RELIQUES DES SAINTS SUAIRES
Parmi les linges qui ont servi à l’ensevelissement de Notre-Seigneur & qui ont été conservés, il y en avait cinq plus célèbres, vénérés sous le nom de saints suaires, à Besançon, Cadouin, Cahors, Compiègne & Turin.
Besançon. — Un inventaire des saintes reliques de Besançon en 1353 fait mention d’un saint suaire dont il n’était pas question dans un précédent inventaire de 1031. C’est donc dans cet intervalle, c’est-à-dire vers le xm' siècle, en 1233
d’après le R. P. Langellé, qu’il a été apporté dans cette ville. Dunod pense, avec les meilleurs critiques, qu’il vint à Besançon après la prise de Constantinople en 1204. En effet, plusieurs seigneurs du comté de Bourgogne prirent part à cette expédition, & l’on sait qu’une des plus douces récompenses de leurs exploits était de pouvoir rapporter quelques reliques insignes dans leur pays, où elles devenaient un monument perpétuel de leurs hauts faits & de leur courage.
Othon de la Roche était un de ces guerriers illustres, & les princes croisés, pour prix de sa valeur, lui laissèrent, disent les chroniques, une des plus belles reliques qui fussent à Constantinople. Othon l’envoya à son père qui la donna en 1206 à Amédée deTramelay, archevêque de Besançon^). La relique a été conservée, mais les authentiques ont péri dans un incendie allumé par la foudre en 1349. Les auteurs qui l’ont vue & touchée disent qu’elle était en étoffe de lin terrestre, commun, doux comme celui d’Égypte, souple & tissé avec des dessins, comme du linge damassé. Sa longueur était de 2m,6o, sa largeur de im,30.
S. E. Mgr le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, auquel j’ai pris la liberté de m’adresser, a eu la bonté de me répondre, & prouve, par les détails dans lesquels il a bien voulu entrer, sa foi dans l’authenticité de cette relique. Malheureusement l’église de Besançon a perdu pendant la Révolution les insignes reliques de la Passion de Notre-Seigneur qu’elle possédait. Elles ont toutes été prises, brûlées ou dispersées. Quant au saint suaire, il ne fut pas brûlé, comme on l’a cru jusqu’à ces derniers temps. Très-désireux de le retrouver, monseigneur a fait pour cela toutes les recherches les plus minutieuses.
Les archives de la préfecture du Doubs conservent la lettre d’envoi à Paris, & l’original de l’accusé de réception. A la Convention le rapport fut fait, selon l’esprit du temps, par le député Vau, de la Côte-d’Or, qui déposa la relique sur le bureau ; il n’est pas dit ensuite dans la séance ce qu’on en fît. Le numéro du Journal de Paris du lendemain dit bien qu’on l’a envoyé aux hôpitaux pour en faire de la charpie, mais aucune décision authentique ne se trouvant dans le Moniteur, Son Éminence a fait compulser les archives & toutes les bibliothèques de Paris sans amener aucun résultat.
Tout ce qui reste à Besançon des appartenances du saint suaire est le coffret de bois dans lequel était renfermé celui de vermeil contenant le saint suaire. Ce coffret est d’un bois de senteur, médiocrement travaillé, avec des arabesques d’origine orientale.
(1) Vie des saints de la Franche-Comté.