BERNAY. — BESANÇON
gari ex animo cupientes , prædictam crucem.... his testimoniis ride dignis, in dictæ ecclesiæ sacrario devote tutoque reponi, nec non festis tam inventionis, quam exaltationis sanctæ crucis populo venerandam exhiberi presentium tenore concedimus & ordinamus; insuper prohibemus ne quis sub excommunicationis pœna ex ea aliquid præsumat... in tantæ pietatis insigni... ad omnipotentis Dei gloriam.
« Datum Lexoviis die martis anni redemptionis nostræ millesimi sexcentesimi quadragesimi noni.
« Leonorius, episcopus lexoviensis. De mandato reverendi Lexoviensis , Piquot. »
BESANÇON. — s. ém. le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon.
a Je vous suis extrêmement reconnaissant des documents très-intéressants & très-précis que vous avez bien voulu me transmettre sur la croix & la couronne d'épines de Notre- Seigneur...
« Je vous envoie quelques documents sur le saint suaire & sur les reliques de la vraie croix & de la sainte couronne d’épines de l’église de Besançon. J’y joins l’extrait latin de l’exposé que j’ai fait à Rome des affaires de notre saint suaire, afin d’en obtenir l’office propre, ce qui m’a été accordé. Vous remarquerez que, dans cet extrait, j’annonce les recherches commencées par moi pour retrouver le saint suaire comme en cours d’exécution. J’écrivais cela en 1862. Depuis, les recherches ont été achevées & n’ont rien amené. On a visité à fond plus de quatre mille cartons des archives de l’Empire pour tout le temps de la Révolution, & on n’a rien trouvé. J’ai voulu faire des recherches aux bibliothèques de la ville & de l’intérieur, & on m’a répondu qu’il n’y avait rien là. Seulement je pense que s’il y avait une bibliothèque au Corps législatif qui remontât au temps de la Convention, on pourrait peut-être trouver dans ce dépôt le saint suaire, puisqu’il ne fut rien décidé sur cette relique, lors du rapport fait à la Convention, & qu’il serait possible qu’on l’eût laissé dans le dossier. Je vous serais reconnaissant de vous en informer & de me dire le résultat de vos investigations h).
« Je vous envoie quelques représentations antiques du saint suaire qui avaient beaucoup de cours ici avant la Révolution.
« Veuillez... »
Notices historiques sur le saint suaire que Von vénérait à Besançon , & sur les reliques de la vraie croix & de la sainte couronne d'épines que possédait V église de Besançon.
« Lorsque le corps adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ fut détaché de la croix, on l’enveloppa de plusieurs linges, & Joseph d’Arimathie l’ensevelit dans un linceul tout neuf, avant de le déposer dans le sépulcre. Le jour de la résurrection, quand saint Pierre se rendit au tombeau du Sauveur, il vit les linges à terre; mais le suaire qui avait couvert la tète de Jésus était séparé des linceuls, & plié en un autre lieu
« Suivant quelques-uns de nos historiens, cette précieuse relique fut apportée à Besançon
(1) On n’a rien trouvé dans cette bibliothèque.
(2) Jean, xx,
PIÈCES JUSTIFICATIVES
dans le ve siècle, lorsque l’empereur Théodore envoya le bras de saint Étienne à l’évèque Célidoine W, mais cette opinion n’est appuyée d’aucune preuve, & a été rejetée par nos meilleurs critiques. Dunod pense que le saint suaire fut apporté d'Orient à Besançon après la prise de Constantinople, en 1204. En effet, plusieurs seigneurs du comté de Bourgogne prirent part à cette expédition, & l’on sait qu’une des plus douces récompenses de leurs exploits était de pouvoir rapporter quelques reliques insignes dans leur pays, où elles étaient un monument perpétuel de leur piété & de leur courage. Othon de la Roche était un de ces guerriers illustres, & les princes croisés, pour récompenser sa valeur, lui laissèrent, disent les chroniques, une des plus belles reliques qui fût à Constantinople. Othon l’envoya à son père. Ponce de la Roche, seigneur de Saint-Hippolyte, qui la donna en 1206 à Amédée de Tramelay, archevêque de Besançon.
« Les chroniques anciennes ne disent pas ce qu’était cette relique si précieuse. Mais Dunod pense que c’était un des suaires de Jésus-Christ, c’est-à-dire une de ces images sacrées & adorables du divin Rédempteur, qu’on révérait à Constantinople, où elles avaient été autrefois réunies dans une église par les soins de l’empereur Constantin. On les appelait àp^tepoTTOiYjTat, parce qu’on ne les croyait pas faites de main d’homme. Quoi qu’il en soit, c’est seulement depuis cette époque, c’est-à-dire depuis les premières années du xme siècle, que cette relique est mentionnée dans les monuments de cette province.
« Le saint suaire de Besançon était composée de deux toiles cousues fort délicatement. Les auteurs qui l’ont vu & touché nous disent qu’il était fait de lin terrestre, commun & doux, comme celui d’Égypte, & ouvré comme le petit Venise, mais d’un ouvrage si ancien, qu’il était inconnu & inusité depuis longtemps. Il avait 8 pieds de long & 4 de large. Et le corps de Jésus-Christ, dit Dunod, y était peint d’un jaune pâle, également imprimé des deux côtés, sans aucune différence sensible, ayant les deux mains croisées l'une sur l’autre de manière qu’on voyait distinctement les plaies de chaque main, ainsi que celle du côté. La tète du Christ portait la barbe & les cheveux longs ; & l’empreinte du corps, depuis les talons au sommet de la tète, était en tout de 5 pieds géométriques & 9 pouces.
« Le saint suaire, enveloppé d’un satin cramoisi, était disposé dans un petit coffre de vermeil, orné de pierreries. Ce coffre, placé dans une cassette de bois garnie d’une étoffe précieuse, était fermé par cinq serrures différentes, dont les clefs étaient entre les mains de cinq chanoines U). La toile du saint suaire, quoique extrêmement fine & plusieurs fois repliée, était parfaitement conservée & sans aucune déchirure.
« Cette précieuse relique fut gardée dans la cathédrale de Saint-Étienne jusqu’au temps où, par ordre de Louis XIV, Vauban fit démolir l’église pour construire la citadelle. Alors le saint suaire fut solennellement rapporté à Saint-Jean, & déposé près de la tour du clocher, dans un cabinet voûté disposé pour recevoir ce vénérable dépôt (1674). En 1729, le chapitre
(1) Gollut, Mémoires, liv. I, c. xxvi.
(2) L’authenticité du saint suaire a été soutenue par J.-J. ChilHet, De linteis sepulc/iralibus ; par Duchesne, qui a traduit l’ouvrage de ChilHet sous le titre de Hierothomie de J.-C par Dunod, Histoire de Vèglise de Besançon., t. I, p. 401 ; par l’abbé F. d’Orival, Histoire de l’antiquité du saint suaire, restée manuscrite, & par plusieurs autres auteurs. Elle a été contestée par Baillet, dom Calmet, & par l’abbé Bergier, dont la dissertation a été imprimée à Besançon, en 1831, à la suite de son plan de théologie. Le chapitre métropolitain possédait de nombreux documents relatifs au saint suaire. Ils ont été détruits pendant la Révolution. On en conserve encore l’inventaire aux archives du département du Doubs.
(3) Ou plutôt par trois serrures, dont les clefs étaient confiées à l’archevêque, au magistrat, & au chapitre.