‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 305 sur 317 · TOULOUSE, — TREVES · texte numérisé non relu

TOULOUSE, — TREVES

à l'ouverture du reliquaire contenant une épine de la couronne du Seigneur, en présence de MM, Roux, Marceille, Casties, Justrobe, vicaires de ladite basilique; de MM. Miracle, prêtre auxiliaire, & Sabathié, sacristain de ladite église; après avoir rompu les fils de soie rouge fermant le tube cannelé en cristal où était renfermée l'épine de la sainte couronne, le reliquaire ayant été ouvert, nous avons constaté ce qui suit : la longueur de l'épine en dehors du support est de 41™, le support dans lequel l'épine est enfermée par sa base a en longueur L épine paraît cylindri que-conique, en forme d'aiguille, à pointe un peu émoussée, à surface lisse, bien que recouverte de poussière blanche. Le diamètre transversal de T épine, à sa base hors du support, a imra ijz ; l'épine présente une très-légère courbure ; sa couleur est de brun-ch àtain. Nous déclarons qu'il n'a pas été possible d'avoir les renseignements plus précis à cause de la forme du reliquaire qu'on ne pouvait mieux ouvrir sans s'exposer à endommager la sainte épine de la couronne du Seigneur; après avoir constaté ce qui précède, nous ajouterons que nous avons remis les fils de soie pour refermer le reliquaire.

En foi de ce, nous avons fait le présent procès le trentième jour du mois de novembre de Tan du Seigneur mil huit cent soixante-cinq. Une copie du présent est enfermée dans le reliquaire susdit. Une autre copie se trouve dans les archives. Et a signé avec nous M. Clos, professeur à la faculté des sciences, qui nous a aidé dans l'examen qui a été fait avec le plus grand soin.

F. Roux, vie. S .S.; — L, Marceille, vie. S .S.. — L, Casties, vie, S.S.? — G[i Justrobe, prêtre j vie. S.S.^ — Sabathié, sacristain. — Miracle Joseph , prêtre. — De Lartigue, curé doyen de Saînt-Sernin, — De Clos.

TRÊVES, — M, Legentil à M . Rohault de Fleury ,

« Trêves, 26 septembre i86ÿ.

« .... En feuilletant les documents que j'ai rapportés de Trêves, je trouve les deux passages suivants dont je vous envoie les traductions. Le premier est relatif à la sainte robe que possède la cathédrale; le second à un morceau de la vraie croix que possède l'église de Saint-Mathias, ancienne abbaye sécularisée 8c transformée en paroisse, située à une demi-lieue de Trêves. J'ai vu cette dernière relique, qui serait très-précieuse si elle était bien authentique. Elle se compose de deux petites règles de bois ou de quatre morceaux disposés en croix dans une monture de métal, La hauteur totale de la croix de bois m'a paru être de plus de 2oomm, la largeur de chaque morceau d'environ 25™*. Je n'ai pas pu apprécier l'épaisseur. »

I. — Sous le maître-autel (de la cathédrale) est cachée la sainte robe, qui, à plus d'un égard, est la plus précieuse relique que la cathédrale ait recouvrée de ses nombreux trésors, après les orages de la révolution française. Les plus anciens documents que nous possédions à ce sujet sont du xne siècle. Il y a six siècles au moins que s'est répandue la croyance que ce vêtement est la robe sans couture que les bourreaux du Sauveur tirèrent au sort après la crucifixion, L'impératrice Hélène a dû la trouver en Orient, & l'envoya à l'évêque Àgricius, pour l'église de Trêves, avec un des clous de la croix. C'est une robe de dessous (tunïca) de

373 PIÈCES JUSTIFICATIVES

couleur brun d’amadou, longue de 4 pieds 10 pouces (mesure allemande W), large de 3 pieds 4 pouces; les manches ont 18 pouces de long & 1 pied de large. Quand cette relique fut publiquement exposée en Tannée 1810, plus de 220,000 pèlerins y affluèrent; à sa dernière exposition, en Tannée 1844, leur nombre dépassa un million. D’après l’ordonnance du pape Léon X, en date de Tannée 1514, cette exposition devait être renouvelée tous les sept ans, ce qui arriva aussi pour les reliques moins importantes d’Aix-la-Chapelle. A Trêves, on tient plus de compte des attaques de la littérature protestante, & on néglige l’observation de ce cycle d’années, cause qui, avec d’autres, contribue beaucoup à effacer le renom de notre ville de la bouche & du cœur du peuple (1 2 3).

