‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 62 sur 317 · FORME DE LA CROIX · texte numérisé non relu

FORME DE LA CROIX

Après avoir constaté la nature du bois de la vraie croix, nous sommes conduits à étudier sa forme.

Chez les anciens , les croix étaient en général élevées & placées dans des lieux très-apparents , afin que l’exemple du supplice attirât les yeux & l’attention de tous. On les fabriquait avec le bois qu’on trouvait sous la main; quelquefois on se servait des arbres bruts. Le crucifié qui n’avait pas d’abord été étranglé devait être attaché à un bois droit, soit avec des clous, soit avec des cordes, jusqu’à ce que mort s’ensuivît.

Les anciens avaient plusieurs sortes de croix :

Crux simplex, la croix simple, qui se composait d’un arbre ou d’un poteau auquel on attachait le criminel.

Crux composita , le pal, pieu pointu, instrument du plus horrible supplice, encore en usage dans l’extrême Orient.

Crux decussata , en forme de X ou croix de Saint-André.

Crux commissa, en forme de T.

Crux capitata ou immissa , croix latine, dont la traverse est aux deux tiers de la hauteur du montant.

Crux græca, croix grecque, dont la traverse est à moitié de la hauteur de la

tige.

Depuis les temps de Notre-Seigneur , on inventa la croix de Lorraine ou patriarcale avec une double traverse W ,

Les avis des auteurs ont toujours été partagés & ils le sont encore sur la figure de la vraie croix. Les uns prétendent qu'elle était en forme de T ; les autres avec une traverse laissant passer la tête de la tige , comme l'usage de la représenter s'en est le plus généralement répandu.

Tertullien , saint Jérôme, saint Paulin, Sozomène & Rufin, paraissent être d’avis que la vraie croix affectait la forme du tau.

Cette opinion a été très-savamment soutenue par le R. P. Garrucci, conservateur du musée Kircher à Rome & par Mgr Van-den-Berg, protonotaire apostolique, son traducteur W.

Monseigneur, après avoir montré, dans sa préface, la cour de Rome se livrant aux travaux de la paix, pendant qu'elle est obligée de défendre son propre droit, s’exprime ainsi : « L’étude des débris de ces âges du christianisme pur, laquelle était autrefois de luxe, pour ainsi parler, dans la science catholique, est devenue, dans ce siècle positif, d’un puissant secours pour la réfutation de l'erreur & le triomphe de la vérité.

« Le père Garrucci reprend aujourd’hui l'exécution de ce plan grandiose. Les peintures , les sculptures , les mosaïques , les décorations des catacombes & des basiliques chrétiennes, les verres peints, les monnaies portant des signes du christianisme, les pierres gravées, les ivoires, les bronzes, sur lesquels on surprend les mystères du symbolisme de ces âges de foi, les joyaux qu’ont portés nos pères, comme les instruments de torture qui ont déchiré les martyrs, tout cela est classé par le consciencieux archéologue & expliqué avec une science digne du règne sous lequel il écrit... L'auteur discute sur la forme de la croix & sur la manière probable dont le Sauveur a voulu endurer ce supplice...

« Sous l'angle occidental du Palatin, non loin de l'antique église de Sainte- Anastasie , on découvrit il y a quelques années deux des parois d'une chambre toute couverte de figures & d'inscriptions gravées au stylet. »

Après avoir fait enlever la terre qui les couvrait, le R. P. Garrucci trouva une image que les ruines avaient conservée intacte, à travers les siècles, & dont il releva un calque fidèle.

(1) Juste Lipse, Lamy.

(2) Voici le titre de cet ouvrage : Deux monuments des premiers siècles de V K g lise ^ expliqués par le père Raphaël Garrucci de la compagnie de Jésus. Traduction & préface par Olwald Van-den-Berg, camérier secret tie S. S., docteur en théologie, philosophie & lettres, membre des académies d'archéologie de Belgique & d'Espagne, de la Société historique de St y rie. — Rome, imprimerie de la Civ Ut a amolica A 1862.

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