LIVRE II, CH. I. — LES SAINTS CLOUS
vait au couronnement des empereurs. Saint Ambroise, faisant allusion à cette couronne, disait qu’un clou sacré avait ceint la tête de l’empereur dont il faisait l’oraison funèbre. Juste Fontanini, qui l’a décrite, présente comme preuve de son authenticité le nom même qu’on lui donne. La couronne principale est d’or pur orné des pierres les plus précieuses ; & cependant on la nomme la couronne de fer, pour montrer que dans cette circonstance le fer est plus précieux que l’or, malgré son faible poids.
La couronne d’or est trop petite pour entrer sur la tête, elle ne peut en couvrir que le haut; elle est ouverte, a trois doigts de hauteur, sans rayons, branches ni rameaux, ce qui prouve son antiquité.
La lame de fer attachée à l’intérieur a i Ç‘™ de hauteur, environ 5 14'”™ de développement; son épaisseur, imm 16, calculée d’après son poids, qui est de 3 onces; son volume environ de 9,000'"™ W.
Paris. — Notre-Dame. — Le clou de Notre-Dame, de 90™'" de longueur, n’a pas de tète; sa pointe méplate est intacte. La forge en est grossière. Un ou deux mois avant notre visite du 12 juillet 1D65 , un accident arrivé au reliquaire en ht briser les glaces. Le clou resta à nu, & c’est dans cet état que j’ai pû l’appliquer sur une feuille de papier, en suivre les contours avec un crayon &, au moyen des quatre projections ainsi obtenues, modeler une copie fidèle.
11 était autrefois à Saint-Denis P). « 11 vient de Charlemagne, qui le reçut de l’empereur Constantin V avec plusieurs autres saintes reliques qu’il fit mettre dans la belle église bâtie par lui en l’honneur de la mte Vierge Marie à Aix-la- Chapelle, d’où l’empereur Charles le Chauve, son petit-fils, les fit transférer en France & placer honorablement dans l’église de Saint-Denis. »
Bosio, qui écrit en latin, cite ainsi en français un passage des Grandes Chroniques de France, du grand roi Charlemagne, par Nicole Gilles :
« Au retour de Jérusalem le dict Charle-Magne passa par Constantinople, & lui fîst le dict Constantin, empereur, offrir de grands présens & trésors d’or, d’argent, & de pierres précieuses. Mais le dict Charle-Magne qui avoit empris le dict voyage pour l’honneur de nostre seigneur Jesu Christ, ne voulut avoir de son travail & labeur nulle rémunération temporelle, & n’en voulut riens prendre : mais il demanda au dict empereur aucunes reliques de la Passion de Jesu Christ & de ses saincts. A ceste cause, le dict empereur de Constantinople luy donna ung des
(1) Fontanini , De corona ferrea7 ijïj.
(2) Mille 16385 p* 86,
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clous de quoi nostre seigneur Jesu Christ fut crucifié; des espines de sa couronne, laquelle en sa présence florist miraculeusement, & grande partie du fust de la vraie croix. »
Guillaume de Nangis, contemporain de saint Louis, raconte dans la vie de ce roi que, le 17 février 1232, on montrait au peuple le saint clou, qui tomba de son reliquaire & fut perdu dans la foule. Le roi & la reine mère en eurent un profond chagrin, & saint Louis dit qu’il aurait mieux aimé avoir perdu une de ses plus grandes villes. Le deuil était général dans toute la population ; on fit annoncer dans toutes les places de Paris qu’on accorderait une récompense à celui qui le rapporterait. Enfin, le P1' avril, il fut heureusement retrouvé dans une masse de ferraille où l’avait jeté la femme d’un forgeron, après l’avoir ramassé dans l’église comme un objet de peu de valeur. On l’exposa de nouveau le vendredi saint (h.
En 1370, Charles V en offrit au pape une petite partie.
En 1384, Clément VII donna cette parcelle au duc de Berri, qui l’attacha à un clou de fer ordinaire & l’enchâssa dans un riche reliquaire en cristal.
En 1397, Charles VI fit faire un reliquaire du prix de 2,000 écus d’or (2).
En 1445, ce clou & l’épine, transférés à Bourges par Charles VII pour les soustraire aux Anglais, furent rapportés à Paris, &, le troisième jour, rendus à Saint-Denis.
Le icr mars 1672, il fut porté à Saint-Germain en Laye pour le faire toucher à une fille du roi qui était malade.
Lors de la Révolution, il fut présenté à la Commission temporaire des arts. M. Lelièvre, depuis membre de l’Institut & inspecteur général des mines, membre de cette commission, obtint la permission de prendre ce saint clou comme un objet de minéralogie qu’il voulait examiner & analyser. Il le remit en 1827 à l’archevêché de Paris, en assurant avec serment que c’était véritablement le saint clou sorti du trésor de l’abbaye de Saint-Denis & sauvé de la profanation en 1793.
Gosselin (3) dit qu’il existait en 1828 deux clous à Notre-Dame, l’un provenant de l’abbaye de Saint-Denis, dont nous venons de parler, l’autre de l’abbaye de Saint-Germain des Prés. Celui-ci avait été légué en 1684 à l’abbaye parla princesse Palatine. Je me suis assuré qu’il n’en existe plus qu’un dans le trésor de Notre- Dame (PI. XX).
Rome. — Sainte- Croix-in- Jérusalem. — Le clou que l’on voit dans cette basi-
(1) Gretzer.
(2) D. Felibien.