II. — L'église (de Saint-Mathias) contient dans sa crypte les tombeaux de beaucoup d’archevêques de Trêves, & notamment des premiers, Eucharius & Materaus. Au xT siècle, en creusant les fondations, on trouva le corps de l’apôtre saint Mathias, que l’impératrice Hélène doit avoir apporté à Trêves avec la sainte robe. Le beau sarcophage de marbre de l’apôtre est dans le chœur derrière le maître-autel, supporté par des colonnes, & est tous les ans le but d'un pèlerinage qui était jadis très-important de la part des habitants du diocèse de Cologne. On conserve aussi dans cette église une parcelle importante de la vraie croix que le chevalier Henri d'Ulméa eut comme butin en 1204 , lors du sac de Constantinople , & qu'il envoya au cloître de Saint-Marc . L’encadrement, fait dans le xme siècle, est orné, d’un côté, de pierres précieuses & d'ornements d’architecture, & montre, de l’autre côté, le Christ, les quatre Évangélistes, la sainte Vierge, &c. , gravés sur une plaque de laiton. Ce travail est très beau & fait avec goût(5>.

h Histoire de la sainte robe dans la cathédrale de Trêves , publiée sur l’invitation de

l’évêque de Trêves, comme préparation à l’exposition publique de cette sainte relique au printemps de Tannée 1844, par J. Marx, professeur au séminaire épiscopal, avec cette épitaphe : Ils ont partagé entre eux mes vêtements & ils ont tiré ma robe au sort (Psalm. xxi, 19).

« Introduction . — D’après le désir de la population pieuse du diocèse, il y eut en 1810 une exposition de la sainte robe qui a attiré plus de 200,000 pèlerins. Tout se passa dans le plus grand ordre & les pèlerins, racontant leurs pieuses impressions, avaient laissé à la génération nouvelle un vif désir de voir une autre exposition. Msr Arnold chercha dès son sacre, en 1842, à l’organiser, en y joignant l’exposition du saint clou dont le prince de Metternich s’était trouvé en possession, & qu’il avait rendu à la cathédrale de Trêves à laquelle il avait appartenu pendant tant d’années...

« L’époque de l’arrivée de ces reliques est celle de la plus grande splendeur de Trêves, alors que les empereurs romains l’habitaient, & qu’on la nommait la seconde Rome. La tradition de ces reliques se perd ensuite & ne laisse plus que peu de traces; c’est le temps, commencement du vc siècle, où Trêves fut ravagée & entièrement dépeuplée. Il n’y resta que les habitants qui s’étaient retranchés dans l’amphithéâtre. Les saintes reliques disparaissent jusqu’au ixc siècle, époque où la ville commence à se remettre des ravages des Normands. L’impératrice Hélène illustra la période de sa première splendeur; l’empereur Frédéric Ier illustra la seconde. Après une exposition publique des saintes reliques dont on n’entend

(1) Le pied allemand est de 313™°% à ce que je crois : il contient 12 pouces.

(2) Trêves & ses antiquités , p. 73.

(3) Ibid., p. 91.

TRÊVES

plus parler pendant trois cents ans, l'empereur Maximilien Ier a fait faire une nouvelle exposition.

« Pendant les trois siècles suivants, xvic, xvne, xvme, époque de l'importance politique des électeurs de Trêves, l'exposition de nos saintes reliques était une affaire de l’Empire. Les évêchés de Metz, Toul & Verdun, anciens suffragants de Trêves, y prenaient part, comme lorsqu’ils étaient politiquement unis. A l'époque de la révolution française, la sainte robe fut portée & rapportée de Trêves à la forteresse d'Ehrenbreitstein, puis emportée en sûreté au fond de l'Allemagne. Après l'organisation de la rive gauche du Rhin, due à la paix de Lunéville, elle fut l'objet de négociations diplomatiques entre le duché de Nassau, la France, la Bavière, le dernier électeur de Trêves Clément Wenceslas, & l'évêque français Charles Mannay, aux efforts duquel l'église de Trêves dut la restitution de la sainte robe, avec un reste important de ses biens...

