ARLES. — ARRAS
râbles de la vraie croix : l’un, d’environ 6 centimètres de long sur i centimètre de diamètre; il était incrusté dans la croix en vermeil du maître-autel; l’autre, conservé dans la sainte arche qui contenait le corps de saint Trophime, premier évêque d’Arles, & un grand nombre d’autres reliques ; les deux morceaux de la croix sauvés providentiellement avec toutes les preuves morales & matérielles m’ont été remis, & par moi à notre sainte église. Vous voyez donc, monsieur, combien nous sommes riches dans l’héritage que Jésus-Christ a laissé à son Église, & partant tout l’intérêt que nous devons attacher à votre précieux travail. »
ARRAS.— m. l’abbé proyart, vicaire général a arras, à M. Rohault de Fleury.
« Arras, 26 août 1866.
« Monsieur, les événements extraordinaires qui se sont successivement produits dans notre diocèse depuis près de six mois sont la cause du retard qu’éprouve cette réponse à votre lettre du 17 juin dernier relative aux reliques de la vraie croix & de la sainte épine. J’ai l’honneur de vous envoyer le dessin de celle que nous possédons ici, sans omettre la petite image de la sainte Vierge qui se trouve sur le morceau principal. Elle peut être pour vous un indice de quelque importance.
« Voici une notice fort abrégée de ces deux reliques.
« i° La sainte épine incluse dans une croix d’or fut donnée à notre ancienne cathédrale, -en 1556, par Antoine Pernot, évêque d’Arras, plus connu sous le nom de cardinal de Granvelle, qui mourut archevêque de Malines. 20 Le bois de la vraie croix en trois morceaux provient d’un chanoine prévôt de cette même cathédrale, M. Delattre, qui lui en fit présent en 1630. A l’époque de la Terreur, M. l’abbé de Seyssel, chanoine & prévôt de la cathédrale, emporta ces précieuses reliques en émigration; & ce ne fut qu’en 1820 qu’elles furent renvoyées de Munster, par son exécuteur testamentaire, à Mgr de la Tour d’Auvergne, évêque d’Arras, qui, après en avoir reconnu l’authenticité, la plaça en d’autres reliquaires : la sainte épine dans un tube de cristal adapté à deux palmes de bronze doré fixées sur un pied de même métal; les morceaux du bois de la vraie croix, dont l’un est relié par un fil d’or, dans un reliquaire aussi de bronze doré en forme de croix, qu’il ferma d’un verre de cristal. Ces reliques sont exposées chaque année avec une grande solennité à la vénération des fidèles.
« Vous pouvez juger, par le dessin qui est exact, de la couleur du bois & de la dimension des trois morceaux. Leur épaisseur est de 3™”. Les neufs points ou taches que vous y remarquez sont des trous par lesquels ces morceaux étaient probablement attachés au reliquaire qui les contenait autrefois. »
« Arras, 6 octobre 1866.
«... J’ajoute ici un troisième dessin, celui d’une relique de la vraie croix enfermée dans un reliquaire d’argent, dont S. Ém. le cardinal de la Tour d’Auvergne a fait présent à son chapitre. Je n’en connais pas la provenance, mais j’ai toute confiance dans son authenticité. L’illustre cardinal était, en fait de reliques, d’une exactitude quelquefois désespérante.
« J’ai composé un petit travail sur nos reliques de la vraie croix & de la sainte épine, & je vous dirai qu’à l’aspect de la gravure que vous avez bien voulu nfenvoyer, j’ai éprouvé une
PIÈCES JUSTIFICATIVES
grande satisfaction en voyant qu'elle était parfaitement conforme à la description que j'ai faite du cruel diadème de Notre-Seigneur. C'était plutôt un lourd chapeau d’épines, un faisceau, qu'une guirlande; quant aux épines, il y en avait, selon moi, de diverses espèces; les unes étaient fort grandes, les autres étaient petites, d’autant que la couronne se composait de plusieurs branches : plectentes coronam. Je vois tous les jours, dans une communauté où je dis la sainte messe, une branche de la Palestine dont les épines sont d'une dimension égale à celle dont je vous ai envoyé le dessin.
« Je joins à ma lettre l'attestation d'un ecclésiastique, M. Bellart, homme instruit sur la nature du bois de nos saintes reliques. Je n'y ai remarqué aucune veine. Ici encore je me permettrai de dire que la croix de Notre-Seigneur était faite de diverses sortes de bois, & qu'il n'est pas étonnant de remarquer une différence entre une relique & une autre relique. La portion la plus forte du bois de la croix que j'ai vue, c'est celle de Sainte-Gudule de Bruxelles...
