LIVRE II, CH. VI. — RELIQUES DIVERSES DE LA PASSION
inondées de sang ; ce qui prouve qu'ils étaient attachés aux colonnes en avant, de manière à pouvoir les embrasser, & présenter le dos aux coups des bourreaux. Saint Cyrille a diç : « Dominus tergurn dédît verber antibus. »
Le poète Prudentius fait allusion à cette coutume dans un poëme sur le Christ ;
Yinctus in his Dominus stetit ædibus, arque columnae
' Annexas tergurn dédit, ut servile, flagellis (ï).
Saint Jérôme dit que, de son temps, la colonne de Notre-Seigneur existait encore à Jérusalem. On montrait à sainte Paule, d'après lui, la colonne supportant le portique de l’église, & maculée encore du sang de Notre-Seigneur qui y avait été attaché.
Prudentius :
Perstat adhuc ternpl unique gerit veneranda columna.
Saint Paulin en fait mention. Au temps du vénérable Bède cette colonne en marbre se voyait au milieu de l’église. Nicéphore dit qu’elle a été placée dans le temple élevé par sainte Hélène sur le mont Sion. Un auteur qui écrivait du temps de Constantin raconte qu'en montant au temple on voit la colonne où Jésus-Christ a été flagellé PL
Y a-t-il eu deux colonnes, dont l’une est conservée à Rome, & l'autre dépendant d’un portique à Jérusalem? C'est possible, car Notre-Seigneur, qui d’après saint Matthieu a été flagellé chez Pilate, a pu également être attaché pour être frappé chez le grand prêtre. Cornélius a Lapide P), contrairement à l’avis de saint Jean Chrysostome, croit qu’il n'y eut qu’une seule flagellation (4).
Quoi qu’il en soit, Rome conserve le monument dans un état de conservation presque parfaite.
Colonne de Sainte-Praxède. — La colonne que l’on vénère à Sainte-Praxède est une espèce de piédottche ou de borne de o'Qo de hauteur, au sommet de laquelle était scellé un anneau en fer. Il paraît que lorsqu’elle fat apportée à Rome par le cardinal Jean Colonna, vers l’an 1223, sous le pape Honorius, on laissa à Jérusalem la partie inférieure qui servait à la 'fixer au sol. Elle n'a par conséquent pas de socle. Le diamètre à la base est de oro4). Elle est en marbre noir avec des veines blanches. Sa forme architectonique rappelle des profils gréco-romains en
(1) Juste Lipse, pt 74.
{2) Gretzer, ch* x*
(3) Sur saint Matthieu^ xxvii, 2 6*
(4) Benoit XlYj De f mis àominic'u , lise I, ch. vil, p, 183, rejette aussi la double flagellation.
usage à cette époque en Judée, où les vainqueurs avaient déjà introduit leur architecture (PL XXII).
L’authenticité de cette relique est constatée par des inscriptions placées à l’entrée de l’antique chapelle où elle est conservée 00.
La borne, que nous avons sous les yeux, est bien plus convenable pour le genre de supplice auquel elle était destinée qu’une colonne portant un édifice. Comment à cette dernière attacher en face l’une de l’autre deux personnes qui se regardent, adversis vultibus? Tandis que la colonne ou la borne de Sainte-Praxède, quel que soit le nom qu’on lui donne, semble faite exprès. A Rome on l’a parfaitement senti en peignant dans la grande nef de l’église une fresque que j’ai reproduite & qui justifie la forme de notre relique. Bosio & Cornélius a Lapide sont de ce même sentiment (PL XXII).
Colonne à Jérusalem. — Mer Mislin, dans son Voyage aux Lieux Saints, p. 65, a vu une colonne sur l’autel de la chapelle dite : de la colonne d’impropère. On croit, dit-il, que la colonne de Rome était dans la maison de Caïphe & celle de Jérusalem dans le prétoire.
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Diverses reliques de la colonne. — On voit des fragments de la colonne dans beaucoup d’endroits, entre autres à Rome : à Saint-Jean-de-Latran, à Sainte- Mari e-in-Transtévère, à Saint -Marc; à Anagni; à Florence : dans l’église de Saint-
Columna, quæ in hac sancta capella reconditur, huic depictæ omnino similis, non ea est quæ templi porticum sustinebat, ad quam Dominus noster Jésus Christus, in suæ passionis nocte, alligatus, illusus & verberatus fuit; sed ca est quæ in Pilati prætorio pro fustigationis supplicio aderat, ad quam Dominus noster Jésus Christus, jubente Pilato, flagellatus est. Integra enim est; nec major erat, ne posterior flagellandi hominis pars ab altiori columna tegeretur. Quam Joannes Cardinalis Columna Legatus Apostolicus in partibus Orientalis, sub Honorio tertio, circa annum Domini mcc xxiii, hue asportavit.
(Voir Bosio, p. 76.)
(i) INSCRIPTION A L’ENTRÉE DE LA CUÀPELLE. J o an ni tit. S. Praxedis Cardinali Columnæ Quod apostolicus legatus in Oriente An. sal. MCCXXIII Columnam Christi Domini pœnis Et sanguine consecratam Hierosolymis Romam asportaverit Patriamq. spoliis Orientis nobilem Trophæo Christi patientiæ Amplificaverit.
Franciscus Columna Carboniani & Rubiani princeps Ne gentilis sui de Christiana rep.
Deq. Columnensi gente Cui vêtus cognomentum sacratius fecit Egregie meriti memoria aboleretur Hoc ad posteros monumentum posuit
An. Dom. MDCXXXV
(Copiée sur place par V auteur.)