LES SAINTS SUAIRES
silhouette inférieure est très-irrégulière. Enfin de chaque côté de ces deux cordons règne une sorte de galon fond jaune -rouille, dans lequel un fil noir décrit trèsélégamment des S renversés. Chacun de ces cordons est séparé de son voisin par une ligne noire horizontale. Les deux cordons qui entourent celui du milieu présentent une série de barres verticales séparant chacune des fleurettes. La bordure entière présente donc un ensemble de cinq bandes réunies. Quant à la bordure extérieure, il n'y a qu'une seule bande, qui est la répétition exacte de la bande du milieu dans la bordure intérieure. La couleur en est blanche, altérée par le temps ; mais la teinte qui en est résultée n'a aucun rapport avec la teinte écrue générale dans toutes les toiles qui ont servi à la sépulture dans l'ancienne Égypte.
« II peut y avoir approximativement dix à douze fils par centimètre. On voit aux vitrines du Louvre des toiles égyptiennes avec des ornements comme ceux du saint suaire de Cadouin.
« M. de Longperrier écrivait : « Si l'histoire de ce tissu permet de le faire remon- « ter au 1" siècle, ce n'est pas son aspect qui constituerait un obstacle ou un moyen « d'infirmation ; mais ce n'est pas non plus sur cet aspect seul qu'il faudrait baser « une attribution d'âge sans autre garant ù). »
Cahûrs. — M. Philippe Maury, curé de la cathédrale de Cahors, m'a remis sur la sainte coiffe de cette ville une note d'où j'extrais ce qui suit :
« La cathédrale de Cahors possède une très-précieuse relique honorée
sous le nom de sainte coiffe ou suaire de la tête de Notre-Seigneur. C'est un linge composé de trois doubles en fin lin d'Égypte superposés (M. Champollion, après l'avoir attentivement examiné, déclara que ce linge, d'après sa structure, devait remonter à l'époque de Notre-Seigneur). Les doubles extérieurs & intérieurs sont comme une gaze très -légère ; la sainte coiffe affecte la forme d'un serre-tête, qui s’agrafait sous le menton par une boutonnière, destiné à une assez grande tête. Elle est tachée de plusieurs taches de sang, de deux en particulier qui traversent tous les doubles. D'après une tradition non interrompue, quoique vague dans son
(i) Les pièces justificatives devaient mentionner les renseignements qui m'ont été transmis par Dabert & M. le Vte de Gourgues. La publication d'un beau Si savant livre de ce dernier, intitulé Le saint suaire ? Périgueuij chez Bonnet, 1868, qui a paru pendant l'impression de ce Mémoire, les rend inutiles & m'engage à ne retenir de ces renseignements que la lettre de Sa Grandeur, en y joignant pour tous deux l'expression de ma reconnaissance*
origine, cette relique fut donnée par Charlemagne ou quelque personne de sa famille à l’église de Cahors, l’une des plus anciennes des Gaules. Le pape Calixte II, en 11 19, vint la visiter & consacrer lui-même l’autel de la chapelle du Saint-Suaire, & le grand autel de la cathédrale.
« Jusqu’à la révolution de 89, il y avait chaque année un immense concours de pèlerins à Cahors, aux fêtes de la Pentecôte, pour venir vénérer la relique.
« Le malheur des temps avait fait baisser ce culte qui se continue néanmoins dans le diocèse, qui a un office particulier de la sainte coiffe, approuvé par le saintsiège. »
Carcassonne. — A l’hôpital du Pont, dans la ville de Carcassonne , le saint cabouin (coiffe) de Notre-Seigneur est l’objet d’un culte populaire (h.
Compïègne. — On conservait dans l’église de Saint-Corneille, à Compiègne, un linceul blanc qu’on appelle le saint suaire de Jésus-Christ, & beaucoup d’autres bandelettes que l’on croyait venir de la même origine. Il paraît avoir été apporté en 877 par Charles le Chauve, d’Aix-la- Chapelle qui le devait à la munificence de Charlemagne. Il était alors enfermé dans une boîte d’ivoire ayant la forme d’une église. Il fut ensuite placé en 1092 dans une châsse magnifique ornée des pierres les plus précieuses & donnée par Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, par un acte de Foucault de Bonneval avec le sceau jde Philippe, roi de France.
La châsse fut ouverte en 1516 & le 15 août 1628. Le procès-verbal de cette seconde ouverture indique que le linceul était plié en rouleau, enfermé dans deux doubles enveloppes de soie attachées par des cordons de soie de couleur. Ayant ôté ces enveloppes, on vit le saint suaire dont l’étoffe est si ancienne qu’on ne put qu’à grand’peine distinguer sa qualité. Elle est coffinée & fait plusieurs replis. Les liqueurs & onguents aromatiques dont on l’a imbibée la rendent plus épaisse & empêchent qu’on ne puisse discerner sa couleur. En général la plupart des assistants ont pensé que c’était un tissu de coton ou de lin fin façonné en damas. Sa longueur est de 2m,4o sur plus de i'",20 de largeur. L’inventaire, dont le manuscrit existe encore entre les mains de M. l’abbé Bourgeois, a été dressé en 1666, &
(1) M. l’abbé Denis, chanoine de Meaux.