était dans un sac de toile, & pour dissimuler la