‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 52 sur 317 · INVENTION DE LA CROIX. — OBJECTIONS · texte numérisé non relu

INVENTION DE LA CROIX. — OBJECTIONS

Tous les témoignages pour l’invention de la croix émanent des écrivains sacrés. L’incrédulité en conclut qu’ils sont intéressés , & les récuse.

Qui est-ce qui doute de l’histoire de César? & cependant ce sont des Romains qui l’ont écrite. Mais cette certitude éclate surtout lorsqu’on nous montre des monuments de son époque , des inscriptions , des armes , des camps retranchés dans les Gaules. Les reliques sont un des monuments matériels de la venue du Christ. Saint Cyrille , saint Chrysostome , saint Paulin de Nola , Juvénal en envoient dans le monde entier, qui les reçoit comme un précieux trésor. Peut-on supposer le monde entier, & le monde contemporain , dupe d’une supercherie?

(1) Gretser, liv. I, ch. lxiii.

(2) Le rabbin Maïmonide, dans le texte du Sanhédrin } ch. XV, dit : « Nemo suspenditur ad arborem solo innatam, sed ad avulsam, 11e forte excisio ejus sit molesta; quia lignum una cum suspenso sepeliendum est, ne reliquat turpem in mundo memoriam, aut dicatur : Ecce de hoc ligno pendebat iste, vel ille. Sic & lapis quo aliquis obrutus, gladius quo decapitatus, sive mantile quo aliquis strangulatus, omnia hæc sepeliuntur, in carcere tamen occisi, non in ipso sepulcro. »

Les versions diffèrent un peu dans la forme } mais cette diversité est ellemême une preuve qu’on ne s'est pas copié, tout en racontant une histoire vraie au fond & qui était dans toutes les bouches.

Les deux principales objections sont le silence d’Eusèbe & Fimpossibilité prétendue de conserver sous terre, pendant trois siècles, des bois qui auraient dû s’y pourrir.

Salmatius & d’autres ont reproduit la première. D’après Dallœus, Eusèbe de Césarée , évêque voisin de Jérusalem, familier de sainte Hélène, parle de son voyage en Judée, des deux églises qu’elle élève, Tune à Bethléem , l’autre sur le mont des Oliviers, entre dans des détails sur ses largesses & ne dit pas un mot de l’invention de ces croix W. Eusèbe dans cet ouvrage s’occupait plus des actes de la vie de sainte Hélène & des églises qu’elle avait fondées que de celles de Constantin; or là il n’est pas question de Féglise du Saint-Sépulcre. Cette omission d’Eusèbe ne lui peut être reprochée que dans un seul de ses écrits, auquel suppléent les deux passages que Von va lire. Dans une autre occasion il rapporte une lettre de Constantin à Macaire, évêque de Jérusalem, qui fait certainement allusion au miracle de l’invention de la croix & qui commence ainsi ; « Tant est grande la grâce de notre Sauveur, que nul discours ne peut suffire à raconter le miracle actuel; car avoir trouvé le monument de cette sainte Passion, caché depuis longues années sous terre pour être soustrait à Fennemi commun, puis rendu à la lumière pour briller aux yeux de ses serviteurs, dépasse toute admiration. » Enfin, dans un passage de la Chronique du même Eusèbe, traduit en latin par saint Jérôme, on lit : « Hélène, mère de Constantin, avertie par des visions célestes, trouva à Jérusalem l'instrument du salut des hommes (a). »

Quant à la difficulté de la conservation du bois, les recherches modernes me fournissent une foule de réponses. Je citerai Herculanum & Pompéi, qui nous ont livré beaucoup de fragments de bois antiques. Puis,, si on attribue leur préservation à Faction du feu, j’offrirai comme exemple irréfragable les étais étrusques retrouvés par M. Simonin (3) dans les mines de Campiglia, les cintres enfouis dans des constructions de pisé des aqueducs de Carthage, & les pilotis récemment découverts dans le port de cette cité bien plus ancienne que Notre-Seigneur, & que les savants ont reconnus provenir des mêmes espèces de bois que ceux de la vraie croix.

(1) Trombelli, t. II, p. 262. — Bollandistes. 3 mai, p. 360.

(2) Trombelli, t. II, p. 2 66,

(3) Simonin, la Toscane & la mer TyrrhénUnrte , 1868, p, 34.

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