LIVRE I, CH. I. — LA CROIX
La question est assez grave pour que je rapporte quelques détails à ce sujet :
M. le docteurGuyon ayant observé à Carthage des bois certainement antiques, les remit à M. Peligot, membre de l’Académie des sciences, pour en faire l’analyse. Ce savant lut à l’Académie, le n mai 1857, une note des plus intéressantes dont j’extrais ce qui suit :
« Le célèbre aqueduc qui du Zowan portait de l’eau à Carthage est construit ici en pierres, là en pisé, selon la localité qu’il traversait... Or, dans les constructions en pisé, on rencontre des morceaux de bois d’une parfaite conservation... Cette conservation du bois dans le pisé de l’aqueduc de Carthage a déjà été signalée par sir Granville Temple, dans la relation de son intéressant voyage à Tunis. Des poutres enchâssées dans les couches de pisé, dit ce voyageur, se sont bien conservées; le bois en est encore sain; mais il serait difficile de dire si elles ont fait partie de l’échafaudage ou si elles ont été employées pour consolider l’édifice. »
M. Decaisne , membre de l’Académie des sciences, examina ce bois au point de vue botanique : « C’est, dit-il, un bois résineux, de la famille des conifères, & probablement d’une espèce de pin ou de sapin. L’absence de vaisseaux, la ténuité des rayons médullaires formés de cellules à peu près carrées, la ponctuation encore très-nette & si caractéristique des fibres ligneuses, ne laissent aucun doute à cet égard. A moins que ce bois n’appartienne au pin d’Alep ou au cèdre, qui tous deux croissent spontanément dans les montagnes du nord de l’Afrique, on est autorisé à conclure que les Carthaginois tiraient une partie de leurs bois de construction d’autres pays où sans doute ils avaient des établissements. Les montagnes de la Bétique (Andalousie), celles de la Corse & de la Sardaigne, &c., ont pu leur fournir vces bois.
« Du reste , les Carthaginois n’ont pas été les premiers à faire un usage étendu du bois des conifères. Les Tyriens, leurs ancêtres, ne pouvaient guère constniire leurs vaisseaux avec une autre matière. Nous savons, d’un autre côté, qu’une immense quantité de cèdres ont été abattus pour entrer dans la construction du temple de Salomon. Mais, même avant ce dernier, l’emploi du bois des conifères (cèdres , pins ou sapins) était vulgaire chez les Égyptiens, comme en témoignent les objets de bois sculptés qu’on voit dans notre musée Égyptien... »
11 est donc hors de doute pour les savants qu’un bois résineux peut se conserver pendant des siècles sous terre, dans des climats analogues à celui de la Judée.
Au surplus, que la croix ait été conservée & trouvée miraculeusement, en
suivant ce que les incrédules appellent la légende , ou naturellement, peu importe pour le fait historique & archéologique de l’invention , qu’on ne peut contester.
Sainte Hélène profita de son voyage à Jérusalem pour recueillir d’autres insignes reliques de la Passion dont nous parlerons plus loin. Elle en laissa dans la ville qui avait été le témoin coupable de tant de faits merveilleux, & distribua le reste à Rome & surtout à Byzance.