LIVRE II, CH. IV. — LES SAINTS SUAIRES
On peut lire dans la Vie des saints de la Franche-Comté par les professeurs du collège de Saint-François-Xavier de Besançon, en 1856, une histoire très-intéressante du saint suaire de Besançon, de son arrivée en France, de son culte, des miracles qu’on lui attribue. Son Eminence m’en a envoyé la copie ; il y a joint l’extrait latin de l’exposé qu’il avait fait à Rome, en 1862, sur les affaires du saint suaire, afin d’en obtenir l’office propre, qui lui a été accordé fi).
Cadouin. — Tous les saints suaires n’ont pas eu le même sort. L’église de Cadouin, au diocèse de Périgueux, en possède un dont M8r Dabert a remis le culte en honneur, en publiant un beau & long mandement dans lequel il établit son authenticité, & convoque le clergé & les fidèles à une translation solennelle qui a eu lieu le ^ septembre 1866. Le saint suaire de Cadouin fut donné au xne siècle à Adhémar, évêque du Puy, qui avait suivi la première croisade comme légat du saint-siège; des mains de ce grand prélat surpris parla peste à Antioche, le sacré dépôt passa en d’autres mains pieuses & discrètes qui l'apportèrent parmi nous.
M. le Vle de Gourgues, qui a bien voulu aussi m’aider de ses savantes recherches, m’écrivait en 1867 : « Je viens d’avoir connaissance d’un texte d’Albéric des Trois-Fontaines fi) qui énonce un fait qu’aucun de ceux qui ont écrit sur le saint suaire n’avait mentionné. Tous répétaient cette même indication générale : le saint suaire fut trouvé à Antioche par Adhémar, évêque du Puy, lors de la prise de cette ville en 1098. Ce texte précise la circonstance de la découverte. Le saint suaire n’a pu être trouvé après le siège d’Antioche par les croisés, mais pendant le siège qui, quelques mois après, fut fait par les Sarrasins, sous le commandement du sultan Mossoul. »
En 1644, Jean de Lingendes, évêque de Sarlat, fait une enquête sur la sainte relique & voici ce qu’il écrit : « Le R. P. dom Étienne Guichard, prieur du lieu, nous exhiba un fort grand nombre de bulles, lettres patentes, registres, titres & autres documents, par lesquels la vérité de cette adorable relique de notre Dieu & Sauveur reçoit tant & de si puissantes preuves, que nous ne croyons pas qu’il
(1) Voir aux pièces justificatives. — Besançon»
<2) Religieux de l'ordre de Cîteaux, vivant au milieu du siècle; il a laissé une chronique qui va jusqu'en 1241.
se trouve en toute la chrétienté une relique mieux avérée, comme il ne s’en trouve pas de plus sainte & de plus précieuse. »
L’histoire du saint suaire se rattache à l’histoire lamentable de l’occupation trois fois séculaire des plus belles provinces de la France par les Anglais, puis aux guerres de religion. Pour le mettre h couvert de tant de causes de destruction, on l’enleva de Cadouin, pendant la guerre des Albigeois (1370), pour le mettre en sûreté à Toulouse; il y resta soixante-dix ans, & fut retiré furtivement des mains des Toulousains, qui ne voulaient pas se dessaisir de ce saint trésor. « Au moment de la révolte de Luther, en 1^17, Cadouin étant tombé au pouvoir des sectaires, les religieux avaient dû fuir; mais ils déposèrent le saint suaire au château de Montferrand, oit il demeura caché jusqu’à la fin de la tempête. »
Lors de la grande révolution française, deux pieux chrétiens le sauvèrent encore. Il restait alors dans toute sa nudité, dépouillé des riches reliquaires où jusqu’alors il avait été renfermé.
Cette insigne relique fut constamment l’objet de la vénération des peuples & des rois, parmi lesquels on cite Philippe de Valois, Charles VI, Charles VII, Louis XI, Charles VIII & Louis XII. Msr de Lingendes raconte les pieux pèlerinages & le retour profond qu’elle ramena à la religion, les nombreux miracles & les indulgences dont elle a été l’objet. Enfin notre siècle, trop accusé, voit refleurir le culte du saint suaire dans la pieuse fête de sa translation, racontée par M. Delpit.
A la demande de M6* Dabert, M. le Vu de Gourgues m’a envoyé la description suivante du saint suaire de Cadouin.
« La longueur du saint suaire est de 2m,8i ; sa largeur i"',i3. La pièce d’étoife est entière, ayant une lisière sur les deux côtés larges, & une bordure coloriée sur les deux côtés longs. L’ornementation est ainsi disposée : de l’extrémité à une première bande ‘coloriée la distance est de 170™"" remplis par le fond même du tissu. La largeur de la première bande est de 25“™. De la première bande à la deuxième l’intervalle de 105"™ est également en fond de tissu. La seconde bande coloriée a une largeur de 65™", puis vient le fond du tissu ; de l’autre côté, l’ordonnance est la même. — La seconde bande ou bande intérieure (au milieu du saint suaire) présente cette disposition : dans le milieu un cordon de 20”™ de large renferme une suite de fleurs coupées, posées à plat, tangentes entre elles, séparées seulement par un encadrement de huit folioles également coupées, posées deux à deux & opposées entre elles.
« De chaque côté de ce cordon, un autre cordon plus étroit renferme une suite de fleurettes ouvertes, posées sur une tige & s’enlevant sur un fond noir dont la