‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 199 sur 317 · LIVRE II, CH. IV. — LES SAINTS SUAIRES · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH. IV. — LES SAINTS SUAIRES

« Au bout de ces soixante-dix jours, ils lavent le corps & l’enveloppent tout entier de bandelettes du linge le plus fin, enduites de gomme, dont les Égyptiens font un grand usage au lieu de colle. Les parents reprennent alors le cadavre, le renferment dans un coffre de bois à forme humaine, & le déposent debout dans la chambre sépulcrale.

« 2e classe. — Après avoir rempli leurs seringues d’huile de cèdre, ils injectent cette huile dans l’abdomen du mort sans l’ouvrir ni en retirer les entrailles, & ils ont soin de retenir le liquide de telle sorte qu’il ne puisse s’échapper. Ensuite, ils plongent le corps dans le natron & l’y laissent le temps prescrit, puis ils font sortir des cavités l’huile de cèdre que d’abord ils y ont introduite ; or, elle a assez de force pour emporter avec elle intestins & viscères; elle a tout liquéfié.

« Extérieurement le natron a desséché les chairs, & il ne reste du mort que la peau & les os.

« y embaumement , — à l’usage de la classe pauvre.

u Les embaumeurs font dans les intestins une injection de raifort & ils sèchent le corps dans le natron pendant les soixante-dix jours.

« Ils évitent d’user de coutumes grecques, & pour tout dire, d’aucune de celles des autres hommes. «

Diodore de Sicile. — Diodore de Sicile, qui vivait quatre siècles après Hérodote, sous Jules César & sous Auguste, complète cette description & y ajoute quelques détails :

« Lorsqu’un Égyptien vient à mourir, les parents & les amis du défunt, après s’être couvert la tête de fange, parcourent chaque jour la ville en se lamentant jusqu’au moment où le corps est déposé dans son tombeau.

(i Il y a trois manières pour les funérailles :

« La ire coûte 1 talent d’argent W ;

« La 2e, 20 mines (2) ;

« La 3' coûte très-peu.

« Celui qui s’appelle le scribe marque d’un trait sur la hanche gauche du ca davre couché par terre de quelle manière on doit faire l’ouverture. L’inciseur fait, avec un couteau de pierre d’Éthiopie, une incision de la grandeur déterminée par la loi, & s’enfuit, poursuivi à coups de pierres par les assistants, qui ont en h orreur ceux qui profanent un mort. Les embaumeurs, au contraire, jouissent

{1) 5^60 francs* (2) ï 285*3 francs.

d’une grande considération, étant acolytes des prêtres. Réunis autour du corps, l’un d’eux, introduisant sa main par l’ouverture pratiquée sur le cadavre, pénètre dans le thorax & en retire tout ce qui s’y trouve contenu, à l’exception du cœur & des reins. Un autre nettoie les viscères avec du vin de palmier & divers parfums. Enfin, après avoir enduit, pendant plus de trente jours, d’huile de cèdre & de drogues de différentes espèces, la totalité du corps, & l’avoir ensuite parfumé de myrrhe, de cinnamomum & d’autres aromates qui contribuent non-seulement à sa conservation, mais lui donnent encore une agréable odeur, ils le rendent aux parents du mort. Le cadavre est alors si parfaitement préparé que chacun des membres se trouve dans toute son intégrité, au point même que les poils des sourcils, ainsi que les cils des paupières, sont conservés, que l’aspect du corps n’est pas altéré, & que l’on peut aisément reconnaître le caractère de la figure W. »

Abd-Allatif, médecin & historien arabe (1161-123 i). Dans une description de l’Égypte ri), fort curieuse pour l’époque oh elle a été écrite, parlant des sépultures, dit que les corps sont enveloppés dans des linceuls de toile de chanvre. Il y en a pour lesquels on a employé plus de mille aunes de toiles. Quelle que soit la mesure traduite par le mot aune, l’auteur voulait exprimer une quantité considérable.

Caillaud. — • Nous arrivons aux auteurs contemporains, & parmi les descriptions de momies, très-multipliées de nos jours, je choisirai celles qui se rattacheront de plus près à mon sujet.

On lit dans le voyage de Caillaud à Meroé la description d’une momie de Pétéménon, dit Ammonius, mort à vingt & un ans, le 2 juin 116 de notre ère, qui a été dépouillée le 30 septembre 1823 :

« Voici ce qui est relatif aux linges qui la couvraient :

« Une toile peinte avec de riches détails formait l’enveloppe extérieure.

« Avec ses enveloppes la momie pesait 106 kilogrammes. La circonférence de la tête était de 3 8 . On commença par dérouler les bandelettes qui fixaient sur le corps la toile peinte. On trouva ensuite des papyrus; divers morceaux de toile assez grossière ; puis d’autres d’un tissu plus fin ; une espèce de cravate liée avec un nœud plat autour du cou.

« On continua d’enlever beaucoup de linges serrés par d’étroites bande-

(1) Dïodore de Sicile, liv. I, ch. xci, trad. par Miot, p, 183. Didot, 183J.

(2) Traduction de Sacy? i8iq? i vol* in-4°? p. 198,

(3) Tome V? p, 8.

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