LIVRE II, CH. IV. — LES SAINTS SUAIRES
en 1464 pour aller lui demander justice, & réclamer le saint suaire; mais au lieu de restituer la relique, il leur donna 5° francs (4 du petit poids) d’or de rente perpétuelle, payable au jour de saint André.
Le duc aîné, son fils, bâtit pour le saint suaire, dans le château de Chambéry, une chapelle qui fut érigée en église collégiale par une bulle de Paul II. Le saint suaire fut ensuite transporté à Vercelli, puis à Nice, où une rue porte le nom de Saint-Suaire, puis encore à Vercelli; enfin rendu à Chambéry en 1563. Emmanuel-Philibert le fit porter à Turin en 1578 pour épargner un pèlerinage à pied à saint Charles Borromée & l’y garda, malgré les promesses de le rendre à Chambéry W. Cette relique était, au xvie siècle, l’objet d’une si grande vénération, qu’en 1516, à la suite d’un vœu, François Ier vint à pied de Lyon à Chambéry pour la visiter.
Jusqu’à nos jours elle ne quitta plus le riche sanctuaire que les souverains du Piémont lui ont élevé, & le dernier souvenir qui s’y rattache est tout à fait contemporain. Lors du mariage de Victor-Emmanuel à Turin, & à cette occasion, le saint suaire fut transféré de la chapelle où on le conserve au Palais-Madame ; un témoin oculaire, aussi éclairé que digne de foi, Mgr Jeancart, évêque de Cérame, ayant assisté à cette imposante cérémonie, & vu le respect dont la relique était entourée, a eu la bonté de m’en raconter les détails, & d’y joindre la description suivante : « C’est une pièce d’étofïe de 4 mètres environ de longueur, en lin, un peu jauni par le temps & rayé comme du basin. De grandes taches, dont quelques-unes indiquent certainement la place de la tête, ne peuvent être attribuées qu’au sang divin dont ce saint suaire fut décoré. Le temps a fait dans le tissu des trous imperceptibles dont quelques-uns ont été réparés par les princesses. »
Divers saints suaires. — On parle d’autres linges sacrés désignés à tort
sous ce nom, & entre autres d’un saint suaire qui aurait été cédé par Beaudouin à saint Louis. A Aix-la-Chapelle, peut-être le même qui fut apporté à Compiègne A Saînt-Jean-de-Latran (1 2), à Sainte-Marie-Majeure , à Saînt-François-à-Ripa , à Sainte-Marie-m-Transtevere, à Saint-Marc à Rome. A Jaen , ville d’Andalousie C'est un voile de la Véronique dont il sera question ci-après. Chez les religieuses
(1) Baîllet
(2) ChLEÎetj Ve lin cris scpuUhralibus Ckristi .
d’Enxobregas près Lisbonne, avec la peinture du corps de Notre-Seigneur. A Toulouse (h. Et à Mayence. Dom Morin (2) en signale un fragment à l’abbaye de Ferrières.
J’ai vu à Lyon une parcelle du saint suaire provenant de la Sainte-Chapelle de Paris, de i6m1> de long sur i8'",u de large. On compte dix-neuf fis sur cette largeur. C’est une étoffe de lin tout unie, d’un tissu très-soigné, &, pour la finesse, comparable à ce qu’on appelle du gros Cambrai.
Il n’y a rien d’extraordinaire à ce que l’on trouve une si grande quantité de morceaux de linges, qui peuvent être des fragments de bandelettes. Si c’eût été des suaires entiers, on n’eût pas manqué de me les montrer à Rome, loi*sque j’y cherchais avec tant de soin toutes les reliques de la Passion.
(1) Guinaumont.
(2) Histoire du Gâtinais .
Arc de l’Ecce Homo à Jérusalem, d’après une photographie.