« Mgr Lequette, notre excellent évêque, vous remercie de votre bon souvenir. »
LE MONT ATHOS. — Remarques sur les instruments de la Passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui se conservent au mont Athos V).
« Dans les couvents du mont Athos se trouvent & sont vénérés les instruments suivants de la Passion de Jésus-Christ :
« I. Couvent de Saint-oAthanase d’oAthos. — 1. Une croix faite avec un morceau de la croix du Sauveur, 4 werschok (i8omm [environ) de longueur, un doigt d'épaisseur mis à plat, c'est-à-dire environ i6m,n, avec deux traverses qui sont fixées à la partie longue de la croix par un lil d'argent. Cette croix est placée dans un coffre d'argent massif pareil à un livre d'évangile & orné de pierres précieuses & de quatre perles qui sont beaucoup plus grandes qu'une noix.
« 2. Une croix faite de même, de la même grandeur & épaisseur que la précédente. Elle est garnie d'argent & d'or. Cette croix appartenait à Saint-Athanase d’Athos.
« 3. Il y a encore une croix en argent massif avec trois traverses inégales, ornée d'or & d’émail, dans un reliquaire long de 4 werschok (i8oœin à peu près). Dans cette croix, qui appartenait autrefois à un prêtre régulier nommé David, sont placées, tout à fait en haut, une petite parcelle de la croix de Jésus-Christ, &, un peu plus bas, une parcelle de la tunique du Christ; dans la traverse du milieu, à droite, une partie du manteau de pourpre & du sang du Christ; à gauche, une partie de la canne & de la couronne d’épines. Dans la partie longitudinale de la croix, en bas de la traverse, est placée une partie du manteau & des cheveux du Christ. Les parcelles de tous ces objets sont fermées avec de petites portes en argent, faites à jour, à l'instar d'un filet; à travers ces portes, un parfum s'échappe.
« II. Couvent de Saint-Philothée. — 4. Une croix d'un doigt de longueur & d’épaisseur à plat.
« III. Couvent de Koutloumouchi. — 5. Une croix (185 ,nm ) , 4 werschok de longueur & un doigt d'épaisseur (1 6,nm) , avec deux traverses, dans un coffre en argent doré.
« IV. Couvent de Saint-oAvronicétas . — 6. Une parcelle de la croix de Jésus-Christ (1) Par M*r Porphyre, en 1868. — Traduction de M. Prilejaëf.
LE MONT ATM OS. 2p7
« V. Couvent de Pantocrator. — 7, Une parcelle de la croix de Jésus-Christ,
a VL Couvent de Watoped. — 8* Une croix enchâssée dans de l’or, de l'argent St de l'émail, longue de 4 werschok (i8omm), large & épaisse d'un doigt, avec deux traverses, dans un coffre d’argent doré. Dans la traverse supérieure, qui est plus petite, à droite, il y a des cheveux du Christ; à gauche, une parcelle de sa croix, indépendamment du gros morceau, Cette croix appartenait autrefois aux despotes de Servie, Etienne St Lazare, Le morceau de la croix dont elle est faite n est pas noir, mais noir-purpurin. Il est fendu dans plusieurs endroits; preuve de sa haute ancienneté,
« 9. Une croix avec une seule traverse, de la meme grandeur St épaisseur que la précédente, dans un coffre à part. Cette croix est noire-purpurine St fendue dans plusieurs endroits* Elle est entourée de vingt-six parcelles de reliques de différents saints de Servie St de Bulgarie, Dans toute la longueur de cette croix est étendue la canne qui appartenait aussi aux instruments de la Passion du Christ. Un parfum s’en échappe, La canne a 4 werschok (1
« 10, Une croix (cette croix n'est pas laite avec de la vraie croix), avec une seule traverse en haut, enchâssée dans de F argent, de l'or & de l'émail. Dans sa traverse se trouvait ; une très-petite parcelle de la croix du Christ, &, sous cette parcelle, une partie de la tunique du Christ; à droite, une petite partie du manteau du Christ St des gouttes de son sang; à gauche, des cheveux & une partie de la canne. Plus basque la traverse est mise une partie du manteau de pourpre du Christ, St encore plus bas l'éponge avec laquelle les Juifs portèrent à la bouche du Christ du fiel St du vinaigre,
n VIL Couvent d'jEsphigmen , — r 1. Deux croix faites des morceaux de la croix du Seigneur, 12, Une de ces croix £esî longue comme un doigt (8olïïm) St large de elle a
l'épaisseur d'un doigt (i2min); l'autre est deux fois plus longue St de la même largeur,
« VIIL Couvent de Khiïandar . — 13* Une croix avec deux traverses de à peu
près de longueur, épaisse St large comme un doigt. Cette croix est un don que l'empereur Jean Vatace a fait à Sabbas, archevêque de Servie.
