LIVRE II, CH. V. — LES SAINTES ROBES
& ils m’environnent & me serrent comme le liant d’une tunique. Sur cet autre endroit de saint Jean : Simon Pierre ayant entendu que c’était le Seigneur, mit son habit, car il était nu, & il se jeta dans la mer, le docteur Allioli (x) donne cette explication : « C’est-à-dire qu’il était presque nu. Il n’avait que l’habit de dessous, une che- « mise (ou tunique); sur cet habit de dessous, il mit promptement l’habit de « dessus, la robe, & il l’attacha avec une ceinture... »
Forme de la tunique. — La tunique était le principal vêtement de dessous des Grecs & des Romains ; elle se rapproche fort par son usage de la chemise & par sa forme de la blouse moderne. La tunique ordinaire des hommes en Grèce & à Rome était une simple chemise de laine serrée autour des reins & descendant jusqu’aux genoux ou à peu près, avec deux manches courtes qui ne couvraient que le muscle deltoïde, c’est-à-dire la partie supérieure du bras à la hauteur de l’aisselle, & 11e tombaient même pas jusqu’au coude. La partie industrieuse de la population, pendant qu’elle était occupée à ses travaux du jour, la portait sans aucun autre vêtement.
D’après Theophylactus, les tuniques des Juifs étaient formées de deux morceaux réunis par des coutures. Salmazius dit que la tunique de Notre-Seigneur aurait été tissée à l’aiguille, semblable à une chemise sans fente de côté, & non comme les tuniques ordinaires qui s’attachent avec des agrafes. Ferrari réfute Salmazius sur ce qu’il dit que la robe inconsutilis était cousue ( consuta ). Cornélius & le P. Lamy supposent qu’elle était en tricoté). Braunius prétend qu’elle n’a été ni attachée comme le dit saint Chrysostome, ni tricotée comme le prétend Ferrari, mais exécutée par un tisserand 0). Nous verrons à l’occasion de celle d’Argenteuil une solution présentée par M. l’abbé Davin qui paraît le plus près de la vérité.
Origine de la tunique. — D’après une croyance assez généralement répandue, la sainte Vierge aurait tissé la tunique de Notre-Seigneur quand il était enfant, & elle avait cru avec lui, sans qu’il en eût jamais changé. Il n’y a pas de doute que, suivant l’usage, la sainte Vierge ne l’ait tissée elle-même; mais le miracle de l’accroissement de cette robe, inutile pour en démontrer l’authenticité, paraît contraire à la vie cachée que Notre-Seigneur a voulu mener jusqu’à
(1) Nouv. comment. ; 1853, t. VIII, p. 617.
(2) Erat autem tunica ejus desuper contexta per totum. Sine commissura, continuo textu a summa parte ad imurn contexta, simili opéré, quo nunc fiunt tibialia acu texta, des bas brochef^ bas faits à l'aiguille. Talium vestium fragmenta inutilia sunt, quia dissuuntur ex se. (Lamy, page 59.)
(3) Sandini, p. 83.
sa mission. On répond, il est vrai, que la sainte Vierge a pu seule le savoir. Mais ce fait était trop patent pour que ses cousins & ses autres parents qui le voyaient continuellement ne s’en fussent pas aperçus. Il est constant, au contraire, que la mission de Notre-Seigneur ne se manifesta pas tout d’abord pour les siens. Saint Luc dit en effet : Maria autem couse n’abat omnia verba hase, conférais in corde suo.
Le miracle des noces de Cana est le premier qui montra sa gloire à ses disciples. Saint Jean (ch. 11, v. 1 1) ne dit-il pas : Hocfecit initium si gnon un Jésus in Cana Galilæœ, & manifestavit gloriam suam, & crediderunt in eum discipuli ejus? Ce n’est qu’au moment de sa vie publique que ceux de Nazareth, qui étaient étonnés de ses miracles, disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph? »