‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 50 sur 317 · LIVRE I, CH. I. — LA CROIX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CH. I. — LA CROIX

l’empereur l’ordre de rechercher, à son retour, le lieu de la sainte résurrection, le Golgotha du Calvaire & le bois vivifiant de la croix. La même année, Hélène, mère de Constantin, femme douée d’une âme toute céleste, fut couronnée par son fils. Une vision miraculeuse lui ordonna de partir pour Jérusalem, de rendre à la lumière les divins lieux que des mains impies & profanes avaient enfouis dans le sein de la terre ; elle demanda alors à l’empereur l’autorisation d’exécuter les ordres venus du ciel; Constantin, touché par ce prodige, condescendit aux désirs de sa mère. »

L’auteur reprend sa narration à l’année xxi de Constantin W.

« La même année, le divin Constantin envoya à Jérusalem la bienheureuse Hélène avec une forte somme d’argent, pour rechercher la croix vivifiante du Sauveur. Le patriarche alla au-devant de l’impératrice, lui rendit les honneurs qui lui étaient dus, puis se retira avec elle loin de la vie bruyante des courtisans; & là, [au milieu de jeûnes. & de ferventes prières, il s’occupa de la recherche du bois tant désiré.

« Après ces actes préparatoires, un signe du ciel indiqua enfin à Macaire un lieu où avaient été érigés un temple & une statue à l’impure Vénus : Hélène, impératrice par la grâce de Dieu, usant de son pouvoir royal, employa une foule d’ouvriers à fouiller complètement l’endroit désigné ; elle fit enlever toutes les démolitions, & le débarrassa des constructions qu’Ælius Adrien y avait élevées à à grands frais. On découvrit bientôt le saint sépulcre & le lieu du Calvaire; & près de là, à l’orient, on retira trois croix. Des recherches plus minutieuses

(i)Eodemanno beatatn Helenam cum ingenti pecuniarum pondéré, ad vivifîcam Domini crucempcrquirendam, divinus Constantinus Hierosolymam misit. At cum debito honore impératrice factus obviam patriarcha, una cum ipsa semotus a comitatus tumultu, cum mentis tranquillitate fervidis orationibus & jejuniis vocans, desiderati ligni perquisitionem agebat.

His præmissis, divino tandem nutu, locus, quo Veneris impuræ templum ac simulacrum erecta fuerant, ipsi Macario manifestus est; eumque Helena divinitus coronata imperatrix, regia potestate usa, operarum adhibita multitudine, a fundamentis efTossum dejecit; rudera exportavit, & cuncta, ab Ælio Adriano quondam ibi magnis sumptibus constructa, demolita est & expurgavit. Confestim vero sanctum sepulcrum detectum, & Calvarii locus patetactus est; & his proximetres cruces ad orientem efFossæ; sed & studiosius investigantibus clavi etiam reperd. Anxiis vero cunctis quæ utique crux dominica foret, & beata Helena valido mœrore confecta, Macarius episcopus, proprii nominis claritudine beatus, dubium omne fide sua dissolvit. Illustrium enim fœminarum cuidam, de vita desperata & jam animam agenti, hujus & illarum crucium adinotis lignis, dominicain agnovit : nam ut ad infîrmam sola accessit umbra, quæ absque spiritu & omni motu destituta jacebat, divina virtute confestim exiluit & magna voce Deo laudem reddidit. Pientissima vero Helena cum tremore plurimo & cordis tripudio vivifîca cruce sublata, partem quidem cum clavis ad filium detulit, aliam autem argenteo loculo inclusam Macario episcopo tradidit, secuturæ deinceps posteritati monumentum. Ecclesiam quoque jussit extrui in Sancto Sepulcro & in Calvario, & singularem aliam de filii sui nomine ubi vivifîca crux reperta est, & in Bethleem & in Olivarum monte; atque ita régressa est ad illustrissimum Constantinum.

firent trouver aussi des clous ; puis, quand tous se demandaient avec anxiété quelle pouvait être la croix de Notre-Seigneur, & que la bienheureuse Hélène était, à ce sujet, accablée d’un profond chagrin, la foi de l’évêque Macaire, dont le nom seul exprime la béatitude, leva tous les doutes. 11 fit approcher ces trois croix d’une dame illustre, dont la vie ne laissait plus d’espoir, & qui était déjà à l’agonie ; il reconnut ainsi celle du Seigneur; car, dès que la mourante fut à l’ombre de la vraie croix, quoiqu’elle fût privée de souffle & de mouvement, poussée par une force divine, elle tressaillit & rendit grâce à Dieu à haute voix. La trèspieuse Hélène, toute tremblante & bondissant de joie, ayant enlevé la croix vivifiante, en porta une partie avec les clous à son fils, & donna le reste, enfermé dans une cassette d’argent, à l’évêque Macaire, comme un monument pour la postérité. Elle fit élever une église sur le saint sépulcre & le Calvaire, une autre, au nom de son fils, à l’endroit où la croix vivifiante avait été trouvée ; d’autres, enfin, à Bethléem & sur le mont des Oliviers; puis elle revint auprès du trèsillustre Constantin. »

Tous ces faits sont actuellement dans le domaine de l’histoire. On peut en concilier les récits de la manière suivante :

Les Juifs, après la déposition de Notre-Seigneur & des larrons, jetèrent leurs croix, ou dans une citerne, ou dans la vallée au-dessous du Golgotha, & les couvrirent de terre ; puis les immondices & les déblais de la ville venant s’ajouter à ces terres, la vallée fut comblée, comme on le voit aujourd’hui, & les croix cachées de plus en plus sous ces débris. Le Golgotha était fort étroit; si on mesure la distance entre le milieu du rocher, qui est encore à nu, & la vallée actuellement comblée, mais indiquée par les escaliers qui descendent au lieu de l’invention, dans l’enceinte du temple du Saint-Sépulcre, on ne compte guère que 40 mètres, & on peut dire avec raison que les instruments du supplice ont été enterrés sur le lieu même de l’exécution.

Cette opinion est confirmée dans une tradition rapportée par le savant Gretser, qui, cependant, n’en tire pas les mêmes conséquences :

« Carnijîces cruces Christi & latronum in vallem monti Golgothæo subjectam , præcipitasse , terraque obruisse, deitide egestis ac exoneratis super illas totius civi-

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