« L'ouvrage de M. le professeur Marx étudie : i° les habits du Seigneur lors de la crucifixion; 20 les voyages de sainte Hélène à Jérusalem, d’où on veut qu’elle ait apporté la sainte robe; 30 les traditions de l'église de Trêves; 40 l'ancienneté de la relique prouvée par les monuments; 50 l'accord des chroniqueurs du moyen âge avec les traditions de Trêves; 6° les expositions de la relique à diverses époques; 70 sa description, &c...

« i° Les habits du Seigneur. — Les Juifs portaient deux vêtements : un vêtement de dessous ( chetonet en hébreu, yiTtov en grec, tunica chez les Romains), & un vêtement de dessus, le manteau. Le vêtement de dessous se portait sur la peau & tenait lieu de chemise; il était ordinairement de lin, souvent de coton, avait des manches longues & larges, descendait au-dessous du genou; on le retroussait pour marcher ou pour travailler, ou on le relevait avec une ceinture. Il était souvent tissu avec les manches d’un seul morceau sans couture, & n'avait qu'une ouverture pour passer la tête. Le vêtement de dessus, ou manteau, n'était, pour ainsi dire, qu'une grande pièce d'étoffe carrée pour jeter sur les épaules, sans être taillée, habituellement de couleur blanche ou de pourpre. Le vêtement dont nous avons à nous occuper était donc tissé avec les manches, sans couture ce qui n'était pas rare en Orient.

« A cette robe se rattache une tradition, c'est que la Vierge, mère du Seigneur, avait tissé ce vêtement pour son fils... Dans la plus haute antiquité, les femmes faisaient les tissus & les vêtements, non-seulement pour elles-mêmes, mais pour leurs maris & leurs enfants. (Voir à ce sujet la peinture de la femme forte par Salomon Anne, mère de Samuel 0).)

« On en trouve des exemples dans l'antiquité profane. Pénélope dans X Odyssée tisse les vêtements d'Ulysse; Alexandre le Grand portait des vêtements faits par sa femme & ses sœurs; l'empereur Auguste, Charlemagne, &c...

« La tradition qui veut que la sainte Vierge ait fait la robe du Sauveur a donc toute vraisemblance pour elle; on la trouve dans le moine grec Euthymius Zegabenus, commentateur du xii° siècle sur l’évangile de saint Jean.

« Une légende veut que cette robe faite pour le Seigneur dans son enfance ait grandi

(1) Dom Cal met, Dictionnaire historique, critique , chron., géogr. de la Bible , t. IV, p. 26-28.

(2) Proverbes ; xxx\, 13; comparez xix & xxi£

(3) Rois, xi, 19.

PIECES JUSTIFICATIVES

avec hü & ne se soit pas usée en étant portée, comme les vêtements des Israélites dans le désert. Mais cette légende n’a aucun fondement;,,

«î C'éîait l'usage que les habits d un condamné à mort appartinssent aux exécuteurs. Le Sauveur avait deux vêtements, une robe & un manteau. Les soldats coupèrent le manteau en quatre, parce que c'était un grand carré d’étoffe dont les morceaux pouvaient s’utiliser. Mais on ne pouvait pas couper la robe sans la détruire entièrement 0>,

« Les soldats agirent ainsi tout naturellement 8c sans savoir qu’ils accomplissaient à la lettre la prophétie de David W, On a dit d’une manière plus vraisemblable que Notre-Seigneur aurait eu, non pas deux vêtements, mais cinq, savoir : i° un caleçon; une première robe servant de chemise, en lin ou en coton; 3° une première robe en laine; 4Û une seconde robe en laine, sans couture; 5* un manteau. Beaucoup de religieux sont encore vêtus ainsi. Qu'est devenue la robe du Seigneur après la crucifixion? Nous n’avons pas de renseignements positifs. Mathieu de Westminster, chroniqueur de la fin du xm® siècle, assure que Pilate avait acheté cette robe. Accusé devant l’empereur Caligula de nombreux méfaits, il pensait qu’il 11e serait jamais condamné, s’il était protégé par la robe de celui qu'il avait fait mettre à mort. Véronique découvrit cette ruse & Pilate fut puni. Mais cette histoire n'a aucun fondement.

