LIVRE II, CH. V. — LES SAINTES ROBES
beaucoup avant le xn* siècle, mais rappellent d’antiques traditions, sont d’accord sur l’authenticité de la relique. M. le professeur Marx, sur l’invitation de l’archevêque, a publié un beau & volumineux travail W relatif a l’histoire de la robe de Trêves; il explique le manque d’anciens documents par le fait que dans les anciens temps de l’Église d’Occident, on n’était pas dans l’usage de transférer ni même de toucher les reliques des saints, & que dans ces temps agités on cachait soigneusement de pareils trésors. Il parle d’un diptyque en ivoire, ouvrage romain de la décadence, qui représente l’introduction des reliques de Trêves dans cette ville & leur réception par sainte Hélène.
En 1196, l’archevêque Jean, faisant travailler à la cathédrale, trouva la cassette qui contenait la sainte robe. Elle resta, à partir de ce moment jusqu’en 1512., sous le maître-autel sans être exposée, & après bien des vicissitudes, de 1512 à 1810, elle revint à Trêves, d’où elle avait été éloignée pendant un siècle.
La caisse contenant la sainte robe fut déposée dans la chambre aux reliques. On trouva dans l’intérieur une seconde caisse, couverte de cuir, fermée comme la première avec trois serrures; puis une troisième entourée de coton & enveloppée d’une toile. La toile ayant été enlevée, on vit que la caisse était garnie d’un lacet rouge & de vingt-cinq sceaux intacts, comme le portait le premier procès-verbal, puis de deux serrures. On y trouva une couche de coton & trois enveloppes de soie successives, l’une bleue, l’autre rouge, & la troisième blanche. Enfin on vit la sainte robe elle-même conservée dans toute sa longueur, mais pliée dans le sens de la largeur. Elle fut enlevée avec le taffetas blanc & étalée sur l’autel de la chapelle.
Sur le devant elle parut comme écaillée, & on remarqua que précédemment, pour mieux conserver le vêtement, on y avait appliqué une étoffe très-fine qui s’était détachée par l’effet du temps & tombait en petits morceaux. Beaucoup de ces morceaux furent ramassés par les assistants. On les a souvent appelés parcelles de la sainte robe ; mais ils n’en font pas partie : aucune parcelle de la sainte robe n’a été séparée. La haute antiquité du vêtement est évidente. Elle est plus brune à l’intérieur qu’à l’extérieur, blanchâtre en quelques places, grisâtre dans le reste. On crut n’y trouver aucune trace de couture , mais le dos avait été recouvert de gaze, parce que le tissu se défaisait en beaucoup de places & que les fils pendaient. Les fils sont si fins qu’on les distingue à peine à l’œil nu ; la matière paraît être des filaments d’orties.
(1) Voir la traduction de M. Marx par M. Legentil. Pièces justificatives.
La longueur par devant est de i1", 5 5 & par derrière de 1^62; la largeur sous les manches est de om,'j 3 & au bas de im,i6; la longueur des manches est de om,$o & leur largeur de o,n,32.
Quand cette relique fut publiquement exposée en 1810, plus de deux cent mille pèlerins y affluèrent. A la dernière exposition en 1844, leur nombre dépassa un million.
Robe d’ Argent eml, — Voici ce que l’on connaît de la relique d’Argentetiil :
au vie siècle, saint Grégoire de Tours dit que la tunique achetée par les fidèles fut portée à une ville de Galatie, province de l’Asie Mineure. Cette ville est à cent cinquante milles environ de Constantinople. La relique y était conservée dans une basilique consacrée sous le vocable des Saints -Archanges & dans un caveau secret, où elle reposait au fond d’un coffre en bois. De cette ville, la sainte tunique fut emportée à Zaphat ou Jaffa, pour être mise à l’abri des attaques du 'roi des Perses, qui fit une incursion dans l’Arménie vers l’an 590, & qui y détruisit toutes les églises. Ces détails furent donnés à saint Grégoire par un évêque nommé Siméon, qui vint à Tours en 591, la seizième année du règne du roi Childebert, & la trentième de celui du roi Gontran. La tunique ne resta pas à Jaffa. Vers 394, elle fut solennellement portée à Jérusalem par trois patriarches, Grégoire d’Antioche, Thomas de Jérusalem, Jean de Constantinople & une foule de peuple W, Vingt ans après cette translation, elle fut emportée en Perse avec la vraie croix par Chosroës II 1614). Héraclius la reprit, & en 627 la transféra à Constantinople, puis la rapporta à Jérusalem, &, craignant une nouvelle profanation, la remit enfin à Constantinople.
L’impératrice Irène , envoyant de riches présents à Charlemagne, y comprit la tunique sans couture de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Charlemagne avait une soeur nommée Gisèle, qui habitait depuis un certain temps un monastère situé à Argenteuil (2), & dépendant de la célèbre abbaye de Saint-Denis. Théodrade,
(j) Gretzer, liv. I, ch. xcvit.
{2) ff Argenteuil est une petite ville située près de la Seine } à deux lieues de Paris ; après avoir successivement porté les noms & Àrgtntûgïlam ^ Ârgemoilum } elle a conservé celui ûy Argent oiium. Ermenrkh & sa femme Nomma ou Nummana fondèrent dans cette ville un monastère j sous le règne de Clotaire III ? qui confirma
Robe d’ÀrgcntcuiL