‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 63 sur 317 · LIVRE I, CH* II, — FORME DE LA CROIX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CH* II, — FORME DE LA CROIX

a Elle représente une croix dont la forme est celle du tau grec, surmonté d'une cheville qui porte une tablette., un homme avec une tête d'âne est crucifié* un orant est à côté- A droite* au-dessus de la croix* se lit la lettre Y* &* au-dessous l'inscription suivante :

AXsCajAmç (7é$£té 8eov (ceëeTe pour csÇeTOft) *

Alexamenos adore Dieu*

« Le stuc dans lequel tout cela était tracé fut prudemment détaché de sa paroi & déposé au collège Romain* dans la section chrétienne du musée Kircher* si riche déjà en débris des âges primitifs*

« Le crucifix gravé sur les murs du d’Adrien,** on ne peut le reculer au delà des premières années du me siècle*,. Tertullien (anno 160-225) est le premier qui s'émeuve de cette ignoble calomnie. »

Le R. P* Garnie ci & iVPr Van-den- Berg* pour prouver que la traverse de la croix couronnait le montant qui s'arrêtait au-dessous* s'appuient principalement sur cette caricature & sur une cornaline extrêmement fine* où la croix est représentée trois fois en forme de tau grec.

Pour mettre le lecteur à même de mieux juger la question* je donne ici une réduction* au quart de Foriginal* de la caricature du mont Palatin* que le R, P* Tongiorgi* directeur actuel du musée Kircher* a eu la bonté de vérifier lui-méme sur l'original.

Dom Calmet semble favorable à l'opinion de la croix en tau (T)* lorsqu'il dit: « Le dessus* auquel était attaché le titre ou la sentence de condamnation de Jésus-Christ* 11'était qu'un bois postiche avec une planche* sur laquelle étaient gravés les mots : J* N* R* J, Mais il est malaisé de savoir certainement ces choses* dont ni les auteurs sacrés* ni les premiers Pères n'ont rien dit* »

Dans son remarquable dictionnaire des antiquités chrétiennes* Pabbé Martigny reproduit les opinions contradictoires sur la forme de la croix.

« On voit* dit-il* la croix en T tracée sur des tombeaux antiques* & quelquefois le T est accosté de Fa & de Pü* On la voit quelquefois employée comme sym-

Palatin n'est pas antérieur au règne

bole au milieu du nom d’un défunt dans les inscriptions sépulcrales; comme on y rencontre aussi le XP. Ainsi en est-il dans un marbre du m° siècle, trouvé naguère au cimetière de Saint - Calixte : IRETNE (de Rossi, Bulletin, 1863, p. 33).

« Aucun monument de date certaine ne présente avant le ve la croix immissa y, non plus que celle qu’on appelle la croix grecque Un seul exemple de la croix en tau, & rapporté par Boldetti , se rencontre sous la date marquée par les consuls de 370. Sur les sépultures, spécialement, la croix ne paraît pas avant le milieu du même siècle... »

Après les opinions en faveur de la croix en T, voici celles des auteurs qui ont admis la croix immissa, telle que les Latins la figurent. Elles paraissent d’autant plus concluantes qu’elles sont d’accord avec les traditions de l’Eglise & les usages actuels.

Et d’abord, les auteurs que je viens de citer sont-ils parfaitement affirmatifs? Saint Jérôme, par exemple, n’avait-il pas en vue le tau samaritain, qui ressemblait à notre croix?

Nous trouvons au commencement du IIe siècle un témoignage d’une haute autorité, que semblait avoir oublié dom Calmet. Saint Justin, martyr (103-168), dans un dialogue avec le juif Tryphon, parle en ces termes de la croix :

« Car c’est un bois droit dont la partie supérieure est enlevée en corne, lorsqu’un autre bois lui est adapté ; & de chaque côté deux autres cornes semblent jointes à la première. Une autre saillie, placée dans le milieu comme une corne, sert de repos & d’appui pour le crucifié... » Ne reconnaissons-nous pas la traverse qu’on adapte sur le montant & qui en laisse une partie au-dessus? Or, cette partie est donc nécessairement la continuation du montant & n’est pas rapportée.

Après saint Justin, saint Irénée (140-202), disciple de saint Polycarpe, luimême disciple de saint Jean, décrit ainsi la croix (*) : Habitus fîtes, & summitates habet quinque , duos in longitudine , duos in latitudine, unam in medio. Rien n’indique là de morceau rapporté pour recevoir le titre. Il en est de même d’un passage très-remarquable de saint Augustin (334-430) : Erat latitudo in qua por-

(1) Rectum enim unum est lignum a quo est suprema pars in cornu sublata, cutn alterum lignum aptatuin est : & utrinque tanquam cornua illi uni cornu conjuncta extrema apparent. Et illud in medio defixum & ipsum tanquam cornu eminet, in quo requiescunt & innituntur crucifixi. (P. Lamy, Dissertado de cruce} Venise, i73 P- 575-)

(2) Liv. II, ch. XXIV.

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