« Auprès de la croix étaient des amis & des ennemis de Jésus, savoir : d’une part, sa sainte mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, Marie-Madeleine & saint Jean; d’autre part, les chefs de la nation juive 8c le peuple excité par eux & les soldats romains. La robe échut à un soldat, à un ennemi, qui ne pouvait y attacher aucun prix d’affection, à qui il ne pouvait être permis de la porter ; elle était trop différente de son habit militaire. Il devait naturellement désirer la vendre. Mais il avait tout près des personnes pour lesquelles ce vêtement devait avoir une valeur inestimable, qui devaient en offrir une somme d’argent, sans attendre qu’on la leur demandât. C'était l’évangéliste saint Jean, mais surtout les saintes femmes, en particulier sainte Madeleine. Une petite somme d’argent parut naturellement au soldat préférable à la robe , qui fut sans doute cachée dans une famille chrétienne pendant tout le temps de la persécution des chrétiens par les Juifs & les païens, c'est-à-dire pendant les trois premiers siècles. Un petit nombre de chrétiens pieux connut son existence 8c le lieu où elle était déposée, & le transmit par tradition orale.

« Ses dépositaires durent avoir soin de la cacher & de la soustraire aux insultes ou même à la spoliation des persécuteurs; car nous voyons les Juifs, au commencement du 11e siècle, ravir aux chrétiens de Smyrne les os de saint Polycarpe 8c les détruire, uniquement parce que ces reliques étaient chères aux chrétiens. C’est par la même pensée que les païens élevèrent un temple de Vénus sur la place de la crucifixion, pour que les chrétiens fussent privés de la consolation d’y prier.

« La persécution & la nécessité de se cacher cessent au commencement du iv0 siècle; Constantin, fils de Constance Chlore 8c de sainte Hélène, part de Trêves, capitale des Césars d’Occident.

« Bataille au pont Milvius en 312. Liberté de l’Église. Domination de Constantin sur tout l’empire romain en 324. Concile de Nicée en 325. Voyage de sainte Hélène en terre sainte en 326.

(1) Cal met, Commentât* lit . in Joann XIX, 23.

(2) Ps. xxr.

TRÊVES

a 20 Sainte Hélène . — Après la victoire sur Maxence (312), Constantin règne avec Licinius & proclame la liberté de religion; il fait couronner sa mère impératrice & sainte Hélène, revêtue de cette dignité, se rend en terre sainte (326). D’après les informations données par les habitants, elle trouva le saint sépulcre, la sainte croix, le titre de la croix & les saints clous. (Voir les témoignages d’Eusèbe, évêque de Césarée, Rufin, prêtre d’Aquilée, qui l’avaient accompagnée, & Théodoret, évêque de Tyr en Syrie.) A ce voyage & au séjour de sainte Hélène en terre sainte se rattachent les traditions de l’église de Trêves. Sainte Hélène, dit cette tradition, après son retour de terre sainte, donna à l’église de Trêves, par suite de son attachement particulier pour sa ville natale, la sainte robe, par l’intermédiaire de saint Agricius, évêque de Trêves.

« Les documents contemporains manquent, & nous ne pouvons avoir de certitude à ce sujet; mais cette tradition a toutes les vraisemblances pour elle. A la cessation de la persécution (313) cessèrent les causes qui obligeaient à cacher une sainte relique telle qu’un vêtement du Christ.

a Treize ans plus tard, sainte Hélène apparaît en terre sainte où, selon toute vraisemblance, la sainte robe devait se trouver... Il n’y avait plus de danger à courir, & chaque chrétien devait donner volontiers à la pieuse impératrice les objets les plus précieux qu’il pouvait posséder & quelle devait largement récompenser. La découverte de la sainte croix avait dû, en outre, faire ressortir le prix que sainte Hélène attachait aux reliques.

« La circonstance que les auteurs qui ont parlé de la découverte de la sainte croix n’ont pas parlé de la sainte robe n’infirme en rien notre tradition.

« D’ailleurs, cette découverte était un événement public, & l’impératrice dut être mise en possession de la sainte robe d’une manière privée, connue seulement de peu de personnes.

