‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 217 sur 317 · LIVRE II, CH. V. — LES SAINTES ROBES · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH. V. — LES SAINTES ROBES

nièce de Gisèle, & l’une des filles de Charlemagne , voulant se consacrer à Dieu, manifesta le désir d’entrer dans ce saint asile ; l’empereur demanda à l’abbé & aux religieuses de Saint-Denis la permission d’y placer sa fille en qualité d’abbesse, ce qui lui fut accordé. Or, il aimait beaucoup cette princesse, & il voulut enrichir son monastère du plus précieux trésor envoyé de l’Orient. Il fit donc la translation solennelle de la sainte tunique vers le 1 3 août 800, & la déposa dans le monastère d’Argenteuil. Charlemagne, qui avait reçu des reliques d’Irène, d’Haroun-al-Raschid , d’Azan, n’était pas crédule à ce sujet; car plus d’une fois, dans ses Capitulaires , il porte la défense de vénérer les corps des martyrs & des saints dont les reliques seraient douteuses W.

En 857, à la suite de l’invasion des Normands, sous Charles le Chauve, le monastère fut ruiné, & les religieuses obligées de s’enfuir, après avoir eu la précaution de cacher la relique dans une muraille, où elle resta enfouie & oubliée des fidèles qui la croyaient perdue. Ce fait se représente souvent à l’occasion des reliques.

En 1156, elle fut retrouvée par un religieux de l’ordre de Saint-Benoît, qu’on y avait établi. Une charte authentique émanant de Hugues, archevêque de Rouen, constate que le roi Louis VII, le clergé, la cour, les fidèles la vérifièrent, ainsi que les écrits attestant son authenticité & relatant son histoire.

En 1435, Sicille, héraut d’Alphonse V, roi d’Aragon, écrivait : « J’ai veu habillement à Argent euil près Paris, environ trois lieues. »

En 1529, la sainte tunique était l’objet d’une cérémonie solennelle, décrite par dom Michel Felibien.

En 1569, les huguenots mirent le feu à l’église, emportèrent la châsse & laissèrent heureusement la relique, que l’on conserve dans un coffre de bois.

Louis XIII y alla trois fois faire ses dévotions & ne voulut point qu’on la tirât du coffre pour la lui faire baiser à nu. Il dit qu’il fallait croire & ne pas voir.

En 1680, Marie de Lorraine, dite Mademoiselle de Guise, donna une magnifique châsse en vermeil, enrichie de pierreries.

cette donation vers Tan 665* Le même monastère qui, d’après le vœu des fondateurs, fut placé sous la dépendance de l'abbaye de Saint-Denis, obtint de Childehcrc 111 un privilège daté de l'an III de son règne, privilège où Ton voit que cette maison fut primitivement habitée par des religieuses, sons la direction de Leudesinde, Charlemagne se le fit céder ensuite par les moines de Saint-Denis pour y placer, sous le gouvernement de sa fille Théodrade, des vierges consacrées à Dieu**,

<t Cependant 011 célébrait tous les ans, dans le monastère de Notre-Dame-d'Hu milité d'Argénteuil, une fête anniversaire en mémoire des bienfaits de Charlemagne, 8c surtout parce qu'il avait enrichi cette maison de la tunique sans couture de Notre-Seigneur Jésus-Christ 8c des reliques de sainte Christine apportées de Rome*» (Gaîliu chris tiaruij charte VIII, col. 8, & D* Bouquet, Rec , des hist * de France ? t. VI, p. 5:42* Guérin, p* 52 & 54*) (1) Guérin, p, 33, 53, 78,

« En 1790, la Révolution éclata... La châsse donnée par la duchesse do Guise fut prise. Quant à la tunique, on la déroba à la fureur des révolutionnaires, jusqu’à l’heure où le cardinal Caprara la remit en honneur par un acte authentique.

« Par les soins & le zèle de M. l’abbé Gaidechen, alors curé, on adressa au légat du saint-siège un exposé daté du 29 avril 1804, où l’on rappelait les faits sur lesquels est appuyée l’antique possession de la sainte tunique, & les titres qui attestent, de siècle en siècle, cette possession. On terminait en demandant le rétablissement du culte que l’on rendait à ce monument de notre salut, dans le prieuré conventuel supprimé , & son transfert dans l’église principale d’Argenteuil, avec les mêmes privilèges & les mêmes grâces de l’Église dont il jouissait de temps immémorial W .

En 1851, Donoso Cortès la vint honorer, en faisant le pèlerinage à pied. »

En 1854, à la demande de Sa Sainteté Pie IX, M. l’abbé Millet, curé d’Argenteuil, en porta à Rome une portion d’environ oin,iy

Moins favorisée que la relique de Trêves à laquelle on n’a pas touché, celle d’Argenteuil a été divisée au moment de la Révolution par le curé1, dont le zèle indiscret espérait la sauver en distribuant des fragments à ses paroissiens; de sorte que la forme du vêtement est aujourd’hui difficile à reconnaître (Marx).

M. l’abbé Davin, dans un discours prononcé dans la nouvelle église d’Argenteuil (2) le 5 juin 186^, ajoute des détails fort intéressants sur cette insigne relique. Le tissu est en poil de chameau assez lâche, & ressemble à du canevas fin dont les fils seraient très-tors. C’est ce que j’ai pu constater moi -même d’après un morceau qu’on en a détaché pour le montrer de près aux fidèles. Ce petit morceau a 24,nm sur 19"'“ & l’on y compte trente -six fils sur vingt-quatre, soit environ 2mm pour trois fils. M. l’abbé Millet m’a dit en outre que le bas de la robe est comme bordé d’un ourlet, c’est tine espèce de lisière dont les fils sont plus serrés pour en augmenter la réistance. Elle est tissée depuis le haut dans toute son étendue (1 erat autan t unie a inconsutilis desuper contexta per totum) ; sans couture & faite à l’aiguille sur le plus simple des métiers, tel qu’une tablette recevant sur ses deux faces la chaîne & la trame.

C’était un vêtement descendant jusqu’au-dessous des genoux, près des pieds, avec deux manches qui ne pouvaient couvrir les bras qu’à moitié. C’est ainsi que

(1) Guérin, p. 72,

(2) Voir pièces justificatives : Argenteuil.

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