« IX, Couvent de Zagrapho . — 14* Une partie de la vraie croix,
« X, Couvent de Dokliari , — 15, Une petite croix avec trois parcelles de la croix du Sauveur,
u XL Couvent de Xiropotamie * — 16, Une croix faite de la partie de la croix du Seigneur où étaient cloués les pieds sacrés de Jésus-Christ , avec un trou provenant d’un des clous , Cette croix a 6 werschok (2d6mm) à peu près de longueur St un demi-doigt d’épaisseur* Elle pèse un peu moins d’une livre (">, & a une couleur noire-purpurine. Des deux traverses de cette croix, une, la supérieure, a un doigt St demi de longueur, l'autre i6omm ou à peu près. Cette croix est un don de l'empereur grec Romain Famé,
« 17, Une croix faite d'un morceau de la croix du Sauveur; elle a une traverse, est longue de i8oranv (4 werschok) St large d’un doigt; elle pèse 26 solotnick ( 1 soloînick pèse
2 66)\ d'une couleur noire. Autour de la croix, il y a quarante parcelles des reliques des quarante martyrs. Cette croix a été donnée par la sainte impératrice Pulchérie, fille de Fempereur Théodose le Grand,
(1) La livre russe est de 426 grammes,
PIÈCES JUSTIFICATIVES
« XII. Couvent de Saint-Paul d’oAthos . — Sept croix. 18. La première avec deux traverses, Tune de i45mm, l'autre de 130““ à i85m,n, 4 werschok de longueur, & un doigt (i6mm) de largeur & d'épaisseur; elle est enchâssée dans de l'argent doré. Cette croix est un don
du dernier despote de Servie, Georges Brancowitch , & de sa fille Marie, épouse du sultan
Amurat & mère de Mahomet II. Sur le côté de derrière de la croix est gravée en langue slavo-serbe l'inscription suivante :
« Jesus-Christ Nika. Le Roi de gloire . Dieu le Saint. a 19. La deuxième croix est pareille à la première.
« 20. La troisième est un peu plus petite (sans traverse).
« 21. La quatrième est encore plus petite, avec une seule traverse.
« 22, 23. La cinquième & la sixième sont encore plus petites & sans traverses.
« 24. La septième est très-petite, sans traverse.
« Toutes ces croix sont enchâssées dans de For & de l'argent. »
(Mgr Porphyre a joint à ses lettres une figure qui m'a servi à vérifier les mesures.)
AUTUN. — Description d’un reliquaire en argent renfermant deux épines de la sainte couronne de Notre-Seigneur Jésus-Christ 0).
Poids, 425 grammes. Hauteur, 32oram. Diamètre delà circonférence dans œuvre, 66min. Sur un faisceau circulaire de feuilles d'acanthe repose une couronne d'épines en argent ciselé; plus intérieurement un cercle d'argent offre deux bourrelets ciselés & rainés pour recevoir un verre de chaque côté; l’un des deux cercles est à double charnière mobile autour d'une petite fiche en argent. A l'intérieur du cercle les deux extrémités de la bande d'argent sont relevées en triangle W & servent de support à la relique proprement dite.
a On remarque tout d'abord deux petits cylindres d'or, ouverts à ymm de leur point d'appui & n’offrant plus alors que deux rainures, dans chacune desquelles se voient assujetties avec un fil d'or tourné en spirale deux épines ; celle de droite doit avoir 38mm, celle de gauche un peu plus petite n'a que 34mm.
« Elles sont blanchâtres dans leur plus grande partie & d'un noir-brun à la base, la pointe est bien conservée. Les deux épines avec les cylindres qui les enchâssent sont disposées obliquement & leur divergence est à peu près dans la proportion d'un angle de io° environ. Elles sont réunies (ou plutôt les cylindres) à la base par une croix de Malte en diamants rivée à un petit tronçon de cylindre d’or qui maintient l'écartement des deux cylindres creux où sont enchâssées les épines. A la partie supérieure les deux mêmes cylindres sont fixés & maintenus dans leur éca*rtement par une petite couronne d'or aplatie de 4oom,n environ de développement total.
« D'un côté cette couronne présente sept fleurons entiers & deux demi -fleurons, avec cinq diamants enchâssés.
« De l'autre côté l'émail rouge-pourpre remplace les diamants, le nombre des fleurons est le même. Le verre est entièrement dépoli à l'endroit auquel correspondent les diamants.
(1) D’après la lettre de Monseigneur, cette note doit émaner de l’économe du séminaire d’Autun.