« Il est naturel qu’elle ait fait ce cadeau à l’église de Trêves. Elle avait donné à son fils Constantin, à Constantinople, une partie de la sainte croix & un des saints clous, & il est invraisemblable qu’elle ait laissé la ville de Trêves, où elle avait plus longtemps résidé, sans une marque de son attachement. On conteste qu’elle y soit née, mais il est indubitable qu’elle y vécut longtemps, depuis 306, dit-on, jusqu’à la défaite de Maxence, & qu’elle y embrassa le christianisme.

« Constance Chlore, son époux, empereur, avait en 292 établi sa résidence à Trêves, comme capitale des Gaules, & même de tout l’empire romain au delà des Alpes... Aussi l’appelait-on la seconde Rome. Et elle avait le même rang dans la hiérarchie ecclésiastique, car son église était peut-être la plus ancienne au delà des Alpes. Son évêque avait droit de primat de toutes les églises des Gaules & de ce côté de la Germanie...

« 30 Témoignages écrits à V appui de la tradition de V église de Trêves , concernant la sainte robe . — L’archevêque Jean Ier, en faisant faire une réparation à la cathédrale, tomba sur la place où la sainte robe était cachée (1196). C’est alors pour la première fois, autant que le dit l’histoire, que la sainte robe fut exposée à la vénération des fidèles. La connaissance du lieu où était la relique avait disparu de la mémoire des hommes ; mais si on ignorait sa place, on savait qu’elle était dans la cathédrale de Trêves.

« Il en est parlé dans une lettre écrite par l’empereur Frédéric Ier à l’archevêque Hillin (1157). Il lui dit : « Igitur quia vos estis cis oAlpes & cor regni , & metropolis ilia a vestra, Treviris inquam inclyta . quce inconsutili prœpollet tunica Domini ... »

a On lit dans la vie de saint Agricius, recueillie par les Bollandistes dans un manuscrit de

PIÈCES JUSTIFICATIVES

labbaye de Saint-Maximin, antérieur au xne siècle, le témoignage suivant : « Verissima narratione majorum didicimus » (dit Fauteur), qu'au temps de saint Agricius, souvent des fidèles demandaient avidement ce qu'était un vêtement du Seigneur que saint Agricius avait déposé à la cathédrale dans une caisse. Les uns disaient que c'était la robe sans couture , d'autres que c'était le manteau de pourpre, duquel il avait été revêtu pendant sa Passion , d'autres que c'étaient les souliers du Sauveur.

« A la fin de cette vie, on trouve que l'ouverture de cette caisse ayant été demandée souvent, & empêchée d'une manière surnaturelle, personne n'avait plus osé l'ouvrir. Les Bollandistes font observer que cette vie a été écrite avant 1196. Or, comme elle dit : « Verissima « majorum narratione, » cela fait remonter la tradition bien avant le xne siècle.

« Une décrétate attribuée au pape Sylvestre Ier, du temps de l'archevêque de Trêves, Valusien, c'est-à-dire de la fin du ve siècle, dit : « Quem prioratum ego Sylvester Pétri servus « successorque indignus per patriarcliam oAgricium renovans confirmo . C 4d honorem patriœ « Domines Helence oAugustœ, metropolis ejusdem indigence, quam ipsa felix per apostolum « Mathiam a Judœa translatum cum tunica & clavo Domitii & dente sancti Pétri & sandaliis « sancti oAndreœ & capite Cornclii papœ cœterisque rcliquiis magnifiée ditavit specialiterque « provexit ».

« On conteste que cette décrétate soit du pape Sylvestre , mais il est certain qu'elle est adressée à l'archevêque Valusien, en 467.

« 40 L'auteur explique le manque d'anciens documents sur la sainte relique par le fait que dans les anciens temps de l’Église d’Occident, il n'était pas d'usage de transférer, ni d'exposer, ni même de toucher les reliques des saints.

a Les archevêques de Trêves ont conservé cette coutume jusqu'au xvii* siècle, & même l'électeur Richard de Graffenklem refusa de montrer la sainte robe à l'empereur Maximilien Ier...

« La sainte robe resta sans être exposée de 1196 à 1512, sous le maître-autel.

