‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 64 sur 317 · LIVRE I, CH. II, — FORME DE LA CROIX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CH. II, — FORME DE LA CROIX

rectœ sunt manus : longitude» a terra surgens, in qua erat corpus affixùm; altitudo ab illo innixo ligna sitrsum quod eminet ; profundum ubi fixa erat crttx, et ubi omnis spes vitœ nostræ . Les mots quod eminet s’appliquent à une portion du montant qui dépasse, & non à un objet ajouté.

Au xine siècle, Innocent III, cette grande lumière du moyen âge, disait : Fuerunt autem in criice dom inica ligna quatuor : Stipes erectus, & lignitm transversum, truncus supposons ; & titulus superpositus ; c’est-à-dire la tige, la traverse, le support des pieds & le titre; énumération qui semble exclure la cheville ou hampe qu’on croit apercevoir au mont Palatin. Ce grand pape, on le voit, n’imagine pas d’autre soutien au titre que le haut de la croix.

Juste Lipse, Gretser, Socrate, Sozomène, Théodoret, Eusèbe, partagent ce sentiment, qui paraît être celui de la société des antiquaires Rhénans, proposant sur ce sujet un programme en 1868 : « Aux époques romano-byzantine & gothique primaire, y est-il dit, dans les représentations du crucifiement, la croix du Christ affecte toujours la forme delà crux immissa f ; pour l’époque du gothique primaire, souvent la forme de la crux furca Y, tandis que dans les époques postérieures à l’art gothique, il fut de règle d’adopter pour la croix du Christ la crux commis sa T, qui n’avait servi jusqu’alors de type qvie pour les croix des deux larrons. »

Juste Lipse, pour appuyer son sentiment, dit : « Dans la nature, un homme qui prie les mains étendues, un oiseau qui vole, la traverse au bout du timon d’un char, celle qui porte les enseignes de l’armée, celle qui sert à faire un trophée , la vergue d’un mât de navire sont des images de la croix. »

Rappelons les peintures les plus anciennes, celles du souterrain de Saint-Clément, la croix dans un bas-relief du musée de Latran, du 111e ou ive siècle, au plus tard, la croix pastorale en or du musée du Vatican W, une miniature du moyen âge. Enfin la relique de la croix du bon larron, dont nous parlerons plus loin, & celle de la chapelle de Saint-Nicolas à Saint-Pierre, n’ont-elles pas plus d’autorité qu’un trait aussi informe que celui du mont Palatin & que la cornaline également citée, résultat peut-être de la fantaisie de l’artiste?

Au point de vue pratique, l’assemblage à mi-bois de la traverse sur le mon-

(1) Voir le cul-de-lampe du chapitre i*%

tant, tel qu’on le voit dans ces deux reliques, est plus simple & plus solide; une seule cheville suffit pour le maintenir; tandis que la traverse coiffant le montant exige un tenon, une mortaise & une cheville. Lorsque saint Pierre fut crucifié la tête en bas, on n’avait pas fait une croix exprès pour lui, & elle avait une tête pour pouvoir être scellée en terre.

Il résulte de l’étude que nous venons de faire que, dans la représentation de la croix, il est plus simple & plus sage de suivre la tradition de l’Église, parfaitement d’accord avec la raison & les monuments les plus accrédités depuis les premiers âges du christianisme.

Page 1