LIVRE II, CH. III. — LA COURONNE D’ÉPINES. 30i
Baillet (*), sur la foi de Guillaume Durand, & sans y regarder lui -même, admet que la couronne de Paris est en jonc marin ; mais il trouve que c’est faire violence aux Écritures, & d’après cela semble douter de l’authenticité de la relique. Il aurait été rassuré s’il avait vu comme nous non pas du jonc marin, mais bien le jonc le plus ordinaire & le plus inoffensif.
Gretzer discute l’opinion de ceux qui veulent qu’elle [ait été en jonc marin, se range à l’avis de Bellonius d’accord avec saint Jérome & saint Grégoire de Nysse & dit qu’elle était en rhamnus, plante commune en Judée, & que les Italiens appellent Spina santa. Il ajoute O) : Quoi s pi nas corona spinea habuerit incertum est ; licet alu dicant septuaginta duos fuisse , alii plures, alii pandores.
Saint Augustin, saint Jérôme, Cassiodore disent que le rhamnus a des épines cruelles, une fleur agréable, un fruit très-épineux ; l’arbuste est tellement hérissé d’épines qu’il retient tout ce qu’il touche, blesse ce qu’il a retenu & se dilate dans le sang des blessés.
Dioscoride le décrit ainsi : « Le rhamnus pousse dans les haies, portant des branches droites & des pointes en forme d’épines aiguës aux feuilles petites oblongues, un peu grasses, tendres (3)... »
Le P. Lamy est d’avis qu’elle était en rhamnus.
Dom Cahnet parle aussi (4) du rhamnus, sorte de buisson ou d’épine surnommé ner-prun ou nar -prun , ou bouc-épine. Le nom de rhamnus se trouve dans trois endroits de la Vulgate :
Dixernntqiie omnia ligna ad rhamnum (ï).
Egrediatur ignis de rhamno (8.
Et enfin :
Priusquam intelligerent spinæ vestræ rhamnum , sicut viventes, sic in ira absorbet eos (7).
« Avant qu’ils puissent connaître que leurs épines sont parvenues à la force d’un arbrisseau, il les engloutira tout vivants dans sa colère. »
L’hébreu porte : « Avant que vos chaudières aient senti la chaleur de vos épines allumées, la colère de Dieu comme un tourbillon les renversera. »
(1) Vie des saints ^ t, IY, p„ 347,
{2) De crucey t, I, eh, xil.
(3) Rhamnus frac tic al in sepibus ^ ramos ferons rectos aculeos in acutæ spinæ modum^ fol iis parvis obhngU
sub pinguibuSj teneris.*.
{4) Dict. de la Bible } 1730
(5) Liber juâicum > IX, 14,
(6) Ibid, j ix, ij,
(7) Psalm.j Lvrr, io.
Gosselin W s’est le plus approché de la vérité. Il commence par développer son sentiment sur la diversité des opinions des auteurs, & dit : « Il parait en effet que cette question ne peut être aujourd’hui décidée ni par le témoignage des anciens auteurs, ni même vraisemblablement d’après l’inspection de la sainte couronne... Il semble assez naturel, dit-il en terminant, de penser que les soldats se servirent de jonc marin ou de quelque plante herbacée pour lier & maintenir les épines dont ils voulaient former la couronne de Jésus-Christ.
« Plusieurs de ces épines, que l’on vénère dans différentes églises, sont d’une matière toute différente du jonc marin. Ce sont de véritables épines de bois, trèslongues & très-aiguës, quelquefois même de petites branches de bois épineux qui semblent annoncer une espèce de Nerprun ( rhamnus ), autant 'qu’on peut en juger par les dessins qui s’en trouvent dans les ouvrages que nous avons cités... Une épine que nous avons sous les yeux a été reconnue comme étant l’épine que Linnée, avec les botanistes anciens, appelle rhamnus spitia Christi, & les botanistes modernes : Zi\yphus spina Christi. »
« Ajoutons cependant, avec plusieurs savants auteurs, qu’on ne doit pas juger facilement de la nature de la sainte couronne d’après la nature des saintes épines que l’on vénère dans différentes églises, à moins qu’on n’ait d’ailleurs des preuves certaines de leur authenticité, parce que la difficulté ou l’impossibilité d’obtenir des épines de la sainte couronne a quelquefois engagé à les imiter, aussi bien que les autres instruments de la Passion de Jésus-Christ, pour satisfaire à la dévotion des peuples. »
Nous sommes, je crois, en mesure de dire actuellement ce que la sagacité de Gosselin lui a fait entrevoir, quoiqu’en restant toujours dans le doute, dont aucun autre auteur n’est sorti jusqu’à présent. Pour mettre d’accord l’histoire & les monuments, il fallait rapprocher, comme j’ai eu le bonheur de pouvoir le faire, la relique de joncs à Paris & celle de zizyphus à Pise. Examinons la première, qui est unique ; nous retrouverons la seconde avec d’autres de même nature