« Ce qui explique mieux le silence gardé sur la conservation de la sainte robe, ce sont les dévastations successives de la ville de Trêves, en 406 par les Suèves , les Vandales & les Alains, en 410 par les Vandales, en 41 1 & en 415 par les Francs, en 451 par les Huns, enfin en 883 par les Normands. Lors de cette dernière invasion, les reliques furent cachées sous terre, mais, dans cette catastrophe comme dans les autres, un grand nombre de documents écrits périrent. Ceux même qui se rappelaient où les reliques avaient été cachées disparurent. On a donc pu perdre beaucoup de documents antérieurs au ve siècle, relatifs à la sainte robe. »

« 50 Ici se trouve un examen des chroniques franques qui sont en contradiction avec la tradition de Trêves...

« 6° Les renseignements des chroniqueurs du moyen âge ne sont pas en opposition avec les traditions de l'église de Trêves.

« Le vêtement nommé par les chroniqueurs tunica, trouvé en 590 à Jaffa, au dire de Frédégaire, puis envoyé à Jérusalem pour être conservé avec la sainte croix, eut pendant longtemps le même sort que la sainte croix conservée à Jérusalem. L'un & l'autre furent enlevés lors de la prise de Jérusalem par les Perses, sous le règne de Chosroës (614), puis recouvrés par l'empereur d'Orient, Héraclius, lors de sa victoire sur les Perses (621). Leur reddition fut une des conditions de la paix, & ils furent envoyés à Constantinople. Plus tard, lorsque l'empereur Charlemagne eut l'idée d'épouser l'impératrice Irène, ce vêtement fut envoyé à

TREVES. 383

Charlemagne & donné par lui au monastère de femmes d’ Argenteuil, où Gisèle, une de ses filles, était abbesse...

« Le trop célèbre Calvin, parlant du vêtement conservé à Argenteuil, ne le nomme pas « tunique. » Il distingue le vêtement conservé à Trêves du vêtement conservé à Argenteuil, & dit que ce dernier est tout pareil au vêtement qui sert à dire la messe, nommé chasuble. Les Bollandistes disent de la sainte robe : « Ea tunica nunc Treviris religiose asservatur . » Saussai , qui vivait à Paris , dans le Martyrologium Gallicanum y dit, au sujet de la fête de sainte Hélène, le 18 août: « Elle envoya à Trêves, pour y être conservée comme une relique,

« la robe sans couture du crucifié, avec d’autres souvenirs. » Cornélius à Lapide dit, dans son commentaire sur l’évangile de saint Matthieu : cc Cette robe sans couture est maintenant « conservée respectueusement & montrée à Trêves. »

« Enfin, le jésuite Drexelius , dans son ouvrage De Christo moriente > dit : <c Ce vêtement « ( tunica ) du Seigneur est aujourd’hui conservé à Trêves; il est d’une couleur violette, noi- « râtre, bien qu’en vérité on n’en puisse pas reconnaître la couleur... »

« L’église de la Madeleine, à Cologne, prétend avoir un vêtement du Sauveur; mais aucune preuve n’est apportée à l appui de cette prétention. C’est donc, sans doute, une copie. L’église de Saint-Jean-de-Latran a eu la même prétention , mais cette prétention se trouve démentie par une bulle de Léon X qui reconnaît les droits de l’église de Trêves (1514) , & lui accorde des indulgences à ce sujet.

« Diverses expositions de la sainte robe . — Découverte & première exposition de la sainte robe dans la cathédrale de Trêves, en 1196...

« 70 — L’électeur Richard de Graffenklem, pour entretenir cette dévotion, pour obtenir aussi des ressources afin de réparer la cathédrale qui était en mauvais état, demanda au saint-siège d’accorder des indulgences aux fidèles qui viendraient en pèlerinage auprès de la sainte robe & contribueraient par leurs dons à l’entretien de la cathédrale.

« Le pape les accorda & ordonna qu’à l’avenir la sainte robe serait exposée tous les sept ans à la vénération des fidèles, que cette exposition coïnciderait avec la « translation d’Aix-la- Chapelle,... » palladium oAqnisgrani, qui commence le 7 juillet & dure quinze jours. Seulement l’exposition de Trêves devait commencer trois jours plus tard (le 10 juillet). La bulle de Léon X est du 26 janvier 1514. Elle est de trois ans antérieure à la prétendue réforme de Luther (1517). Elle rappelle l’antiquité de l’église de Trêves, sa dignité, la magnificence de sainte Hélène à son égard, &c. Elle reconnaît que cette église est célèbre par la possession de « la robe sans couture de Notre-Seigneur Jésus-Christ, d’un des saints clous & d’autres « reliques données par sainte Hélène, &c. »

« A cette occasion il se forma à Trêves une confrérie sous le titre « de la Passion & de la « sainte robe de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

« La robe fut encore exposée en 1531, 1545, 1552, 1585, 1594, 1640, 1655. Par suite des guerres qui ont ravagé ce malheureux pays, la relique fut souvent retirée de Trêves pour être mise en sûreté. De là naquirent sur sa propriété des prétentions du duc de Nassau & d’autres.

« En 1657, la sainte robe, par suite d’une invasion des Français dans l’électorat, fut portée à Ehrenbreitstein, où elle resta longtemps, dans un local spécialement approprié, au-dessous de l’arsenal.

« Elle n’avait jamais été montrée en particulier. Elle était renfermée dans trois caisses, entrant l’une dans l’autre, entourée de cuir & de linge, garnie à l’intérieur de coton, & en-

PIÈCES JUSTIFICATIVES

veloppée d une triple enveloppe de damas de soie de diverses couleurs. Chacune des trois caisses était pourvue de trois serrures, avec trois clefs différentes, dont l’électeur avait une, & le chapitre les deux autres. Quand la sainte robe fut à Ehrenbreitstein, il fallait une négociation avec le chapitre, si F électeur voulait montrer la sainte robe. Non-seulement le chapitre conservait les deux clefs nécessaires, mais il avait le droit de se faire représenter par deux de ses membres à T ouverture des caisses & de les sceller à leur fermeture du grand sceau du chapitre, de leur sceau personne^ & de signer le procès-verbal des deux opérations. ?>

En 1725, 1734, 1765, 178c?, i8op, Fauteur raconte les expositions & les vicissitudes de la sainte robe, qu'on éloignait des agitations & des dangers de la guerre.

« En i8to le roi de Bavière prétendit à la propriété de la sainte robe, parce qu'elle était restée à Bamberg, ville sécularisée qui lui était échue. Il voulut même la faire enlever pendant son transport à Augsbourg. Mais heureusement F évêque de Trêves était fort en faveur auprès de Fempereur Napoléon, lequel demanda formellement la sainte robe à F ancien électeur. Ce dernier céda aune sollicitation si puissante, & en 1810 Mannay envoya M. Corde!, son vicaire général, assisté de deux chanoines, prendre possession de la sainte robe.

Cette remise eut lieu le 28 juin 1810. Le gouvernement de Nassau, qui était resté inactif depuis l'année précédente, envoya à l’ancien électeur un mémoire nouveau daté du 7 juillet 1810; mais quand ce mémoire arriva, la remise de la sainte robe aux délégués du nouvel évêque de Trêves avait déjà eu lieu.

et Les délégués de Mer Mannay, MM. Cordel & Sch imper, furent rès-bien reçus par F ancien électeur, qui leur recommanda le secret. Ils repartirent le 28, arrivèrent le 8 juillet à Merzîg. Là, la sainte robe fut portée dans F église & gardée par la garde nationale. Le lendemain elle fut placée sur un chariot spécial, paré de fleurs, de guirlandes 8c de rubans. Enfin, ce précieux dépôt, accueilli partout par les paroisses venant en procession, arriva à l'église Saint-Mathias. L'évêque y vint, escorté du séminaire, & là, la sainte robe lui fut remise. Puis le cortège rentra dans Trêves au milieu d'un enthousiasme inexprimable; il se dirigea vers la cathédrale. La caisse contenant la sainte robe fut déposée dans la chambre aux reliques, pour être ouverte le 31 juillet suivant. Les sceaux furent reconnus & on remarqua que pendant que la sainte robe avait été transportée dans l'intérieur de l’Allemagne, elle avait atteint la frontière de la Bohême. »

Page 1